Frisson d'Adrénaline - Chapitre 4


Chapitre 4

L'agitation était presque insupportable. Quiconque se trouvant là n'aurait été capable de dire s'il s'agissait d'une foule ou d'un océan. Les gens passaient d'un endroit à l'autre difficilement, se bousculant pour avoir les meilleures places. Avoir un badge avec son nom et sa qualité de professionnel n'aidait pas Tom à éviter la masse humaine qui se rassemblait dans cet immense bâtiment. Il devait, tout comme un simple visiteur, passer par les allées bondées pour atteindre les emplacements qui l'intéressaient. 

Ce salon était une vraie folie, ainsi qu'une vraie merveille, les bolides étaient plus spectaculaires les uns que les autres. Les exclamations qui revenaient le plus souvent étaient « J'ai du mal à croire que ça puisse rouler », ou encore « C'est très design... Mais très laid ». Tom s'en amusait beaucoup, même si le c½ur n'y était pas vraiment. Son appareil en main, il pouvait, et c'était au moins un de ses avantages, passer la barrière et photographier de plus près le chef d'½uvre. Il s'amusait aussi à capturer les visages dans la foule, envoutés par cet étalage de carrosserie. Puis il repartait, répugné d'avance de devoir se coller à des corps inconnus tout transpirants, il faut dire qu'il faisait très chaud, la climatisation ne semblait pas avoir été le souci des organisateurs. Il réussit tant bien que mal à atteindre l'emplacement suivant. 

Le flash lui brouilla un instant la vue, et il eut un moment d'absence. Il le vit, alors qu'il s'efforçait de ne pas penser à lui. Il vit ses yeux, magnifiques, profonds, de cette couleur tellement unique, de cette forme douce, et cette lueur de joie de vivre, cette énergie. Il vit son visage souriant, envoutant, entouré d'une cascade de cheveux noirs, lisse, et put presque sentir son odeur. Puis il vit des mains, des mains qui n'étaient pas les siennes, caresser son corps fin et gracieux, et Bill fermer les yeux pour apprécier la caresse qui ne venait pas de Tom. Il se sentit bousculé et secoua la tête, revenant aux voix mêlées des spectateurs qui observaient la voiture qu'il avait photographiée. L'image de Bill était imprimée dans sa rétine, et il crut le voir se mouvoir au milieu des autres. 

Il se dépêcha de sortir des limitations et chercha un endroit calme pour s'asseoir un instant. Il poussa des personnes en leur demandant pardon, essuyant parfois quelques insultes au passage. Qu'est-ce que les gens pouvaient être agressifs... Il sentit sa gorge se serrer. Il était mal, et le manque de chaleur humaine n'aidait pas son moral à revenir. Il continua son avancée en retenant le flot de tristesse qui l'envahissait. Mais alors qu'il repoussait encore quelqu'un, il se sentit accroché et tiré. Il se retrouva dans une pièce, ses oreilles à l'abri du monstrueux vacarme résonnant du salon. Il fut pris d'un vertige et se rattrapa à la personne qui l'avait entrainé à l'écart, s'agrippant à son teeshirt, avant de soudainement s'intéresser à l'identité de celle-ci. Il se plongea dans les yeux qu'il avait imaginés quelques instants plus tôt. 

- Qu'est-ce que...
Il n'arriva pas à achever sa phrase. Bill était là, debout en face de lui (collé à lui plus exactement), légèrement camouflé, une paire de lunettes de soleil remontée sur sa tête, un bonnet dissimulant ses cheveux, et il le fixait durement, presque méchamment. Il semblait même hors de lui, prêt à frapper. C'était effrayant, jamais Tom n'aurait pensé voir ça chez le brun.
- Tu te rends compte que tu m'as fait venir jusqu'à Berlin pour te retrouver au milieu de plus de dix milles personnes dans un salon grand, non, gigantesque, tu t'en rends compte Tom ? Bon sang, mais qu'est-ce que tu as foutu ces 3 dernières semaines ! 

Le dreadé en resta sans voix. Qu'avait-il fait ? C'est simple, il avait évité Bill comme la peste. Ignorant coups de fils, messages, allant jusqu'à rester plus tard au boulot, se faire passer pour absent lorsqu'il était chez lui, évitant de sortir de peur de le croiser... Ce salon avait été un parfait moyen de s'éloigner de lui, il devait rester à Berlin pour la semaine, oh le salon ne durait que deux jours, mais sa patronne avait insisté pour qu'il prenne quelques jours de congé, ayant remarqué l'état peu glorieux de son photographe. Mais jamais Tom n'aurait imaginé que Bill puisse venir le chercher jusqu'ici. 

- Je... Je n'ai pas à me justifier, 
répondit-il, la voix tremblante.
Le regard de Bill s'assombrit et il s'écarta du blond qui était toujours accroché à lui. Il le contempla dédaigneusement. 
- Ah oui ? Alors tu as le droit de faire comme si je n'existais plus et en plus je n'ai rien à y redire ? 
- N'essaye pas de me faire croire que je t'ai manqué, t'étais en très bonne compagnie.

Bill se calma d'un coup. Le ton de Tom avait été sec, froid, tranchant. Mais ce dernier regretta immédiatement ses mots qui étaient criant de sous-entendus plus que clairs. Il baissa les yeux, fut pris d'un nouveau vertige et dû s'asseoir. Il appuya une main sur son front.
- Merde, marmonna-t-il pour lui-même, c'est vraiment pas fait pour moi les bains de foule. 

Bill se laissa glisser en face de lui. Ils étaient assis l'un en face de l'autre dans une petite pièce, une espèce de grand placard à balais, et leurs jambes se touchaient. Il resta un moment silencieux, écoutant leurs respirations à tous les deux, avant de murmurer.

- C'est vraiment ce que tu penses ? Tom, je... Ce n'est pas...

Il expira bruyamment, semblant vouloir trouver des pensées cohérentes à formuler. Le dreadé releva la tête, ignorant la migraine qui commençait à lui marteler le crâne, et pris la parole. 
- Je n'aurais pas dû. Mais l'autre soir, je suis venu au bar, tu sais, j'avais réussis à me libérer, et je voulais, enfin, tu vois, passer une soirée tranquille avec toi. Et je t'ai vu avec ce... Mec
 (il avait longuement hésité sur le mot à employer pour qualifier ce connard), et ça m'a... Je voulais juste qu'on passe une soirée tranquille...
- Tom...


Le ton du pilote contrastait étrangement avec celui qu'il avait utilisé quelques minutes plus tôt. Il semblait peiné, presque coupable. Il avança sa main pour prendre celle de Tom qui était placé sur son genou. Le blond sursauta doucement au contact, mais ne broncha pas.

- Tu n'as rien à envier à ce mec, je pensais que tu ne viendrais pas, et je... J'ai juste fait ce que je fais toujours... Si j'avais su, oh Tom, je te promets que si j'avais su, j'aurai tellement préféré être avec toi... Tu aurais dû venir me voir...

Le photographe retira vivement sa main de celle de Bill et le fixa durement.
- Je n'avais pas vraiment envie de voir de plus près tes ébats, merci, c'était déjà assez répugnant de loin.
Il se mordit la lèvre. Décidément, il parlait beaucoup sans réfléchir. Cependant, au lieu de s'énerver, Bill se leva en tirant Tom qui vacilla légèrement, la tête bourdonnante. 
- Excuse-moi,
 souffla-t-il en plantant ses yeux dans les siens. 
Il leva doucement la main et caressa la joue de son ami en souriant. Tom le laissa faire, fasciné comme toujours d'avoir le privilège de ce genre d'instant avec cet homme si célèbre, désiré, adulé. 
- Co... Comment t'as su que je...
- Ta patronne,
 rigola Bill. Une vieille amie à moi, on a été au lycée ensemble. Je ne savais pas que c'était ta supérieure, je l'ai appris tout à fait par hasard en téléphonant à ton travail. Elle m'a raconté qu'elle t'avait envoyé ici, elle m'a aussi dit qu'elle te trouvait bizarre ces derniers temps, et qu'elle t'avait imposé des vacances. Le monde est petit.
- Je vois...

Il sentit son c½ur se gonfler, et sa tristesse doucement laisser place à du bonheur. Il était venu pour le voir, jusqu'à Berlin, rien que pour lui. 

- Si ça ne t'embête pas, poursuivit le brun, je vais rester ici, je n'ai pas d'entrainements prévus avant quelques semaines, et je m'interrogeais sur ce que j'allais pouvoir faire de tout ce repos. Et tu vas me faire le plaisir de venir passer la semaine chez moi.
Tom haussa un sourcil, avant de s'exclamer :
- Ah oui, j'avais oublié, ton père habite ici, c'est ça ?
- Oui, et il est d'accord pour nous loger, ça lui fait plaisir que je sois ici, c'est vrai qu'on a peu l'occasion de se voir, entre les courses, les interviews, mes déplacements... Tu n'as pas le choix,
 ajouta-t-il avec une pointe de malice.
- Oh, dans ce cas...
Ils échangèrent un sourire, et le c½ur de Tom éclata dans sa poitrine. La journée avait si mal commencé, et voilà qu'elle se terminait si bien. 

Ils retournèrent au salon, Tom n'avait pas complètement terminé ses photos, et il eut un peu de mal à progresser, en proie à une violente migraine. Heureusement, Bill l'aida, et bientôt ils purent respirer l'air de l'extérieur. Tom du décommander la chambre d'hôtel qu'il avait réservé, ils passèrent chercher ses affaires, et Bill conduisit jusqu'à un petit quartier de Berlin, calme et coquet. Il se gara dans la cour d'une maison en pierre à l'allure à la fois ancienne et moderne. Tom émit un sifflement.

- Dis donc, sacrée baraque.
- Je l'aime bien oui,
 dit Bill, nostalgique. C'est là que j'ai grandis, j'ai tous mes souvenirs dans cette maison.
Ils restèrent un instant à contempler la bâtisse, avant de rentrer. Bill débarrassa son invité de ses affaires.
- Papa ?
 Héla-t-il en posant les valises au pied de l'escalier. On est arrivés !
- Je suis dans le salon,
 répondit une voix grave et joviale.

Les deux jeunes hommes s'avancèrent vers la pièce d'où provenait la voix du père de Bill. Tom s'amusa à détailler l'entrée et les différentes photos qui ornaient les murs. On y voyait beaucoup de photos récentes de Bill sur les différents podiums où il était monté, mais aussi de très vieilles d'après-midi ensoleillés en bord de mer, où on pouvait voir un petit garçon blond comme les blés, un sourire radieux au visage. Tom posa un regard attendri sur cette scène touchante. 

Mais une autre photo attira son attention. Une photo où on pouvait voir quatre personnes sous un grand chêne. Il y avait les parents, un homme et une femme à l'air vraiment heureux, mais aussi deux garçons. L'un était le garçon blond que Tom avait vu sur la photo à la plage. L'autre, plus âgé, lui ressemblait beaucoup, de la même blondeur, et surtout, la chose la plus frappante était ce regard, identique, perçant. Les deux petits semblaient s'adorer, l'ainé portait son frère sur ses épaules, et ils riaient aux éclats. Bill le sortit de ses rêveries en le tirant par le bras. Ils se retrouvèrent dans une grande pièce où se trouvaient un canapé, une table, des meubles assez anciens et une cheminée. Dans le canapé, un homme assez âgé était installé. Il se redressa avec une vivacité qui étonna Tom à l'entente de leur arrivé. Il semblait plein d'énergie, malgré les rides qui marquaient son visage. Il eut un sourire éblouissant en serrant son fils dans ses bras.

- Bill, ça me fait tellement plaisir de te voir ! 
Ils restèrent un instant à se serrer l'un contre l'autre, l'air sincèrement heureux. Puis Bill fit les présentations.
- Alors comme ça c'est toi le petit génie de la photo ? Honoré de faire ta connaissance !

Tom serra la main qu'on lui tendait en jetant un regard gêné vers Bill. Il avait encore dû en faire trois tonnes, comme avec tous ces pilotes qui avaient l'air persuadé qu'il était un vrai dieu dans son domaine, alors qu'il n'était passé professionnel que depuis trois ans. L'ancien les guida dans la cuisine où un petit chien fit la fête à Bill tandis que son père préparait du café. Tom, lui, s'installa sur une chaise et observa Bill jouer avec le chiot. Il avait encore l'image du garçon de la photo, et se doutais qu'il faudrait aborder le sujet. Mais comment faire ? D'après le reportage, il s'agissait d'un drame qui avait frappé ce frère, peut-être ne valait-il mieux pas rouvrir des blessures du passé. Il était en pleine réflexion et ne remarqua pas Bill s'installer à côté de lui, le petit animal dans ses bras, et son père s'installer avec trois tasses fumantes et un plateau de douceurs. Il réagit cependant en entendant son prénom.

- Tom est là pour le salon, tu sais, au centre, dans la salle...
- Oui, oui je vois,
 le coupa son paternel. 
- Tiens, en parlant de ça...
Bill se leva et se dirigea vers un placard, duquel il ressortit fièrement une boite de doliprane. 
- Prends ça, je n'ai même pas pensé à te le proposer tout à l'heure
- Ça fait rien, merci,
 répondit Tom en se jetant sur les médicaments, son mal de crâne encore bien présent. 
- Tu y retournes demain non ?
- Oui, 
soupira longuement le photographe, que la perspective de devoir affronter toute cette foule n'enchantait absolument pas.
- Toute la journée ?
- Surement, j'ai pas fait grand-chose aujourd'hui...

« Je pensais trop à toi », ajouta-t-il mentalement.
- As-tu rencontré des gens célèbres, mon garçon ?
Tom fut un peu surpris par la question que venait de lui poser le père de Bill.
- Et bien, oui, j'ai rencontré votre fils déjà.
Bill rougit doucement, et son père fronça les sourcils
- Oui, oui, peut-être, mais je te parle de célébrités qui ne sont pas de ma famille !

L'enthousiasme débordant d'un être à l'allure si fragile fit sourire Tom.
- Bien sûr, c'est aussi un des nombreux avantages de ce métier. J'ai rencontré un tas de sportifs, plus ou moins célèbres. Tenez, par exemple...
Et commença un incroyable récit des rencontres qu'il avait faites au cours de ces trois dernières années. Bill écouta distraitement, pas vraiment intéressé, mais son père lui, semblait scotché aux lèvres de Tom. Il buvait littéralement ses paroles.
- Voilà, on a fait le tour,
 acheva enfin Tom après vingt bonnes minutes de monologue.
Le pilote poussa un soupire discret de soulagement. Non pas qu'il n'aimait pas entendre Tom parler de son métier, mais avec son père, c'était autre chose.
- Grandiose, absolument grandiose,
 s'esclaffa ce dernier. Dis-moi, tu as quelqu'un dans ta vie ?
Bill faillit s'étouffer avec la madeleine qu'il grignotait.
- Papa !
- Quoi, qu'est-ce que j'ai dit encore ! Fils, c'est bien ça ton problème, tu n'es pas assez entreprenant, ce garçon est parfait, absolument parfait !
Tom lui, n'en finissait plus de rire. La tête de Bill était simplement hilarante, il semblait vouloir mourir, et il était plus rouge que jamais. Il lança un regard noir au blond qui s'essuyait les yeux à force d'avoir ri. 
- Je suis capable de faire ma vie tout seul, grogna-t-il en croisant les bras, l'air vexé.
- La preuve que non, répliqua son père sur le même ton. 
- Tu ennuis Tom avec tes questions débiles !
- Non, non, laisse Bill, je t'assure, ça va. Pour vous répondre, monsieur Kaulitz, je n'ai personne non.
- Pardi, appel moi Gordon mon garçon, on croirait que tu parles à un vieillard !

Tom haussa les sourcils et se retint d'éclater de rire, mais acquiesça. 
- Bien, désolé de mettre fin à cette charmante conversation, mais je pense que Tom est fatigué, je vais lui montrer sa chambre, si ça ne te dérange pas.
- Va, va, nous auront le temps de parler plus tard.


Et pour appuyer ses paroles, il lança un clin d'½il qui se voulait complice à l'adresse du blond qui sentit ses joues se colorer. Bill leva les yeux au ciel en lâchant un « toujours pareil avec lui » exaspéré, puis monta à  l'étage, talonné par son ami. Il le guida dans une chambre qu'il désigna comme adjacente à la sienne, et se laissa tomber sur le lit deux places que Tom occuperait cette semaine. Il poussa un énième soupire.

- Ça a toujours été comme ça avec lui, il a toujours voulu contrôler ma vie. Je pensais que lui annoncer que j'étais homosexuel le freinerait un peu, mais pas du tout, au contraire, j'ai l'impression que c'est pire depuis, il cherche à me caser avec tout le monde.

Il se laissa tomber en arrière, et expira par la bouche. Puis il y eu un silence, et ils éclatèrent de rire au même moment.
- Il est absolument incroyable, suffoqua Tom en se tenant les côtes. Je l'adore déjà, bon sang, on m'avait jamais fait un discours pareil cinq minutes après avoir fait ma connaissance !
- Et encore, tu n'as pas terminé, il va bientôt se mettre à te parler de mes premières courses, il adore scander qu'il me battait sans efforts...
- J'ai hâte d'entendre ça, ça promet d'être...
- LES GARCONS ! VENEZ MANGER !

Bill se tapa le front et saisit la main de Tom qui l'aida à se mettre debout.
- Tu vas découvrir ça, quelle joie pour toi !
Et c'est en rigolant qu'ils rejoignirent un Gordon armé de questions indiscrètes et d'anecdotes croustillantes, ignorant la petite gêne entrainé par le contact de leurs deux mains, qui pourtant, les avait fait réagir, tous les deux...

[...]

- Oh mon Dieu, j'ai mal au ventre, Bill, je vais vomir !
- Pas sur le tapis !


Ils se laissèrent tomber sur le lit de Tom en se plaignant. Ils avaient mangé comme quinze et monter les escaliers s'était révélé un vrai défi à relever. Le repas s'était passé dans une ambiance détendue, comme l'avait prédit Bill, Gordon s'amusa à raconter comment les débuts de son fils dans le monde de l'automobile avaient été peu prometteurs, ses maladresses, ses scores plutôt mauvais, et puis cette montée en flèche en quelques mois à peine. Tom avait écouté, amusé, mais avait bien vite remarqué qu'un sujet était toujours évité : la mère et le frère de Bill n'avaient pas été une seule fois mentionnés. A croire qu'ils n'avaient jamais existé. 

Bill, allongé à ses côtés, ne semblait pas décidé à partir. Ils restèrent un instant sans parler, puis Tom se redressa doucement.
- Bill, j'aimerai te parler de quelque chose... Ou plutôt, te poser une question.
Le brun s'assit en tailleur et baissa la tête.
- Je sais, je sais Tom... Je... Je vais te raconter, mais tu dois écouter, jusqu'au bout... Je ne veux pas en reparler une deuxième fois...

Le blond se rapprocha et posa une main sur l'épaule de son pilote.

- D'accord, 
souffla-t-il comme pour se donner du courage. C'était il y a 5 ans, j'avais tout juste 20 ans, et je voulais devenir le meilleur pilote de F1 du monde. Mon... Il hésita, puis se lança finalement. Mon frère ainé, Matthias, l'était depuis plusieurs années, il se débrouillait bien, sans exceller. Il avait 26 ans, la vie devant lui, une carrière grimpante... Et il était amoureux. Fou amoureux d'une journaliste qu'il avait rencontré sur une course, une fille qu'il nous a présenté peu de temps après avoir commencé à sortir avec elle. Je ne l'ai jamais beaucoup aimé, elle faisait fausse, superficielle, et j'avais du mal à savoir ce que Matt lui trouvait. Il semblait aveuglé pour son amour pour elle, à peine s'il n'embrassait pas chaque endroit qu'elle touchait. Ils avaient de grands projets, et il m'avait même confié qu'ils parlaient déjà de mariage. Bien sûr que j'étais heureux pour lui, il avait toujours eu tellement de mal à s'engager dans une relation sérieuse. Sauf que cette fille... J'en sais rien, elle me revenait pas. Enfin bref, ils étaient ensemble depuis un an, et c'était un jour de grand prix. Toute la famille était là, papa et maman étaient tellement fiers de leur premier fils, et ils espéraient que je m'en sortirai aussi bien que lui. La course se déroulait super bien, et Matt fonçait, il était même passé troisième, c'était la première fois qu'il approchait de si près un podium. Mais alors qu'il prenait un virage, il a... 

Sa gorge se noua et il déglutit difficilement.

- Il a accéléré. On ne doit pas faire ça, c'est quelque chose que tout bon pilote sait, et c'était un bon pilote. Il a pris son virage à pleine vitesse, et bien sûr, sa voiture n'a pas suivi. Il a heurté une barrière de plein fouet, et la formule 1 a pris feu. Ils l'ont extirpé de sa voiture aussi vite que possible, mais son corps était brûlé à 80%. Ils l'ont opéré, mais ses blessures étaient trop graves, et il est mort dans la nuit.
Il y eu un silence, et la main de Tom se resserra sur l'épaule de Bill.
- Rongée par la culpabilité, sa copine nous a avoué que tout était de sa faute. Elle voulait effectuer un reportage grandiose, et pour ça, il lui fallait quelque chose de fort. Alors elle lui avait demandé de prendre son dernier virage le plus rapidement possible, de façon à avoir une belle photo et un bon article. Et Matt avait accepté, comment pouvait-il lui refuser quoi que ce soit ? Il l'aimait tellement... Elle a été jugée, et elle est en prison. Ma mère ne s'est jamais remise de la mort de Matthias, et elle est morte un an plus tard, tuée par le chagrin et la folie. Mon frère était mon modèle, je l'aimais comme personne, et j'ai voulu tout abandonner, surtout après la mort de maman... Mais mon père m'a poussé, il m'a dit que je devais vivre ma vie, aller de l'avant, comme ils l'auraient voulu...


Il se tut, et Tom comprit qu'il n'en apprendrait pas plus. Peu importe, il en savait déjà bien assez. A présent il pouvait comprendre tout ce mystère, ce silence autour de la famille de Bill. C'était une histoire vraiment horrible... Doucement, il sentit le corps mince du pilote s'approcher, puis se coller à lui, et bientôt son épaule fut inondée de larmes. Il n'hésita pas et enserra de toutes ses forces cet ami tellement précieux maintenant, qui venait, il l'apprendrait plus tard, de se confier pour la première fois à quelqu'un. Ils glissèrent lentement sous les draps, et s'endormirent l'un contre l'autre, la tête de Bill dans le cou de Tom, respirant à plein poumons cette odeur devenue rassurante.

Leave a comment

We need to verify that you are not a robot generating spam.

See legal mentions

Don't forget that insults, racism, etc. are forbidden by Skyrock's 'General Terms of Use' and that you can be identified by your IP address (54.224.83.221) if someone makes a complaint.

Comments :

  • chaos87th

    20/01/2011

    Je comprends mieux pourquoi Bill couche à droite et à gauche. Il ne veut pas s'attacher comme son frère a fait et arriver ce qu'il s'est passé ensuite.
    Mais je sens que ça risque de changer maintenant qu'il s'est confié comme ça pour la première fois.
    En tout cas, j'ai adoré ce chapitre.

  • Giffolies

    24/11/2009

    Aaaaaaahhhhhhh j'adore le père de Bill il est si direct.
    Oh c'est tout triste la mort du frère de Bill.

  • Thunderbolt-Real-Ya0i

    24/06/2009

    Et bien le voilà mon chapitre préféré ^^
    Y'a de la mélancolie, de la joie et de la tristesse !

    J'aime bien la manière dont tu as tout rassemblé. C'est suivis, j'aime beaucoup moi =D
    L'histoire du frère de Bill je m'attendais pas à ça, je voyais plus qu'il perde le contrôle de sa voiture
    et qu'il s'éclate sur les pneu et autre et en faite là ... j'étais ... choquée quoi !

    L'amour rend con XD

    Aller, je passe au chapitre suivant ^^

  • tom-th-tom

    23/03/2009

    j'm'en douté pour le frère =(

Report abuse