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Not Alone 30/03/2009


Not Alone
 
Un long doigt fin glissa doucement contre la mâchoire. Il pouvait sentir la moindre petite irritation, le moindre petit picotement, peut être dû à un mauvais rasage. Il descendit tout le long de la ligne que traçait l'os, et repartit dans le sens inverse, déviant un peu sur la joue. La douceur qu'il y trouva le fit doucement sourire. Il posa sa paume entière et pu sentir la chaleur émaner au creux de sa main. Il ferma un instant les yeux, essayant de s'imprégner du simple contact. Sa tête s'inclina un peu sur le côté, et il soupira d'aise. Ses doigts furent recouverts d'une main plus rêche, plus forte que la sienne. Son sourire s'intensifia, et il apprécia la caresse prodiguée sur sa peau. Elle semblait se consumer, mais d'une façon tout à fait fabuleuse. Il se laissa guider, et bientôt ses doigts atterrirent sur une bouche, deux lèvres parfaites, dont il retraça sans mal le contour qu'il connaissait par c½ur. C'était une des parties les plus attirantes, sûrement la plus difficile à laquelle résister. Il les gratifia de quelques effleurement avant de descendre dans le cou et d'y resserrer sa prise. Il effectua une pression sur l'arrière de la nuque, et de son autre main, qui était jusque là restée bien sagement pendue à son bras le long de son corps, il tira sur le teeshirt dans le but de rapprocher le corps du sien. Voyant qu'on lui opposait une résistance, il fronça les sourcils et émit un grognement sourd. Il tira plus fort, mais n'obtint qu'une plus forte ténacité. Son grondement devint une plainte, et sa voix se fit suppliante, légèrement impatiente.

- Tomi...
Un rictus apparut sur la bouche sans défaut. 
- Quoi ?
Une moue se fit sur l'autre. Les sourcils se froncèrent tellement qu'ils semblaient presque vouloir se rejoindre. 
- Viens. 

L'ordre était indiscutable, et le dénommé Tomi haussa les épaules avec amusement, avant de se relâcher, permettant au brun avide de l'attirer contre lui. Leurs corps s'emboitèrent, comme deux moitiés de quelque chose qu'on aurait coupé, ou déchiré. Bill enroula ses bras autour de Tom et les serra un peu plus, si c'était possible encore. Ils calèrent leur respiration sur celle de l'autre, et bientôt l'enchevêtrement sembla ne former qu'un seul être. Seule différence peut-être, les cheveux, tressés et fourchus pour l'un, lissés et soyeux pour l'autre. Mis à part ce détail, rien ne pouvait les distinguer. Mêmes tenues étranges, aux couleurs pâles et froides, même taille, mêmes proportions. 

- Tu penses qu'ils vont nous garder longtemps ? Demanda Bill d'une petite voix mal assurée.
- Non, affirma son frère jumeau d'un ton sûr de lui. Tu sais qu'ils ne nous gardent jamais longtemps. Ils regardent, ils parlent, et puis Maman nous ramène à la maison. 
- Je déteste venir ici, 
souffla Bill encore plus bas, presque comme s'il redoutait quelque chose. C'est tellement... Horrible. Et puis ils n'ont aucun goût pour la décoration.
Tom secoua la tête en souriant, frottant son menton contre le crâne de son frère.
- Je suis certain que tu ferais de cet endroit quelque chose... D'original, conclu-t-il en choisissant bien ses mots.
Bill eut à son tour un sourire et pinça doucement le ventre collé au sien, s'attirant quelques grognements et une étreinte renforcée. 
- Tu as grossis. Tu manges trop. Sans blague, tu vas ressembler à un...

Il se concentra pour trouver la qualification la plus appropriée, et qui pourrait faire réagir Tom, mais finalement se contenta de la première chose qui lui passait dans la tête.
- A un immonde tas de graisse sans forme. 

Un peu long, comme qualificatif. Il se fit la réflexion de penser à chercher d'autres synonymes, histoire de pouvoir embêter son jumeau une autre fois, avec plus de repartie, parce que là, pour le coup... Il s'était ramassé. La preuve, Tom gloussait comme un dindon, son corps tressautait contre le sien. Il prit une profonde inspiration, calmant instantanément les rires du blond, et pu sentir une main rassurante frotter son dos.

- Ca va aller, 
murmura une voix qui réchauffa le bout de son oreille par son souffle. Je suis là.
- On va avoir des ennuis ? 

Bill redevenait un tout petit enfant lorsqu'il avait peur. Il se sentait comme vulnérable, et avait juste besoin de réconfort. C'est là que Tom intervenait. Il releva doucement la tête de son frère en plaçant un doigt sous son menton. 

- Non, 
promit-il, et c'était dit tellement catégoriquement, avec ce regard tellement profond, que Bill ne pouvait qu'y croire. Il sentit ses jambes se décrisper un peu, son dos se tasser tandis qu'il se ramollissait contre Tom. Ce dernier lui caressa les cheveux, avant de descendre sa main jusqu'au bras droit du brun, et d'y caresser le bandage. 
- Tu as mal ? S'inquiéta Tom.
- Non. Bill caressa sa joue du bout de son nez. Et toi ? 
Une main plus fine, plus blanche, vint toucher un autre bandage identique, sur le même bras droit de Tom. 
- Non plus. 
Le brun sembla réfléchir à quelque chose, et dit finalement, une once de fierté dans la voix :
- Je veux le garder toute ma vie. Il ne s'effacera pas, n'est-ce pas ?

Tom posa sa bouche contre la clavicule de Bill, remonta dans son cou, aspira doucement la peau et la relâcha pour la lécher avec tendresse.
- Jamais. 

Ils se toisèrent du regard, pendant de très longues minutes, avant de s'embrasser, doucement. Leurs lèvres se pressèrent ensemble, aussi faites pour être l'une dans l'autre que le reste de leur corps l'était. Bill remonta ses mains sous le vêtement étrange et laid que portait son frère, et caressa sa peau douce et chaude. Il laissa ses ongles griffer un peu, et pris la lèvre inférieur du blond entre ses dent pour la mordiller légèrement. Il la fit glisser sous sa langue, qui vint se faufiler dans la bouche de Tom pour se coller à sa jumelle. Elles s'administrèrent de petites caresses, avant de regagner leurs bouches respectives, et d'en ressortir, engageant un mouvement sensuel d'entrée et de sortie. Bill crispa ses mains sur le ventre de Tom, tandis que ce dernier joignait ses mains dans son cou pour appuyer encore plus leur baiser. Finalement, Bill se retira, haletant, les yeux ancrés dans ceux de Tom. 

- On ne devrait peut-être pas... Pas ici...

Tom hocha la tête en souriant.
- Elle n'a jamais rien dit à propos de ça
dit-il, faisant référence à leur mère. Elle comprend peut être.
Leurs mains glissèrent du corps de l'autre pour venir s'enlacer, doigts entre doigts, paumes contre paumes. Le front de Bill s'était plissé.
- Elle ne comprend pas, sinon pourquoi est-ce qu'elle nous force à faire ça ?

Il désigna du menton la grande pièce vide et tapissée de miroirs avant de se focaliser à nouveau sur son jumeau. 
- Elle cherche...
Le brun secoua la tête avant de la caler dans le cou du blond.
- Elle ne devrait pas. J'ai pas besoin de grand-chose. Juste de toi. 
- Mais ça, elle ne peut pas encore le réaliser. Laisse-lui du temps. Elle finira par s'en rendre compte, quand le moment sera venu. 
- Ca fait 8 ans qu'elle devrait avoir compris ! 

L'intonation plus forte de la voix de son frère fit sursauter Tom qui resserra ses mains dans les siennes.
- Calme-toi,
 chuchota-t-il tandis que Bill fermait les yeux sous l'effet de la colère et de l'incompréhension. Ne lui en veut pas, elle fait tout ce qu'elle peut. Elle nous aime.
- Je sais, 
soupira Bill. Elle nous le répète sans arrêt. Mais elle nous pousse sans arrêt à nous énerver, il y a certaines choses qu'elle ne devrait pas dire...
- Laisse-lui du temps, 
répéta Tom. 

Il y eut un silence, puis doucement, Bill hocha positivement la tête et détacha ses doigts emmêlés à ceux de Tom pour les repasser sous son vêtement et les joindre dans son dos nu. Il respira un peu plus fort, cherchant l'odeur de la peau satinée contre laquelle il frottait ses doigts croisés. Tom se laissait faire, il releva un peu la tête pour la poser sur celle de sa moitié. 

- Y'a que comme ça que je me sens bien, 
murmura Bill. Y'a qu'avec toi que je me sens vivant. C'est pas plus compliqué.
- Tu sais que pour moi c'est pareil. Mais tu sais que les autres ne pensent pas forcément comme nous. C'est difficile pour tout le monde.
- C'est difficile pour nous. 

Tom rit. Bill était parfois tellement entêté. Il ne dit rien, sachant que lutter contre la volonté de fer du petit brun ne servait absolument à rien. 
- Je t'aime, dit-il en caressant la tempe de Bill avec ses lèvres. Voilà ce qui importe. 
- Je t'aime aussi Tomi.

Les jumeaux relevèrent la tête, et, sans un mot, ils sourirent.

***

L'homme aux cheveux grisonnants relâcha le bouton du micro de son doigt, et se tourna vers la femme brune aux traits fatigués, torturés, comme figés dans une époque lointaine et révolue. Il soupira. Comme il compatissait, après tout, elle n'avait rien demandé, elle avait juste tout perdu, ou presque. Il se racla un peu la gorge, puis prit la parole.

- Mme Kaulitz, je suis désolé... Je suis contraint de vous dire que les choses ne vont pas en s'améliorant, loin de là. 

Il reçut une ½illade déchirante, remplie de larmes, mais s'arma de courage pour continuer.
- Je maintiens ma proposition de la dernière fois, je reste persuadé que...
- Non, 
coupa-t-elle, la voix tremblante. Je ne pourrai pas m'y résoudre. Il...

Elle tourna la tête pour regarder à travers le faux miroir, dans la grande pièce blanche où, au milieu, l'air fragile, les bras entourant son corps maigre recouvert de la tenue d'hôpital blanche, son fils Bill continuait de parler, sans qu'elle l'entende pour autant, le micro ayant été coupé. 

- Il est tellement jeune...
- 17 ans, c'est ça ?
 Questionna le médecin en feuilletant distraitement les résultats des dernière analyses qu'on venait de faire passer au garçon. 
- Oui... 
- Et ça fait... 

Il regarda une feuille à la recherche du chiffre exact, toujours en doute sur la date précise.
- ... 8 ans que Tom...

Il hésita. Il n'avait pas la réputation d'hésiter, il était même le meilleur, et était toujours sûr de lui. Mais ce patient, qu'il suivait depuis maintenant 8 ans, était juste déstabilisant, et horriblement touchant, comme il n'aurait jamais dû le toucher. Il était médecin, son métier était d'aider les gens, pas de les regarder se détruire. Il se sentait tellement impuissant face à tant de souffrance. Il inspira, et acheva sa phrase.

- Que Tom est mort. 

La mère du brun se tendit et tout son visage de crispa à ces mots, mais elle acquiesça douloureusement. 
- Mme Kaulitz, 
insista-t-il, votre fils est malade. Si vous acceptiez de nous laisser...
- Il n'a pas besoin d'être enfermé,
 claqua-t-elle sèchement. 
- Je vous parle de le soigner, tenta doucement l'homme, conscient d'être en situation délicate. 
- Le soigner signifie l'interner, dit-elle en soutenant son regard, regard insupportable tellement il reflétait un chagrin sans nom. Il n'est pas fou. Il a perdu son frère jumeau, vous comprenez ? 

Elle fit volte-face et s'approcha de la vitre. Elle y posa une main tremblante, et observa Bill, souriant, continuer de s'adresser au Tom de son imagination. 

- Ils étaient tout l'un pour l'autre, 
murmura-t-elle. Ils vivaient ensemble, ils vivaient au rythme de l'autre. Et vous pensez que c'est anormal qu'il ait décidé de refuser cette mort ? Vous pensez qu'il aurait pu simplement accepter que Tom ne revienne plus jamais ? 

Le médecin eut envie de disparaître. Il avait souvent dû faire face à la douleur des gens, mais celle-ci l'atteignait en plein c½ur. Cette mère désespérée lui était devenue trop familière pour qu'il puisse rester froid et distant. Il s'approcha d'elle et posa une main rassurante sur son épaule.

- Non. Je pense qu'il a choisi la solution qui lui a semblée la plus adaptée à sa propre survie.
- Juste après l'accident, 
reprit-elle, il m'a demandé pourquoi il n'était pas mort en même temps que son frère. 
Elle se retourna pour faire face au docteur, et une larme roula sur sa joue pâle, creusée par la fatigue, la tristesse omniprésente de sa vie brisée. 
- Que voulez-vous répondre à un enfant de 10 ans quand il vous demande pourquoi il n'est pas mort ? 

Il ne réfléchit pas bien longtemps avant de la prendre dans ses bras. Après tout, ça faisait bien longtemps qu'il ne la considérait plus comme une simple patiente. Il jeta un regard infiniment triste vers le jeune homme dans la pièce qui, dans un effort presque inconscient d'instinct primaire de survie, avait décidé de continuer à faire vivre son jumeau à travers lui.

***

- Ceinture, dit-elle machinalement à l'adresse de son fils alors qu'elle tournait les clefs pour démarrer la voiture. 

Elle le vit s'exécuter dans le rétroviseur, et jeter un coup d'½il à sa droite, comme s'il attendait quelque chose. Un sourire tranquille s'installa sur ses lèvres, et il reposa les yeux sur sa mère.

- C'est bon, on est attachés. 


Elle rendit son sourire à son enfant, et quitta le parking de l'hôpital. Elle se demanda vaguement pourquoi Bill n'avait jamais eu peur de remonter dans une voiture, alors que c'est précisément ce qui avait ôté la vie à l'un de ses jumeaux. Son esprit s'éloigna alors qu'elle empruntait la quatre voies. Une once de détermination brûlait dans ses yeux. Elle vivante, jamais Bill n'irait en hôpital psychiatrique. Elle préférait encore s'occuper de lui aussi longtemps qu'il le faudrait. Son c½ur se serra alors qu'elle rectifiait d'elle-même sa pensée. Elle préférait encore s'occuper d'eux aussi longtemps qu'il le faudrait. 

A l'arrière, Bill glissa doucement sa main dans celle de Tom. Ils échangèrent un regard teinté d'amour. Puis, très doucement, le brun tira sur le bandage qui recouvrait tout son avant-bras droit. Gravées profondément dans la chair, d'un rouge flambant, quelques lettres qu'il avait voulu imprimer à jamais dans sa peau apparurent, formant ces terribles mots :

« Not Alone »
 
FIN

Question de goût 09/04/2009

Encore un petit OS pour Althy, ma Perfection, avec qui je suis restée conne devant ce dessin, et dont est inspiré cet OS qu'elle m'avait demandé de lui écrire...


Question de goût



Il ne savait pas réellement ce qu'il aimait le plus : être seul dans le studio ou être seul en sachant qu'il ne le serait pas très longtemps, juste assez pour pouvoir l'apprécier et ne pas connaître les foudres de la solitude, celles qui donnent des idées noires. Il traversa le couloir en chaussettes, écoutant d'une oreille le bruit qu'elles produisaient au contact de la moquette, un bruit feutré et étouffé qu'il trouvait très agréable. Il descendit les escaliers et se retrouva sur du lino cette fois, dans une atmosphère un peu moins chaude, mais sans basculer dans la froideur. Non, cet endroit était bien trop familier, bien trop apprécié pour que Tom le considère comme un endroit repoussant et glacial. Il poussa doucement une première porte, jusqu'à se retrouver dans ce qu'il se plaisait à appeler le Paradis.

Il s'approcha doucement de la lignée d'instruments, laissant ses yeux caresser les guitares toutes plus belles les unes que les autres. Il effleura les manches du bout des doigts et fini par se saisir d'une acoustique. Il s'en retourna tranquillement hors de la pièce pour aller s'installer dans celle adjacente, choisit le siège qu'il préférait, celui qui lui permettait de poser un pied dessus et de garder l'autre à terre. Se calant confortablement, il pinça les premières cordes, formant doucement une mélodie qui brisa le silence des environs. Il fit une légère grimace quand son pied dépourvu de chaussure glissa sur l'appuie en râpant la matière rugueuse qui le recouvrait. Quelle idée de se trimballer en chaussettes aussi.

Alors qu'il tentait vaguement d'enchaîner de nouveaux accords, des images lui revinrent en tête. Il essaya bien de les chasser, mais rien à faire. Non, et puis de toute manière, il savait parfaitement que s'il se trouvait ici à cet instant, c'était pour une raison précise. Il fit une fausse note, puis deux, puis s'énerva un coup avant de décider qu'il était mauvais pour lui comme pour la guitare de continuer sur cette voie. Il entreprit de la reposer avec les autres et remonta d'un étage pour gagner le coin cosy du studio. Il serait surement plus à l'aise là-bas pour réfléchir. La température augmenta d'un poil lorsqu'il poussa la porte de la pièce la plus confortable, selon lui : le petit salon. Il se laissa tomber dans le canapé, ramena ses jambes contre lui et fixa son regard sur la plante verte en face, espérant vaguement qu'elle se mette à parler pour l'aider.

- Aller Tom, mon vieux, tu peux le faire, marmonna-t-il pour lui-même.

Il jeta un nouveau regard désespéré vers la plante qui resta statique, d'une façon presque moqueuse. Il leva les yeux au ciel. S'il commençait comme ça...

Ses pensées se focalisèrent sur son principal sujet de réflexion, et pas des moindres. Car en cette après midi où les trois autres membres du groupe avaient désertés le studio pour diverses activités auxquelles il ne souhaitait pas participer, Tom pensait au sexe.

Il se fit rire lui-même. S'il avait formulé cette phrase tout haut, ça n'aurait certainement choqué personne. Après tout, il avait cette image de bête de sexe qui le poursuivait un peu partout, alors qu'il s'en vante n'étonnerai plus personne.

Néanmoins, jamais personne n'aurait osé imaginer ce qu'il se tramait ce soir là dans la tête du guitariste tombeur. A vrai dire, lui-même se demandait comment il avait pu en arriver à cette question, pourtant lui apparaissant clairement comme essentielle, presque existentielle - tout du moins en ce qui concernait sa vie sexuelle.

Un soupire franchit ses lèvres. Il en faisait peut être tout un plat, mais tout de même...
Il se redressa un peu, et fronça les sourcils. Tout d'abord, dégager les situations. Sans en avoir conscience, Tom se mit à rougir furieusement.

- Première situation, se surprit-il à dire de vive voix.

Tient, parler le détendait. Après tout, il était seul, il pouvait bien se permettre un monologue.

- Imaginons... Non, non, disons, souvenons-nous de la dernière fois que...


Oh, d'accord. C'était vraiment, vraiment bizarre. Il préféra s'arrêter là pour la réflexion orale. Son cerveau prit le relais. Lentement, il permit aux images qu'il s'interdisait de regarder d'envahir son esprit. C'était il y a trois jours. Ils étaient au studio depuis peu de temps, et avaient décidés de sortir. De plus, ce nouveau studio offrait l'avantage non négligeable d'une chambre chacun, ce qui donnait beaucoup plus d'intimité. Et tout le monde en profitait d'ailleurs grandement. Bref, ils étaient revenus tous les quatre bien éméchés, et il avait dû porter un porter un peu Bill. Lorsqu'ils s'étaient séparés devant leurs chambres respectives des deux autres garçons, son frère s'était soudainement redressé, étiré, et lui avait lancé un regard plein de sous entendus. Il n'avait pas eu besoin d'un quelconque don gémellaire psychique pour lire dans les pensées tordues du brun, comprendre qu'il avait simulé une bonne gueule de bois et qu'en réalité il était plus que prêt à s'adonner à leurs jeux préférés. Ils s'étaient éclipsés dans la chambre de Tom, avaient refermés bien à clef, et s'étaient toisés longtemps. Ils savaient parfaitement, l'un comme l'autre, que ce soir les choses ne seraient pas communes et habituelles. C'est Bill qui, sans un mot, avait fait le premier pas.

- Il s'est approché... Il m'a embrassé... Et... Merde, et il m'a baisé...

Tom eut un sursaut. Est-ce que c'était lui qui venait de dire ça, tout haut, juste là, dans le salon du studio ? Il interrogea la plante verte du regard, qui semblait avoir reculé de quelques centimètres. Ouais, il venait bien de déballer ça comme s'il avait parlé d'un grain de beauté sur son bras droit (et Dieu sait qu'il en avait, à cet endroit). Mais à l'instant même où les mots avaient franchis ses lèvres, les images s'étaient mêlés au reste, et il en resta sans voix. Il revit clairement son jumeau nu, transpirant, lui tenir les jambes contre ses hanches et s'enfoncer en lui, d'abord doucement, puis plus brutalement, plusieurs fois d'affilées. Il se revit hurler dans un oreiller, hurler à s'en déchirer les cordes vocales tellement ça avait été bon.

Et voilà, il mettait le doigt en plein dessus. Son estomac fit un n½ud, et la plante verte ricana. Tom aimait être dominé. Mais si c'était seulement ça...

Cette fois, il repensa à la veille. Il avait vu Bill partir sous la douche, et malgré toute sa bonne volonté, il n'avait juste pas réussit à s'arrêter à temps. Il s'était retrouvé collé au dos de son frère, sous le jet d'eau chaud, à se frotter contre ses fesses en gémissant d'avance. Et il l'avait baisé, là, contre la paroi de la douche, alors que Georg et Gustav jouait au baby foot dans le petit salon. Ils avaient fais ça debout, avec passion, avec brutalité aussi. Bill avait testé la solidité de la fixation des dreads de Tom à son crane, Tom avait pu constater que la peau de Bill marquait vraiment facilement. Ils avaient pris soin de sortir l'un après l'autre durant un intervalle de temps assez espacé, mais même sans cette précaution, aucun des deux Gs ne semblait avoir remarqué quoi que ce soit. A vrai dire, c'était presque trop facile tellement ils ne faisaient pas attention. Mais alors que Tom avait enroulé une serviette autour de sa taille, une chose l'avait titillé.

Est-ce qu'il préférait dominant ou dominé ?

Depuis, cette question ne l'avait pas lâché.

Être dominant était juste génial, avoir ce sentiment de contrôle, de puissance. Sentir cette chaleur tout autour de lui, provoquer une délicieuse friction entre un peu de lui et un peu de Bill... Toucher des endroits improbables et faire grimper son brun au septième ciel... Oui, définitivement, il adorait ça. Un sourire lui fit mal aux joues. C'était tellement flatteur, et puis il faut bien dire qu'il se trouvait parfait dans ce rôle, ça collait à son image.

Pourtant, et il fut agacé de voir que la plante souriait à cette pensée, être dominé était... Foutrement exceptionnel.

- Rien que ça, grogna-t-il en se recroquevillant sur le canapé.

- Tu parles tout seul ?

Il fit un bond et manqua de se jeter sur son frère pour l'étrangler. Il lui avait fichu une trouille pas possible. Son c½ur battait à cent à l'heure.

- Hey, calme, s'exclama Bill en ouvrant de grands yeux et en reculant d'un pas. Pendant un instant, il avait bien pensé que Tom allait lui sauter dessus.
- Désolé, réussit à s'excuser le blond en se remettant doucement. Je... Réfléchis.
- Uh, génial. Tu veux pas faire autre chose ?


Tom haussa un sourcil de façon dramatique. Soit il débloquait, soit Bill devenait de plus en plus direct et sans même avoir cherché à engager la conversation, il venait tout bonnement de lui demander de...

- J'ai envie de toi. Maintenant.
Oh. Très bien, il avait donc parfaitement compris.
- Georg et Gustav sont partis, poursuivit Bill d'un ton naturel, ils ne reviennent pas avant ce soir. Et j'ai vraiment, vraiment envie de toi.

Parfois, les sujets qui posent problème s'amusent à apparaître pile au moment où on pense qu'on a le temps d'y trouver une solution. Tom grimaça. Il commençait déjà à être dur rien qu'aux paroles délicieusement obscènes de son frère, mais sa question lui causait tout autant de soucis et lui créait une sorte de blocage. Bill dû remarquer ce changement d'expression, puisqu'il croisa les bras d'un air scandalisé.

- Est-ce que tu viens de faire une grimace ?

Le dreadé secoua la tête et se mit debout pour aller prendre le brun dans ses bras.
- Désolé. Tu m'as manqué.

Il sentit le corps se détendre contre lui, et deux mains glisser dans son dos.
- Toi aussi. Mais je peux savoir ce qui te fais avoir cette expression alors que je te propose du sexe, ce qui est, je te le rappel, une de tes activité préférée ?
Tom grogna.
- C'est faux. J'aime beaucoup d'autre chose. J'aime...
- Ne change pas de sujet. Réponds.

Nouveau grognement, et le blond enfoui son visage dans l'épaule du chanteur, le rouge aux joues.
- Pas envie d'en parler.
- C'est si terrible ? Tom, est-ce que tu as des problèmes de...


Voyant que la fin de la phrase n'arrivait pas, l'interpellé s'écarta un peu du corps aimé pour chercher une réponse. Bill mima quelque chose avec ses mains au niveau de son bassin qui fit crier Tom d'indignation.

- Non !
Comme si lui pouvait être impuissant ! La plante se paya sa tête. Il lui envoya un regard meurtrier.
- Alors ? T'en a plus envie ?

Le petit ton peiné dans la voix de Bill fit sourire Tom.
- Impossible.
Le brun fronça les sourcils. Le blond voulu devenir une plante verte.
- Je me pose une question.
- Une question ?

Hum. Il allait falloir être plus explicite.
- Je ne sais pas ce que je préfère.
Bizarrement, plus il parlait, plus il avait l'impression que Bill s'enfonçait dans la perplexité. Et ça le désespérait. C'était si compliqué à comprendre ?
- Tu sais... Quand on... Que tu... Enfin...
- Tom, accouche ! Qu'est-ce que tu veux savoir ?
- Si je préfère être...

Comment dire ça avec délicatesse ?
- Actif ou passif.

Oui, bon. Il était un peu perdu, ça excusait le manque de délicatesse, non ? Bill eut une sorte d'arrêt sur image, qui sembla durer plusieurs secondes, avant d'ouvrir la bouche en essayant de trouver ses mots.

- Tu veux dire... Quand toi et moi on...


Tom hocha si vivement la tête qu'il eut un instant peur qu'elle se décroche du reste de son corps. Le rouge ne quittait plus ses joues et il fuyait les yeux bruns de son jumeau. Jamais plus il ne penserait que la vie d'une plante devait être horriblement ennuyeuse.

- Oh.

Il y eut un blanc, et Tom se demanda même pendant un instant si Bill n'avait pas tout simplement quitté la pièce pour aller exploser de rire quelque part dans le studio. Il n'eut pas à relever les yeux pour vérifier qu'une bouche se collait à la sienne de façon possessive. Il fondit presque et pensa quand même à plaquer ses mains sur le dos du brun. Il glissa sa langue dans la bouche qui embrassait la sienne et joua un instant avec, provoquant des frissons violents dans le corps de son frère qu'il sentait tremblant d'excitation contre lui. Ils séparèrent leurs lèvres enivrées et Bill descendit dans le cou de Tom tandis que celui-ci tentait de respirer. Il sentit la main du chanteur se glisser dans son pantalon et lui caresser la peau, jusqu'à venir envelopper son sexe, lui arrachant un long gémissement. Un souffle chaud et erratique glissa sur son oreille.

- Tu crois vraiment que tu peux choisir entre ça...


Il resserra ses doigts et remonta sa main d'un coup sec le long du pénis de Tom qui hurla presque. Il recommença plusieurs fois, faisant devenir Tom liquide contre lui. Il le poussa sur le canapé et se mit à califourchon sur ses hanches. Il passa ses mains sous son teeshirt, le caressa doucement, avant de poser sa bouche près de son nombril. Tom adorait qu'il embrasse cette zone. Il haletait avec difficulté.

- ... Et ça,
gémit-il alors que Tom, dans un éclair de lucidité, avait inversé leurs positions pour le plaquer sous lui, lui dévorant le torse de baisers. Tu pourras, Tom ?
- Putain, non, non...


Il ne sentait plus que son frère et cette envie contradictoire de l'avoir à la fois autour et en lui. C'en était presque frustrant tellement il sentait tiraillé entre ces deux options absolument jouissives. Il pressa ses lèvres contre la mâchoire de Bill et lui mordilla l'oreille. Il sentit les longs doigts du brun venir se faufiler dans ses cheveux et lui masser le crâne. Il ferma les yeux et continua de lui embrasser le visage.

- C'est pas comme si on ne pouvait pas faire les deux à la suite... Je t'ai dis qu'on avait le studio pour nous jusqu'à ce soir...

Bill avait chuchoté, mais Tom avait bien entendu. Son c½ur gonfla et il offrit un baiser long et amoureux à son adorable frère qui continuait de faire jouer ses merveilleux doigts.

Et alors, Tom comprit.

Au fond, il lui suffisait d'écouter ses envies du moment. Le reste n'était qu'une question de goût. Le goût de l'instant.

C'est ainsi qu'il envoya la plante verte se faire foutre, et alors qu'il s'adonnait à de merveilleux pêchés avec sa Perfection, elle redevint une simple plante.



FIN

Le coeur a ses raisons 14/07/2009

Voilà voilà, une idée que j'avais eu comme ça (et parce que ma kiné est à la fois ma psy, mon amie, et que je trouve que ce qu'elle fait est juste génial), et sur laquelle j'ai quand même beaucoup bossé. J'espère qu'il vous plaira.
Un gros gros merci à Gab pour sa bêta vraiment exceptionnelle (WAS IST LOOOOSS XD), ainsi qu'à ma Liliwood chérie pour son avis qu'elle m'a donné tout du long, et Althy chérie & Manue pour les mêmes raisons ^^





Le c½ur a ses raisons

 
La petite salle d'attente n'était pas particulièrement jolie. Elle était neutre. Quelques sièges, une table basse, des magazines, pas de musique d'ambiance, mais c'était peut-être mieux comme ça. Tom n'aimait pas spécialement la musique dans les salles d'attente, elles étaient souvent plus agaçantes que relaxantes. Il se cala un peu mieux dans son siège et grogna un peu bruyamment, étant donné que l'homme en face de lui releva la tête de son journal en haussant un sourcil. Tom se contenta de grimacer, et reprit une position qui lui évitait les douleurs.
 
Son portable se mit à vibrer dans la poche de son jean. Il se retint de jurer et sortit l'appareil de sa poche, jetant un regard mauvais au prénom qui s'affichait à l'écran. L'homme lui adressa à nouveau un regard blasé, tandis que Tom hésitait. Il finit par rejeter l'appel en murmurant un « va te faire foutre », assez bas du moins pour que seul lui puisse l'entendre. Une autre douleur vive le lança, et il étouffa un gémissement. Merde, qu'est-ce qu'il foutait ? Il était arrivé à l'heure. Il aurait dû être reçu il y a au moins... Un coup d'½il à sa montre le calma. Il n'attendait que depuis cinq minutes. Qui lui avaient semblé une éternité. Le temps passe beaucoup plus lentement quand on a mal. Il se mit à remuer convulsivement la jambe. Un mauvais tic qu'il avait tendance à répéter même sans s'en rendre compte.
 
Des bruits de pas dans le couloir le firent soupirer de soulagement. La porte à sa droite s'ouvrit, et il put voir de dos la personne qui allait s'occuper de lui dire au revoir à son dernier patient, avant de se retourner pour trouver le prochain, qui n'était jamais venu auparavant. Ses yeux se posèrent sur un homme d'environ vingt-cinq ans, blond, aux cheveux tressés en dreadlocks, l'air paumé, et qui venait de tenter de se lever. Il fronça les sourcils.

- Mr... Trümper ?

Tom rouvrit les yeux qu'il ne se souvenait pas avoir fermés, et tomba nez-à-nez avec un personnage assez inattendu. Environ son âge, grand, cheveux noir corbeau assez longs et lisses, l'air très sûr de lui, et qui venait de lui adresser la parole. Il cligna trois fois des yeux.

- Euh... Ouais, c'est moi.
- Bien, suivez-moi, c'est par ici.
Il s'apprêta à partir vers son bureau, avant de se retourner, posant une main sur l'embrassure de la porte.
- Vous avez besoin d'aide peut-être ?
- Non, ça ira, grommela Tom en marchant bancalement à la suite du brun.

Il détestait se sentir en difficulté. Pourtant, là, il fallait l'avouer : il l'était, et pas qu'un peu. Il boitilla jusqu'à une petite pièce à l'écart. En y pénétrant, il se sentit un peu rassuré. Il y flottait une odeur douce et sucrée, la lumière était légèrement tamisée, provenant d'une lampe halogène placée dans un des coins. Un bureau sur la droite, avec quelques piles de papiers, un ordinateur portable, et une chaine Hi-Fi d'où sortait faiblement un peu de musique. A gauche, une grande table recouverte d'un drap-housse blanc. Au fond, en face de lui, une chaise. Il s'y dirigea, plus à l'aise que dans la salle d'attente. Il fit attention en s'asseyant, mais ne put retenir une nouvelle grimace. L'autre homme s'installa à son bureau et déplia une paire de lunettes noires qu'il posa sur son nez. Il parcourut son ordinateur en se massant la tempe.

- Okay, dit-il finalement. C'est la première fois que vous venez au cabinet, c'est ça ?
Tom acquiesça. L'autre continua.
- Très bien... Donc aucune connaissance de moi ou mes collègues... Ni de dossier... Il pianota quelque chose sur son clavier. Bon. Je vais devoir jeter un coup d'½il à tout ça, pour déterminer le boulot qu'on va devoir faire.

Tom haussa un peu les épaules, avant de grogner. Même ça lui faisait mal. Le mystérieux brun reposa ses lunettes et se déplaça pour venir se planter devant Tom.

- Je vais avoir besoin que vous enleviez votre tee-shirt et que vous veniez vous installer sur la table. On va regarder ça.


Tom eut une seconde de panique. Puis se reprit. Après tout, il savait à quoi s'attendre en venant ici. Il n'avait pas trop le choix. Il ôta son haut, le jeta négligemment sur le siège et s'installa sur la table sous les yeux experts qui le détaillaient.

- Je vois... Vous dites que c'est arrivé comment ? Interrogea le brun en se plaçant dans le dos de Tom.
- En sortant de mon bain, j'ai glissé, j'ai voulu me rattraper au lavabo, sauf que je suis tombé le dos contre la bordure de la baignoire.
- Aïe. Sacré chute, j'imagine.
- Surtout douloureuse. Et ça l'est encore.
- C'est bien pour ça que vous êtes là. Très bien, je vais appuyer le long de la colonne, et vous me dites où vous avez mal. J'ai les mains un peu froides.


Et en effet, Tom sentit une pointe glacée toucher son dos meurtri. Mais ça lui fit plus de bien qu'autre chose, sachant qu'il se sentait brûlé sur certaines zones. Le soulagement laissa pourtant place à une vive douleur qui lui fit tourner la tête et pousser un gémissement.

- Excusez-moi, je vais appuyer un peu moins fort. Donc cette partie là... Et plus bas ?
- Ҫa va,
 grimaça Tom en sentant la main s'éloigner du point sensible.
Le téléphone sonna, interrompant les tâtonnements gelés dans le dos de Tom. Le brun s'excusa et saisit l'appareil.
- Bill Kaulitz, masseur kinésithérapeute, bonjour ?... Oui... Non, c'est son collègue... Oui, je vous le passe... Je vous en prie.
Il fit un numéro et reposa le téléphone sur son socle.
- Désolé, dit-il sur un ton léger. Les gens n'ont toujours pas compris qu'on était trois dans ce cabinet.

Tom ne dit rien. Il frissonna un peu quand Bill vint reposer ses mains sur le milieu de son dos. Il se raidit et, comme pour le punir de ce mauvais réflexe, la zone douloureuse s'enflamma. Il eut envie de crier. C'était vraiment horrible.

- Il va falloir vous détendre un peu déjà, lui dit finalement Bill après quelques palpations. Je pense qu'il y a quelques vertèbres déplacées. Je vous manipulerai bien, mais avec tous ces hématomes...
- Faites-le,
 dit Tom sans hésiter.
- Humm, ça risque d'être vraiment désagréable pour vous...
- S'il vous plaît...

Le ton de la voix de son patient surprit un peu Bill. Il se doutait bien qu'il devait avoir mal, les marques étaient impressionnantes. Mais une manipulation, d'ordinaire déjà pas très plaisante à subir, allait sûrement lui faire plus mal que le soulager. Il resta un moment sans rien dire, puis finalement soupira. Il posa sa main sur la zone déplacée.

- Mettez vos pieds sur la droite. Placez la main gauche sous votre aisselle droite, la droite sur votre épaule gauche.
Tom s'exécuta, et se laissa allonger sur la table, la main du brun toujours comprimée sur ses vertèbres déplacées.
- Inspirez.
La position lui coupait presque le souffle, mais il fit du mieux qu'il put pour inspirer une grande goulée d'air. Le corps de Bill s'abaissa un peu sur le sien.
- Expirez, lui ordonna le kiné avant de se laisser reposer complètement sur Tom dont le dos fit une série d'horribles « crac » sonores, accompagnés d'un cri impossible à retenir.

Bill se redressa en aidant Tom à se rassoir sur la table. Son visage était tordu par la douleur, mais il ne disait rien.

- Je pense qu'elles sont toutes passées. Je vais vous prescrire quelques décontractants musculaires, mais ça devrait aller mieux dans un ou deux jours. D'ici là, pas de déplacements, vous restez tranquillement chez vous. Vous ne travaillez pas le weekend ?
- Non,
 répondit Tom, un air de regret au visage.

Bill attendit quelques secondes, pensant en apprendre un peu plus sur le dreadé, mais rien, ce dernier restait silencieux et gardait les yeux rivés sur la chaise où reposaient son tee-shirt et sa veste.

- Bien... Je crois qu'on va en rester là pour aujourd'hui, finit-il par conclure, voyant qu'il n'en saurait pas plus. Il faudrait qu'on se mette d'accord sur une date régulière à laquelle vous pourriez venir, le vendredi comme aujourd'hui par exemple. Votre médecin vous a prescrit vingt séances, où je dois vous masser et vous aider à retrouver le maintien de votre dos, qui a été fragilisé par votre chute.
- Le vendredi, c'est très bien,
 se contenta de dire Tom en se relevant et en enfilant son tee-shirt.
- Disons... Dix-huit heures vendredi prochain ?
- Parfait.


Bill se leva de son siège de bureau, le temps de voir Tom enfiler sa veste et se diriger difficilement vers la sortie. Il lui tendit la prescription pour les médicaments, que son patient se dépêcha de récupérer avant d'ouvrir la porte. Un peu trop vite, visiblement. Une grimace déforma ses traits fins. Bill eut un mouvement en avant.

- Vous avez besoin que...
- Non,
 coupa le blond un peu sèchement. Je... Ça ira, rajouta-t-il plus doucement, conscient d'avoir été un peu brusque. Merci. A la semaine prochaine.

Bill hocha la tête, et observa Tom (dont il avait aperçu le prénom sur le dossier créé par la secrétaire) longer le couloir, puis disparaître. Il retourna derrière son bureau, et se laissa glisser sur sa chaise en soupirant. Cet homme était... Étrange. Mystérieux. Pourtant, Bill était réputé pour être un des meilleurs en matière de relations sociales, il avait un véritable don pour mettre ses patients à l'aise et les inciter à lui parler. Il jouait un peu le rôle de psy autant que celui de kiné. Et il aimait ça, le contact avec les autres, la confiance qu'on plaçait en lui.

Pourtant...

Il secoua la tête, s'obligeant à se sortir ces pensées de l'esprit. Il lut avec un sourire le nom de son prochain rendez-vous, un patient de longue date qui avait eu un accident assez grave et qui suivait une rééducation depuis plus d'un an. Il partit vers la salle d'attente, fermant définitivement le dossier Trümper pour se consacrer complètement à son travail.

***

La porte s'ouvrit, laissant s'engouffrer du vent et un peu de pluie à l'intérieur de l'appartement, avant de se refermer en un claquement. Un soupire soulagé se fit entendre.

- Quel temps de merde...

Une paire de chaussures valdingua, une veste trempée fut accrochée au porte-manteau, et un sac fut posé sur la table. Tom s'étira à nouveau. Il se sentait beaucoup mieux que la veille, et revenait de la pharmacie avec ses décontractants. On lui avait bien dit de n'en prendre qu'un seul à la fois, leur puissance étant assez conséquente. Il attrapa un verre qu'il remplit d'eau, et avala le petit comprimé blanc. Il se sentait exténué. Il se laissa doucement glisser dans le canapé, télécommande en main, avec la ferme intention de suivre les conseils du kiné et de ne rien faire de son week-end. Il avait bien quelques copies à corriger, mais elles attendraient. Tom était professeur d'histoire dans une grande université de Berlin. Ces derniers temps il était un peu surmené, et ces problèmes de dos n'étaient vraiment pas les bienvenus. Il se contenta d'oublier, et reporta son attention sur le programme qui passait à la télé. Un reportage sur la nocivité du téléphone portable et son développement depuis son apparition. Tom pensa avec amusement qu'il pourrait s'en servir comme sujet pour la prochaine dissertation qu'il donnerait à ses élèves.

La porte d'entrée claqua, faisant sursauter le blond. Il sentit un peu de froid parvenir jusqu'au salon, mais bientôt la chaleur ambiante revint. Il y eut quelques mouvements derrière lui, puis bientôt un corps vint se placer devant la télévision, cachant la vue à Tom. Il ne s'en formalisa pas, et sourit avant de se lever et de venir se blottir contre le châtain aux yeux verts émeraudes qui avait interrompu sa contemplation des radiations schématisées. Il l'enlaça sentit deux mains caresser ses hanches. Puis, sans un mot, ils se regardèrent, et s'embrassèrent longuement. Pas besoin de mots, ils se comprenaient comme ça. Leurs langues se caressèrent lentement, les mains de Tom agrippèrent le tee-shirt encore imprégné de la fraîcheur de l'extérieur. Les bouches se détachèrent progressivement, puis celle de l'autre vint déposer quelques légers baisers dans le cou du dreadé.

- Luka... Soupira-t-il en penchant un peu plus la tête sur le côté.
- Hummm... Tu sens bon...
- J'ai pris une douche ce matin.
- Tu sens toujours bon, idiot.

Ils se sourirent, puis se détachèrent.
- Je vais rester ici à glander ce week-end, annonça Tom en se réinstallant sur le canapé.
- J'ai quelques trucs à faire, lui parvint la voix de Luka depuis la cuisine. Je pense que ce soir je serai absent.
- Très bien,
soupira Tom.
- Tu as faim ?

Le ventre de Tom gronda, et il se rendit compte qu'il n'avait rien avalé depuis son petit-déjeuner, et qu'il était déjà quatorze heures.
- Oui. Mais laisse, si tu dois y aller...
- J'ai un peu de temps, on peut au moins déjeuner ensemble.


Tom hocha la tête, sachant très bien que c'était inutile, puisque son petit ami ne le verrait pas depuis la cuisine. Il l'entendit s'activer à préparer à manger, et bientôt, ils furent installés sur la table basse du salon, assis en tailleur l'un en face de l'autre, les informations en fond sonore qu'ils n'écoutaient pas réellement.

- Ces conférences m'épuisent,
 soupira Luka en avalant un peu d'eau. D'ici deux semaines, ça ira mieux je pense, mais en attendant... Je suis obligé d'y assister.

Tom hocha la tête, compréhensif. Luka était journaliste, et souvent en déplacement. Mais il avait été promis au poste de rédacteur adjoint du magazine pour lequel il travaillait, il allait donc bientôt pouvoir se poser.

- T'en fais pas, j'ai une tonne de copies à corriger, je vais être occupé. Et puis je ferai un peu de ménage. Non vraiment, t'inquiète pas pour ça.
- Tant mieux alors.


Ils finirent leur repas en discutant de leurs emplois du temps respectifs pour la semaine suivante, lesquels laissaient présager qu'ils ne se verraient pas souvent. Puis Tom se sentit légèrement partir, ses paupières se fermaient toutes seules, son corps semblait flotter dans du coton. Luka choisit cet instant pour regarder sa montre.

- Merde, il faut que je file, dit-il en avalant précipitamment et en se levant d'un bon.
Il déposa un furtif baiser sur les lèvres de Tom et réenfila sa veste.
- Bonne soirée mon c½ur, lança-t-il avant de sortir de l'appartement aussi vite qu'il y était entré.

Le blond réagit à peine, à vrai dire il sentait le médicament l'envoyer vers un monde lointain et confortable. Il eut la force de débarrasser la table avant d'aller s'écrouler sur son lit où il s'endormit immédiatement.

***

L'amphithéâtre se remplit doucement, laissant à Tom le loisir d'observer la salle. Il aimait son boulot, il avait toujours voulu enseigner, et sa plus grande fierté était le niveau de ses élèves, et la réputation qu'il avait très vite acquise. A vrai dire, il était plutôt cool comme professeur, et le courant passait très facilement avec les étudiants, pas beaucoup plus jeunes que lui pour la plupart. Cette pensée le mit un peu mal à l'aise, et il chassa vite les déplaisantes images de son esprit.
 
Il avait un cours à donner.
 
Il s'y consacra du mieux qu'il pouvait, comme à chaque fois. Mais un regard plus pesant que d'autres le dérangea. Il bégaya plusieurs fois, se reprit du mieux qu'il put, et termina son cours un peu laborieusement. Il s'en voulait de se laisser déstabiliser ainsi. Son sang se glaça quand, alors que tous les autres élèves quittaient la salle, l'objet de sa gêne se planta juste devant son bureau. Il fit mine de ne rien avoir remarqué, fouillant dans ses papiers et feignant de chercher un document. Le jeune ne se découragea pas, se raclant la gorge peu discrètement. Tom fut forcé de relever la tête. Il croisa deux yeux bleu clair qui le dévoraient avec une envie non dissimulée.

- Salut, lui lança la voix douce et calme.
- Humpf, fut tout ce que Tom put répondre.
Il n'avait aucune envie de parler avec lui.
- Tu m'évites ?
Le dreadé releva la tête et haussa un sourcil.
- J'ai un petit ami, au cas où ce détail t'aurait échappé. Oh, et je suis ton professeur. Fin de l'histoire. Arrête de chercher plus loin, Stefan.
Le blond baissa un peu le regard, puis marmonna :
- Tu ne disais pas la même chose l'autre soir.
Tom inspira profondément en se massant l'arête du nez.
- C'était une erreur.
Ҫa l'était vraiment. Il n'avait fait que l'embrasser, rien de plus. Et il n'était pas prêt de recommencer. Il s'en était mordu les doigts pendant trop longtemps après.
- Je vois...
Tom s'en voulut un instant, après tout, il détestait donner de faux espoirs. Mais il n'avait jamais rien promis à ce garçon.
- Écoute, je suis vraiment désolé, mais...
- Laisse tomber,
 lança le dénommé Stefan en s'éloignant. A demain.

Tom hocha la tête, pas vraiment pressé d'être au lendemain. Le vendredi était une grosse journée, très fatigante. Néanmoins, et il se surprit lui-même d'y penser, la perspective de revoir le kiné le soulageait d'avance. Il ramassa toutes ses affaires et sortit lui aussi de la salle.

***

Il resserra ses mains sur l'oreiller et poussa un gémissement.

- Putain, ouais... Haleta une voix sous lui.

Il se retira doucement et redonna un coup de rein étonnement violent, qui fit crier son partenaire et lui fit toucher les étoiles. Il sentit tous ses muscles être secoués par une décharge électrique, et il jouit au creux de l'autre homme en étouffant son cri. Il sentit qu'il n'était pas le seul à être comblé. Son corps retomba doucement sur Luka, et leurs peaux transpirantes se collèrent ensemble. Ils respirèrent difficilement, et Tom enfouit son visage dans le cou de son amant.

- Je t'aime, souffla-t-il.

Il sentit deux bras l'entourer et lui caresser le dos. Il retint une grimace et se laissa faire.

- Moi aussi. Ne l'oublie jamais.


Tom sourit et roula sur le côté. Il fixa un instant le plafond, et entendit remuer à côté de lui. Puis une main se tendit au-dessus de son visage. Il saisit la cigarette qu'on lui offrait, et la coinça entre ses lèvres alors que Luka la lui allumait, avant de faire de même avec la sienne. C'était leur petit rituel après l'amour, ils appréciaient tous les deux. Tom laissa ses pensées troublantes s'éloigner, et inspira.

Le brun tira une longue bouffée et laissa la fumée envahir ses poumons avant de l'expirer avec délectation. Derrière lui, allongé sur son grand lit deux places, un mec quelconque qu'il ne reverrait jamais. Il s'accouda un peu mieux au balcon et observa le ciel étoilé. Il se sentait détendu, et savait que demain il irait au travail avec le sourire. Bill aimait ce qu'il faisait, il aimait par-dessus tout aider, soulager les gens, et avoir cette connexion avec eux. Il entendit du bruit, et un ronflement. Il eut un petit rire amusé et écrasa la cigarette sur son balcon.
 
Il observa un instant la ville endormie. Tout lui semblait beau la nuit, calme et sans problème. Il savait que c'était une belle illusion, mais elle lui plaisait. Il se heurtait trop souvent à la cruelle réalité, alors s'en éloigner de temps en temps ne lui faisait pas de mal. Sans vraiment qu'il sache pourquoi, il se prit encore à repenser à son patient du lendemain, Tom. Il lui paraissait tellement mystérieux, et ces non-dits l'attiraient. Il avait envie de réussir à le décoincer, et l'inciter à lui parler. Il pensa un instant que ça faisait vraiment curiosité mal placée, mais secoua la tête. Non, il souhaitait simplement en savoir plus pour... Pouvoir mieux l'aider. Cette conclusion lui offrit satisfaction, et il retourna se coucher près de l'inconnu qui aurait disparu avant son réveil.

***

- Je crois qu'un simple massage sera suffisant aujourd'hui, déclara Bill avec un sourire. Retirez votre tee-shirt et allongez-vous sur le ventre.

Tom acquiesça et s'exécuta. Le kiné ne put s'empêcher de détailler le dos nu qui s'offrit à ses yeux : les bleus étaient encore assez visibles, mais moins impressionnants que la dernière fois. Il le laissa s'allonger, saisit un tube de crème et s'en enduisit les mains. Il les posa doucement sur le haut du dos de Tom qui frissonna avant de pousser un soupir de soulagement tandis que les mains expertes faisaient des merveilles. Il se laissa aller, et apprécia simplement la sensation de ses muscles détendus.

- J'espère que ça a été, après notre première séance ? Finit par engager Bill, que le silence dérangeait vraiment.
- Avec les médicaments, oui.
Le brun attendit, persuadé d'avoir lancé la conversation, mais rien. Le jeune dreadé restait incroyablement muet. Il fit rouler la peau sous ses doigts, puis tenta une nouvelle approche.
- Vous faites quoi dans la vie ?
- Je suis prof d'histoire.
- Oh. Vous avez du courage, moi et les enfants...


Bill fit une petite grimace suivit d'un « berk » assez puéril, mais qui eut le don de faire sourire un peu le blond. Finalement, peut-être y avait-il quelque chose à trouver sous cette carapace...

La séance s'acheva rapidement, et il fut convenu d'en reprogrammer une autre le même jour et la même heure, la semaine suivante. Une fois seul, Bill, ayant terminé sa journée, se posa un instant devant son ordinateur portable. Il se sentait un peu coupable, mais après tout, il ne faisait rien de mal. Il ouvrit le dossier de Tom avec quelques données personnelles qui lui en apprirent plus. Il habitait dans un quartier de Berlin, non loin d'ici. Il avait, comme il s'en doutait, le même âge que lui, c'est-à-dire vingt-cinq ans. Pas de graves antécédents, juste une visite cinq mois auparavant aux urgences pour un poignet cassé. Il se laissa tomber dans sa chaise en soupirant. Non, décidément, il n'apprendrait rien d'autre, sauf si Tom se décidait à lui parler. Il secoua une dernière fois la tête, puis débrancha son ordinateur pour le glisser dans son sac. Il éteignit l'halogène, la chaîne Hi-fi, attrapa son long manteau qu'il enfila, ainsi que ses clefs, et ferma le cabinet. Il rentrait à pied ce soir-là, ayant préféré laisser sa voiture chez lui le matin.

Il flâna tranquillement dans les rues berlinoises, très animées à cette heure de la journée. Le mois d'octobre débutait doucement, plongeant la ville dans une fraicheur encore douce. Les jours raccourcissaient, et même à dix-neuf heures trente il faisait déjà un peu nuit. Mais Bill appréciait cela, il se sentait protégé dans cette semi-obscurité. Il flâna devant les commerces qui fermaient leurs portes, et, peut-être consciemment, ou bien poussé par une mauvaise curiosité, ses jambes se dirigèrent vers une rue qu'il connaissait pour être passé devant plusieurs fois. Il s'y engagea et longea les murs jusqu'au numéro d'un immeuble assez luxueux, construit sur le même modèle que le sien, avec des appartements qu'il devinait spacieux. Il leva la tête, puis la rebaissa, parcourant des yeux le bâtiment, essayant de deviner où habitait Tom.

- Euh... Excusez-moi ?
Il sursauta en entendant une voix derrière lui et se retourna vivement pour se retrouver face à un homme grand, les cheveux châtains mi-longs et aux yeux étonnement verts, tellement qu'on aurait pu penser qu'il portait des lentilles - peut-être était-ce le cas d'ailleurs. L'inconnu le fixa un instant, l'air d'attendre quelque chose. Puis, voyant que Bill ne disait rien, il demanda :
- Vous avez perdu le code ? Vous êtes nouveau dans l'immeuble ?
- Ah non, non pardon, je... Je regardais juste.

L'homme fit un petit sourire.
- Intéressé ? Vous avez raison, ces apparts sont vraiment géniaux.
- Vous y habitez depuis longtemps ?

Bill se sentait comme un voyeur, mais sa curiosité le titillait de plus en plus.
- Oh, rit l'inconnu, je n'y habite pas, pas vraiment du moins, mais disons que j'y suis très souvent. Je viens voir... Quelqu'un.
- Ah... Je vois,
 dit Bill avec un air entendu. Et le voisinage est correct ?
- Très, les gens sont discrets, on n'est jamais dérangés. Vous habitez loin d'ici ?
- Non, à quelques rues seulement.
- Alors vous êtes tombé sur une bonne occasion. J'ignorais qu'ils vendaient un des appartements...

Voyant qu'ils s'aventuraient sur un terrain glissant, Bill préféra abréger.
- Bon et bien, je ne vais pas vous déranger plus longtemps alors, si quelqu'un vous attend. Merci pour le renseignement, je vais euh... Réfléchir.

Ils échangèrent un sourire, puis Bill se dépêcha de partir. Il se dit un instant qu'il avait de la chance de ne pas être tombé sur Tom lui-même, il aurait eu du mal à se justifier de sa présence ici. Il rejoignit très rapidement son véritable logement, et s'offrit une petite soirée plateau-télé, ne travaillant pas ce week-end-là.

***

Les semaines s'étiraient lentement, et les séances de Tom se déroulaient presque toutes de la même façon. Bill tentait de parler, le dreadé l'ignorait poliment, ne dévoilant presque rien à propos de sa vie. Le kiné aurait sûrement dû abandonner, mais quelque chose chez Tom le poussait à vouloir impérativement le percer à jour. Bien sûr, son patient n'était pas désagréable, loin de là. Mais juste pas assez bavard, trop réservé et... Trop mystérieux.

Ainsi, ce vendredi, Bill s'attendait à tout, sauf à voir ses interrogations trouver réponse.

La séance débuta comme à l'habitude.

- Comment ça va aujourd'hui ?
 Interrogea le brun en laissant Tom s'asseoir sur la petite chaise et retirer chaussures et tee-shirt.
- Euh...
Le visage un peu crispé et la manière voûtée dont se tenait le blond alerta Bill.
- Plutôt mal, avoua-t-il finalement. J'ai... J'ai fait quelques folies cette semaine, je n'ai pas beaucoup ménagé mon dos.
Le brun fronça les sourcils.
- A quel point ?
Tom haussa misérablement les épaules, grimaçant de plus belle.
- Ok, dites-moi, sur une échelle de un à dix pour la douleur... Vous seriez à... ?
- Euh... huit ?
- Hum, je vois. Très bien, venez vous asseoir.

Tom s'exécuta, réellement peu fier et semblant souffrir. Bill se souvint de la première séance, mais se rassura en se persuadant que c'était forcément moins grave. Il palpa doucement le dos de Tom, et sursauta presque en entendant :
- J'ai l'impression que la pluie me rouille, j'ai eu des douleurs en début de semaine, quand le temps a commencé à devenir merdique en fait, vous voyez ?

Bill en resta sans voix quelques instants. Ses efforts seraient-ils enfin récompensés ? Tom lui parlait !
- Euh... C'est normal, l'humidité n'est pas géniale pour les douleurs. Mais...
Il se mordilla la lèvre.
- Vous pouvez me tutoyez, ça devient un peu trop... Enfin, j'ai l'impression d'être beaucoup plus vieux, alors qu'on a le même âge.

Il se demanda un instant si Tom n'allait pas trouver étrange qu'il le sache, mais le dreadé se contenta d'hocher la tête.
- Bien, je vais te masser en premier. Je sais pas encore si t'as quelque chose qui a bougé... On va voir.

Le blond se plaça sur le ventre, les bras croisés, la tête reposant sur ceux-ci. Il soupira doucement quand Bill posa ses mains enduites de lotion sur le haut de son dos. Le kiné rougit un peu en repoussant quelques dreads qui s'étaient échappées du grossier chignon que les autres formaient sur la tête de Tom. Il fit doucement jouer ses pouces sur les muscles de la nuque, et descendit progressivement. Il ne cessait de se repasser en boucle les dernières paroles de son client, toujours sous le choc de s'être vu adresser la parole. Il adorait décidément ça. Il espérait vraiment que les choses allaient continuer dans ce sens-là.

- T'as toujours voulu faire ce métier ? Entendit-il, comme s'il avait pensé tout haut.
- Non, je voulais partir en médecine en fait, mais j'ai fait un stage chez un kiné, et ça m'a tout de suite plu. Et puis, j'aime trop le côté social avec les gens, un médecin, c'est différent. Ici... C'est un peu comme si je recevais des amis, la plupart du temps, tu me suis ?
Tom acquiesça. Il ajouta avec un sourire que Bill ne vit pas :
- Parce que je dois dire que t'as un véritable don. Tes mains font des merveilles.
Les joues du brun se colorèrent à nouveau. Il décida de poursuivre dans cette superbe voie offerte à lui.
- Et toi ? T'as toujours aimé les gamins ?
- Les gamins ?

Bill stoppa ses mouvements, intrigué.
- Bah oui, t'es bien prof non ?
Tom eut un petit rire. Bill décréta immédiatement qu'il aimait ce rire.
- Oui, prof d'histoire, mais en fac !
Les mains du kiné reprirent leur activité, et Tom pouvait presque voir le visage du brun devenir cramoisi.
- Si tu veux tout savoir, oui, j'ai toujours aimé l'histoire, les études, et les jeunes aussi. Et puis, j'ai un bon contact avec eux.
Un sourire triste étira ses lèvres alors qu'il pensait qu'il avait peut-être même un trop bon contact avec eux.
- Ça ne m'étonne pas... Enfin, tu ne dois pas être tellement plus âgé qu'eux, alors forcément, ils se sentent proches de toi.
- Ouais, c'est un peu ça. Et puis, à partir du moment où tu aimes ce que tu fais...

Bill descendit doucement ses mains sur les hanches de Tom, puis les fit remonter avec lenteur, appuyant bien. Il les passa sur le côté droit, puis le gauche, faisant jouer chaque doigt, donnant des pressions mesurées. Le silence, pour une fois, se fit confortable.
- T'as mal plutôt vers où ? Demanda finalement Bill en retraçant la colonne vertébrale de Tom de son index.
- Le haut.
Il se dirigea vers la nuque, et put sentir un léger déplacement qui, quand il appuya dessus, fit légèrement tressaillir Tom.
- Ok, tu t'assieds ? On va essayer de faire ça doucement.
Il indiqua à Tom se croiser ses doigts derrière sa nuque, prit appui sur les coudes joints du blond, et l'allongea en appuyant un coup sec qui fit craquer légèrement son dos. Ils se redressèrent, et Tom joua un peu des épaules.
- Wah, merci, ça va beaucoup mieux.
- Évite juste de refaire des folies. Il te reste des décontractants, je suppose ?
- Oui, un paquet.
- Bien, prends-en un demi ce soir, et demain pareil si ça va pas mieux. Tu...

Le brun hésita longuement, tandis que Tom se rhabillait, les yeux fixés sur lui.
- Oui... ?
- Tu vis seul ou bien...
- Ah, euh, non, j'ai... J'ai quelqu'un.

Il y eut un petit silence, et Tom ajouta :
- Un homme. On ne vit pas totalement ensemble... Enfin. Pourquoi ?
- Et bien,
 tenta Bill en masquant comme il le pouvait son trouble, il faudrait que, si il a le temps, il te masse la nuque une fois par jour. T'es hyper tendu, et c'est mauvais pour ton dos. Ou alors tu fais du yoga, ça reste à voir.
Les deux jeunes hommes se sourirent. 
- D'accord, je verrai ça avec lui.


Tom maîtrisait l'art de mentir parfaitement bien depuis le temps. Personne n'aurait pu deviner ce que cachaient ces simples mots. Bill ne le devina pas. Il fut content de voir qu'ils s'étaient plus rapprochés en une séance que depuis plus d'un mois qu'ils se voyaient chaque semaine. Après avoir souhaité un bon week-end à Bill, Tom sortit du cabinet et prit le chemin qui le ramènerait chez lui, priant de toutes ses forces pour que les décontractants soient toujours là où il les avait mis, et surtout, qu'ils soient restés bien cachés.

***

Les derniers élèves quittèrent la salle, et Tom se retrouva seul. Il rangea les papiers étalés un peu partout sur son bureau. Un mal de tête pointait, et il poussa un soupir en pensant qu'il ne rentrerait pas de bonne heure ce soir, il préférait rester un peu à la fac pour se forcer à corriger ses copies. De plus, il était de mauvaise humeur, il n'arrivait pas à remettre la main sur un objet de valeur, et ça l'angoissait terriblement. Il enfila son manteau, c'était la pause de midi, et il avait l'estomac vide. Il sortit de l'amphithéâtre et traversa les couloirs, saluant quelques collègues, quelques élèves. Il se rendit à la cafétéria et se posa sur une table à part. Il se massa un moment les tempes, priant pour que cette migraine passe au plus vite, elle n'était pas la bienvenue aujourd'hui.
 
Sans vraiment s'en rendre compte, il se mit à penser à Bill. Il l'avait vu la veille, exceptionnellement, un jeudi soir, car Tom avait prévu qu'il ne serait pas rentré de bonne heure ce vendredi soir-là. Un petit sourire prit naissance sur son visage. Voilà plus de trois semaines qu'il avait décidé d'arrêter d'être distant avec son beau gosse de kiné. Leurs séances se transformaient en véritable rendez-vous d'amis qui parlaient de leurs vies, de leurs problèmes. Tom se sentait proche du brun, il aimait sa façon de voir les choses. Bill pouvait paraître naïf, mais le blond lui attribuait plutôt une vision positive des choses, peut-être un peu trop optimiste parfois, mais tellement agréable. Il se confiait vraiment, et leurs conversations déviaient très facilement sur une multitude de sujets. Ils se racontaient leurs semaines, Bill donnant quelques anecdotes sur des patients un peu étranges, Tom divaguant sur des idées pour exposer les sujets qu'il allait traiter en cours...

Le bruit d'un plateau brutalement posé sur sa table coupa Tom dans ses pensées, et il releva la tête d'un coup sec. En face de lui, Stefan, l'élève avec qui il avait flirté, semblait soucieux.

- Je peux m'asseoir ?

Tom hésita, soupira puis acquiesça finalement. Le jeune étudiant s'installa. Un silence plana durant quelques minutes, le professeur se contentant de manger le contenu de son assiette tranquillement.
- Tom, je... Se lança finalement Stefan. Je suis... J'arrive pas à t'oublier.
Le blond leva des yeux las vers son élève qui le fixait avec insistance.
- Stef, je suis vraiment désolé. Ça n'aurait jamais dû arriver, je n'aurais jamais dû te faire croire ou espérer quoi que ce soit... Entre nous, c'est pas possible, tu comprends ? Même si je le voulais. Mais je ne le veux pas.
Il s'en voulait d'être aussi cru et direct, mais il ne pouvait pas laisser planer un doute fictif. Le visage de Stefan se défit un peu.
- Je... D'accord.
Tom fut surpris de le voir si coopératif, mais n'ajouta rien. Il le vit manger un bout de pain, toujours focalisé sur lui. Ҫa le dérangeait.
- Juste, poursuivit le plus jeune, pour savoir. Tu l'aimes, ton mec ?
- Je ne vois pas en quoi ça te regarde
, grogna le dreadé en se tassant dans sa chaise.
- Dans le sens où le soir où tu m'as embrassé, t'avais pas l'air de te sentir si coupable que ça.
- T'en sais rien. Tu ne me connais pas.

Ses mâchoires se crispaient et il envoya un regard noir à l'étudiant qui sourit narquoisement. 
- J'en connais suffisamment pour t'assurer que tu n'es pas amour...

Il fut coupé par la main de Tom qui, s'étant penché au-dessus de la table, l'avait agrippé au col et rapproché de son visage.
- Ça n'est en rien tes affaires. Alors ferme-la, ok ?

Stefan hocha positivement la tête, légèrement impressionné par la couleur noire qu'avaient pris les yeux de Tom. Ce dernier retourna à son repas, les poings serrés. Le silence s'étira, puis, finalement, après un « Bon ben, salut, à plus » bancal de la part de Stefan, Tom se retrouva à nouveau seul. Son c½ur battait la chamade et il n'eut même pas le courage de finir son repas, trop éc½uré par le problème qu'avait soulevé son élève. Il refusait d'admettre que ce gamin avait raison. Il avait tort, de toute façon. Il aimait Luka, et personne au monde n'aurait osé affirmer le contraire, si le monde avait su... Il secoua la tête, dépité, et préféra retourner au boulot, du moins dans sa salle, le temps que l'heure de la reprise se décide à arriver.

Bill referma la porte avec un sourire, et soupira de soulagement. Son dernier patient de la journée venait de quitter le cabinet. Il était dix-neuf heures trente passées, et ses mains étaient toutes engourdies. Il s'accorda un instant de repos et se laissa mollement tomber dans sa chaise de bureau. De toute façon, personne ne l'attendait chez lui. Cette pensée lui fit un peu mal au c½ur. Il n'aimait pas l'idée de s'engager dans une relation sérieuse, mais d'un autre côté, certaines soirées étaient longues. Il laissa son regard parcourir son lieu de travail, son ordinateur, l'imprimante dans le coin, et ses yeux se posèrent sur quelque chose qui ne lui appartenait pas, il en aurait mis sa main à couper. Il eut un éclair de souvenir, et se frappa le front.

- Et merde !

Sur son bureau reposait la gourmette de Tom que ce dernier retirait à chaque séance car elle l'empêchait de poser son visage sur ses poignets durant le massage. Il y tenait vraiment, comme il l'avait confié à Bill la veille même, lors de leur séance exceptionnelle du jeudi. Elle lui avait été offerte par sa mère, avec gravé dessus son prénom, sa date de naissance, et en tout petit, une citation de Blaise Pascal que la mère de Tom et lui-même aimaient particulièrement : Le c½ur a ses raisons que la raison ne connaît point. Bill contempla longuement l'objet, et fut pris de panique. Et si le blond pensait l'avoir perdue, et s'il la cherchait partout ? Il n'eut qu'un court instant d'hésitation avant de décider d'aller lui-même jusque chez Tom pour lui rendre cet objet qu'il chérissait tellement.
 
Il saisit ses clefs, ferma tout et sortit rapidement du cabinet, grimpa dans sa voiture et fonça jusqu'à l'immeuble. Il se gara en face, et se rua vers le hall d'entrée. A cet instant, un habitant de l'immeuble pénétra à l'intérieur, lui tenant gentiment la porte en voyant qu'il souhaitait lui aussi y entrer. Il n'eut pas à chercher longtemps, Tom n'habitant qu'au deuxième étage - et sachant qu'il n'y avait que deux appartements par étage. Il ne réfléchit pas et sonna immédiatement. Quelques secondes s'écoulèrent sans rien, puis des pas s'approchèrent, des clefs tournèrent et la porte s'ouvrit sur... Un homme qui n'était pas Tom, mais que Bill connaissait vaguement. Il fronça les sourcils. L'autre en fit de même.

- Vous êtes l'homme de la dernière fois, éluda doucement le kiné.
- Qu'est-ce que vous faites là ? Vous avez emménagé, finalement ?
- Euh...
 Bill piqua un fard. Non, je ne déménage plus. En réalité, je venais voir Tom. Il n'est pas là ?
- Tom ?
 Le visage de Luka se fit encore plus fermé. Pourquoi vous vouliez...
- Il a oublié ça au cabinet hier soir,
 indiqua le brun en sortant la gourmette de son sac. Je tenais à la lui rendre, je sais qu'il y tient, alors voilà... Pardon pour le dérangement.
- Attendez,
 le stoppa le châtain. Vous êtes quoi exactement ?
- Et bien... Kinésithérapeute, je m'occupe de Tom depuis son accident. Pardon, on n'a pas été présentés. Bill Kaulitz,
 dit-il en lui tendant la main.
Le petit ami de Tom hésita un instant, puis lui serra la main.
- Luka Schlechtes, je suis le...
- Oui, l'ami de Tom, je sais. Il m'a déjà parlé de vous. Enchanté, en tout cas.
- De même,
 murmura Luka. Merci de vous être déplacé jusqu'ici, c'est très aimable à vous.
- Je vous en prie, je vous l'ai dit, je n'habite pas très loin, et le cabinet est juste à côté. Ça ne me posait aucun problème. Bien, je ne vais pas vous importuner plus longtemps. A un de ces jours, peut-être.


Et sur ces paroles, le brun de pressa de redescendre les escaliers, laissant Luka planté dans l'entrée, la gourmette à la main. Il s'engouffra dans sa voiture, et démarra pour prendre le chemin de son chez-lui. Il ignorait pourquoi, mais il avait l'impression d'avoir loupé quelque chose. Que quelque chose n'allait pas, quelque chose lui échappait.

Et il n'avait pas idée d'à quel point il avait raison.

Une heure plus tard, extenué, Tom regagnait son appartement. Son mal de tête ne l'avait pas quitté, et il avait l'impression qu'il allait mourir d'une seconde à l'autre tellement il était épuisé, vidé de ses forces. Il se gara dans le parking de l'immeuble et rassembla ses dernières réserves pour atteindre l'ascenseur et monter au deuxième étage. Il introduisit ses clefs dans la serrure et pénétra enfin dans son nid douillet. Il balança ses affaires un peu n'importe où et voulu se laisser tomber sur le canapé, quand la petite lampe à côté de celui-ci s'alluma, laissant apparaître Luka, installé sur ledit canapé, le regard dur. Tom stoppa tout mouvement.

- Que...

Luka le coupa en levant sa main qui tenait la gourmette. Elle se refléta à la lumière.
- Ma gourmette ! Il l'attrapa et l'enfila immédiatement. Comment est-ce que tu l'as retrouvée ? Je l'ai cherchée partout !
- C'est ton kiné qui me l'a apportée.

Le sang de Tom se glaça, et il recula d'un pas.
- Qu-quoi ?
- Tu m'as très bien entendu,
 dit Luka en se levant, l'air menaçant. Depuis quand tu le vois ? Depuis quand est-ce que tu me mens ?
Le dreadé ne répondit pas, se contentant de reculer un peu plus alors que son petit ami se rapprochait dangereusement. 
- Et, tu ne devineras jamais, je l'avais déjà vu, parce que je l'avais surpris au pied de l'immeuble, un soir... Dis-moi Tom, est-ce que tu te fous de ma gueule ? Qu'est-ce qu'il se passe exactement entre vous ?

Son ton était monté en flèche, et il hurlait presque à présent. Tom était comme pétrifié, et il ne reculait plus du tout.
- Est-ce que tu le baises ?
- Non, non c'est pas ce que tu crois... Luke, tu sais bien que je n'aime que toi, il...

Il reçut une gifle qui le coupa dans ses bégaiements. Il bascula en arrière et se retrouva à terre. Luka fut près de lui en deux secondes, se baissa et le saisit par les épaules pour le plaquer violemment contre le mur. Il planta ses yeux devenus fous dans les siens.
- Alors pourquoi tu ne m'as rien dit ?
- Je...


Il sentait les larmes poindre, et fut incapable de finir sa phrase, ce qui rendit le châtain encore plus furieux. Il le cogna contre le mur, puis le projeta à nouveau à terre avant de lui donner un violent coup de pied dans le ventre. Tom hurla et se recroquevilla, priant de toutes ses forces pour que Luka se calme au plus vite ce soir, il n'avait pas, contrairement aux autres fois, la force physique d'encaisser les coups. Il tremblait, et releva doucement le visage. Sa lèvre était fendue, et le sang s'écoulait doucement sur sa chemise. Luka était debout, et le fixait, tandis que ses traits semblaient se radoucir. Il finit par quitter le salon pour aller se coucher, sans un mot.
 
Tom laissa échapper un sanglot, et les larmes dévalèrent ses joues alors qu'il se relevait difficilement. Il souleva doucement sa chemise souillée de sang, et put constater une large trace rouge sur son ventre, qui deviendrait sûrement un énorme hématome. Il essuya d'un revers de main sa lèvre et se dirigea vers la salle de bain pour se doucher. Il grimaçait de douleur à chaque pas qu'il faisait et ne fut soulagé qu'une fois nu sous l'eau bouillante qui calma peu à peu la douleur lancinante. Il se laissa glisser le long de la paroi et se retrouva assis sous le jet d'eau. La gourmette à son poignet semblait être plus brillante que jamais.

***

La semaine de Bill s'écoula dans la confusion la plus totale. Il n'avait pas reçu de coup de fil de la part de Tom, ni pour lui confirmer le rendez-vous de ce vendredi, ni pour le remercier d'avoir rapporté sa gourmette. L'heure de leur habituelle séance approchait, et Bill doutait de plus en plus de voir le dreadé dans la salle d'attente. Néanmoins, à dix-huit heures, il trouva le blond assis sur la même chaise que chaque vendredi soir. Il le fit entrer dans son cabinet, et referma doucement la porte. Il se tourna pour se retrouver face à face avec Tom, qui n'était pas allé s'asseoir pour se changer, comme il le faisait normalement. Le brun ne dit rien, se contentant de fixer le visage de son patient. Il remarqua une coupure assez profonde qui cicatrisait un peu à gauche, au coin de sa lèvre inférieure, à l'opposé de son piercing. Il remonta ses yeux pour plonger dans ceux de Tom, et vit celui-ci déglutir bruyamment.

- Merci pour ma gourmette,
 dit-il lentement.
- Euh... De-de rien...

Tom lui offrit un petit sourire et partit enfin s'installer pour se déshabiller. Bill resta un instant planté là, reprenant doucement sa respiration. Cette proximité l'avait mis dans un état étrange. Il s'installa à son bureau, pianota quelques petites notes, et observa Tom aller s'installer sur la table de massage. Il faillit pousser un cri et eut l'impression de recevoir un coup dans l'estomac en remarquant une marque jaunâtre, presque marron sur le ventre du blond. Il sentit les couleurs quitter son visage, et se força à rester calme en s'approchant de son patient - qui était plus un ami à présent. Entre-temps, Tom s'était allongé avec précaution, grimaçant légèrement au contact de la table de massage avec sa contusion. Bill commença alors à le masser délicatement, ayant peur de lui faire mal au moindre effleurement. Il sursauta en entendant la voix de Tom lui demander :

- Ça va toi ? T'as l'air... Bizarre ?
- Euh, ouais ouais, ça va... J'ai eu une semaine difficile,
 mentit-il avec facilité.
- M'en parle pas, je suis rentré une heure plus tard presque chaque soir tellement je suis débordé. Les tas de copies semblent grossir au fur et à mesure. J'en vois plus la fin.
- Tu travailles trop surtout, c'est ça le problème.

Tom haussa les épaules, puis les relâcha quand Bill vint les masser avec insistance, déliant les muscles tendus.
- Regarde-moi ça, murmura le brun. T'as du plâtre à la place des muscles, juste ici...
Il fit glisser ses doigts le long de la nuque du dreadé qui frissonna doucement.
- J'aime mon boulot, expliqua-t-il finalement. J'aime aller à la fac tous les matins, et me dire que je vais voir mes élèves.
- Je comprends,
 soupira Bill.
Ils ne dirent rien pendant quelques minutes, Tom appréciant simplement les mains de Bill sur lui, Bill appréciant de pouvoir toucher la peau douce de Tom.
- Et... Avec Luka, ça va ? Demanda soudainement le kiné.
- Euh... Ouais, ça va super, pourquoi ?
Bill avait sentit le dreadé se raidir, mais préféra ne pas faire de remarque.
- J'en sais rien, il avait l'air un peu étrange quand je suis passé te rendre ta gourmette. On aurait dit qu'il... Qu'il ne savait pas que tu prenais des séances de kinésithérapie.
- Non, ce n'est pas ça, c'est juste qu'il est un peu... Enfin, c'est Luka, il peut paraître un peu rude comme ça, mais au fond, ça n'est pas le cas.

Bill passa ses mains sur les flancs de Tom, et remarqua avec une pointe d'horreur une nouvelle marque bleutée, ainsi qu'une trace de griffure. Il eut la nausée, mais n'osa rien demander.
- Il m'a dit qu'il t'avait déjà vu, l'interpella Tom.
- Oh euh... Ouais, j'étais... En fait, je passais par là par hasard, enfin, je rentrais à pied, je n'habite pas très loin et... Et voilà, j'avais vu ton adresse sur ton dossier, alors j'ai voulu jeter un coup d'½il. Je ne savais pas qui était Luka en fait, à ce moment-là.
Tom eut un petit sourire en entendant la gêne évidente dans la voix du brun. Il n'ajouta rien cependant, et le laissa terminer son massage en discutant de tout autre chose. 
- Au fait,
 se souvint Bill avant que le blond ne quitte le cabinet, je crois que j'ai un de tes élèves en patient...
- Ah oui ?
- Ouais, attends...

Il posa ses lunettes sur son nez et parcourut son ordinateur, avant de tomber sur le prénom qu'il cherchait.
- Un certain Stefan, tu connais ?
Tom poussa un soupir et se dit qu'il devait vraiment avoir une poisse incroyable.
- Ouais, bien même. Il vient pour quoi ?
- Un souci au genou, il a de la rééducation à faire. Quand il m'a dit où il allait, je me suis souvenu que tu m'avais donné le nom de la même université.
- Et... C'est tout, il ne t'a pas parlé de moi ?

La question surprit un peu Bill qui eut un sourire.
- Non, pourquoi, il aurait dû ?
- Non non, bien sûr que non,
 s'empressa de répondre Tom en baissant un peu le visage. Bon, je vais y aller. On se voit vendredi prochain alors.
- Euh, en fait, je suis en vacances, la semaine prochaine. Il va falloir qu'on repousse à dans quinze jours. Évite les surmenages, fais tes exercices et tout ira bien.


La déception se lisait sur les traits du professeur, néanmoins il n'ajouta rien. Il lui souhaita un bon repos, hésita un instant puis finalement lui déposa un léger bisou sur la joue, et quitta le cabinet, sous le regard inquiet de Bill, qui commença à se poser des questions sur les raisons de ces marques, mais surtout, sur le fait qu'il soit aussi préoccupé et troublé par Tom...

***

Mercredi après-midi, seize heures. Les vacances de Bill étaient à présent terminées, il les avait passées chez ses parents, dans une petite villa en France. Le lundi de reprise avait été un peu difficile, mais à présent il était relancé, et plus que prêt à affronter son quotidien, qu'il aimait quand même par-dessus tout. Il jeta un coup d'½il à son agenda, et sourit en constatant qu'il n'avait plus que deux patients. Il avait même une demi-heure de répit. Il s'installa sur sa chaise de bureau et parcourut distraitement ses fichiers, tombant sur des photos qu'il avait prises la semaine passée, des dossiers professionnels... Son esprit s'éloigna peu à peu, et il somnola légèrement. Il pensa brièvement que Tom lui avait manqué...

Des coups martelés à la porte le réveillèrent en sursaut. Il ne s'était assoupi que dix minutes, heureusement pour lui. Les coups redoublèrent. Ses deux collègues étant absents, il avait indiqué aux patients souhaitant un rendez-vous de venir s'adresser directement à lui au cabinet, et avait laissé la salle d'attente ouverte pour qu'ils puissent y accéder facilement, la pièce étant au bout du couloir. Il jura et se passa les doigts dans les cheveux en espérant y remettre un peu d'ordre. Il se dépêcha d'ouvrir la porte, et manqua de se casser la figure en réceptionnant un corps contre lui. Il donna un coup de pied dans la porte pour la refermer, et tira l'homme jusqu'à la table où il l'allongea. Il poussa un cri en reconnaissant enfin Tom. Qui était défiguré. Son visage était ensanglanté, et il avait sûrement dû avoir beaucoup de mal à se traîner jusqu'ici, vu l'état de sa jambe. Ses mains se mirent à trembler, et il secoua la tête pour se redonner de la contenance.

- Bill...

La voix du blond était faible, et c'était évident qu'il lui fallait faire beaucoup d'efforts pour parler. Bill décida de prendre les choses en mains. Il installa du mieux qu'il pouvait Tom sur la table, essayant de ne pas réagir à chaque gémissement de douleur qui s'échappait des lèvres de l'estropié.

- Okay, ne bouge pas Tom, je suis là, je vais m'occuper de toi...
Il lui retira son tee-shirt et plaqua une main sur sa bouche, les larmes aux yeux. Son torse était recouvert de petites coupures et de bleus. Il sentit la panique l'envahir.
- Je... Je vais t'emmener à l'hôpital Tom, je ne peux pas...
- Non !


Le ton du dreadé s'était fait désespéré, et Bill se serait senti inhumain de le traîner là où il n'avait visiblement aucune envie d'aller. Il saisit le téléphone et composa un numéro malgré les protestations de son patient. Qui se calmèrent dès qu'il entendit la conversation.

- Allô, oui ici Bill Kaulitz, le kiné... Non, je suis désolé, je ne vais pas pouvoir vous prendre aujourd'hui, je peux reporter notre séance à demain ? Très bien... Oui, dix heures, parfait. Merci, au revoir.

Il raccrocha et composa aussi sec un autre numéro, tenant à peu près le même discours à l'autre personne. Tom s'était redressé légèrement sur ses coudes, et il observait Bill s'activer. Il sortit de la pièce, et y revint avec un tas de produits qu'il posa sur son bureau.

- Reste allongé,
 ordonna-t-il sans lever la tête de ce qu'il faisait.
Tom obéit, et se rallongea doucement. Il vit Bill s'approcher avec des compresses et beaucoup de bandages. Il grimaça en sentant qu'il nettoyait son visage à l'aide de désinfectant, le produit piquant affreusement les multitudes d'égratignures qu'il portait. 
- Putain, Tom... Comment tu... Qu'est-ce que c'est que toute cette merde ? Qu'est-ce qu'il t'est arrivé...


Le blond ne répondit rien. Bill continua de nettoyer, passant du visage au torse, vérifiant qu'il n'y avait pas d'autre blessures graves. Il pansa, banda, essuya. Il s'occupa un peu de sa jambe, et comprit pourquoi il avait eu du mal à marcher : elle était traversée d'une grande coupure, qu'il eut du mal à nettoyer sans avoir des haut-le-c½ur. Tom se tint tranquille, sans dire un mot, faisant quelques grimaces de temps en temps, étouffant des plaintes. Finalement, presque une heure et demi plus tard, Bill mit les torchons et compresses pleines de sang à la poubelle, et s'assura de ne rien avoir oublié.

- Je crois que c'est bon, enfin, j'ai fait ce que j'ai pu, avec le peu que j'ai... Mais merde Tom, si t'as un truc plus grave, si... Je sais même pas comment tu...


Il soupira et se passa une main sur le visage. Voir Tom dans cet état lui était simplement insupportable. Le dreadé se mit en position assise et tendit la main vers son bienfaiteur.
- Viens là.
Bill attrapa sa main et se pressa doucement contre le corps meurtri.
- Explique-moi, supplia-t-il contre l'oreille du blond. Dis-moi ce qu'il s'est passé. S'il te plaît...
- Je... Merci pour ce que tu as fait,
 se contenta-t-il de lui répondre en lui frottant le dos. Je vais y aller.
Le kiné s'écarta de son patient, le laissant se mettre debout avec difficulté. Il ferma les yeux et sembla essayer d'évacuer la douleur qui le traversait de toute part. 
- Tu as quelque chose chez toi, un truc qui te soulagerait ?
 Demanda Bill, plus anxieux que jamais.
- Il doit me rester de la morphine quelque part, j'en ai eu besoin à une époque.
- Fais attention, c'est...
- Je sais, Bill. Je sais.

Le brun ravala ses protestations, et baissa la tête. Tom la lui releva du bout du doigt, et lui fit un petit sourire.
- Merci. T'en as fait beaucoup pour moi.

Bill haussa les épaules, et ferma les yeux quand les lèvres de Tom se posèrent sur sa joue.
- Appelle-moi si ça ne va pas, ajouta-t-il avant que le professeur ne disparaisse dans le couloir en boitant.

Il referma la porte et se laissa glisser contre celle-ci, les jambes flageolantes. Son esprit fonctionnait à toute allure. Ҫa n'était pas la première fois qu'il remarquait des traces étranges sur le corps de Tom, mais ça n'avait jamais été à ce point. Des bleus, des petites cicatrices, mais rien de bien méchant. Son c½ur avait du mal à reprendre un rythme normal, et il dut prendre de grandes inspirations en comptant les secondes dans sa tête pour réussir à se calmer. Il se releva doucement, des questions sans réponse plein la tête. Et si Tom s'était fait agresser ? S'il était harcelé ? Que devait-il faire pour l'aider ? Il se claqua mentalement. Il ne pouvait rien faire, du moins, pas tant que Tom ne lui en parlait pas. Son ventre se tordit désagréablement. Et si Tom ne lui en parlait pas, comme jusqu'ici, qu'allait-il bien pouvoir faire ?

***

Le vendredi suivant, Tom ne vint pas à sa séance. Pas un coup de fil, pas de nouvelles, rien. Bill commençait sérieusement à angoisser, s'imaginant les pires scénarios possibles. Il était tendu, sans arrêt sur la défensive, parfois même désagréable, ce qui ne lui ressemblait absolument pas. Il tournait en rond, avait du mal à rester concentré, sursautait dès que son portable sonnait, l'espoir fou que son blond daigne enfin mettre fin à ce silence horrible. Mais rien. Il avait failli aller jusqu'à chez lui lui-même, mais s'était ravisé, conscient que ça n'aurait pas été très correct.
 
Alors il attendait, encore et encore. Le week-end passa, puis la semaine recommença. Il reçut Stefan le mardi, et en profita pour lui demander si Tom avait été faire cours la semaine passée. Il perçut une légère gêne chez le jeune, qui lui répondit qu'il n'était revenu que la veille, avec une sale mine. Puis il changea rapidement de sujet, comme s'il avait quelque chose à cacher. Bill ne s'en formalisa pas, obsédé par la simple idée que Tom ait pu être mal au point de ne pas aller au travail, chose qu'il adorait pourtant plus que tout, et dont il ne se serait passé pour rien au monde. C'était pire qu'inquiétant.

La fin de semaine arriva, avec elle le vendredi soir, et la séance de dix-huit heures. A laquelle aucun patient ne se montra. Bill en aurait presque pleuré. Il savait qu'il s'était bien trop attaché au dreadé, que c'était presque malsain. Mais il s'en fichait, ne se préoccupant que du bien-être de Tom. Dont il ne savait rien. Il rentra chez lui le c½ur lourd, les idées noires. De plus, pour rejoindre son appartement, il passait devant la rue de son patient. Elle semblait le narguer. Il arriva rapidement, et eut la ferme intention de ne rien faire. Il se fit de la purée, s'installa devant sa télévision, pieds sur la table, et passa ainsi sa soirée. Vers vingt-trois heures, et alors qu'il somnolait devant une émission sur les chauves-souris, son portable vibra, lui arrachant un cri de surprise.

- Putain, jura-t-il en saisissant la machine infernale. Allô ?
- Bill...

Malgré les sanglots, il la reconnut, il l'aurait reconnue dans n'importe quelle circonstance. C'était la voix Tom.
- Tom ? Tom, est-ce que ça va ? Merde, est-ce que tu pleures ?
- J'ai... Je...

Il entendit un hoquet et des pleurs plus bruyants.
- J'ai peur... Il va peut-être revenir... Bill... J'ai peur...
Le kiné n'y comprenait rien, mais il n'avait conscience que d'une chose : Tom allait mal.
- Tu veux que je vienne te chercher ?
- Oui !
 Lui cria-t-il presque en réponse. Vite, s'il te plaît, il va... Vite...
- Okay, ne bouge pas, je suis là dans cinq minutes.


Il raccrocha, se précipita vers l'entrée où il attrapa son manteau au passage et referma la porte à la volée avant de dévaler les escaliers et de sortir en trombe dehors. Il se rua dans sa voiture et démarra à fond. Il fut devant chez Tom en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire, et sonna à l'interrupteur. La porte s'ouvrit immédiatement, et il n'eut pas la patience de prendre l'ascenseur, grimpant directement les escaliers quatre à quatre. La porte s'ouvrit alors qu'il surgissait de la cage d'escalier, et il fut tiré dans l'appartement avant même de comprendre ce qu'il lui arrivait.
 
Il se retrouva dans un logement spacieux, très joli, décoré avec goût. Il n'eut cependant pas le loisir de détailler plus l'intérieur, se souciant uniquement de la raison de sa venue ici. Il fit volte-face, se retrouvant face à un Tom dévasté. Il semblait bien mieux en point que lors de leur dernière rencontre, mais sa joue était rouge vive, ainsi que ses yeux perlant de larmes. Le brun n'hésita pas et l'attira contre lui pour le serrer de toutes ses forces. Les pleurs de Tom se firent bruyants contre son torse, et il se retint à grande peine d'éclater lui-même en sanglots. Il lui avait tellement manqué...

- Pardon... Je ne voulais pas te déranger mais... Bill...
- Chuuut...
 Calme-toi, lui murmura-t-il en lui frottant doucement le dos. Qu'est-ce qu'il s'est passé ?
- On peut aller chez toi ? Il faut qu'on parte, vite...

Bill fronça les sourcils et écarta le corps du blond du sien.
- Pourquoi ?
- Je t'expliquerai, je te raconterai tout, promis... Mais s'il te plaît... Il faut qu'on s'en aille d'ici...


Les yeux de Tom étaient implorants, et le kiné n'eut pas à réfléchir bien longtemps. Ils regagnèrent la voiture du brun, et furent de retour à son appartement en un laps de temps si réduit qu'on aurait pu croire que son locataire ne l'avait jamais quitté. Sauf que cette fois, il n'était pas seul. Tom pénétra timidement dans l'appartement, jetant des coups d'½il intrigués un peu partout. Bill le laissa aller s'installer dans le canapé alors qu'il posait ses clefs sur la table et allumait la lumière dans le salon. Il vint s'asseoir face au blond, dans un fauteuil. Il observa le visage torturé qu'il connaissait bien à présent. Il ne préféra pas le brusquer, et laissa se décider à prendre la parole. Ce qui ne tarda pas à arriver.

- Je suis désolé, je ne savais plus à qui m'adresser, et comme tu... Enfin...
- Ça ne fait rien, Tom. Je suis touché que tu me fasses assez confiance pour m'appeler quand ça ne va pas.

Les yeux du blond se remplirent à nouveau de larmes, et Bill se mordit la lèvre. Il n'avait pas voulu rappeler la raison de leur présence ici, mais ça lui avait échappé.
- J'en peux plus, avoua le blond. J'en ai assez, je n'arrive plus à le supporter... C'est de pire en pire...
- Est-ce que tu es... Harcelé par quelqu'un ? Des gens s'en prennent à toi ?

Tom fronça les sourcils et essuya ses larmes.
- Quoi ? Tu penses que... Je croyais que... Après la dernière fois, je pensais que tu avais deviné...
Le brun se gratta la tête et réfléchit un instant.
- Ok, je vois que non...
Bill lui envoya un regard d'excuse, un peu perdu. Qu'avait-il pu louper ? Qu'est-ce qui lui avait échappé ?
- Tu te souviens, ce fameux mercredi après-midi, où je suis venu te demander de l'aide... Et bien, ce que tu as vu, ces marques... C'était une punition.
Il marqua une pause, cherchant à faire deviner quelque chose qu'il n'avait aucune envie de dire de vive voix. Mais visiblement, Bill ne comprenait toujours pas. Alors il poursuivit.
- J'ai fait une connerie, un soir, avec un de mes élèves, Stefan. Je l'ai embrassé, rien de bien méchant, j'étais un peu bourré, enfin bon. Depuis, il m'en veut, parce que je lui ai expliqué qu'entre lui et moi, il n'y aurait jamais rien. Et bien, il s'est vengé. Mercredi, je suis rentré assez tard dans l'après-midi, j'avais encore du boulot, alors j'ai prolongé mon temps à la fac. Et bien, entre temps, Stefan était passé chez moi. Il... Il est allé raconter à Luka qu'il nous avait vus ensemble, et que je t'avais embrassé, enfin, sur la joue tu vois, mais Luka, il n'a pas pris ça comme ça.

Les yeux de Bill s'agrandirent alors que lentement les éléments se mettaient en place, un à un, et que ses questions obtenaient des réponses, néanmoins loin de ce qu'il avait pu imaginer, et bien moins plaisantes. Vraiment très désagréables. L'horreur figea ses traits.

- Luka est un homme très possessif, murmura Tom en baissant le visage, laissant une larme dévaler sa joue et s'écraser sur sa main qui tripotait sa gourmette.

Bill se leva d'un coup, les mains tremblantes. Le dreadé leva ses yeux brillants sur lui, l'air affolé, perdu, dévasté, mais surtout effrayé. L'androgyne passa machinalement ses doigts dans ses cheveux, la respiration bruyante.
- Il te frappe.
Il ne cherchait même pas une confirmation, c'était juste évident. Qu'il avait pu être naïf et aveugle ! Ses jambes vacillèrent, et Tom lui agrippa le bras pour l'empêcher de finir par terre. Il le tira à côté de lui et se positionna en tailleur sur le canapé, tourné vers lui. Il planta ses yeux dans les siens.
- Il n'a presque rien fait ce soir, juste une gifle, mais je pense qu'il va revenir d'ici peu de temps chez moi pour...
Il déglutit et n'eut pas besoin d'achever sa phrase. Les poings de Bill se serrèrent et ses yeux devinrent noirs.
- Ça dépend des jours, et de son humeur. Parfois, c'est pour pas grand-chose. Un jour, il m'a cassé le poignet parce qu'il avait un peu bu et qu'il avait eu pas mal de problèmes au travail. Je suis allé à l'hôpital parce que je n'arrivais pas à le soigner tout seul, et que je ne pouvais pas bosser à cause de ça. Le soir où j'ai embrassé Stefan, je suis rentré très tard et plutôt bourré. Il m'a... Il m'a frappé au visage, beaucoup, et dans les côtes. J'ai réussi à m'en occuper, et ça n'a pas mis très longtemps à se remettre, j'ai eu de la chance que ça ne soit pas cassé. Je me suis procuré pas mal de morphine, en prévision. Et j'ai bien fait...
Il fit une pause, l'air d'avoir en tête la scène dans les moindres détails.
- C'est à cause de lui que tu as dû faire de la kiné, pas vrai ? Interrogea Bill, la voix tremblante.
- Oui, soupira Tom. Ce jour-là, on s'était engueulés parce que je n'avais pas pu prendre de vacances en même temps que lui. D'habitude, quand je sens que ça chauffe un peu, j'arrête, je le laisse se calmer avant que ça ne dégénère. Mais cette fois, je ne sais pas trop pourquoi, je l'ai poussé, j'ai gueulé plus fort que lui. Il a pris... Il a pris une chaise et m'a frappé dans le dos avec. Et puis il m'a donné des coups de pied, par-dessus. J'ai cru que j'allais y passer...
Bill s'était plaqué une main sur la bouche, les yeux écarquillés. Tom lui prit l'autre et la serra. 
- Quand il fait ça, juste après, il s'en va. Et dès qu'il est de retour, tout est normal, et je ne dois jamais lui montrer que j'ai mal. C'est pour ça qu'il n'a jamais su pour nos séances, pour les médicaments... Quand c'est vraiment trop, j'invente des excuses pour qu'il ne vienne pas à la maison, et qu'il ne me voie pas comme ça. Pour lui, c'est... Enfin, il ne réalise pas. Et puis il m'aime. Comme je l'ai aimé...


Ses pleurs revinrent doucement, et il cacha son visage dans ses mains. La colère de Bill fondit immédiatement, et il prit Tom dans ses bras. Ce dernier s'agrippa à lui et enfouit sa tête contre son épaule, le corps secoué par les sanglots.

- T'en as jamais parlé à personne ?
 Interrogea le brun en lui caressant doucement les cheveux.
- Non. J'avais peur qu'on ne me croit pas. Ou que Luka l'apprenne. Et puis, au début, je pensais que ça passerait... Je te dis, je l'aimais... Tellement... Démesurément même. Depuis... Les choses ont changé.
Ils restent un instant ainsi, enlacés, Bill jouant de ses doigts sur la nuque et dans la chevelure de Tom. 
- Je vais nous faire du café,
 déclara-t-il finalement en se levant pour aller dans la cuisine. Tu prends quoi ?
- Lait et un sucre... S'il te plaît.

Il hocha la tête et s'affaira à préparer les boissons, essayant d'évacuer de son esprit la rage meurtrière qui s'était emparée de lui. Le principal, pour l'instant, était de s'occuper de Tom, de lui parler, et surtout, de l'aider à s'en sortir. Il était clair qu'il ne supportait plus cette situation - qui l'aurait supportée, en même temps - et qu'il fallait que les choses changent. Mais pour ça, il avait besoin d'être épaulé.

- Tiens,
 lui dit Bill en lui tendant sa tasse avant de s'asseoir à nouveau, les jambes repliées sous lui, à côté du dreadé.
- Merci... C'est pour ça que je suis venu te voir, en fait. Je savais que je trouverai un soutien, quoi qu'il arrive. Tu es juste... Quelqu'un de tellement génial, généreux avec tout le monde... Regarde tes patients, ils n'en finissent plus de te complimenter, ils t'adorent.
Le brun rougit à l'entente de ce flot de compliments. Il secoua la tête modestement.
- Je les écoute, c'est tout. Ce n'est pas grand-chose, ça ne me coûte rien, et puis... Ça leur fait du bien. C'est un peu ça aussi, mon métier : faire en sorte qu'ils aillent bien. Ça passe aussi par la discussion.
Tom lui envoya un sourire qui lui réchauffa le c½ur. Au moins, il ne pleurait plus. 
- Tes élèves aussi t'adorent...

Il reçut un coup de pied dans la cheville à cette remarque et étouffa un rire.
- C'était de très mauvais goût ça, lança Tom en souriant néanmoins.
- Désolé, désolé. Mais sérieusement, c'est vrai, non ? Ils t'apprécient parce que tu es proche d'eux, tu les comprends, tu ne cherches pas juste à leur bourrer le crâne, pas vrai ?
Le blond acquiesça en avalant une gorgée de café. Un bruit feutré attira son attention.
- Y'a pas un truc qui...
- Si,
 répondit Tom, le visage soudain fermé. C'est mon portable.
Il sortit l'appareil de sa poche et le contempla sans rien dire.
- Luka ? Interrogea Bill en posant sa tasse sur la table basse.
- Hum. Il fait toujours ça. Quand on se dispute, et qu'il... Enfin, il appelle après, pour savoir où je suis. Ça veut dire qu'il est calmé. Il a fait ça aussi, le premier jour où je suis venu au cabinet.
Il finit par rejeter l'appel et posa son portable à côté de lui.
- Qu'il est calmé ? Demanda finalement Bill après un silence.
- Ouais, qu'il ne me finira pas quoi, comme je l'avais redouté.
Le téléphone vibra à nouveau, et cette fois-ci Tom l'éteignit en soupirant.
- Je lui réponds toujours, d'habitude. Sinon c'est pire, après.
Il n'insista pas sur ce que « pire » signifiait, ni l'un ni l'autre n'ayant vraiment envie d'en parler.
- Ça fait combien de temps que vous êtes ensemble ? Osa demander le brun.
- Un an et demi, on s'est connus par des amis communs. Ça n'a pas vraiment été le coup de foudre, ça a plutôt été progressif. On a été amis, puis amants... Je suis tombé amoureux de lui un peu plus tard, je l'ai compris quand il a commencé à me manquer les soirs où il n'était pas là, ou quand j'étais légèrement jaloux de le voir avec d'autres mecs. On a vraiment vécu un amour idyllique pendant les six premiers mois. Et puis... Il y a eu ce soir où il m'a fait une scène, pour une connerie, un message que j'ai reçu d'un de mes meilleurs amis, un peu trop affectueux à son goût. Il m'a claqué, et il est parti de chez moi. Le lendemain, c'était comme s'il n'y avait rien eu. C'est là que tout a débuté, et c'est allé de pire en pire.
- Et... C'est allé jusqu'où ?

Tom déglutit avec difficulté et leva des yeux douloureux vers son kiné.
- Parfois, il cassait des bouteilles en verre et me frappait avec dans le ventre. Mais le plus dur... c'était quand il s'acharnait. Je saignais, je hurlais, mais il frappait encore, et toujours au même endroit. Les traces restaient des mois et je ne savais plus quoi donner comme excuse. J'ai évité la plage, la piscine, tout ce qui impliquait que je puisse retirer mes vêtements.
- C'est monstrueux...

Bill sentait les nausées lui secouer l'estomac et son café menaçait de remonter.
- Et moi j'ai rien vu...
- C'est pas ta faute. Je le cache. Même mes parents n'ont rien vu, pourtant je les vois assez souvent. Luka est déjà venu manger à la maison, ils l'adorent. Il est tellement différent parfois, il peut être si tendre, si... Enfin, comme avant.
- C'est pour ça que tu restes avec lui ?
 Demanda Bill, des reproches dans la voix.
- Je pense que oui... J'ai tellement envie qu'un jour, le Luka d'avant revienne... Qu'il arrête d'être aussi... D'être ce mec violent que je ne connais pas...
On sentait un certain désespoir dans ces quelques mots. Le c½ur de l'androgyne ne s'en serra que d'avantage.
- Et toi ? Reprit Tom après un long silence. Personne dans ta vie ?
- Oh non,
 répondit Bill en s'étirant. Je commence d'ailleurs à me demander si un mec bien qui veut se caser pour un truc sérieux existe. En attendant... Je fais avec ce que je trouve.

Ils se lancèrent sur ce sujet, parlant tour à tour de leurs premières expériences, de leurs préférences (orientées vers le même penchant), puis les paroles dérivèrent sur leurs familles, leurs années d'études... L'heure s'étira, encore et encore. La nuit s'approfondit, et vers quatre heures, Bill réalisa enfin qu'ils travaillaient tous les deux le lendemain. Il en fit la remarque au blond, qui sursauta à l'entente de l'heure qu'il était.

- Merde, c'est vrai... Je vais y aller alors.

Bill se stoppa dans son mouvement pour se relever et lui envoya un regard plein de surprise.
- Qu-quoi ? Tu veux... Enfin, je veux dire, tu peux dormir ici, c'est pas un problème hein...
Tom le fixa avec désolation.
- Je dois y aller, Bill. Il faut que je le voie. Si je ne reviens pas de la nuit, ça va prendre des proportions énormes. Je t'ai déjà bien assez importuné.
- Tu n'importunes personne, Tom ! Tu crois vraiment que je vais te laisser y retourner après... Ҫa ? Alors que je sais tout ?

Le visage du dreadé se fit dur, et il lâcha sans vraiment s'en rendre compte :
- Tu l'as bien fait les autres fois.
Il regretta aussitôt ses mots et releva le visage pour croiser les yeux blessés et coupables du brun qui ne savait plus où se mettre.
- Merde, je... Non, je suis désolé, c'est pas ce que je voulais dire, je... Ah, putain, mais qu'est-ce que je suis con !
Bill allait pour lui répondre, mais Tom se jeta sur lui avant qu'il n'ait pu protester. Il le serra avec une force incroyable, essayant de faire passer par cette simple étreinte toute sa reconnaissance. Il enroula ses bras autour du corps abîmé, maltraité, et laissa échapper une larme silencieuse qui mourut dans le cou de son patient.
- J'aurais voulu faire quelque chose... Je refuse de te laisser partir... Il va te frapper encore... Je ne le supporterai pas Tom...
- Je te promets que c'est la dernière fois,
 entendit-il soufflé contre son épaule.
Ils s'écartèrent l'un de l'autre, et Bill fronça les sourcils.
- Je veux dire, expliqua Tom, je te jure de faire quelque chose, mais avant... Il faut que j'y retourne. Je dois le faire. Pour être certain de ce que je vais faire ensuite.
- T'as besoin de te faire à nouveau défoncer la gueule pour comprendre ?
 S'emporta le kiné en se levant. Mais merde, ouvre les yeux ! Il va finir par te tuer !
- Si je ne reviens pas, oui. Mais... Je sais ce que je fais, d'accord ? Il ne va rien m'arriver.

Bill se sentait tiraillé de toute part, l'hésitation pouvant se lire sur son visage. Il n'avait aucun droit de forcer Tom à rester là, mais d'un autre côté, le laisser rejoindre Luka se résumait à l'envoyer au bourreau. Il inspira à fond, espérant de tout son c½ur ne pas prendre une mauvaise décision.
- Ok, souffla-t-il. Mais tu m'as promis...
- Et je m'y tiendrai. Juste pour ce soir.

Ils marchèrent jusqu'à la porte d'entrée.
- Je te ramène en voiture ? Tenta Bill sans grand espoir.
- Je vais y aller à pied, je ne suis pas loin. Merci...

Il le prit une dernière fois dans ses bras, et souffla pour se donner du courage. Avant qu'il ne passe la porte, Bill le retint par le bras et lui dit d'un ton catégorique :

- C'est la dernière fois, Tom. J'ai quelque chose à te proposer.

***

Il tenta de faire le moins de bruit possible en refermant la porte derrière lui, sachant pourtant que c'était bien inutile, il pouvait presque imaginer Luka assis sur le fauteuil, à l'attendre. Il pivota et ne fut pas surpris en voyant la lumière s'allumer et la silhouette bien connue et redoutée se dessiner dans la pénombre faiblement éclairée. En revanche, il sursauta en le voyant se lever d'un bond et se jeter sur lui pour lui asséner un coup de poing dans la mâchoire. Il en tomba à terre, mais fut immédiatement relevé et... Serré contre un corps tremblant. Ses yeux s'agrandirent sous la surprise.

- Tom... Tom...

La voix qui butait contre son oreille ressemblait plus à une plainte, et les mains agrippées à son tee-shirt semblaient vouloir s'assurer qu'il était bien là.
- Est-ce que tu as une idée d'à quel point je me suis inquiété ? Je me suis imaginé... Je... Tom, mon c½ur... Ne me refais plus jamais, plus jamais un truc pareil... J'étais mort de trouille...
Le blond était figé par l'étonnement. Il passa timidement ses bras dans le dos de son petit ami et le serra de manière hésitante.
- Euh... Désolé... Je suis désolé.

Le châtain lui saisit le visage entre ses mains et, après l'avoir observé de longues et interminables minutes, il l'embrassa profondément, avec amour et soulagement. La mâchoire de Tom le lançait, mais il ignora la douleur pour rendre son baiser à Luka. Ils passèrent un moment là, à s'embrasser, à se serrer dans les bras de l'autre, puis finalement allèrent se coucher dans leur lit.

Cette nuit-là, Tom fit l'amour à Luka, encore une fois.

***

La journée fut éprouvante pour l'un comme pour l'autre. Bill avait passé une très courte nuit, il s'était senti coupable et n'avait cessé de se retourner dans ses draps en se demandant si Tom allait réellement tenir sa promesse, s'il n'allait pas tout simplement se laisser à nouveau avoir, ou juste s'il allait bien, si Luka ne l'avait pas, encore une fois, brutalisé... Cette dernière pensée le rendait malade. A son réveil, il s'était dépêché de se préparer pour rejoindre le cabinet au plus vite et se plonger dans le travail. Il était convenu qu'il retrouve le professeur vers dix-sept heures trente, ni l'un ni l'autre ne travaillant tard ce jour-là. Il angoissait, persuadé que quelque chose allait mal se passer.

Les heures défilèrent lentement. La fatigue se lisait sur les traits du jeune dreadé qui tenait avec difficulté ses cours. Il fallait dire qu'il avait été bien sollicité cette nuit, et que ça n'était pas de tout repos. Il se traita mentalement d'idiot à cette pensée, et se força à rester concentré. Enfin, la journée se termina et c'est avec un mélange de soulagement et d'appréhension qu'il quitta l'université. A l'extérieur, la voiture noire l'attendait, comme prévu. Il y monta prudemment, et déposa son sac à l'arrière. Ses mains tremblaient légèrement, ce qui n'échappa pas à Bill.

- Ça va aller ?
- J'en sais rien,
 avoua Tom.
- Mais... T'es toujours d'accord avec ce qu'on a dit ?
Le blond ne répondit rien.
- Il m'a à peine frappé hier soir, déclara-t-il finalement. Il s'était tellement inquiété qu'il a... Il a juste pris soin de moi.
La panique gagna le brun.
- Tom...

Les deux jeunes hommes s'affrontèrent du regard pendant longtemps. Mais Bill ne lâcherait pas, il s'en fit la promesse. Il avait fait une connerie une fois, il ne recommencerait pas deux.

***

Les deux étages n'étaient pas longs à gravir. C'était un de ces immeubles très luxueux qui mise tout sur la largeur. Il arriva bientôt dans le couloir plutôt sombre en cette soirée orageuse, et s'arma de courage. Il pouvait le faire. Son c½ur martelait sa poitrine, et il pria pour ne pas tomber dans les pommes. Il se planta devant la porte, compta lentement les secondes, puis leva la main pour sonner. Une, deux, trois, quatre, cinq, six, sept, huit secondes s'écoulèrent avant que des pas ne résonnent. Bientôt, la porte en bois s'ouvrit, laissant apparaître un grand jeune homme aux cheveux châtain et aux yeux verts. Luka.

- Qu'est-ce que... ?
- Bonjour,
 articula Bill en soutenant son regard.

Le visage de son vis-à-vis se teinta de rouge, et il pouvait presque entendre les insultes profanées à son égard dans sa tête. Il ne perdit pas la face et força même un sourire.

- Qu'est-ce que vous foutez encore là ? Vous voulez voir Tom, c'est ça ?
Bill ne répondit rien, souriant toujours.
- Il n'est pas là, cracha Luka en effectuant un mouvement pour refermer la porte.
- Je sais, en fait, c'est vous que je venais voir, avoua-t-il en entrant dans l'appartement sans oublier de le bousculer au passage. J'ai une chose à vous dire.

Il entendit distinctement un soupire agacé dans son dos, et ferma les yeux avant de les rouvrir, déterminé. Il fit volte-face et se trouva presque nez-à-nez avec Luka, qui devait faire sa taille. Il le contempla longuement, puis dit finalement :

- Tu n'es qu'un sale connard.


Il eut juste le temps de voir les yeux de l'autre s'agrandir, avant de jeter son poing dans le visage qu'il voulait démolir depuis la veille. Un horrible « crac » retentit dans la pièce, et Bill poussa un cri suraïgu alors que son poignet et ses doigts se réduisaient en bouillie. Il tient sa pauvre main contre lui, les larmes aux yeux, alors que Luka se tenait la joue, incrédule. Après un moment, il se redressa, et plongea un regard furieux dans les yeux du brun.

- Je vais te démolir.


Bill fit un pas en arrière, le visage livide. Un bruit sourd se fit entendre, et puis des pas dans l'appartement, qui fut bientôt rempli de policiers. L'un d'eux agrippa les bras de Luka, les lui plaqua dans le dos et lui passa les menottes.

- Luka Schlechtes, vous êtes en état d'arrestation. Vous avez le droit de garder le silence, tout ce que vous direz pourra être retenu contre vous dans un tribunal.

Bill se redressa en massant doucement sa main endolorie. Il était sûr qu'il s'était pété quelque chose. Luka lui envoya un regard qu'il aurait pu qualifier de perdu, jusqu'à ce qu'une voix se soulève à l'opposé du kiné.

- J'ai porté plainte.


Le visage du châtain se dirigea vers Tom qui entrait prudemment dans la pièce. Ils se fixèrent longuement.
- Tu vas aller devant un juge, Luke. J'ai porté plainte pour coups et blessures, maltraitance... Et Bill va témoigner, il a vu les marques, tu sais, depuis tout ce temps, chaque semaine, il en voyait de nouvelles.

Le regard de l'accusé s'agrandit un peu plus alors que lentement les éléments lui apparaissaient. Le jugement, la prison...
- Comment tu peux me faire ça ? Demanda-t-il, la voix tremblante. Tom, je t'aime !
Les mots semblèrent plus violents que n'importe quel coup qui aurait été porté au blond, dont les yeux se remplirent de larmes.
- Non... C'est fini, Luke. Tu ne m'aimes plus. C'est terminé... J'en ai assez, tu comprends ? Je n'ai pas envie de mourir, pas comme ça... Pardon...

Le policier força Luka à bouger, et le poussa vers la sortie. Les deux amants échangèrent un dernier regard, rempli de quelque chose qu'eux seuls pourraient interpréter. De la haine ? Peut-être. De l'amour ? Sans aucun doute, du moins, le souvenir de ce qu'avait été le leur. Lorsque l'appartement fut vide, Tom se laissa tomber à genoux et étouffa un « Non » hurlé dans ses poings qu'il écrasa contre sa bouche alors que les larmes jaillissaient de ses yeux. Bill se précipita sur lui et le serra dans ses bras en lui murmurant de petits « Ҫa va aller » qui se voulaient rassurants au creux de son oreille, priant pour que ça soit vraiment le cas...

***

Trois mois étaient passés depuis ce fameux soir où Tom avait décidé de se libérer. Le procès avait eu lieu rapidement, et s'était déroulé sur un total de cinq jours. Les accusations étaient solides grâce au témoignage non seulement de Bill, mais aussi de quelques voisins qui avaient accepté de donner leur avis. En effet, ils confirmaient avoir entendu plusieurs fois des bruits de verre brisé, des hurlements, et même avoir vu Tom se précipiter hors de l'appartement dans un sale état. Luka avait été reconnu coupable suite à tous les chefs d'accusations qui se dressaient contre lui, et envoyé en prison pour les huit prochaines années. Il aurait également une amande exorbitante à payer. Tom était resté calme tout le long du procès, témoignant avec courage sans épargner les détails (sous les conseils de son avocat) qui tirèrent des exclamations de dégoût au public présent dans la salle. Pas une seule fois il n'avait regardé Luka, qui lui ne le quittait pas des yeux. Il avait écouté, impassible, la décision des jurés, puis celle du juge. Puis, en quittant le palais de justice, il s'était accroché à Bill qui lui avait chuchoté des paroles rassurantes, lui répétant qu'il avait été très courageux, qu'il pouvait être fier de lui, et que l'enfer était enfin terminé.

Les semaines suivantes avaient été très difficiles. Plusieurs fois, le blond avait appelé Bill pour qu'il vienne passer la nuit chez lui, hanté par de mauvais souvenirs, ou tout simplement effrayé par la solitude dont il n'avait plus l'habitude. Parfois ils parlaient de longues heures, parfois ils s'endormaient juste l'un à côté de l'autre. Puis, petit à petit, Tom avait repris confiance en lui, de l'assurance, de la joie de vivre. Il recommençait à sortir, avait recontacté des amis perdus de vue (en partie à cause de Luka qui s'était accaparé le dreadé, lui coupant beaucoup de ses relations), en bref, il réapprenait à vivre.

Ce jour-là, Tom était tranquillement installé dans la petite salle d'attente. Il l'observait mélancoliquement, repensant au premier jour de sa venue ici. C'est là que tout avait débuté. Au départ, il avait voulu à tout prix rester froid et lointain avec le kiné, sentant le danger à des kilomètres. Il savait déjà, il sentait que les choses allaient être difficiles. Il l'avait apprécié dès le premier regard, or, il se devait de ne pas s'en rapprocher : cacher ses séances à Luka était suffisamment compliqué sans qu'en plus il soit obligé de gérer une relation secrète, même amicale. Alors il s'était forcé à ne pas lui répondre, à ne pas réagir à ses tentatives d'approche. Mais très vite, il avait compris qu'il ne tiendrait pas longtemps. Et puis, un jour où il s'était encore engueulé avec Luka - sans pour autant se faire frapper -, il avait pris la décision de débloquer les choses. Après tout, relation ou pas, ça resterait pareil entre lui et son petit ami, alors pourquoi se priver de nouer quelque chose avec une personne qui lui semblait absolument géniale ? Il n'avait jamais regretté ce choix, malgré les violences qu'il avait subies lorsque Luka avait tout découvert. Il avait trouvé en Bill la force de supporter la douleur, et puis, plus tard, celle de s'en sortir. La bouche de Tom s'étira en un sourire.

La porte s'ouvrit, laissant apparaître le sujet de ses réflexions. Il se vit adresser un petit sourire, et se leva de sa chaise pour suivre le kiné jusqu'au cabinet au bout du couloir. Une autre porte se referma derrière eux, et il entendit un bruit de serrure qu'on verrouille. Il se retrouva dans cette pièce qu'il connaissait par c½ur à présent. Elle renfermait tellement de choses... Il eut un nouveau sourire bête, et se fit la réflexion qu'il devenait quelque peu... Niais. Il pivota vers le brun qui pianotait une fois de plus sur son clavier, lunettes noires posées sur le nez, lui donnant un air plus âgé.

- Hummmm... Marmonna-t-il après quelques secondes. C'est notre dernière séance, à ce que je peux voir. Comment va ton dos aujourd'hui ?
Tom haussa un sourcil et retira son tee-shirt, toujours debout en face du bureau. Les yeux de Bill suivirent le mouvement, et il eut un sourire en coin.
- J'en sais rien, répondit le blond en s'asseyant sur le bord de la table de massage. Peut-être une petite douleur musculaire dans le cou, tu pourrais... ?

Le kiné posa ses lunettes sur son bureau et s'approcha de son patient. Il se mit face à lui, et passa ses mains autour de sa nuque pour venir appuyer sur le derrière, là où débute la colonne vertébrale. Il fit de petits mouvements et afficha un air concentré alors que Tom fermait les yeux.

- Je dirais que tout va bien, même... Très bien.

Il poussa un soupir alors que les bras du dreadé venaient de s'enrouler autour de sa taille, le rapprochant de lui.
- T'as beaucoup de rendez-vous après ? Demanda Tom en faisant jouer ses doigts dans le dos du brun qui secoua négativement la tête.
- Je voulais qu'on rentre ensemble...
Le blond releva la tête et fronça les sourcils. Bill haussa les épaules et dit d'un ton neutre :
- Disons que j'ai laissé quelques affaires en passant ce midi...
- Tu viens t'installer ?
- Soyons bien d'accord, je pense toujours que c'est rapide, et tu...

Le kiné fut coupé alors que Tom lui agrippait la nuque et le forçait à se pencher pour déposer ses lèvres sur les siennes. Il fondit et se laissa aller, répondant avec douceur au baiser.
- J'en ai rien à faire que ça soit rapide, dit finalement Tom en se reculant. Ça fait un mois, mais j'ai l'impression que ça fait plus longtemps que ça... Et puis, on a passé presque tout notre temps l'un chez l'autre, depuis le...
Le visage du dreadé s'assombrit, et Bill le prit entre ses mains.
- N'y pense plus, c'est fini. Il ne viendra plus te faire de mal.
- Je sais,
 soupira Tom. Enfin... C'est vraiment si important que ça pour toi, de savoir qu'on est ensemble que depuis un mois ?
- Non. La preuve, je n'aurai pas accepté si je n'avais pas été sûr de faire le bon choix...


Ils se sourirent, puis s'embrassèrent à nouveau avec lenteur. Les mains du brun glissèrent le long du torse dénudé de son compagnon, comme s'il le redécouvrait à nouveau. Il laissa ses ongles l'effleurer, puis inclina la tête pour venir déposer de légers baisers dans son cou. Tom soupira de bien-être et passa ses propres mains sous le haut du kiné. Il se releva et le retira avant d'inverser leurs positions. Bill se retrouva assis sur la table, et il écarta légèrement les jambes pour laisser le corps du blond venir se fondre contre le sien. Le contact de leurs peaux l'électrisait toujours, et il sentit un frisson le parcourir de la tête aux pieds. La bouche de son amant retraçait avec adoration sa mâchoire, puis son cou, avant de descendre sur son torse où il s'amusa à passer sa langue. Bill s'allongea un peu plus, reposant sur ses coudes, et laissa sa tête partir vers l'arrière alors que Tom descendait toujours plus bas. Il sentait son corps, son ventre, et chacun de ses membres se recouvrir de chair de poule.
 
Les mains chaudes du professeur tirèrent son jean et remontèrent le long de ses jambes, constatant avec amusement qu'elles étaient aussi réactives à ses caresses que le reste du corps de Bill. Ce dernier respirait fort, et sentait le désir grimper à toute vitesse, comme à chaque fois. Il n'en avait jamais assez. Il vit Tom se redresser et défaire sa propre ceinture en le fixant dans les yeux et en se léchant les lèvres. Il laissa son pantalon tomber au sol, et poussa légèrement le brun pour qu'il puisse grimper lui aussi sur la table. Il recouvrit le corps de Bill du sien, et passa ses doigts le long de ses côtes.

- Que dirais-tu d'inverser les rôles... C'est toi le patient... Et moi je m'occupe de ton cas...

Il se suréleva un peu en posant un coude à côté du visage de Bill, et passa sa main gauche sur le ventre de l'androgyne qui gémissait déjà.
- Et si j'avais eu d'autres rendez-vous ? Demanda-t-il entre deux halètements.
La main de Tom descendit plus bas, avant de passer très lentement sur le boxer déformé du brun qui étouffa un cri en se mordant les lèvres.
- J'aurai fait ça plus vite... Mais puisqu'on a le temps...

Il se releva et se plaça à côté de la table de massage. Il fit pivoter Bill pour que ce dernier se retrouve assis, les jambes dans le vide, face à lui. Il reprit ses baisers sur le torse du kiné, et passa ses mains le long de ses fines cuisses. Il vint tirer sur le sous-vêtement gênant qui se retrouva bien vite au sol. Il se mit lentement à genoux, et vint embrasser l'intérieur des cuisses, puis de plus en plus haut, avant d'atteindre l'objet de ses convoitises. Il n'hésita pas longtemps à prendre le sexe de Bill en bouche, et l'aspira profondément, sentant la main du brun se crisper dans ses dreads et distinguant nettement sa voix monter dans les aigües. Il remonta en creusant ses joues, et joua de sa langue une fois arrivé en haut, la faisant glisser dans la fente humide. Il adorait sentir le corps de Bill trembler comme ça, et se dire que c'était grâce à lui qu'il ressentait autant de plaisir. Il redescendit, plaçant ses doigts à la base pour accompagner le va-et-vient qu'il entama ensuite. Les petits gémissements de Bill se transformèrent bientôt en cris plus bruyants, et Tom jugea bon de s'arrêter. Il remonta, toujours en boxer, pour venir se coller à l'androgyne.

- Enlève-le,
 entendit-il contre son oreille alors qu'il passait ses mains sur les fesses de son petit-ami. Dépêche...
- Quelqu'un est pressé ?
 Demanda-t-il, néanmoins en s'exécutant et en se retrouvant aussi nu que son partenaire.
Les bras de Bill s'enroulèrent autour de son cou, et ses jambes autour sa taille. Il l'attira pour coller leurs bassins ensemble, et Tom ne put retenir un juron. Il aspira la peau de son cou et sentit Bill rouler des hanches.
- Haannnn putain...
Ses doigts se crispèrent dans le dos du brun et il tenta de ne pas jouir immédiatement. 
- Allonge-toi,
 ordonna-t-il à Bill en se détachant difficilement de lui.
Le kiné s'exécuta et Tom s'empressa devenir se placer au-dessus de lui. Il avait attrapé entre-temps la lotion de massage et s'en enduisait déjà les doigts et le sexe. Il releva d'une main le bassin de son conjoint qui plaça une jambe contre sa hanche.
- Je vais te la mettre... Je vais te faire hurler, Bill...
- Oui... Vite...

Tom ne se le fit pas dire deux fois et pénétra d'un doigt, puis de deux l'intimité de Bill qui, il fallait l'avouer, commençait à être habitué à ce traitement. Il bougea de lui-même, totalement détendu et excité au plus haut point. 
- Ok,
 dit finalement Tom après quelques va-et-vient. Je pense que... Ouais, tu es prêt... Mets tes jambes...

Il les releva de lui-même pour les placer sur ses épaules, et la tête de Bill partit en arrière alors qu'il le pénétrait lentement. Il s'enfonça jusqu'à la garde, et se retira, tirant de longs gémissements au dominé. Il réédita le mouvement plusieurs fois, avant de donner un coup de bassin puissant qui frappa la prostate de Bill et lui arracha un véritable hurlement.

- Encore, supplia-t-il en descendant ses jambes des épaules de Tom et les plaquant contre ses côtes, de façon à pouvoir poser ses pieds sur ses fesses et le pousser en lui. 
- Hey,
 protesta le dreadé en opposant une résistance. Tu te sers de moi comme d'un vulgaire objet sexuel...

Bill sourit et hocha positivement la tête en appuyant plus fort. Tom céda et s'enfonça au creux du brun. Il agrippa une touffe de ses cheveux ébène et tira dessus alors qu'il entamait de puissants allers-retours. Les mains de Bill griffaient la peau de son dos, et il coupa leurs gémissements en l'embrassant profondément. Il sentait cette chaleur dans son ventre, signe qu'il allait bientôt venir, mais pas seulement. Il n'avait jamais eu ce genre de sensations - avec Luka, c'était bien, mais pas aussi intense, pas au point d'en faire trembler ses bras et se serrer son c½ur.
 
Avant d'atteindre l'orgasme, il plongea sa langue dans la bouche de Bill, et saisit son sexe pour le caresser à la même fréquence que ses coups de bassins. Il le sentit jouir quelques secondes avant que lui-même n'atteigne le summum du plaisir. Leurs corps transpirant se collèrent ensemble, et ils prirent le temps de se remettre, lovés l'un contre l'autre dans une chaleur étouffante mais pas désagréable. La tête de Tom reposait sur le torse de l'androgyne qui lui caressait les cheveux, et le bras du blond pendait dans le vide. Bill fit courir ses doigts le long de celui-ci et toucha quelque chose de dur. Il tourna la tête et vit la gourmette.

- Ma mère avait raison,
 entendit-il Tom murmurer.
- A propos de quoi ?
Le dreadé se redressa pour plonger ses yeux dans ceux du brun.
- Le c½ur est un truc compliqué...
La main du brun vint caresser sa joue avec douceur.
- Personne ne te le reprochera, le rassura-t-il. Aimer quelqu'un... C'est aussi devenir vulnérable.
Tom eut un sourire mélancolique. Il posa doucement ses lèvres sur celles de Bill.
- Je te promets de ne pas te rendre trop vulnérable, dit-il avec attention.
- Et moi de te faire oublier tout ça, et de te montrer que l'amour ça peut être vraiment bien, et pas qu'au début...
Ils restèrent à simplement se regarder un long moment, puis se rhabillèrent pour rentrer ensemble dans ce qu'ils pourraient maintenant appeler « chez eux », des promesses plein la tête, des projets, un avenir, et une certitude : celle d'avoir pris le bon chemin.
 

« Le c½ur a ses raisons, que la raison ne connaît point; on le sait en mille choses. »
« Qu'une vie est heureuse quand elle commence par l'amour et qu'elle finit par l'ambition. »

Blaise Pascal


Fin

Vous avez dit musique... ? 27/07/2009

Un OS pour l'anniversaire de mon Double, ma Liliwood, une partie de moi-même que j'ai plus envie de quitter... Sans prétention, juste pour elle, et parce qu'elle seule comprendra le sens caché de tout ça.
Je t'aime, tout simplement.


Vous avez dit musique... ?


Si un visiteur quelconque était entré à cet instant, il n'aurait surement rien remarqué. En apparence, les lieux étaient désert, un peu en bordel (mais si quelqu'un avait été là pour s'expliquer, il aurait prétexté le manque de temps et de motivation), mais tout à fait vides. Et pourtant, s'il avait tendu un peu l'oreille, il aurait deviné qu'à l'étage en dessous, dans un endroit reclus du garage aménagé, les choses n'étaient pas si calmes.

- Putain de bordel de merde !

La douce mélodie se répercuta sur les murs de la pièce, et même les chaises semblèrent s'indigner d'une telle impolitesse. Le propriétaire de cette voix fronça les sourcils et il faillit même jeter ce qu'il avait entre les mains. A la place, il se laissa tomber dans l'un des fauteuils de son confortable studio de chant. C'était un endroit assez réduit, mais il aimait cette pièce, la seule de la maison qui lui appartenait entièrement, mis à part sa chambre. Elle avait été aménagée lorsqu'il était jeune et qu'il avait commencé à développer une passion pour la chanson. Sa mère l'avait encouragé, et il avait passé de nombreuses heures à s'y entrainer. A présent, il y venait lors de leurs vacances en famille quand il avait besoin de réfléchir, se calmer ou tout simplement lorsqu'il n'avait rien d'autre à faire et que Tom était partit il-ne-savait-où. Sauf qu'en cet instant, même si Tom était effectivement absent, il n'était là pour aucune de ces raisons. Il jeta un regard mauvais à l'instrument qu'il tenait entre ses mains. Quelle idée stupide il avait eut ! Bill se gratta la nuque. C'était vraiment de lui ? Il pensa un instant avec un sourire carnassier qu'il pourrait toujours accuser Tom. Mais les coins de ses lèvres retombèrent alors que ses yeux se posaient sur le traitre en bois.

Il se remit debout avec détermination, et plaça l'instrument sous son menton. Il inspira profondément et posa l'archet sur les cordes du violon avant de faire un geste lent vers le haut. Il s'était isolé pour s'entrainer, et lorsqu'un son atroce pareil à un cri d'animal agonisant se fit entendre, le faisant lui-même sursauter, il se dit qu'il avait bien fait. Il reprit de la contenance, pinça une corde et recommença. Cette fois, le son fut plus grave, un peu comme un crissement de pneu sur une allée en graviers. Bill jura à nouveau. Ce n'était pas si compliqué tout de même ! Il repensa aux conseils qu'on lui avait prodigués. Il inspira. Se mettre bien droit, l'archet bien à plat sur les cordes... Un mouvement fluide... Un son s'échappa, mais il était difficile de savoir s'il était joli ou pas, ça semblait bizarre... Il appuya un peu plus, et cette fois le son éclata à ses tympans, aussi horribles que les précédents. Il reposa calmement l'instrument, s'écarta, et poussa un cri de frustration en donnant un grand coup de pied dans le fauteuil.

- J'en ai marre, j'en ai marre je laisse tomber !

- Qu'est-ce que tu laisses tomber ?


La voix de Tom ne le surpris même pas, de toute façon c'était la seule personne autorisée à rentrer ici. Ses parents n'auraient jamais osés, ils redoutaient trop les colères de leur fils. Ce dernier d'ailleurs n'était pas loin de l'hystérie.

- Ce putain d'instrument de merde ! Ça ne marche pas !

Il se saisit du violon et le plaça sous le nez du dreadeux, comme si il voulait qu'il l'insulte lui aussi.

- Est-ce que... Tu as essayé comme on t'avait expliqué ? Tenta prudemment Tom en repoussant l'instrument du bout du doigt.

- Oui ! Ca fait des heures que j'essaye !

Son jumeau se garda de lui faire remarquer qu'il n'était enfermé dans cette pièce que depuis trois quart d'heure, et vint se placer à coté de lui.

- Ok, recommence, je vais t'aider.

- Toi ?
Ironisa Bill en plaçant néanmoins le violon sous son menton. Tu t'y connais en musique classique ?

- Pas vraiment, mais j'étais là quand ce mec t'a appris à en faire, je peux peut-être te donner des conseils... Et puis on va dire que j'ai plus l'habitude de jouer de quelque chose que toi.


Le brun ronchonna mais ne rajouta rien, et se concentra. Ses doigts se placèrent sur les cordes, et il inclina doucement l'archet. Mais alors qu'il commençait une série d'accords, son cerveau se déconnecta, et un flash envahit son esprit. Il se vit nu, assis sur un lit, et il vit Tom, aussi peu vêtu que lui, avancer dans sa direction avec un grand sourire et quelque chose de long à la main. Et en regardant mieux, il s'aperçut qu'il s'agissait de... L'archet !

- Oh mon Dieu ! Hurla-t-il en faisant un bon pour s'éloigner de son frère.

- Quoi ? Ce n'était pas si mal, assura Tom en fronçant les sourcils.

- Non mais... Tu...

Il secoua la tête. Allons, n'importe quoi, depuis quand ses idées tordues le perturbaient à ce point ?

- C'est rien, dit-il à l'adresse du blond qui restait perplexe. De toute façon, cette histoire de violon, c'était une idée de merde.

- On se demande de qui elle vient, ricana Tom en s'asseyant sur le canapé.

- Justement... Bill s'approcha en fixant son double dans les yeux. Je pourrai très bien dire qu'elle est de toi... Qui te croira ? Je suis le meilleur, le préféré...

Tom haussa les épaules alors que l'androgyne venait se mettre à califourchon sur ses jambes.

- Oui, et ça se passera comme cette fois où tu as soutenus que ces bonbons à je ne sais plus quoi étaient délicieux, alors que c'était dégueulasse, et que même toi tu n'en as pas voulu...

La mine de Bill se fit boudeuse et il se releva de sur son frère en grognant.

- C'était un quipropo.

- Un quoi ?
S'étouffa Tom.

- Un... Tu sais quand... Tom, arrête de rire !

- Mais tu... Bill, c'est un quiproquo, pas quipropo !

- Ah... Ah bon ?


Le guitariste laissa éclater son hilarité, se tordant dans tous les sens sur son siège alors que le pauvre Bill restait perplexe, à se demander d'où sortait ce mot.

- Peu importe ! Finit-il par dire, passablement énervé. T'as compris ce que je voulais dire ! Oh et puis tu m'emmerdes, si c'est pour te foutre de ma gueule, tu peux retourner glander en haut, j'ai besoin de personne.

Il tourna le dos à son frère et reprit le violon pour tenter de rejouer. Pendant ce temps, Tom l'observa, puis son regard se balada sur les murs de la pièce. Et dire que c'était un garage ! Il eut un sourire en se rappelant du jour où Bill avait voulu aménager la pièce. Leur mère était très enthousiaste, elle ne cessait de dire que ses fils étaient talentueux et qu'ils deviendraient célèbres. Ils avaient passé une semaine à peindre, poncer, clouer pour que finalement une pièce qui servait de dépôt devienne un petit studio. Les murs avaient été recouverts de peinture noire, et Bill y avait collé des tas d'affiches de concerts, de ses groupes favoris, mais aussi des autographes, ou quelques dessins qu'il avait réalisé à ses heures perdues. Puis leurs parents avaient récupéré deux fauteuils, un petit divan et une table, pour que le chanteur en herbe puisse venir composer à sa guise. Ce qu'il ne s'était pas privé de faire. Combien de temps son jumeau avait-il passé de temps ici ? Tom l'ignorait, mais beaucoup.

Il reposa ses yeux sur Bill qui lui tournait toujours le dos, et qui s'énervait sur l'instrument. Il fit plusieurs essais, tous plus ratés les uns que les autres. Les oreilles de Tom bourdonnaient tellement les sons étaient mauvais. Il se leva de son siège et vint se planter en face du brun qui faisait semblant de ne pas le remarquer, toujours vexé. Il se concentra, replaça correctement ses mains, et tenta de jouer quelques accords. Mais à nouveau, son regard dévia sur Tom qui était nonchalamment adossé au mur et qui le dévorait des yeux en jouant avec son piercing. Et la même image que quelques minutes plus tôt lui apparût. A nouveau, ils étaient nus, et Tom était plus près, l'archet à la main. Il fit glisser un doigt le long du cou de Bill, puis de son torse, sans jamais le lâcher des yeux. Puis l'androgyne le vit remonter l'archet contre lui et le faire glisser contre son propre torse en se léchant les lèvres. Une chaleur l'envahit, et il rouvrit ses yeux qu'il n'avait pas conscience d'avoir fermés. Le violon était toujours contre son menton, mais l'archet était pointé vers Tom qui le dévisageait étrangement.

- Bill, qu'est-ce qu'il t'arrive ? Depuis tout à l'heure, t'es bizarre, plus que d'habitude, je veux dire.

- Je...


Il pensa à baisser son bras et un coup d'½il vers son entrejambe lui confirma qu'il aimait ce qu'il avait imaginé. Il déglutit bruyamment et posa l'instrument sur la table. Tom suivit le regard de son frère, et un sourire en coin pris naissance sur ses lèvres.

- Alors c'est ça, au lieu de te concentrer sur ce morceau de violon, tu fantasmes ?

- Non ! Je ne fantasme pas !


C'était à moitié faux, mais il ne le faisait pas vraiment exprès, ces images s'imposaient d'elles-mêmes à son esprit !

- Ah oui ? Le dreadeux se décolla du mur d'un coup d'épaule et vint se placer en face du brun qui s'était figé. Alors tu peux m'expliquer... Ça ?

Bill eut un hoquet alors que Tom venait de poser sa main à plat sur son sexe en érection à travers son jean. Il recula et envoya un regard mauvais à son frère qui ricanait.

- Et alors, tu joues les sauvages ? Depuis quand tu n'aimes plus ça ?

Il se rapprocha à nouveau, mais Bill recula encore plus loin, se collant au mur d'en face. Tom haussa les sourcils.

- Bill ?

- Tu vas me prendre pour un pervers,
marmonna le chanteur.

- Tu me prends pour un pervers, et je te signale que c'est toi qui a les meilleures idées niveau position pour bais...

- Oui oui, ça va, arrêtes !


Les joues de l'androgyne étaient joliment colorées, et Tom se prit à le trouver adorable comme ça, il eut envie d'aller le serrer contre lui et l'embrasser. A la place, il vint se mettre face à lui, et planta ses yeux dans les siens.

- Dis-moi.

Bill se tortilla, mal à l'aise, et il tripota nerveusement l'archet toujours dans ses mains.

- C'est... ça, déclara-t-il en montrant le morceau de bois à son frère.

- Quoi ? Un archet ?

- Hum... Pas exactement l'archet, mais... Toi et l'archet...


Les traits de Tom restèrent froncés, avant que son visage ne s'illumine d'un coup et qu'un sourire ne l'éclaire.

- Bill ! Siffla le blond, visiblement impressionné. Tu sais que parfois tu m'étonnes ? T'as des idées tellement...

- Arrêtes ! C'est horriblement gênant...


Il cacha son propre visage rouge entre ses mains. Tom en profita pour lui retirer l'archet des mains, et l'observa un instant.

- Je me demande ce que tu m'as vu faire avec ça...

Un gémissement se fit entendre, déclenchant le rire du guitariste. Il posa délicatement l'objet sur le fauteuil à coté, et repoussa les mains de son frère pour pouvoir le regarder.

- J'adore tes idées tordues. Je t'adore tout entier. Je t'aime.

Bill ouvrit les yeux, peu habitué à de telles démonstrations d'affection. Mais à peine eut-il le temps de réagir que son double le plaquait encore plus contre le mur dans son dos et collait son corps au sien. Il sentit avec encore plus d'étonnement la grande excitation de Tom contre son ventre.

- Et c'est ça qui te fais bander autant ? Demanda-t-il en inclinant la tête pour le laisser lui lécher le cou.

- Ouais... Tu me fais toujours bander si fort... Avec si peu de choses... Bill, tu es un véritable appel au sexe... J'ai toujours du mal à me concentrer quand tu es là...

Le brun ne parvint pas à répondre, trop perdu dans son plaisir grandissant. Il agrippa les dreads de son frère et émit un son pareil à un ronronnement. Les mains parfaites du guitariste s'aventurèrent sur tout son corps, avant de glisser sous son teeshirt pour venir lui effleurer le dos, faisant naître la chair de poule à son passage. Il lui griffa la nuque et l'embrassa avec fièvre, le souffle déjà court. Leurs langues s'emmêlèrent dans une série de mouvement désordonnés, puis leurs teeshirts passèrent par-dessus leurs têtes. A peine touchèrent-ils le sol que les deux frères se jetaient l'un sur l'autre, se dévorant littéralement la bouche.

Tom attrapa une poignée de cheveux ébènes qu'il tira avec force avant de venir lui morde le lobe de l'oreille. Il sentit la jambe de l'androgyne s'enrouler autour de sa taille et son bassin se frotter au sien. Les gémissements discrets de Bill devinrent de longs râles rauques, la violence de Tom l'excitant au plus haut point. Il se débâtit pour lui retirer son baggy, et pensa tout de même à reprendre sa respiration. Le dreadeux envoya son pantalon plus loin, et plaqua à nouveau Bill contre le mur, lui intimant par de petites tapes sur les mains de ne pas le toucher. Il l'observa : son torse nu se soulevait à un rythmes effréné, ses bras tremblaient d'envie, ses cheveux étaient en batailles, et ses joues rouges. La chaleur de son bas ventre devint un brasier, et il avança ses doigts vers le ventre du chanteur. Il en fit glisser un depuis son nombril jusqu'à son tatouage qu'il retraça sans se mordant les lèvres. Puis il déboutonna les deux boutons du jean, abaissa sa braguette, et fit glisser le tout à terre, entrainant le boxer de son jumeau dans la man½uvre. Celui-ci se retrouva nu, excité à mort et presque suppliant face à un Tom pas plus avantagé, mais néanmoins toujours couvert par son sous-vêtement. Le blond eut un sourire que Bill qualifia de gourmand, et il le vit tendre la main vers le fauteuil pour se saisir de l'achet. Il écarquilla les yeux.

- Tom, qu'est-ce que tu...

- Je réalise ton fantasme. Je me demande ce qu'on peut faire avec ça...


Il posa le bout de l'archet sur le torse de son frère, qui frissonna et ne put réprimer un long soupire.

- Il a l'air de te faire tellement d'effet...

- Tom...

- Chuuut... Laisses-toi faire...


Il fit descendre le bout en bois le long du ventre de l'androgyne, puis me fit remonter en traçant quelques arabesques. Il vint le poser sur le tatouage, en fit grossièrement le tour, puis effleura son pénis avec le coté doux qui frottait les cordes.

- Han...

Tom vit avec amusement les jambes de son frère trembler et sa respiration s'accélérer un peu plus. Il se sentit un peu plus à l'étroit dans son boxer.

- Tournes-toi, ordonna-t-il à Bill qui s'exécuta immédiatement.

Il entendit les pas de Tom dans son dos, un bruit de vêtement froissé, puis de nouveau des pas. Le bout de l'archet se posa contre son dos, et le dreadeux s'amusa à le faire passer de haut en bas.

- T'aimerai bien hein... Susurra-t-il en se rapprochant pour se coller au dos de son jumeau qui se cambra sous l'attention, frottant ses fesses contre l'entrejambe de Tom, l'archet coincé entre eux. Crois-moi que si je pouvais... Je te baiserai avec...

Bill haleta, et le blond s'écarta à nouveau pour abaisser son dernier vêtement, poser l'archet sur le siège, et s'enduire le sexe de lubrifiant. Le brun lui lança un regard par-dessus son épaule.

- T'avais prévu ton coup ? S'étonna-t-il en remarquant le tube dans la main de son frère.

- Tu croyais que j'étais descendu pour quoi ? Je sais que tu détestes qu'on vienne te déranger quand tu es ici, mais c'était urgent...

Il conclu sa phrase en refermant le lubrifiant et en venant se mettre derrière sa moitié, les doigts enduit de la substance glissante. Il les fit directement pénétrer en Bill qui laissa échapper un cri et plaquant ses mains au mur devant lui et en se cambrant au maximum. Il les bougea un peu, le détendant au maximum (bien que ça n'ai pas été tellement nécessaire), puis les retira et se plaça correctement. Bill n'en pouvait plus, il pleurait presque d'impatience et de frustration. Finalement, il sentit enfin Tom s'insinuer en lui, et il dû coller ses avant bras au mur pour ne pas s'effondrer. Il rejeta la tête en arrière et un long gémissement s'échappa de sa gorge. Le dreadeux avait une de ses mains plaqué contre la hanche du brun, et l'autre vint entourer sa taille pour l'aider à se maintenir. Il parsema son épaule de baisers, et se retira pour venir de nouveau le pénétrer, plus loin. Cette fois, un grognement de plaisir échappa à Tom alors que son frère resserrait ses muscles autour de lui et bougeait de lui-même son bassin.

Un lent mouvement de va-et-vient s'entama, en parfaite coordination. Le dominant ne cessait d'étouffer ses gémissement dans le cou de Bill en lui mordant la peau, et il vint poser la main qui enserrait sa taille sur la sienne, entremêlant leurs doigts. Bill quant à lui ne se retenait pas et s'exprimait de plus en plus fort à mesure que Tom entrait en lui. Bientôt, il toucha sa prostate à plusieurs reprises, le faisant transpirer et haleter bruyamment. Leurs doigts glissaient, leurs souffles s'amoindrissait, et la jouissance frappa d'abord le chanteur lorsque la main du guitariste vint enserrer sa virilité alors qu'il se faisait violemment pénétrer. Tout son corps se tordit et il laissa un long cri sortir de sa bouche. Tom ne tarda pas à le rejoindre après quelques autres coups de rein puissants.

Ils restèrent ainsi un instant, tremblant, debout face au mur où leurs bras les retenaient difficilement, à reprendre un semblant de souffle. Puis Tom se retira lentement, avant d'aller chercher d'un pas mal assuré des mouchoirs dans l'autre poche de son pantalon. Il s'épongea le front et en tendit un à son frère qui essuya le sperme qui coulait le long de ses jambes. Tout deux abordait un sourire béat, et ils revêtirent leurs boxers avant d'aller sur le divan. Tom s'y allongea, et Bill vint se caller entre ses jambes, la tête collé à son torse. Le blond entortilla une mèche noire entre ses doigts, tandis que ceux de son jumeau traçait de petit cercle sur son ventre. Ils savouraient simplement l'instant.

- Tu devrais faire du violon plus souvent, déclara Tom avec un sourire, ce qui fit rire Bill.

- J'ignorais que c'était un instrument aphrodisiaque... Parfois je me demande vraiment si je tourne rond quand même...

- Tu ne tournes pas rond, pas plus que moi, mais c'est ça qui est bien...


Bill sentit la main douce glisser dans ses cheveux, et ferma les yeux.

- J'adore quand tu fais ça...

Tom sourit et massa légèrement le crâne de l'androgyne avant d'à nouveau laisser les cheveux couler entre ses doigts.

- Tu m'as manqué, tout à l'heure, avoua soudain Bill en embrassant le torse de son double.

- Quand ?

- Tu sais, quand tu es partis, et que moi je suis descendu ici...

- J'ai pas été long pourtant.

- Même. Je déteste être séparé de toi. Même cinq minutes. Tu es mon tout... Je suis vide quand tu pars. J'ai l'impression d'être abandonné, d'être seul... Alors qu'ensemble... On est enfermés dans une bulle de bonheur. Je hais la voir éclater.


Le c½ur de Tom se serra et il enroula ses bras autour de son petit frère.

- Idem.

C'était court, et ça aurait pu paraître détaché, mais Bill savait à la voix du dreadeux qu'il l'avait touché, et qu'il pensait réellement la même chose en retour. Soudain, Tom demanda :

- On est quel jour ?

- Euh... Mardi.

- Le combien ?


Bill se pencha pour attraper son jean par terre, en sortit son mobile et vérifia.

- Le 28 juillet. Pourquoi ?

Tom lui saisit le menton et lui sourit, des étoiles dans les yeux.

- Joyeux anniversaire.

- Est-ce que tu débloques, Tom ? On est nés le 1er septembre, je te rappelle.


L'interpellé se contenta de hausser les épaules sans cesser de sourire. Le brun sembla réfléchir un moment, avant de soudainement comprendre.

- Merde, j'avais complètement oublié !

- Pas moi, tu vois.


Ils échangèrent un long baiser. En effet, cette date symbolisait le jour où Bill avait donné son premier concert, mais également celui de leur premier vrai baiser, puis de leur première fois. Chaque année, ils la fêtaient à leur manière, ou s'en souvenaient ensemble, tout simplement. Bill se leva de sur Tom, et ce dernier l'observa, curieux, se saisir du violon, toujours en boxer. Il se mit droit, les yeux rivés sur le dreadeux, et se mit à jouer les quelques notes qu'il connaissait, d'une façon étonnement juste. Il recommença deux, trois fois, et constata avec joie qu'il commençait à saisir la chose.

- C'est Bi-Bill avec son violon, qui fait danser les filles, qui fait danser les filles et les garçons... Chantonna Tom de son magnifique accent français, les faisant tous les deux rires. Sérieusement... C'était très bien. C'est le fait de prendre ton pied qui te donne autant d'énergie et d'adresse ?

Bill haussa les épaules, et reposa l'instrument doucement avant de s'asseoir sur le bord du divan, les yeux pétillants. Il se pencha vers le visage de Tom et déposa lentement ses lèvres sur les siennes, avant de souffler contre sa peau :

- C'est toi, mon Inspiration...

If only you'd said... 14/10/2009

Merci à mon Double de Lilie qui m'a relue, et suggéré quelques détails <3 Merciiiiii <3
Voici un OS court, pas très... Enfin, court quoi, j'ai pas eu beaucoup de temps pour l'écrire, mais bon, j'espère qu'il plaira tout de même à la principale intéressé, Lou, qui fête son anniversaire aujourd'hui (enfin, dans une poignée de minutes en fait =p) et à qui j'envoie plein de bisous. Pour toi mon ventre à pattes. Joyeux anniversaire

Précision : les passages en italiques sont des flash-back =)



If only you'd said...


Tout avait commencé tout à fait banalement, un jour de rentré comme il y en avait déjà eu tant et comme il y en aurait encore tellement. C'était une de ces sales journées que Bill détestait, même s'il devait reconnaître qu'il commençait à sérieusement s'emmerder chez lui. Il allait retrouver ses amis, reprendre un rythme de vie correct (car il fallait bien l'avouer, des journées qui commençaient à 13h pour se finir vers 5h du matin, c'était légèrement décalé comme rythme), s'occuper activement, passer son Bac... Cette pensée le fit frissonner et il se maudit de l'avoir formulée tout en entrant dans l'enceinte de l'établissement. Rapidement, il repéra les personnes qu'il voulait voir, et les salua, tout en discutant avec animation de cette nouvelle année qui s'annonçait plutôt bien remplie. Il consulta les listes pour vérifier dans quelle classe et surtout, avec quelles personnes il allait se retrouver. Rien de bien nouveau, deux ou trois élèves dont les noms lui étaient inconnus, mais rien de bien intéressant.

Le jeune androgyne aux longs cheveux noirs préféra ignorer les regards insistants de ceux qui débarquaient au sein du lycée, il ne s'en souciait plus depuis de nombreuses années. Son look, extravagant et provocateur à souhait, lui plaisait, et il en était ainsi depuis trop longtemps pour qu'il se souvienne d'une date précise. Il avait simplement toujours aimé sortir des normes, et même si au départ cela avait eu tendance à lui apporter quelques ennuis, à présent, il avait réalisé que cela lui apportait également une certaine popularité. Il poussa un léger soupire en entendant la sonnerie stridente retentir à travers tous les bâtiments, et suivit ses camarades pour entrer dans la salle de classe où se déroulerait l'habituel baratin, distribution des emplois du temps, présentation des professeurs, etc. Il choisit stratégiquement une place en retrait, dans le fond de la salle, et s'y affala avec classe - c'est-à-dire les jambes étendues sous la table, un bras négligemment passé sur le dossier de sa chaise, l'autre tripotant un stylo. Les places étaient individuelles, ce qui n'empêcha pas ses acolytes de s'installer tout autour de lui.

Il bailla aux corneilles avant de se redresser légèrement en reconnaissant son prof principal, un vieux plutôt sympa mais qui s'énervait vite si il jugeait une attitude trop décontractée - tout ce que Bill était, quoi. Il l'écouta patiemment délivrer son discours de bienvenue aux nouveaux.

- Je crois savoir qu'un de nos élèves nous vient tout droit... D'Australie, je me trompe ?


Immédiatement, l'intérêt du brun fut piqué. Il se fit rire lui-même en réalisant à quel point il était cliché, mais c'était plus fort que lui. L'Australie, le soleil, les surfeurs blonds musclés aux yeux délirants... Il n'eut pas besoin de plus pour se mettre à fantasmer. Il remarqua que tous les autres s'étaient mis à parler en jetant des coups d'½il partout autour d'eux. Où se cachait donc ce mystérieux élève qui venait de s'attirer toute l'attention sans même avoir daigné faire une apparition ? Le professeur plissa les yeux derrière ses lunettes pour lire le prénom indiqué sur la liste et le lu à haute voix :

- Mr Tom Trümper... ?

- Taylor,
annonça soudain une voix assez grave teinté d'un joli accent alors que la porte de la classe s'ouvrait en fracas. Pardon pour le retard !

- Mr Taylor donc,
répéta le vieil enseignant en corrigeant le nom au stylo, bienvenue parmi nous, installez-vous, je vous en prie.

Tom lui envoya un sourire légèrement timide et reconnaissant, puis partit s'asseoir à une table dans le fond, non loin du secteur de Bill. Les yeux de celui-ci n'avaient pas quitté l'arrivant, comme tous les regards de la pièce à vrai dire, et c'était compréhensible. Le garçon qui venait de pénétrer dans la salle était simplement éblouissant, et tout à fait à la hauteur des on-dit populaires. Il était plutôt grand, visiblement musclé, une peau halée juste comme il fallait, de belles dreadlocks blondes visiblement très bien entretenues et retenues par un bandana blanc attaché sur son front. Mais les détails qui achevèrent littéralement l'androgyne furent le piercing à la lèvre inférieure gauche qu'il distingua, et les mains du blond. Ses mains. De longs doigts fins, quelques veines apparentes, mais juste assez pour que ça soit terriblement sexy. Il en aurait presque bavé. A la place, il se focalisa sur ce que racontait le professeur.

La mâtiné s'écoula lentement, les cours débutant directement (après tout, ils étaient assez anciens dans l'établissement pour ne pas avoir besoin d'explications à chaque rentrée scolaire), les nouveaux s'intégrants aux anciens, tout ça dans une ambiance détendue. Bill avait clairement décidé que Tom serait pour lui, et tout le monde semblait avoir compris et intégré cette information, puisqu'ils se tenaient à l'écart du jeune Australien, alors que l'androgyne ne le lâchait pas d'une semelle. Il fallait l'avouer, la seule pensée que Bill pouvait formuler quand il aborda pour la première fois Tom, était qu'il avait follement envie de lui sauter dessus, de lui arracher ses vêtement, quitte à faire ça en plein milieu de la cour, sous les yeux ahuris de ses camarades. Les sourires charmeurs que lui avait lancé le jeune blond en réponse l'avaient d'ailleurs bien conforté dans cette idée. Mais étrangement, alors qu'ils avaient tout deux beaucoup discuté, décidant même de rester ensemble après les cours pour prolonger le moment, cette attirance violente s'était métamorphosée en quelque chose de plus conventionnel. Bill avait vraiment eu envie d'apprendre à connaître le jeune étranger.

Il l'avait questionné, sur ses parents séparés, l'un allemand, l'autre australien, et en avait appris énormément. Tom était né ici, en Allemagne, avant d'être forcé 7 ans plus tard à quitter son pays natal pour suivre sa mère en Australie qui voulait absolument oublier son père. Et puis elle s'était remarié, et avait eu une petite fille. Le dreadeux s'était petit à petit sentit mis à l'écart, et avait finalement décidé de revenir ici, passer du temps avec son véritable père qui lui avait laissé un vide immense. Bill avait à son tour raconté sa vie sans histoire, ses parents, son manque d'un frère ou d'une s½ur, son enfance solitaire... Tout avait semblé vraiment naturel entre eux.

Les semaines s'étaient écoulées, les rapprochant toujours plus, jusqu'à atteindre un stade fusionnel si intense qu'ils passaient presque tous leurs weekends ensemble, leur temps libre, ils programmaient leurs vacances ensemble, et si cela se révélait impossible, ils s'envoyaient des milliers de textos pour se dire à quel point ils se manquaient l'un à l'autre.

Un soir, ils avaient eu une grande discussion sur leurs histoires d'amour passées. Bill avait toujours été clair sur ce point, il aimait autant les filles que les garçons, avec une légère préférence tout de même pour la gente masculine. Mais pour Tom, c'était assez confus. Du moins, c'est ce qu'il avait affirmé. Ils avaient préféré rapidement dévier sur autre chose, de peur de jeter un malaise, sans réellement savoir pourquoi.





- Bill ?


La voix douce tira le brun de ses pensées, et il se rendit compte qu'il était étalé là, sur son canapé, d'une façon peu élégante, depuis une bonne demi-heure, et qu'il commençait à être courbaturé. Il se releva avec quelques difficultés, et effaça les dernières images le représentant lui et Tom adolescents, bras-dessus bras-dessous, un sourire gigantesque placardé sur le visage. La voix provenait clairement de la cuisine, et il s'y dirigea en se grattant le torse et en baillant peu élégamment. On était samedi, et il était bien décidé à ne rien faire. Il tomba sur la personne responsable de sa venue dans la pièce, la tête dissimulée derrière une feuille blanche. Il eut un sourire qui aurait pu faire fondre le plus gros iceberg de la planète. L'autre sembla remarquer sa présence, puisqu'il baissa la feuille et lui rendit son sourire, aussi splendide et brillant.

- J'ai besoin de te montrer quelque chose,
annonça Tom en lui tendant le papier. Ils se sont encore plantés pour la facture.

Bill l'attrapa et parcouru le blabla des yeux, pas vraiment inquiété, c'était fréquent que leur facture d'électricité soit trop élevée. Il poussa un petit soupire.

- On va encore devoir gueuler.

- Je te laisse faire, c'est ta spécialité. Pas question que j'essaye, je vais encore me ridiculiser.


Le brun laissa échapper un rire franc. Puis, reposant la facture sur la table, il s'avança vers Tom et le prit dans ses bras. Le blond fut un peu surpris, mais finalement, passa ses bras forts autour de la taille fine de son colocataire et le plaqua contre lui. Ils restèrent silencieux pendant un moment, les doigts aux ongles longs de Bill caressant lentement la nuque du dreadeux.

- En quel honneur ? Lui demanda le blond en l'embrassant doucement dans le cou.

- J'avais envie.

- Humm... Sûr ?

Bill haussa les épaules.

- Je repensais au lycée. A nous au début. Tu sais, quand t'as débarqué et tout...

Tom rigola, et ils se détachèrent.

- Tu parles que je m'en souviens. J'étais tellement paumé.

- C'était marrant,
se moqua le brun en s'asseyant sur la table, les jambes dans le vide qu'il balançait d'avant en arrière.

- Tu m'as presque fait peur à me sauter dessus comme tu l'as fais, tu sais, avoua Tom en souriant, adossé contre le frigo.

- Je suis certain que t'étais super heureux de voir un mec génial comme moi t'aborder.

- Non mais ça va tes chevilles ?


Bill les lui montra fièrement en souriant. Il se sentait comme un gosse dans ces moments là, mais c'était plus fort que lui. Tom était sa dose de simplicité, son bonheur quotidien. A vrai dire, Tom était tout. Ça faisait maintenant quatre ans qu'ils partageaient un appartement, cinq qu'ils s'étaient rencontrés. Et tout allait pour le mieux entre eux.

Du moins, c'est ce qu'ils se plaisaient à dire, et à croire.

Car voilà, ça faisait à présent cinq longues années que Bill refoulait complètement la véritable nature de ses sentiments pour Tom. Il avait tout essayé pour oublier. Les mecs, les filles, puis les mecs encore, beaucoup de mecs. Mais rien n'y faisait. Il pensait à lui sans arrêt, il imaginait ce qu'aurait pu être leur relation si il avait osé, s'ils n'étaient pas devenus les amis qu'ils étaient aujourd'hui. Il aimait tellement tout de son Australien, la moindre de ses expressions, le moindre de ses défauts. Mais c'était quelque chose de parfaitement impossible. Alors il s'était convaincu de ne plus y penser, même si c'était bien une chose qu'il ne contrôlait pas. Il préférait souffrir en silence plutôt que d'avouer sa faiblesse.

- Bill, t'es encore parti...


L'androgyne sursauta en réatterrissant dans la cuisine, à coté de l'objet de toutes ses pensées. Il lui offrit un petit sourire d'excuse.

- Désolé, je suis un peu mélancolique aujourd'hui.

Tom fronça les sourcils, et, se décollant du frigo, il s'approcha de Bill pour venir lui caresser doucement la joue.

- Qu'est-ce qui ne va pas ?

Le c½ur du brun s'emballa. Merde, c'était ça, précisément, son problème. Cette sensation violente dans son estomac, cette brûlure au bout de ses doigts qui réclamaient de toucher sa peau hâlée. Ce monstre qui le dévorait de l'intérieur chaque fois que Tom ramenait une fille, ou un mec. Chaque fois qu'il savait qu'il s'offrait à eux comme il ne s'offrirait jamais à lui. Chaque fois qu'il avait envie de hurler à tous que Tom lui appartenait, à lui, comme il ne serait jamais à personne d'autre. Chaque fois qu'il se retenait de le faire, parce qu'il savait qu'il ne le devait pas, qu'il n'en avait absolument pas le droit.

- Je crois que je suis un peu fatigué. Tu sais, les cours, le boulot, un peu tout ça en même temps.

Tom passa son pouce sous l'½il maquillé de son ami, un geste anodin mais qui relevait d'une douceur incroyable. Il touchait Bill comme s'il craignait de le briser à la moindre brusquerie. Puis il vint se placer entre les jambes du brun toujours assis sur la table, et l'enlaça à nouveau.

- Je suis là, murmura-t-il contre sa joue. Ça va aller... Je sens que ces derniers temps t'es pas au top de ta forme, mais ça va aller...

Bill se laissa aller, bercé par les paroles mélodieuses qui résonnaient à ses oreilles. Il aurait pu vivre ainsi pour toujours, simplement à l'abri du reste du monde dans les bras protecteur de la seule personne qui comptait réellement à ses yeux. Mais c'était un rêve. Un si beau rêve...


Quelques heures plus tard, alors que la nuit était tombé depuis quelques temps, Bill entendit la porte de l'appartement s'ouvrir, et des rires envahir leur cocon. Il savait ce qui allait arriver. Cela faisait quelques mois que cela arrivait régulièrement. Il avait prétendu qu'il sortait ce soir, car il ne voulait pas empêcher Tom de vivre normalement, de peur qu'il en ait assez et qu'il décide de prendre un logement seul (car, il le savait très bien, c'était à présent dans les moyens du blond, contrairement à quelques temps plus tôt). Mais il n'était pas sorti. Il était resté là, à lire un peu, écouter de la musique, puis s'était roulé en boule sous sa couverture, attendant le moment fatidique. Il se disait parfois qu'il était un peu malade de s'imposer ça, mais c'était plus fort que lui.

Il entendit une discussion à voix basse, des pas passer devant la porte de sa chambre, et il devina sans mal que Tom savait qu'il était à la maison. C'est comme s'il le sentait, et c'était réciproque, mais jamais les deux jeunes hommes n'avaient réellement su comment expliquer une telle chose, une telle capacité à savoir si l'autre était tout près ou pas. Quoi qu'il en soit, le dreadeux avait du se sentir légèrement coupable, mais il ne pouvait plus faire demi-tour. Bill entendit la porte de la chambre de Tom s'ouvrir, puis se refermer. Son c½ur commença doucement à lui faire mal. Il tendit l'oreille, entendit encore quelques paroles, puis des bruits étouffés, des vêtements froissés, des halètements. Il se recroquevilla un peu plus. C'était à chaque fois pire. Il pouvait presque visualiser la scène, et ça le rendait fou. Il eut la nausée alors qu'un gémissement plus franc se fit entendre. Il imaginait parfaitement les mains de Tom, son corps qu'il avait vu un million de fois nu, ses lèvres embrasser une autre peau que la sienne.

Bill sentit une larme couler le long de sa joue, et il tendit le bras pour attraper un de ses oreiller, puis, alors qu'il pouvait entendre le nom de Tom être crié, il enfonça l'oreiller contre son visage et poussa un hurlement de douleur qui ne devait jamais être entendu. Car là, près de lui, Tom était en train de faire l'amour à un autre homme que lui. Encore, si ça avait été une femme, peut-être que le brun aurait pu se consoler en pensant qu'il ne pouvait pas rivaliser de toute façon. Mais là, c'était pire. De plus, ce n'était pas la première fois que ce mec venait chez eux. Ce qui signifiait forcément que le dreadeux entretenait une véritable relation avec lui, quelque chose de sérieux. Les sanglots de Bill redoublèrent, et il enfonça un peu plus sa tête dans l'oreiller, le corps tremblant et traversé par une souffrance incroyable. Il remarqua à peine que les gémissements s'étaient tu, et que le silence avait repris sa place initiale dans l'appartement. Il n'entendit pas des pas repasser devant sa porte, ni s'arrêter devant, et il ne vit pas Tom tendre l'oreille, certain d'entendre son colocataire pleurer. Avant de repartir, en se disant qu'il avait certainement rêvé, et d'aller se recoucher près du corps de son amant. Non, Bill ne se rendit pas compte de tout cela, et il plongea dans un sommeil agité, ponctué de rêves qui se trouvaient être des souvenirs.




- Tom, regarde-moi.


L'adolescent blond gardait les yeux obstinément braqué vers le sol. Bill soupira et s'approcha légèrement de son ami.

- Tommy...

Celui-ci secoua la tête. Il ne voulait pas affronter la pitié et la peine dans les yeux chocolat du brun. Il ne s'en sentait pas capable.

- Il a recommencé ?

Tom ne répondit pas. Que pouvait-il répondre ? Personne n'y pouvait rien, c'était ainsi. C'était de sa faute, il savait qu'en quittant l'Australie, il allait vers l'inconnu. Sa mère l'avait mis en garde, mais il ne l'avait pas écouté, persuadé qu'elle exagérait, après tout, ses parents étaient divorcés, elle essayait forcément d'enfoncer son ex-mari par pure rancune. S'il avait su...

Un sanglot le sortit de ses pensées, et il releva la tête, pour constater que Bill pleurait. Immédiatement, il l'attira dans ses bras et le sentit s'agripper à son teeshirt.

- Je veux que... Qu'il... Il ne doit plus te toucher... Tommy...

Ses paroles étaient entrecoupées par quelques hoquets. Le blond lui caressa le dos, tout en lui embrassant le front. Il ne voulait pas tout ça, il voulait arrêter de faire souffrir Bill. Mais voilà, la seule chose à faire aurait été de fuguer de chez lui, ou de retourner chez sa mère. Cette dernière solution était totalement exclue, jamais il ne quitterait son ami, il avait promis, et il n'en était de toute façon pas capable. Fuguer ? Pour aller où ?

- Arrête de pleurer, murmura-t-il en serrant l'androgyne plus fort contre lui.

- Je peux pas, lui répondit Bill en redoublant de sanglots.

- Il ne sait pas ce qu'il fait... Et puis c'est pas si horrible...

- Arrête !
Cria le brun en frappant de son poing contre le torse du blond. Arrête d'essayer de banaliser les choses ! Je sais que c'est grave !

Tom secoua la tête, et serra de plus belle. Son père ne s'était jamais réellement remit du départ de sa mère, et alors que le dreadeux avait décidé de venir habiter avec lui, il avait peu à peu perdu la tête. A présent, dans ses moments de délires, il avait tendant à devenir assez violent, et il frappait Tom. Sauf que ce dernier ne pouvait pas se résoudre à le détester, car lorsqu'il était lucide, il était un père vraiment exemplaire. Alors il restait, subissait en silence, et espérait simplement que la prochaine crise n'arriverait pas trop tôt. Sauf que Bill ne supportait pas de voir les bleus sur le corps de Tom, il en était malade, mais il était également totalement impuissant. Il sentit Tom le tirer sur le lit pour qu'ils s'y laissent tomber tous les deux, toujours étroitement enlacés. Il se calma peu à peu, bercé par le dreadeux. Puis soudain, le silence de la pièce fut brisé par une voix tremblante.

« No one knows how you feel, no one there you'd like to see, the day was dark and full of pain... »
« Personne ne sait comment tu te sent, il n'y a personne ici que tu voudrait voir, le jour est noir et plein de douleur... »

Le c½ur de Tom se sera, et il renforça sa prise sur le corps de son ami. C'était une chanson qu'il lui avait apprise, une chanson qu'il écoutait souvent en Australie, et qu'il avait très souvent associé à Bill depuis qu'ils s'étaient rencontrés. Il ferma les yeux, et se laissa porter par la voix mélodieuse, même si elle était lourde de chagrin.

« You write "help" with your own blood, 'cause hope is all you've got... You open up your eyes but nothing's changed... I don't want to cause you trouble, don't want to stay too long, I just came here to say to you... Turn around, I am here... If you want it's me you'll see... Doesn't count, Far or near, I can hold you when you reach for me... »
« Tu écris "au secours" avec ton sang, Car l'espoir c'est tout ce que tu as... Tu ouvre les yeux mais rien n'a changé... Je ne veux pas te causer d'ennui, je ne peux pas rester trop longtemps, je suis seulement venu ici pour te dire... Retourne-toi, je suis là... Si tu veux c'est moi que tu verras... Où que tu sois, je te retiendrai quand tu m'atteindras... »

Sans se lâcher, ils se glissèrent sous les draps du lit de Bill, et la fatigue les emporta tous les deux alors que la mélodie résonnait encore dans leur tête.





Le lendemain matin, Bill attendit d'entendre la porte d'entrée claquer pour se décider à enfin sortir de son lit en toute sécurité (et sans risque de croiser qui que ce soit qu'il ne voulait pas voir). Il était courbaturé de partout, et sa tête lui faisait mal. Il marcha en zombie jusqu'à la cuisine et s'affala sur une chaise, avant d'attraper à tâtons ce qui se trouvait sur la table et qui pourrait combler son estomac vide. Il grogna, il détestait se lever avec une migraine. Il eut un petit sourire alors que Tom entrait dans la pièce, vêtu uniquement d'un pantalon de survêtement.

- Salut toi, lui lança le dreadeux en lui déposant un bisou sur la joue.

- 'Lut...

- Aw, mal de tête ?
Lui demanda Tom d'un air connaisseur.

Bill acquiesça, et fut heureux de voir son colocataire fouiller dans le placard à pharmacie, lui sortir un médicament et le lui tendre avec un verre d'eau.

- Oh, merci, soupira Bill en avalant le tout.

- You're welcome sweetheart, tu me faisais un peu pitié avec ta tête de cadavre...

Le brun lui fit un joli doigt tout en buvant jusqu'à la dernière goute d'eau. Puis il attrapa un croissant et mordit dedans avec appétit. Tom s'assit en face de lui et posa son menton sur sa main sans lâcher l'androgyne du regard, l'air amusé.

- Te moque pas, j'ai faim, répliqua l'observé tout en s'enfilant une deuxième viennoiserie.

- J'ai rien dis.

- T'as pas besoin, crétin, je lis presque dans tes pensées...


Ils rirent un peu, mais quelque chose dans le regard de Tom inquiétait Bill. Il avait cette étrange impression depuis quelques semaines, impression qu'il haïssait parce qu'elle le laissait supposer que son ami lui cachait quelque chose. Néanmoins il ne posa pas de questions, préférant laisser le dreadeux se confier de lui-même. Il termina son petit déjeuner en discutant un peu avec Tom, puis partit prendre une douche. Le blond soupira alors qu'il se retrouvait seul. Ses pensées s'emmêlèrent, et pour la quinzième fois de la mâtiné, il se demanda s'il avait pris la bonne décision. Car Bill ne s'était pas trompé, il y avait bien une chose qu'il ne savait pas, enfin, plusieurs pour être honnête. Tom ignorait comment lui annoncer ce qui allait arriver dans peu de temps. Il devait le lui dire, mais il ne trouvait pas les mots, ni le courage. Il avait une boule dans l'estomac depuis que sa décision avait été prise, et il était constamment mal à l'aise en compagnie de celui avec qui il avait déjà partagé quatre merveilleuses années, les meilleures à vrai dire. Il quitta la cuisine et alluma la chaine HiFi, y glissa un CD et s'allongea sur le canapé, plongé dans ses pensées.



Il était déjà très tard, mais les deux jeunes ne dormaient toujours pas. Ils passaient à nouveau leur weekend ensemble, et comme à chaque fois, ils seraient crevé le lundi en cours parce qu'ils se seraient couchés trop tard et levés trop tôt. Mais c'était sans importance à leurs yeux. Bill était allongé sur son lit, la tête dans le vide et les pieds en l'air, tandis que Tom était adossé près de lui, assis par terre. Ils discutaient encore, et le brun se moquait une fois de plus de la tendance qu'avait l'Australien à utiliser des mots ou des expressions anglaises de façon spontanée. Chose qu'il adorait, notamment lorsqu'il se voyait surnommer par de petits mots qui sonnaient vraiment bien en anglais.

- C'est comme l'autre fois, en chimie. Quand tu as sortit ton gros « Bullshit » parce que la prof t'engueulait ! C'était à mourir de rire ! Elle a rien compris !

Tom croisa les bras mais il ne pouvait s'empêcher de sourire. Il adorait la façon dont son ami passait son temps à le chercher, et se prêtait volontiers au jeu.

- Essaye de vivre pendant dix ans un pays, et de revenir dans un autre dont tu n'as parlé la langue que quelque fois durant les années précédentes, et on en reparlera après.

- C'est une excuse pourrie ça. Tu parlais pas allemand avec ta mère ?

- De temps en temps,
répondit le dreadeux en ramenant ses jambes contre lui, parce qu'elle vivait en Allemagne depuis longtemps, donc elle a mis un certain temps à se réhabituer à l'Australie. Mais ces derniers temps c'était de plus en plus rare.

- Et ben moi, je trouve ça cool de parler deux langues. Tu m'apprendrais à parler anglais, je veux dire, mieux ?

Le sourire de Tom se fit plus franc.

- Après ce que tu viens de me balancer ? Rêve.

- Tommyyyy,
se mit à geindre Bill en approchant son visage de celui de son ami. S'il te plait ?

Le blond poussa un soupire faussement exaspéré, et, sans prévenir, il se mit debout et se jeta sur le brun, lui arrachant un cri de surprise suivit d'un rire hystérique. Ils roulèrent comme deux gamins sur le lit en riant plus fort, puis se stoppèrent, Tom au dessus de Bill, les yeux dans les yeux. Le brun sentait son c½ur battre à tout rompre, et il eut un instant peur que le dreadeux ne le remarque. Mais ce dernier semblait simplement apprécier le moment. Ils échangèrent un sourire, puis la main de l'androgyne vint caresser la joue de son vis-à-vis.

- I love you sweetheart,
murmura-t-il tout bas, employant ce surnom spécial qu'ils aimaient se donner à l'abri des oreilles indiscrètes du reste du monde.

Tom eut un sourire plein de tendresse et déposa doucement ses lèvres sur celles de Bill, comme ils le faisaient à cette même occasion très souvent, marquant une fois encore l'ambiguïté de leur relation fusionnelle.

- I love you too. Et c'est d'accord pour les cours. T'as intérêt à te tenir à carreau et à bosser sérieusement.

Le brun eut un sourire triomphant, et ils se glissèrent sous la couette, emmêlés en un paquet de membres entrelacés. Sa tête vint se nicher dans le cou de Tom, et il soupira contre lui.

- Tommy ?

- Je devrais m'amuser à compter le nombre de fois que tu dis ça par jour,
s'amusa l'interpellé. Oui, Billy ?

- J'ai pensé à quelque chose l'autre jour,
chuchota ce dernier en se serrant un peu plus contre son ami. Tu sais, par rapport à... Ton père, et puis nous, enfin, un peu tout en fait.

Tom hocha la tête, conscient du sérieux de la situation, en contraste total avec quelques instants plus tôt.

- On devrait prendre un appart' ensemble l'année prochaine.

Bill laissa passer un instant, angoissé par la réaction qu'aurait le blond. Il avait cette idée depuis bien plus longtemps qu'il ne le prétendait, à vrai dire il y pensait même constamment, mais il préférait ne rien dire, de peur de se trahir tout seul sur la véritable nature de ses sentiments. Il sentit les bras autour de son corps renforcer leur prise, et un baiser lui fut déposé sur le front. Il sourit, l'angoisse s'envolant de son ventre comme par magie.

- C'est une excellente idée. Je vais y réfléchir, et on pensera à une organisation. Je crois que ça pourrait être génial.

- Ça le sera,
affirma Bill, sûr de lui.
Comment est-ce que ça pourrait ne pas l'être ?




- Tommy ?


Le dreadeux sursauta légèrement, et baissa le son de la chaine avec la télécommande.

- Désolé, j'entendais rien. Tu disais ?

- Que la musique était trop forte,
répondit Bill en riant.

Il était simplement vêtu d'une serviette de bain attaché négligemment autour de sa taille, et ses longs cheveux noirs lui dégoulinaient sur les épaules. Son visage affichait cet air enfantin qui lui était tellement propre et qui faisait craquer tellement de monde, y comprit Tom. Son c½ur se comprima fortement dans sa poitrine, et dans un élan ultime de courage, il proposa :

- On se fait une soirée pizza tous les deux ce soir ici ? Il faudrait qu'on discute un peu.

Bill sembla légèrement pris au dépourvu, mais il accepta avec joie, enchanté à l'idée d'avoir Tom pour lui durant une soirée entière, ce qui arrivait de plus en plus rarement ces derniers temps (et pour une raison à laquelle il préféra ne pas penser).

Tout se déroula parfaitement bien, ils commandèrent leurs pizzas, louèrent un film stupide qui les fit pleurer tous les deux comme des madeleines, rirent d'eux-mêmes... Un moment parfait pour une complicité parfaite. Mais l'Australien savait qu'il ne s'agissait que du calme avant la tempête, et que ce moment arrivait précisément à toute allure. Il profita d'un moment de silence reposant pour enfin aborder le sujet qui le rongeait de l'intérieur depuis des jours et des nuits entières.

- Il faut que je te parle d'un truc...

Bill s'était redressé, les yeux soudainement grands ouverts, et à l'écoute. Tom, quant à lui, avait baissé le visage, incapable de soutenir son regard doux et adorateur, regard qu'il ne méritait pas. Et auquel il n'aurait bientôt plus le droit, il en était certain. Il inspira un grand coup, puis se lança.

- Je pense que tu as remarqué que depuis quelques temps, je vois quelqu'un. Régulièrement.

Les doigts du brun se crispèrent. Il tenta de ne laisser aucune réaction paraître. Mais à l'intérieur, tout se brisait. Non.

- Il s'appelle Melvin, et on s'entend vraiment bien. Je l'aime vraiment bien.

Non.

- Il y a quelques semaines, on a eu une discussion à propos de ma situation, du fait que j'habite toujours ici avec toi, et il m'a dit qu'il en avait marre de devoir faire attention à ne pas te gêner, sans que ça soit contre toi bien sur.

Non...

- Alors, il m'a demandé... D'aller habiter avec lui. Dans un nouvel appartement.


Bam. Tout sembla s'émietter autour de l'androgyne, comme si les murs de leur nid venaient de lui tomber sur la tête, en même temps que le reste du monde. Son c½ur fut transpercé, et il ne se souvenait pas avoir ressentit une telle douleur un jour. Mais plus que n'importe quoi d'autre, ce qui lui importait était Tom. Le bonheur de Tom. Juste ça. Alors, il sentit malgré lui un sourire forcé se dessiner sur ses lèvres, et s'entendit répondre d'un calme impressionnant :

- C'est super Tommy, je suis heureux que tu ais enfin trouvé ce qu'il te manquait.


Le dreadeux resta un instant bouche bée, s'attendant à presque tout sauf à ça. Il scruta le visage de Bill à la recherche d'une faille, mais il connaissait l'énergumène, et jamais celui-ci ne laisserait transparaître sa déception. Il avait pris l'habitude de ne rien cacher à Tom, d'être vraiment lui-même en sa compagnie, mais aujourd'hui, pour la première fois depuis cinq ans, il n'avait pas d'autre choix que de lui mentir.

- Tu... Tu penses vraiment ça ?
Lui demanda finalement le blond, toujours légèrement choqué.

- Bien sûr, je savais bien que ça arriverait un jour.

Mensonge.

- On n'allait pas passer le reste de notre vie ensemble.

Mensonge.


- C'est pas comme si on n'allait plus se revoir, tu vas juste arrêter de prendre toute la place avec ton bordel...

Il s'était forcé à rire un peu sur la fin de sa phrase, mais le visage de son ami s'affaissa un peu plus, le coupant net dans son manège. La panique lui serra la gorge, et il demanda d'une voix mal assurée :

- Tu ne pars pas loin pas vrai ?

Tom baissa les yeux.

- C'est une petite ville à environ 3h de train d'ici...

Un nouveau coup de poignard vint s'enfoncer dans la poitrine de Bill, et il cru un instant qu'il allait simplement fondre en larme. Mais son masque ne se fana pas, et il eut juste l'air d'être déçu, du moins c'est ce que Tom cru voir. Il fallait qu'il résiste à l'envie de s'enfuir en courant, et qu'il soutienne son colocataire dans son choix, comme il l'avait toujours fait.

- Je prendrais un abonnement, ce n'est pas bien grave...

- Ma porte te serra toujours ouverte, quoi qu'il arrive. Come what may, sweetheart...


Les doigts du dreadeux vinrent doucement caresser la joue de Bill. Ce dernier dû une fois encore lutter pour retenir le flot de tristesse qui déferlait en lui, et se laissa faire lorsque Tom le prit dans ses bras et se mit à lui murmurer :

- It tried to shine just for you... Until the end... I don't want to cause you trouble, don't want to stay too long, I just came here to say to you... I'm by your side...
Il a essayé de briller juste pour toi... Jusqu'à la fin... Je ne veux pas te causer des problèmes, je ne veux pas rester trop longtemps, je suis seulement ici pour te dire... Je suis à tes cotés...


Une larme solitaire glissa de son ½il, et Bill enfonça sa tête un peu plus dans l'épaule de son ami pour le lui cacher.

- I am here... Doesn't count, far or near... I can hold you when you reach for me...
Je suis là... Où que tu sois... Je te retiendrai quand tu m'atteindras...


Le message était lourd de sens, et Bill savait à quel point Tom devait penser ces quelques mots qui avaient été leur chanson à tous les deux depuis tellement de temps, à la base créé pour les aider à supporter les aléas de leur adolescence. Il préféra se séparer de son blond, lui annonçant avec un petit sourire qu'il allait se coucher et qu'ils pourraient en reparler le lendemain. Il quitta la pièce, laissant Tom planté au milieu du salon. Il ne mit pas longtemps à réagir, arrangea un peu le canapé, jeta les boîtes de pizza à la poubelle, puis partit dans sa propre chambre. Il jeta un coup d'½il à son portable, vit qu'il avait un message de la part de Melvin. Un message qui lui demandait si c'était fait. Tom resta à contempler son téléphone pendant un court instant, avant de le lancer sur son lit et d'éclater en sanglots. Les larmes se mirent à déferler sans même qu'il en ait conscience, et il se laissa tomber sur son matelas en étouffant ses gémissements dans son oreiller.

Car voilà, Tom n'avait pas voulu que Bill réagisse ainsi. Il avait voulu des cris, de la protestation, de la supplication, il avait voulu qu'il l'empêche de partir, qu'il le retienne... Il avait voulu qu'enfin leur relation prenne le tournant qu'il espérait depuis qu'il avait appris à connaître l'androgyne, depuis qu'ils étaient devenus inséparables, depuis qu'il en était complètement tombé amoureux... Il pleura plus fort, se vidant complètement de sa frustration, sa déception, ses rêves brisés, et la vision d'un avenir proche, un avenir sans Bill. Ça paraissait tellement impossible, tellement illogique. Ils étaient faits pour être ensemble, c'était indiscutable. Alors pourquoi ? Pourquoi est-ce que ça ne pouvait pas fonctionner ? Il avait accepté la demande de son petit ami pour la seule et unique raison qu'il avait voulu provoquer un déclic, une réaction chez Bill, quelque chose qui aurait enfin débloqué la situation entre eux. Mais en vain...

Bientôt, l'épuisement s'empara de son corps, et il se laissa sombrer, emporté par quelques images lointaines.




Ils avaient choisi ce coin là de la plage, parce qu'ils savaient qu'il n'y avait jamais personne. Bill avait préféré rester dormir sur sa serviette, exposant son corps au soleil en espérant prendre quelques couleurs, alors que Tom avait été se baigner durant une bonne heure. Il s'était fait charrier par le brun qui avait prétendu qu'il trouverait l'eau bien froide ici comparé à celle de l'Australie. Mais Tom s'y était jeté sans hésiter, et à présent il se sentait parfaitement bien, prêt à lui aussi s'adonner à une glande totale et méritée. Pourtant, alors qu'il revenait sur le sable chaud, près de son ami, il se pris à le regarder différemment. Il laissa ses yeux trainer le long de son corps fin, tatoué sur la hanche, légèrement musclé et absolument magnifique. Il se mordilla la lèvre, en proie à un désir complètement fou d'embrasser chaque parcelle de peau qui s'offrait à sa vue.

Il s'allongea à ses coté, la tête reposant sur sa main, les doigts de l'autre en suspension au dessus du torse de Bill. Il les approcha doucement, avant de les reculer, puis de retenter l'expérience. Son c½ur battait anormalement fort, et il voulait vraiment le toucher, mais son cerveau lui rappelait sans cesse qu'il aurait été déplacé d'avoir un tel geste, pas du moins envers quelqu'un dont il était censé être l'ami. Il remarqua avec amusement la peau qu'il n'effleurait qu'à peine se couvrir d'une série de frisson. Et puis, alors qu'il ne s'y attendait absolument pas, Bill ouvrit les yeux, et se retourna d'un bond pour venir s'allonger sur lui. Tom resta bouche bée, son visage à quelques centimètres à peine de celui du brun. Ils se regardèrent pendant de longues minutes ainsi, avant que Bill ne chuchote :

- Arrête de t'amuser, tu m'empêches de dormir.

- Petite nature.

- Idiot.

- Lovely freak.
(adorable crétin)

Et sans qu'il comprenne comment, leurs bouches se retrouvèrent collées l'une à l'autre, leurs langues emmêlées de façon fiévreuse et impatiente. Leur baiser fut brûlant, mais court, et à peine séparés, ils éclatèrent de rire. Bill se replaça correctement sur sa serviette, et ajusta une paire de lunette de soleil sur son nez.

- La prochaine fois que tu me dérange, je te fais bouffer du sable.

- J'ai peur.

- Tu devrais !


Ils rirent encore, et laissèrent le soleil les engourdir, sans savoir que leurs pensées se rejoignaient étroitement. Car si cet échange avait été mis sur le compte de la plaisanterie, il ne les avait laissé ni l'un ni l'autre indifférent, bien au contraire.





Le soleil tapa dans l'½il de Bill alors qu'il émergeait doucement. Il aurait préféré oublier de se réveiller, ou au moins penser à fermer ses volets la veille pour éviter ce genre de désagrément. Il étendit les bras et s'étira, faisant craquer tout son corps. Puis, il se souvint pourquoi il n'avait pas voulu ouvrir les yeux : c'était aujourd'hui. Quelques jours à peine s'étaient écoulés depuis l'annonce fracassante de Tom, et c'était aujourd'hui qu'il quittait réellement l'appartement, qu'il s'en allait pour de bon. L'androgyne sentit la boule dans son estomac se resserrer. Il n'avait pas pu parler à Tom, ils s'étaient à peine adressé la parole ces derniers jours, et ça le rendait complètement malade. Ils n'avaient jamais été en froid, jamais comme ça du moins. Il pensa avec encore plus de dépit qu'il faudrait à présent qu'il s'habitue à ne plus avoir Tom à disposition. Tout lui semblait tellement vide, tellement fade, et il n'était même pas encore partit. Il décida de ne pas se laisser abattre, et fit le trajet de sa chambre à la salle de bain pour se rendre légèrement présentable. Il était presque midi, et il savait ce que cela signifiait. En effet, quand il sortit propre et habillé, il tomba sur son futur ex-colocataire dans le salon, avec deux gros sacs à ses pieds, et l'air préoccupé. Il fut persuadé à cet instant que le bruit de son c½ur éclatant par terre s'était répercuté dans toute la pièce, car le dreadeux releva la tête dans sa direction et qu'il lui adressa un sourire sans joie.

- J'ai... J'ai pas tout pris, commença Tom en se raclant la gorge. De toute façon, je reviendrais pour qu'on regarde ça ensemble, j'ai pas... J'en ai pas eu le courage tout seul.

Bill hocha la tête, souhaitant que tout cela ne soit qu'un horrible, un affreux cauchemar, et que tout allait s'arranger, que Tom le prendrait dans ses bras comme avant et qu'il lui dirait que tout ça n'était pas vrai. Mais rien ne se passa. Ils restèrent ainsi, à se regarder, debout au milieu du salon, leur salon, remplit de tout leurs souvenirs ensemble, de leurs photos, de leurs meubles (ils en avaient acheté plus de la moitié ensemble), de leur vie commune vieille de quatre ans.

- J'arrive pas à y croire, pensa Bill tout haut.

- J'ai du mal aussi,
répondit Tom en s'approchant un peu de son ami.

- Tommy...

- Ça va aller,
le coupa-t-il. Sweetheart, ça va aller...

- Non,
murmura l'androgyne en baissant la tête, incapable de soutenir son regard plus longtemps. Non, non ça n'ira pas...

Quelque chose en lui se délia, et soudain, il su exactement ce qu'il voulait faire, ce qu'il devait impérativement faire avant de ne plus revoir Tom avant un temps indéterminé. Tous les doutes qu'il avait pu accumuler depuis tellement de temps s'envolèrent, et lorsqu'il releva la tête, se fut pour afficher une détermination que le dreadeux ne lui connaissait pas. Il en resta interloqué.

- Tu sais pourquoi ça ne pourrait pas aller ? Putain, Tom, je suis désolé, vraiment désolé pour tout ce que je vais te dire. Je vais probablement le regretter, et tu ne voudras probablement plus jamais me parler, ni me revoir, mais...

Il s'approcha du blond et lui offrit un sourire tendre tout en lui caressant l'épaule.

- Je n'oserai plus jamais me regarder en face si je ne te le dis pas maintenant.

Il fit une pause, inspira profondément, et sans quitter celui qu'il aimait depuis tellement de temps des yeux, il avoua ce qui lui pesait tellement sur le c½ur :

- On a fait tellement de trucs ensembles, et crois-moi, j'étais loin de me douter qu'on en arriverait là un jour, quand on s'est vu la première fois. Tu as été tout pour moi, tu as été mon repère, mon seul soutient, on a traversé tellement de choses... Tu fais partis de mon passé, de mon présent, de mon futur. C'est simple, jusqu'à aujourd'hui, je n'avais même jamais ne serait-ce qu'imaginé, ou émit l'hypothèse qu'on puisse être séparés. J'ai vraiment essayé tu sais, de me dire que je me faisais des idées, que tout ça n'avait aucun sens. J'ai eu peur de t'étouffer souvent, de trop vouloir te garder pour moi. Mais au final, je crois qu'on s'en est bien sortit jusque là, du moins, toi et moi. Parce que moi... J'en peux vraiment plus.

Tom restait complètement ébahit. A présent, Bill avait les yeux embués, mais il ne semblait pas vouloir s'arrêter, pas avant d'avoir été jusqu'au bout.

- Je n'ai aucune putain d'envie que tu t'en ailles. Je suis taré à la pensé que tu puisses partit loin de moi, que tu puisses partager ce genre de chose avec quelqu'un d'autre, je ne veux pas te voir franchir le seuil de cet appartement, de notre appartement. Tommy... Je regrette vraiment d'avoir attendu tout ce temps pour te le dire. Pardonne-moi. Mais ça fait cinq ans qu'on se connaît, et ça fait cinq ans que je suis complètement fou de toi. Du moindre de tes gestes, du moindre de tes sourires, de la moindre parole que tu prononces. Je t'aime Tom. Je t'aime tellement, pardonne-moi de ne pas avoir réussit à être ton ami... Pardonne-m...

Il fut coupé par la bouche du dreadeux qui venait de se plaquer contre la sienne, brutalement, et il se sentit électrisé, si bien que la chaleur de son corps le quitta avant d'éclater au sein de son estomac. Il passa ses bras autour du cou de Tom, et se sentit écrasé contre lui, étouffé dans une étreinte passionnelle. Sa lèvre inférieure fut aspirée dans la bouche chaude du blond, suçoté, puis mordillé. Il gémit fortement et y glissa sa langue, pour venir rencontrer la sienne et la câliner avec tendresse. Il ne réalisait pas ce qui était en train d'arriver, il laissait simplement tout le désir accumulé, refoulé, isolé, se manifester et prendre le dessus. Il voulait se fondre à l'intérieur de Tom, il voulait que cet instant dure pour toujours, et que le rêve ne se brise pas, si c'était un rêve. Il paniqua légèrement en se sentant repoussé, et tenu à bout de bras.

- Bill, haleta Tom à bout de souffle en le tenant par les épaules et en le transperçant de son regard brûlant. Bill, j'ai...

Il jeta un coup d'½il derrière la tête du brun, et un sourire étira ses lèvres encore rougies par le baiser.

- Je crois que j'ai loupé mon train.


L'androgyne ne put s'empêcher d'éclater de rire, avant de fondre en larmes. Tom l'embrassa à nouveau tendrement, également complètement retourné par la situation, soufflé par la façon dont tout venait de prendre un nouveau tournant, tellement plus beau, tellement meilleur que tout ce qu'il avait pu imaginer. L'air lui manqua, et il dû à nouveau se séparer de Bill. Il plaça ses mains autour de son visage angélique, et effaça les larmes de ses pouces. Il lui offrit son plus beau sourire, et alors que tous deux savaient qu'à présent, tout irait pour le mieux, il susurra avant de l'embrasser à nouveau :

- Si seulement tu me l'avais dit... Sweetheart...


FIN