Vous descendez ?

OS destiné à Althéa, pour son anniversaire (LE 10 FÉVRIER XD). Un OS qui me tient vraiment à c½ur, j'y ai mis tout ce que je pouvais, je voulais qu'il soit à la hauteur de la personne à qui il était destiné.
Je t'aime Althy chérie <3


Vous descendez ?

Il fait vraiment froid. La grande horloge qui illumine la place indique minuit passé, si ses yeux ne lui jouent pas des tours. Un vent glacé vient lui caresser le visage et il frissonne avec violence. Il regrette un peu de ne pas avoir pris un pull supplémentaire, au lieu de ce simple teeshirt recouvert d'une veste légère. Puis il ricane doucement, réalisant à quel point il est ridicule de penser à une telle chose dans un moment pareil. C'est stupide et inutile. Alors il imagine qu'il est sur une plage, comme il y a deux ans, lorsqu'il est partit en vacances au soleil, dans les Caraïbes. Il prend une grande inspiration, puis décide de se concentrer sur le paysage qui s'offre à ses yeux. C'est foutrement beau, et ça lui réchauffe un peu le c½ur de penser qu'il existe des visions comme celle-ci.

Il se surprend à jeter un coup d'½il dans les appartements éclairés dont il peut apprécier l'intérieur grâce aux rideaux inexistants. Il décide de s'installer un peu mieux. Doucement, il s'approche du bord, et s'assied en laissant pendre ses grandes jambes élancées dans le vide. Nouveau frisson. C'est vraiment haut, quinze étages. En bas, le trafic est épais, en ce vendredi soir les rues de Los Angeles sont bondées. Il reporte son attention sur l'immeuble d'en face. Il est encore plus grand que celui sur lequel il est, il parierait sur une vingtaine d'étages au moins.

Du mouvement dans un des luxueux studios attire son regard, et il observe un groupe de personnes, certainement âgées d'une quarantaine d'années chacun, prendre un verre autour d'une grande table. Il cherche un détail, une faille, une bavure sur ce tableau trop bien pour être réel. Cette femme trompe-t-elle celui dont elle tient si fermement la main ? Cet homme a-t-il des problèmes d'argent pour avoir une descente aussi impressionnante ? Comme presque à chaque fois qu'il se prend à observer les gens, il s'imagine quelle est leur vie, quels sont leurs soucis, qu'est ce qui fait d'eux ce qu'ils sont, ou ne seront jamais.

Doucement, ses réflexions le ramènent à sa propre situation. Il secoue tristement la tête. Ses jambes dans le vide commencent à peser lourd, tout son corps semble peser des tonnes. S'il est ici aujourd'hui, c'est que sa vie à lui, il l'a analysée, sous tous les angles. Et il ne voit vraiment pas ce qui peut bien encore le retenir. Il considère longuement l'écart entre le haut de cet immeuble et le sol, tout en bas, et son ventre se tord. Il n'a jamais été courageux, c'est aussi ce qui le console : on pourra le dire lâche d'avoir choisit cette solution, il s'en fiche pas mal. D'ailleurs, qui en parlera ? Qui s'en souciera ?

Mais cette faiblesse le place dans une situation délicate : comment va-t-il oser sauter sans penser à ce qu'il pourra ressentir lors de l'impact ? Douleur ? Ou ne sentira-t-il simplement rien ? Il aimerait bien, ça aurait l'avantage d'être rapide. Il n'avait pas osé les médicaments, doué comme il était, il aurait surement raté son coup. Mais ça devait marcher, dès le premier essai. Sinon, sa vie serait encore plus merdique. Il sent son pouls s'accélérer légèrement à la pensée que, peut être, quelques personnes allaient le regretter. Peu, sans aucun doute, mais c'était déjà ça. Il tente d'établir une liste, mais abandonne bien vite, déprimé de voir que c'est inutile, pas assez de candidats...

Sa gorge se noue lorsqu'il pense enfin à l'une des causes de sa présence ici. Le regrettera-t-il, lui ? Devinera-t-il seulement qu'il est sa plus grande faiblesse, son plus grand chagrin, sa plus grande perte ? Que même la simple idée de ne plus être dans le même monde que lui l'effraie ? Lui, le seul à avoir fait battre son c½ur si fort, trembler ses mains, perdre la raison... Il tente d'oublier son sourire, ses clin d'½il, son corps, ses lèvres... Et se concentre sur le visage décontracté qu'il a affiché en lui annonçant que tout était terminé, qu'ils s'étaient bien amusé mais qu'il s'était lassé et qu'il désirait aller voir ailleurs... Il visionna ses pleurs, ses supplications ignorées, et sa chute...
A vrai dire, vouloir mourir pour une personne lui a toujours parut une idée ridicule. Et c'est bien pour ça qu'il ne considère pas cette personne comme seule responsable de cette envie d'inscrire le mot fin au livre de sa vie.

Il sent une larme rouler le long de sa joue, se perdre dans son cou, lui procurant une sensation désagréable. Il frotte doucement la zone où elle s'est échouée, avant d'en recevoir une multitude d'autre. Pleurer. Et dire qu'il avait pensé ne plus jamais le faire, qu'il était vidé de toute émotion depuis bien longtemps. Ses larmes s'écrasent sur ses lèvres, certaines vont même franchir son menton pour le précéder dans la grande chute que sera la sienne, dans le vide, depuis cette hauteur vertigineuse. Il les regarde pensivement, se demandant brièvement si elles se transforment en vapeur avant de toucher le sol.

Soudain, un bruit le fait sursauter et ses mains s'agrippent violement au rebord du toit sur lequel il est assis. Un bruit de gonds rouillés, absolument abominable, mais pas inconnu. Son c½ur s'affole, et il se met à paniquer. Il devait être seul. Seul.
Derrière lui, quelqu'un vient de franchir la porte qui mène au toit, il le sait. Qui ? Quelqu'un qu'il connaît ? C'est impossible, personne ne se soucie de lui, personne. Il faut qu'il en finisse, maintenant. Il doit sauter. Son corps ne réagit pas, il sent un à un chacun de ses muscles se tendre douloureusement, et d'affreuses crampes le prennent. Il grimace de douleur et retient un cri qui se transforme en gémissement. Merde.

Quelques pas tremblant se font entendre. L'arrivant n'a pas l'air de remarquer une autre présence, là, non loin de lui, assis entre le vide et le toit, agrippé et complètement coincé. A vrai dire, il n'a pas vraiment relevé les yeux depuis qu'il a commencé à monter les marches de cet immeuble. Quinze étages, ça fait beaucoup, beaucoup de marches, surtout quand on les comptes, une par une. Il referme la lourde porte derrière lui, plus par habitude que par réel besoin. Après tout, qu'est ce qu'il en a foutre qu'elle soit ouverte cette fichue porte ? Puis, bien décidé à affronter sa décision, Tom lève les yeux et toise les hauts buildings environnant, tend l'oreille aux bruits de la ville, grave ces éléments quelques part en lui. Et se fige.

Là, sous ses yeux ébahis, quelqu'un est assis, juste au bord du toit, les jambes visiblement dans le vide, il ne distingue pas vraiment, il ne voit que son dos. Enfin, il voit surtout de longs cheveux noirs et lisses qui arrivent dans le milieu de ce dos, et s'agitent sous la brise fraiche. L'illumination de la ville lui permet une vision assez nette. Il observe les bras figés, et conclu directement qu'il s'agit d'un garçon, ou d'une fille, mais dans ce cas, aux bras très masculins. Ils sont bien dessinés, légèrement musclés, et... Découverts. Par ce froid. Tom en frissonne, lui qui est emmitouflé dans un sweat, et deux couches de teeshirt à manches longues. Il secoue la tête, et tente de savoir quoi faire.

Après un instant réflexion et deux bonnes inspirations, il s'avance doucement. Il voit le corps du jeune homme (ça ne pouvait décemment pas être une femme) trembler violement. Il tente alors de parler.

- Euh... Pardon, mais... Tu... Enfin...

Il secoue la tête. Brillant, il est vraiment brillant. Cette phrase mériterait le prix de la stupidité.

De son coté, Bill sent un certain soulagement mêlé à de la déception l'envahir. Il ne connaît pas cette voix, ce n'est donc pas quelqu'un qui l'empêchera de faire ce qu'il veut. Néanmoins, il est toujours crispé, tellement qu'il ne peut que grincer des dents et répondre sans desserrer les mâchoires :

- Je suis... Merde, je suis coincé...

- Quoi ?
S'étonne Tom en haussant les sourcils. Tu es... ? Ouais, d'accord, je vais... Tu veux de l'aide ?

Bill réfléchis un instant. Après tout, il pourrait sauter maintenant, là, sous les yeux de cet inconnu, sans jamais lui avoir montré son visage. Mais il n'a vraiment pas envie de mourir (il tremble rien qu'en pensant à ce mot) en gardant comme dernier souvenir cette impression de paralysie absolument insupportable. Et puis il lui faudrait fournir un effort considérable pour bouger ne serait-ce que l'orteil. Alors sauter...

- Je veux bien, s'il te plait.


Il entend les pas dans son dos se rapprocher. Puis, très doucement, surement par peur de cette vue impressionnante qu'offre le vide, les mains de l'inconnu se posent sur ses épaules.

- Merde, entend-t-il chuchoter, tu es... On dirait une statue... Je crois que tu fais une crise de tétanie...

- Non,
s'empresse de répondre Bill à qui on a déjà baratiné ce discours, sinon je serais en train de suffoquer comme un malade... Non, c'est juste... C'est pas la première fois que... Tu pourrais juste m'aider à me lever ? Il faut que je réussisse à bouger, et ça partira tout seul...

Les mains sur ses épaules effectuent une petite pression, puis il les sens glisser le long de ses bras couverts de chaire de poule (il a quand même vraiment super froid), et remonter en effectuant de petits mouvements circulaires. Puis il se sent tiré vers l'arrière. Dès que la vue de la ville a disparue, il se sent immédiatement se détendre. Les douleurs s'envolent comme par magie, et il arrive même, avec l'aide de l'inconnu, à se hisser sur ses jambes encore un peu tremblantes. Son corps semble enfin sortir de sa léthargie, et il soupire en secouant la tête, toujours dos à son « sauveur » :

- Merci, et désolé, ces fichues crises me pourrissent la vie, je...


Il vient de se retourner, et se stoppe dans ses remerciements. Devant lui, un jeune homme absolument magnifique le toise d'un ½il inquiet. Il est grand, à peu près comme lui, jeune, quoi qu'un peu plus âgé surement, et surtout, très beau. Ses yeux bruns sont bordés de cils blonds, et il porte de longues dreads attachées en queue de cheval. Il est vêtu d'un jean pas vraiment près du corps, mais pas vraiment large non plus, et d'une couche impressionnante de teeshirts. Bill sent de nouveau chaque poil de son corps se hérisser, saisit par le vent glacé qui lèche ses membres découverts.

- C'est rien,
lui répond Tom, lui-même en proie à plusieurs frissons : ce garçon aux cheveux très longs se trouve aussi être très charmant.

Il a un visage fin, assez pâle, mais surtout de superbes yeux chocolat entourés de noir, accordant la couleur de sa chevelure à celle de ses paupières. Il a de longues jambes, un corps très svelte et élancé, un jean serré, et un simple teeshirt imprimé.

Ils restent un instant planté là, à se regarder. Puis Bill réalise enfin que c'est étrange de voir quelqu'un à minuit sur le toit d'un immeuble de quinze étages, et en vient à se demander ce que ce beau jeune homme fabrique justement là. Il s'apprête à lui poser la question quand il est interrompu par la voix douce de Tom :

- Tu... Tu allais... Enfin, tu es ici pour...


Il se sent vraiment idiot, à ne pas réussir à former une phrase correcte. De son coté, Bill s'est raidi. Il baisse les yeux et réponds en tripotant le bas de son teeshirt :

- Oui... Mais tu es arrivé et j'ai été surpris... Et comme j'ai tendance à me crisper pour rien... Enfin,
il fait un geste évasif en relevant la tête. Et toi ? Pourquoi tu...

- Pareil,
marmonna Tom, soudainement ramené à la raison de sa présence ici.

- Oh, vraiment...


Il y eut un petit silence gêné. C'est une situation assez inhabituelle. Un coup de vent manqua de tuer Bill sur le champ tellement il eut froid. Il lâcha un « putain » désespéré et s'entoura de ses bras, frottant avec énergie dans l'espoir de se réchauffer. Et, sans s'en rendre compte, il recommence à pleurer. Tom ne met pas longtemps à réagir. Il s'approche vivement du brun qui sanglote misérablement, et fait des gestes désordonnés, hésitant à poser ses mains sur lui. Finalement, il retire rapidement son sweat et le fait passer par-dessus sa tête. Avec douceur, il fait passer les bras de Bill dans les manches, puis retire la longue chevelure ébène du vêtement pour les laisser voleter autour du visage déconfit. Puis, tirant un peu plus le brun près de lui, il pose deux mains prudentes sur ses joues pour essuyer les lignes noires de larmes. Il se sent un peu bizarre, après tout il ne connaissait pas ce mec il y a à peine quelques minutes, il ne sait même pas son nom.

- Comment tu t'appelles ?
Demande-t-il avec empressement, à peine la pensée a-t-elle traversé son cerveau.

- Bill,
réussit-il à répondre, la voix enrouée.

A présent, pense Tom, on est plus vraiment des inconnus. Il décide alors qu'il pouvait donc se permettre de le consoler.

- Bill... Moi c'est Tom... Je sais que ce que je vais dire, surtout dans cette... Hum, situation, ne va probablement rien changer pour toi, mais...

Il effleure la joue à présent sèche de son pouce.

- ... Quelqu'un avec un aussi joli visage ne devrait pas pleurer comme ça...

Il sent Bill se raidir un peu, puis se détendre. Il renifle et lève les yeux vers Tom.

- Quelqu'un comme moi ne devrait même pas exister...


Tom fronce les sourcils, avant de se rendre compte qu'il n'a pas grand-chose à répondre à ça. Après tout, lui aussi est sur ce toit pour en finir avec la vie.

- Tu ne peux pas être pire que moi, de toute façon,
annonce-t-il d'un ton sarcastique.

- On pari ?
Grogne Bill en s'éloignant un peu du dreadé. A celui qui aura la vie la plus pourrie.

Tom secoue un peu la tête. Cette situation est vraiment idiote. Néanmoins, quand il voit Bill se laisser tomber par terre en tailleur, il l'imite et se retrouve assis en face de lui. Il l'observe se frotter les joues, effaçant ainsi les dernières trace de maquillage coulé, et avec étonnement, il le voit lui tendre la main.

- Bill Kaulitz, 20 ans, ex-étudiant en droit.


Il reste un instant perplexe, puis saisit la main.

- Tom Trümper, 24 ans, chômeur depuis 1 an, ex-professeur en fac d'histoire.


Ils se fixent l'un et l'autre, tandis que leurs pensées, sans êtres similaires, se rejoignent. Ils pensent à cette vie, résumée en une phrase, devenue trop pesante, trop difficile...

- J'étais promis à des choses brillantes,
dit alors Bill en lâchant la main de Tom. Mes parents sont avocats, et je devais absolument suivre la voie qu'ils m'avaient choisis. On partait souvent en vacances, mais à coté il fallait que je reste le meilleur, partout. Au collège, au lycée, et puis à la fac, quand j'y suis entré avec les félicitations de tous mes professeurs. Bien sur que j'ai tout pour être heureux, dit il avec un petit rire. C'est même agaçant de voir que quelqu'un comme moi trouve encore le moyen de se plaindre. Mais... A la fac j'ai rencontré tout un tas de personne, pas forcément des gens biens, mais qu'est ce que j'en savais ? J'ai commencé à sortir, mes parents me reprochaient de trop délaisser mes études, j'ai arrêté de les écouter. Mes « amis » m'ont entrainé dans leurs...

Il se stoppa, et secoua la tête, comme si les mots refusaient de sortir. A la place, il remonta doucement ses manches, dévoilant l'intérieur de ses bras, où on pouvait sans mal voir un énorme bleu dans le pli du coude, ainsi qu'une marque nette de piqure. Tom en fut choqué, se demandant comment il avait pu passer à coté d'une telle chose dans un premier temps.

- Je suis vite devenu accro... Après la suite est banale, je suis tombé amoureux d'un de ces connards (Tom haussa un sourcil alors que Bill venait inconsciemment de lui dévoiler son homosexualité), on a fait un tas de choses ensemble, des trucs monstrueux, puis il m'a lâché pour un autre pigeon... Alors j'ai essayé de lui faire du chantage, j'ai augmenté mes doses, j'ai frôlé je ne sais plus combien de fois l'overdose... Mais rien... Alors...

Il pousse un soupire et désigne les alentours du regard.

- C'est une des solutions les plus faciles. Rapide, et puis j'ai peu de chances de me louper cette fois. De toute façon, plus rien ne me retient.

Tom reste interdit, ne sachant pas trop quoi dire. A la place, il place ses mains derrière lui et prend appuie sur ses bras tout en commençant son propre récit :

- J'étais un prof, tout ce qu'il y a de plus simple. J'aimais vraiment mon métier, en plus. J'allais me marier, avec une femme tout ce qu'il y a de plus parfaite. Une vie parfaite, quoi. Sauf qu'il a fallu qu'un jour je sois choppé dans une salle d'amphi en pleine activité avec un de mes élèves, dans une position pas très avantageuse et assez explicite. J'ai été renvoyé, j'ai du expliquer pourquoi à ma fiancé, elle m'a plaquée. A la limite, je pouvais encore m'en remettre, c'était pas la fin du monde. Sauf que...


Il lève les yeux vers le ciel, dont on peut distinguer, en regardant bien, les petites étoiles scintillantes qui semblent observer et veiller sur les deux jeunes hommes. Il ferme un instant les yeux, et Bill le regarde, intrigué.

- Peu de temps après, alors que je cherchais du travail, j'ai reçu une lettre. C'était une enveloppe simple, blanche quoi, rien de suspect. Je l'ai ouverte, sans vraiment faire attention. Dedans, y'avait ce petit carton, très joli aussi. Sauf que sur ce mignon petit carton, on m'annonçait que mon meilleur ami avait été victime d'un accident de voiture, un truc débile. Il est mort sur le coup. On m'a dit qu'il n'avait surement pas souffert.


Il renifle et passe une main sur son visage, tandis que Bill reste figé, incapable de faire quoi que ce soit. Il observe simplement le blond prendre de longues inspirations, gardant les yeux fermés.

- C'est toujours ce qu'on dit aux proches, pour les rassurer. Mais au fond, qu'il ait souffert ou pas, il est mort quand même. Alors ça ne change pas grand-chose. C'est juste pour dédramatiser.


Soudain, son visage se fend d'un sourire et il se met à rire. Bill hausse un sourcil.

- Quoi ?


- Non, c'est juste que je me demande ce qu'ils diront à ma famille. Que je n'ai pas souffert ? Ah non, ça ne risque pas ! Quelle belle connerie quand même !


Le brun sourit un peu, et regarde avec intérêt Tom perdre son rire et fixer un point invisible devant eux. Un silence s'installe, durant lequel chacun pense aux confessions de l'inconnu - qui n'en est plus vraiment un - avec qui il s'est accidentellement retrouvé sur la même route, ou plutôt, sur le même toit. Mais le silence est brutalement interrompu par un gargouillement sonore. Le plus âgé rougit violemment tandis que son estomac émet un deuxième grondement.

- Merde, c'est pas vrai,
marmonne-t-il en baissant les yeux. Qui aurait cru que je puisse avoir faim dans un moment pareil. Sérieusement, c'est ridicule.

Bill écarquille les yeux avant de se mettre à rire. Il donne un petit coup de pied dans la cheville de Tom et lui dit :

- Ce qui serait cruel, c'est de finir avec l'estomac vide ! Non, je ne peux pas cautionner ça, désolé. Il faut que tu manges.


Le ventre manifeste son enthousiasme par un petit gargouillis. Le dreadé secoue la tête en signe d'inclinaison.

- Ok, ok. C'est quoi ton plan ? J'ai pas l'intention de descendre d'ici.


Bill prend un air concentré et réfléchis. Puis son visage s'illumine. Il sort son portable et lance un clin d'½il à Tom.

- Fromage ou anchois ?


[...]

Le livreur a été cool et n'a posé aucune question. Pourtant, il aurait pu, avec cette situation vraiment trop bizarre. Commander, à près d'une heure du matin, des pizzas, à se faire livrer sur le toit d'un immeuble... Néanmoins, très professionnel, et même s'il en mourrait d'envie (ça c'était lu sur son visage), il n'avait posé aucune question. Il avait gravit les quinze étages avec courage - en fait, il avait pris l'ascenseur -, ayant décidé il y a peu de temps de ne plus chercher à comprendre les demandes vraiment bizarroïdes de la clientèle. Là, il avait trouvé deux mecs à l'air complètement pommé, aux looks vraiment différents, assis par terre, l'un emmitouflé dans ce qui semblait être plusieurs hauts superposés, l'autre enroulé dans un simple sweat qui recouvrait presque toute sa tête. Il n'avait rien dit, avait demandé l'argent, et avait déposé une 4 fromages, et une Margherita, avant de repartir sans demander son reste.

Bill et Tom sont à présent les heureux propriétaires de deux pizzas chaudes qui sentent délicieusement bon.

- Bordel, c'est tellement délicieux, jure Tom en ouvrant le carton, découvrant son bonheur fait de pâte moelleuse et de fromage fondu. Si foutrement délicieux !

- Je n'en ai pas mangé depuis... Merde, je n'ai aucun souvenir de ma dernière pizza,
s'exclame Bill en attrapant une tranche prédécoupé et humant l'odeur de tomate et de mozzarella. Il pousse un gémissement de plaisir. C'est si bon ! Sérieusement, comment j'ai pu me priver d'une chose pareille pendant si longtemps ?

Tom ne peut que secouer la tête, la bouche déjà pleine. Il émet des petits bruits de satisfaction absolument adorables, et Bill se surprend à sourire bêtement en l'observant enfourner une troisième part dans sa bouche. Il regarde avec fascination le dreadé lécher les petites particules de fromages collées à ses lèvres, à son putain de piercing. Il met un certain temps à réaliser que Tom ne mange plus, et le fixe. Il rougit et mord dans sa propre tranche, essayant de paraître naturel.

- J'ai une question,
dit soudain le blond. C'était quoi cette... Crise, tu sais, quand je suis arrivé... T'as dit que c'était pas de la tétanie, alors qu'est ce que c'est ?

Bill devient encore plus rouge et secoue la tête.

- C'est idiot. Je suis idiot.


- Raconte,
lance Tom avec amusement.

- J'ai... Il pousse un profond soupire. Je suis un lâche. J'ai peur de la douleur.


Tom hausse un sourcil, et appuyant son regard sur le bras de Bill qu'il avait pu observer découvert peu de temps avant. Le brun capte le message et émet un grognement.

- Non, ça c'est pas... Disons que la douleur est supportable, comparé à ce que ça procure comme sensation... T'as plus vraiment conscience de qui fait mal ou pas, quand tu planes.


Il lance un sourire timide à Tom qui finit par le lui rendre.

- Bref, je suis terrifié par la simple idée de pouvoir souffrir, physiquement parlant. Ça remonte à loin, depuis que je suis petit en fait. A l'école j'étais invisible, j'avais trop peur des autres, je voyais les garçons se taper dessus pour « rire », ça m'effrayais. J'ai grandis sans avoir de véritables amis, j'ai toujours été le mec asocial qui a peur de tout... Et puis, vers 16 ans, j'ai commencé à faire ces crises bizarres. Dès que j'ai trop peur de quelque chose, ou que j'ai un trop gros coup de stress, je me crispe complètement, et je deviens... Comme une statue,
sourit-il en employant les mots de Tom. C'est assez embêtant, surtout quand ça arrive dans des endroits publics.

- Je vois, souligne Tom en attrapant une nouvelle part de pizza. Et à part ça, tu comptes te laisser tomber du haut d'un immeuble ? Pas d'appréhension ?

Bill rougit légèrement et Tom ricane, satisfait. Un petit jeu taquin semble s'installer entre eux. Bill baisse les yeux, puis répond.

- Si, la preuve... Mais c'est la chose la plus... Radicale. Je sais ce que c'est que de souffrir à cause d'un médicament, ou d'une drogue, et je m'en passerai. Quant à tout ce qui touche de près ou de loin à une lame... Eurk !

Il frissonne rien qu'à cette pensée, et Tom sourit. Il le trouve vraiment original, ce garçon. Il reste un instant à mastiquer, tout en observant Bill qui lèche le bout de ses doigts plein de graisse et de sauce tomate. Sa bouche l'interpelle. Elle est vraiment très belle, bien dessinée, comme le reste de son corps d'ailleurs... Tom se met une claque mentale. Ce n'est vraiment pas le moment d'avoir ce genre de pensées.

- Et toi ? C'est quoi ton histoire, avec ton étudiant ?


Le blond hausse un sourcil. Touché. C'est au tour de Bill de sourire, ravi d'avoir riposté.

- Euh... C'est compliqué. Enfin, pas vraiment. C'est juste gênant.


- Je t'ai parlé de ma lâcheté, tu me parles de tes pulsions sexuelles. On sera quitte.

- Très bien, très bien.


Il inspire, termine sa bouchée et se lance finalement.

- C'était un minot de ton âge, peut être un peu moins. Il venait tous les jours m'écouter parler, et il se mettait devant, dans l'amphi. Il me bouffait des yeux, et venait à la fin du cour pour me complimenter.


Il fait une petite pause, se masse les paupières avec ses doigts.

- Bien sur que j'aurai pu garder mes affaires dans mon pantalon, mais voilà, il me chauffait, et au fond, j'ai toujours su que je préférais les mecs. Sébastien, mon meilleur ami, me soutenait, il me disait qu'il fallait que j'essaye pour être sur... Alors j'ai essayé. Sauf que c'est devenu plutôt sérieux, et je voulais vraiment quitter ma fiancée... Bon sang, il me faisait des choses tellement obscènes... J'allais arranger les choses, quand on a été surpris. Du coup, je me suis retrouvé sans fiancée, sans amant, et surtout sans boulot... Seb' était encore là, il m'a aidé à m'accrocher, et j'ai déménagé pour prendre un nouveau départ. Sauf qu'il a...


Il s'arrête pour de bon et baisse les yeux vers le sol, les poings serrés.

- Il était comme mon frère,
grince-t-il entre ses dents serrées. On s'était promis de toujours être là l'un pour l'autre, et il m'a laissé dans ce putain de monde, tout seul...

Bill s'est arrêté de manger et regarde Tom, peiné. Il avance sa main et touche du bout des doigts le genou du dreadé qui relève légèrement les yeux.

- Je ne vais pas te dire que je comprends,
dit-il en déviant légèrement du genou à la main de Tom qui le fixe, immobile. Je n'ai jamais perdu d'ami. Il se stoppe, puis rigole tristement. Je n'ai jamais eu d'ami, en fait. Mais j'ai perdu tous les gens que j'aimais, au fur et à mesure de mes conneries, de ma dépendance, à la drogue ou à mon ex, d'ailleurs.

Il caresse à présent les doigts longs et fins de cet homme qui arrive à toucher son c½ur mort. Tom ne bouge toujours pas, se contentant de regarder leurs deux mains. Puis, lentement, il emmêle ses doigts à ceux de Bill. Il lui rend ses caresses avec délicatesse.

- T'es jeune,
dit-il finalement d'une voix rauque. Tu devrais descendre, et juste essayer de rattraper ta vie. T'as encore des parents, ils t'aiment, j'en suis certain. T'es pas foutu, t'as toute la vie devant toi... Ne fais pas cette connerie...

Le brun n'a pas cillé, et il retire sa main de celle de Tom. Il croise les bras sur son torse, se rappelant au passage qu'il porte le sweat du blond, qui sent vraiment bon. Il chasse ses pensées et dit d'une voix sèche :

- Tu n'es pas vieux non plus, et pourtant t'es dans la même situation que moi, à vouloir te foutre en l'air. Je n'ai pas l'impression que tu sois la personne la mieux placée pour me faire la morale.


Tom pousse un soupire, parfaitement conscient qu'il dit vrai. Il contemple avec un petit pincement au c½ur les boîtes de pizza vides entre eux, puis les empiles l'une dans l'autre, les poussant sur le coté. Bill ne le regarde plus, il a les yeux fixés sur le bâtiment d'à coté, et ses paupières tremblent un peu, comme ses mains qu'il garde collées à son torse. Ses cheveux volent autour de lui, semblables à un rideau sombre, léger, gracieux. Il est vraiment magnifique. Soudain, il se lève, et s'éloigne un peu, les bras toujours croisés, debout face à la ville plongée dans la nuit. Tom fronce les sourcils. Il sent une petite chaleur dans son ventre, et l'idée que ce magnifique garçon veuille se précipiter dans le vide pour s'écraser contre le sol lui soulève l'estomac.

Son c½ur se sert définitivement quand il remarque une trainée noire se former sur la joue de Bill, qui tente vainement de dissimuler ses larmes qui deviennent bientôt plus épaisses, plus nombreuses. Puis il se laisse glisser à genoux, secoué par le flot de tristesse qui s'écrase en lui.

- Merde,
jure-t-il dans un sanglot. Merde, merde, merde !

Tom ne réfléchit plus et se lève pour le rejoindre. Il se laisse tomber en face de lui, et l'entoure de ses bras.

- Chut,
murmure-t-il, calme-toi... Calme-toi, je suis là...

Il ignore pourquoi il dit ces choses, alors qu'il pourrait simplement s'en foutre et courir vers le bord, pour effectuer le saut de l'ange dont il rêve depuis qu'il a reçu cette lettre pour la mort de Sébastien. Il ne sait vraiment pas pourquoi Bill lui donne envie de rester, juste pour pouvoir prendre soin de lui. C'est trop étrange pour lui. Effrayant aussi.

- J'aimais vraiment la vie,
entend-t-il dans son cou alors que Bill se laisse complètement aller contre lui. Je croyais à toutes ces conneries comme l'amour, la réussite, le bonheur... J'ai cru en Dieu aussi, il y a longtemps. Il éclate d'un rire sombre. Dieu ! Putain, si seulement j'y croyais encore, peut être que j'aurai moins peur, que je pourrai penser que je pars pour aller dans un endroit où on ne souffre jamais... Où on n'est pas obligé de penser, de réfléchir... J'ai juste besoin de me reposer, d'arrêter d'être tout le temps torturé par mon cerveau, d'être obligé de vivre, c'est tellement fatiguant Tom... Tellement fatiguant...

Tom hoche la tête, et tient Bill par les épaules en le reculant un peu. Il essuie rapidement ses larmes, et tient son visage entre ses mains.

- Tu veux voir une chose ? C'est ce que je faisais, les jours où j'essayais encore de croire en la vie.

Bill renifle, puis acquiesce. Mais Tom se mordille la lèvre, l'air ennuyé.

- Il faut qu'on... Descende d'ici. Pour que je puisse te montrer.


Immédiatement, Bill se raidit et écarquille les yeux. Il tente de s'éloigner de Tom en secouant la tête, mais la prise du blond est ferme. Il cherche à capter les yeux fuyants du brun, et lui masse les épaules.

- Bill, s'il te plait, calme-toi et laisse moi finir. C'est tout près d'ici, et je te promets, non, je te jure qu'on revient juste après.


Le brun parvient à se dégager et se précipite vers le bord, suivit par Tom qui sent tout son être se glacer. Il s'entend hurler un « Bill ! » horrifié, avant de le voir se stopper net, face au vide terrifiant. Il reste là, la main tendue vers le jeune qui ne pleure plus, qui contemple juste le sol si loin en bas, les poings serrés. Tom ose s'approcher doucement, et pose une main sur son épaule. Elle tremble un peu, et Tom peut sentir les muscles tendus sous ses doigts. Bill a toujours les yeux baissés, mais lentement, il passe ses propres doigts entre ceux de Tom, pour lui prendre la main.

- Montre-moi,
murmure-t-il.

Tom sourit légèrement, et acquiesce. Il l'entraîne, leurs mains toujours liées, vers la lourde porte qui grince si fort. Il voit Bill jeter un regard en arrière, l'air à la fois peiné et soulagé. Lui-même se sent mieux au fur et à mesure qu'ils descendent les escaliers. Il sert les doigts fins du brun dans les siens, si fort, de peur de les voir glisser de sa main. La descente lui parait interminable, mais bientôt ils se retrouvent dans les rues animées, au milieu de la vie qui grouille partout. Tom attrape les clefs de sa voiture, et l'ouvre pour laisser Bill s'installer. Mais avant qu'il ne mette le contact, Bill pose sa main sur son bras, et le regarde sérieusement.

- Tu me ramènes ici, après. Tu as promis.

Tom sent son c½ur se serrer, mais il hoche la tête. Il a promis. Il démarre le véhicule, et prend la route de cet endroit si particulier qu'il n'a jamais partagé avec personne. Discrètement, il observe Bill, perdu dans la contemplation du paysage qui défile. Ils sortent de la ville, et se dirigent vers la forêt. Tom prend un petit chemin sur la droite, et traverse le bois, pour arriver là où il fait vraiment sombre. Il ne peut retenir un sourire de naître sur son visage en entendant la petite exclamation surprise et émerveillé de Bill.

Là, caché derrières les épais feuillages, apparaît un étang, pas très grand, ainsi que quelques tables de pique nique, un cabanon, et une barque. L'endroit est très bien isolé du vent froid qui attaquait le toit du building, et il y fait vraiment meilleur. Tom sort en premier, suivit de près par Bill qui reste muet d'admiration. Sans attendre, le plus âgé des deux entraine l'autre vers le lieu qu'il préfère. C'est un petit tapis de mousse, juste en face de l'étang, entouré d'arbres mais dégagé sur le dessus, ce qui permet d'admirer facilement le ciel. Il s'y laisse tomber en soupirant de bien être. Allongé, il pose ses yeux sur les milliards de loupiottes éclairant l'océan sombre.

- J'ai passé des nuits entières à regarder le ciel ici, avoue-t-il à Bill qui s'assied gentiment à coté de lui, en tailleur. Surtout après la mort de Seb. Je fixais une étoile, je m'imaginais que c'était lui, brillant, resplendissant, comme il l'a toujours été... Sa lumière me réchauffait le c½ur, j'avais le sentiment qu'il veillait sur moi... Que sa beauté n'était pas morte, juste cachée parmi des milliards d'autre, partis avant lui, et devenus eux aussi des étoiles... Il m'arrive de lui parler, juste pour vider ce que j'ai sur la conscience, lui avouer ce que je lui avais parfois caché, lui expliquer tout ce que sa mort a entrainé... Et il y a peu de temps, je lui ai annoncé que j'avais envie de le retrouver, qu'après tout c'était injuste que lui puisse gouter au repos éternel, alors que moi j'étais condamné à vivre... Peut être qu'au fond, j'espérais qu'il vienne m'arrêter, me dire de ne pas le faire...

Il eut un rire teinté de larme.

- Il faut croire qu'il avait bien envie de je le rejoigne, j'ai pas vu d'ange sur ce toit venir m'empêcher de...


Il se stoppe, réalisant ce qu'il venait de dire, et que l'ange est précisément assis à coté de lui. Bill s'était figé aussi. Soudain, le ciel paraît plus brillant, l'endroit encore plus beau. Tom remonte légèrement sur ses coudes, fixant Bill, qui lui pose son regard partout, sauf sur le blond. On pouvait distinguer, malgré l'obscurité du lieu, les joues légèrement plus foncées du brun. Tom y pose un doigt prudent, caressant la ligne de la mâchoire serrée de Bill, glissant jusque sous son ½il, avant de redescendre sur sa joue. Il réprime un mouvement de surprise en sentant une trainée humide glisser sur son index, et la main de Bill qui se pose sur la sienne.

- Promets-moi,
dit-il d'une voix cassée, que tu viendras ici me voir, quand je serai devenu une étoile...

La gorge de Tom se serre si fort qu'il ne peut même pas protester en hurlant à Bill que s'il devient une étoile, lui aussi le sera de toute façon. Il a aussi envie de le secouer en lui criant de ne pas jouer aux cons, avant de se souvenir qu'il a promis. Oui, il a juré à Bill qu'il le ramènerait sur ce fichu toit une fois qu'ils auraient vu cet endroit absolument magnifique.
Stupide promesse. Stupide Tom.

Alors, puisque toutes les paroles qu'il voudrait prononcer, s'il avait encore sa voix, ne serviraient à rien, il se penche vers l'ange brun, saisit son visage entre ses mains et l'embrasse.

Bill ne cherche même pas à l'éviter, et passe directement ses mains dans le cou du dreadé. Ils se retrouvent pressés l'un contre l'autre, allongés sur l'herbe de ce petit coin de paradis qui détient tellement de secrets, tellement de tristesse, de larmes oubliées pour une âme montée au ciel. Ils s'embrassent avec désespoir, mais avec passion et envie. Ils se plaisent depuis le début, ils le savent. C'est juste trop étrange, trop rapide, trop intense. Mais pour ce soir, ils oublient. Ils oublient qu'ils ne se connaissaient pas quelques heures plus tôt, et enlacent leurs langues et leurs jambes pour partager la tendresse qu'ils gardaient au fond de leur c½ur blessés.

Tom écrase un peu Bill, mais ils s'en fichent, ils ont besoin de se sentir physiquement, de sentir qu'ils existent encore, malgré tout. Les lèvres du brun sont si douces, il les fait glisser si sensuellement sur la bouche de Tom. Il attrape sa langue, la mordille, la suce d'une façon très sexuelle, laissant entendre qu'il en a très, très envie. Il sent les mains douces du blond descendre le long de son corps fin, caresser ses bras, ses côtes, avant de passer une main fraiche sous son teeshirt. Il fait courir ses doigts sur le ventre plat et musclé, s'amuse à tracer le contour du nombril de son index.

Bill apprécie énormément et se cambre contre lui, incitant la main baladeuse à remonter caresser son torse, puis redescendre bas, plus bas. Tom pousse un petit gémissement alors que Bill guide sa main vers son entrejambe éveillé. Il prend les commande, dégageant d'une petite tape la main de Bill de sur la sienne, pour appuyer de lui-même sur l'érection déjà bien prononcée du brun. Ce dernier se mord la lèvre, et se colle un peu plus au corps dominant le sien. Ils ouvrent les yeux au même instant, et se fixent longuement sans bouger, Tom ayant toujours la main perdue entre les jambes outrageusement écartées de Bill. Puis, un murmure perce l'épais silence des environs.

- Fais-moi du bien... S'il te plait, une dernière fois...


Tom enfoui son visage dans le cou du jeune homme et hoche doucement la tête. S'il ne veut pas croiser le regard de Bill, c'est qu'il ne veut pas qu'il puisse y voir la douleur ressentie à l'évocation de leur retour sur le toit. Pour le moment, il veut juste se concentrer sur ce superbe corps qui lui est offert. Il reprend ses mouvements appuyés sur le sexe du brun, qui s'accroche à son dos, passant ses mains sous l'épaisse couche de teeshirt, griffant un peu parfois.

D'une main habille, il fait sauter le bouton du jean, puis abaisse la fermeture, pour faufiler sa main sous le sous vêtement déjà humide. Un délicieux gémissement mélangé à son prénom parvient aux oreilles de Tom, et il sourit en attrapant la verge tendue pour y appliquer de lentes caresses. Il sent les jambes de Bill s'accrocher à ses hanches, l'entourant complètement, et prit d'une pulsion, il relève la tête pour échanger un nouveau baiser brûlant avec lui. Ses caresses se font plus rapides, plus appuyées. Pour être plus à l'aise, il tire un peu sur le jean et le sous vêtement du brun. Celui-ci n'est plus que gémissements et supplications sous lui, et il adore cette sensation de puissance. Cependant, lorsque qu'une main se faufile dans son propre boxer, saisissant sa virilité, c'est lui qui se retrouve à lâcher de longues plaintes.

Leurs mouvements s'accordent, et ils halètent de la même façon. Tom finit par retirer sa main du jean du brun, arrêtant soudain leurs activités. Bill le fixe dans les yeux, l'air interrogateur. Sans un mot, Tom glisse un doigt près de sa bouche, et le presse un peu contre ses lèvres. Bill sourit un peu avant de prendre le doigt, et de le sucer de la même façon qu'il l'avait fait avec sa langue un peu plus tôt. Une fois bien humidifié, le doigt de Tom revient se glisser entre les jambes écartées de Bill, puis appuie doucement contre son entrée, lui arrachant un petit soupire impatient. Sans attendre, Tom le fait lentement pénétrer dans l'antre chaude du dominé. Il effectue un mouvement de retrait, puis l'y glisse de nouveau, appuyant un peu à l'intérieur, à la recherche du point de plaisir de Bill. Il sourit d'un air triomphal lorsqu'au hasard il appuie précisément dessus et arrache un cri au brun qui se cambre et se ressert autour de lui. Il masse avec insistance sa prostate, faisant presque pleurer Bill qui ne cesse ses litanies de mots incompréhensibles, agrippé à lui, bougeant de lui-même pour plus de sensations. Tom se sent proches, son sexe lui fait mal, il a besoin de jouir. Alors, tout en continuant son agréable traitement, il abaisse avec difficulté pantalon et boxer, pour coller leurs deux virilités ensemble, puis accorder les pénétrations de son doigt et les mouvements de son bassin.

Il accroche le regard du brun qui a du mal à garder les yeux ouvert, et lui embrasse le menton avant de lui chuchoter un « maintenant » sensuel. Il appuie fortement son doigt contre la prostate de Bill, et sent tout son corps de raidir tandis qu'ils jouissent ensemble dans un cri entre leurs deux corps pressés. Il se sent tomber, submergé par ce puissant orgasme, complètement perdu dans un brouillard de plaisir. Il a conscience de Bill qui vient se coller à lui en lui embrassant le cou. Tom pousse un long soupire, tourne la tête dans le but de se plonger dans les yeux chocolats du jeune homme. A la place, il se sent poussé contre l'herbe, écrasé par un autre corps, et embrassé profondément. Il utilise la force qu'il lui reste pour lui rendre son baiser au goût de séparation proche et de retour à la réalité. Il profite des quelques minutes qui lui sont offertes au pays du rêve où il peut s'imaginer construire quelque chose avec Bill, pouvoir continuer à l'embrasser aussi longtemps qu'il en aurait envie.

Ils finissent par se séparer, le souffle court, le regard plongé dans celui de l'autre. Doucement Bill se redresse pour réenfiler correctement son jean, tandis que Tom en fait de même, après avoir sommairement essuyés leurs deux corps. Un silence gênant s'installe, aucun des deux n'ose bouger, sachant pertinemment ce qu'il doit arriver maintenant. Bill relève la tête vers la lune, les yeux humides. Il sent Tom se placer derrière lui, déposer un doux baiser dans son cou. Il se laisse aller contre lui, collant son dos à son torse, acceptant l'étreinte qu'il lui offre. Puis, sans échanger un mot, ils enlacent leurs mains, et se dirigent vers la voiture, après un dernier regard vers le ciel.

***

La vue est effrayante. Une vue capable de vous donner la chaire de poule, des vertiges et des sueurs froides. La simple mais horrible impression qu'un pas vous précipiterait vers une mort certaine. La peur d'un faux mouvement, et pourtant cette incapacité à détacher ses yeux de l'immense vide. Passionné, envouté par la vision du danger.

Debout face à ce spectacle, deux hommes, doigts emmêlés, respiration saccadées, fixent les environs. Ils s'accrochent à la main de l'autre, comme si elle consistait le seul repère de leur vie. Quelle vie...

Pourtant, ils sont détendus. Ils savent pourquoi ils sont là. Ils savent ce qu'ils ont à faire, ils ont conscience de tout. Mais, plus que n'importe quoi d'autre, ils ont conscience d'être ensemble. Et cette constatation est la meilleure de toutes, la plus rassurante.
Doucement, Tom presse la main de Bill dans la sienne, qui lui lance un regard quelque peu anxieux.

- Tu te sens prêt ? Ça va être le moment...

Bill hoche la tête, l'air concentré. Ils fixent tout deux le même point, impassibles.

Au loin, la grande horloge voit ses aiguilles s'aligner. Minuit sonne.

Un regard échangé, puis un tendre baiser, et les deux garçons effectuent le même mouvement.

Lentement, deux roses tombent dans l'immense vide qui les sépare du sol. Ils les regardent effectuer la chute qu'un an auparavant ils avaient faillit eux même faire. Puis, lorsqu'elles ne sont plus à portée de vue, ils se reculent légèrement. Leurs mains ne se sont pas lâchées, à vrai dire elles ne l'ont pas fait depuis cette fameuse nuit qui leur avait fait partager des pizzas sur un toit et parler à c½ur ouvert pour la première fois depuis que leurs vies avaient basculés.

Tom sourit. Il a retrouvé un travail, ils se sont installés récemment non loin de Los Angeles pour prendre un nouveau départ, ensemble.

Bill a lui aussi une expression d'apaisement et de bonheur sur le visage. Il est suivit par un médecin, mais n'a jamais vraiment rencontré de grosse difficulté avec son passé de drogué. Il a reprit ses études à la fac, et a renoué le contact avec ses parents.

Eux qui ne croyaient plus en rien, ils ont trouvé en l'autre un peu de leur propre image, celle de quelqu'un qui avait choisit une solution un peu trop facile, et qui avait renoncé à se battre alors même qu'il lui restait beaucoup de possibilités. Cette prise de conscience leur à permis de changer leur vision, et depuis ils profitent vraiment de la vie.

Bill pousse un soupire satisfait, puis tire un peu Tom par la main.

- Aller, rentrons. Gus va nous attendre.


- Qu'il attende, grogne Tom en prenant de façon possessive le brun dans ses bras.

- C'est malpolie de faire attendre ses amis, souligne Bill en déposant tendrement ses lèvres sur les siennes.

- C'est ton ami, pas le mien.


Tom reçoit une tape sur la tête et se met à rire. Bill lève les yeux au ciel.

- Attends que je lui dise ça, tu vas comprendre ta douleur !


Le blond s'arrête aussitôt de rire. Gustav, un ami de fac de Bill, est quelqu'un d'assez petit, mais avec une force vraiment impressionnante, Tom a déjà pu le constater. Il s'apprête à répliquer quand la porte s'ouvre sur ledit Gus, fatigué d'avoir du monter les quinze étages.

- Bon, vous descendez ?


Les deux jeunes amoureux, traversés par les mêmes pensées une dernière fois, se sourient et, après un autre baiser, ils répondent d'une même voix :

- Oui.


FIN

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Comments :

  • fillietroz-patricia

    20/05/2015

    Pas mal belle idée

  • nexie-ecrit

    30/10/2012

    L'idée de base est vraiment originale et carrément dingue même.
    Je trouve que tes personnages sont très bien construits, qu'ils ont une vraie histoire. Au début j'ai été vraiment septique face à Bill, genre "hé coco, on ne saute pas pour si peu", mais quand il craque dans les bras deTom et qu'il parle de fatigue, la vrai fatigue mentale, celle qui fait que tu craques pour de vrai, alors là ouais, j'ai compris pourquoi. Pour Tom, j'ai compris tout de suite parce que c'est tellement dur de perdre un ami que c'est juste indescriptible cette douleur là, et que des fois, ouais, tu préfères crever pour plus supporter ça.
    Du coup, j'adhère complétement à ton Os. Il était vraiment super bien écrit, j'ai été prise dans ton histoire.
    Et sur la fin, j'ai vu ces petits points genre ellipse, j'me suis dis merde, on en a pas eu pendant tout le texte et là, bam, ils apparaissent, et j'ai compris pourquoi très vite! Et j'avais envie qu'ils s'en sortent parce qu'ils sont beaux à deux, ensemble, autant qu'un suicide commun aurait été très beau à lire aussi, je pense. Du coup j'hésitais sur la fin que je voulais lire mais tu as choisi pour moi et c'est une fin chouette.
    Alors, j'suis fan!

  • secret--yaoi

    28/05/2012

    J'adore cette Os!! L'idée d'une rencontre sur un toit avec les deux personnes qui étaient venu pour la même raison se suicider! J'aime beaucoup cette idée!

  • jijigrace

    28/05/2012

    Ouuuff
    J'ai vraiment crut qu''il mourir alors tant mieux que ca se finisse bien
    C'était génial

  • Dreams-Haunted

    23/02/2012

    Un OS extra, il nous en haleine jusqu'a la fin! On passe notre temps à nous demander s'ils vont sauter, pour finir par y croire. Et puis en faite non.
    C'est grisant comme sensation, tu as su mené à bien ton histoire pour nous voir là, suspendu à chacun de tes mots, le souffle limlite bloqué dans l'attente d'une terrible fin qui en faite n'arrive pas!

  • I-am-a-radish

    21/02/2012

    J'ai beaucoup aimé ! J'ai vraiment cru qu'il allé sauter ! Quoi que se moment est était légèrement gâche par ma manie de lire la fin avant le reste pour être sur de pas lire un truc triste.. Mais tu écrit très bien !

  • toxic-amnesy

    29/10/2011

    muaahhh,trop mignooon ! T-T

  • Twiins-n3iim0-x3

    23/08/2011

    Belle leçon de moral, bien triste T______T J'avoue j'ai pleurer hahaah <3

  • x-lou-world

    17/08/2011

    Oh mamamia, j'ai cru qu'ils allaient le faire, c'était horrible ><
    Le suspens est génial et, c'est trop beau quoi ♥

  • Amuna28-fic

    29/07/2011

    *_* Cet OS est tout simplement magnifique.
    On perçoit leur déception et leur malheurs quand ils raconte une petite partie de leur vie.
    Bill qui a plonger dans la drogue et Tom qui s'est fait prendre en pleine action avec un de ses élève.
    C'est vrai que leur vie n'est vraiment pas bien.
    Ses liens les a fait se rapprocher, et il ont surmonter leur peines ensemble.
    Heureusement d'ailleurs, car sauter d'un toit, je ne pense pas que ce soit la meilleur solution pour ce suicider.
    Ils on recommencés leur vie, mais ensemble, en amoureux, ils pourront oublié tout leur soucies petit à petit ou presque.
    J'ai vraiment aimée quand il jette une rose dans le vide du le toit où il voulaient mettre fin à leur vie un ans au par avant.
    C'est ma partie préférée dans cet OS.
    Je vais lire d'autres histoire :)

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