Frisson d'Adrénaline - Chapitre 5


Chapitre 5

Une caresse du bout des lèvres. Un souffle chaud sur la tempe, un corps pressé contre le sien. Tom émergea doucement, la chambre plongée dans le noir, il devait être très tôt. Très réactif le matin, il commença évidemment par se demander où il était. D'abord tenté de penser qu'il avait trop bu la veille et qu'il se retrouvait chez quelqu'un dont il ne connaissait pas l'identité, il se souvint être en mission photos à Berlin. Puis doucement, les connexions de son cerveau se firent. Photos, Bill, père de Bill, maison de Bill. Voilà qui était plus clair. Maintenant, restait à savoir pourquoi Bill était précisément dans son lit, avec lui, alors que Bill avait clairement fait comprendre à Tom qu'ils étaient juste amis, à plusieurs reprises même. Le blond se creusa la tête pour enfin se souvenir du pire. 

L'accident. Le frère de Bill. La mort. 

Il ouvrit en grand ses yeux dans l'obscurité, et sentit une sueur froide lui couler le long du dos. Son corps fut parcouru d'un frisson qui lui fit prendre conscience de sa position. Il était allongé sur le dos, les bras autour du corps chaud contre le sien. Il bougea doucement ses doigts et grimaça, il ne sentait presque plus ceux de la main gauche, celle dont le bras était écrasé par la masse du brun. Il tenta de bouger, mais il ne voulait pas réveiller son ami profondément endormis. Il tendit le cou pour essayer de voir quelque chose capable de lui indiquer l'heure. Un petit réveil était posé là, et les numéros brillants lui indiquèrent qu'il était 5h. Il soupira et laissa retomber sa tête sur l'oreiller. Bill, dont la tête était posée sur son torse, grogna un peu en sentant du mouvement, et resserra ses bras contre le ventre du dreadé. Tom se crispa légèrement. Les mains fraiches du brun venaient de se faufiler sous son teeshirt, et ses longs doigts fins effleuraient ses abdos naissants. Un long soupire s'échappa des lèvres du pilote, et il remonta sa tête pour la loger dans le cou de Tom.

- Bill... Tenta doucement le photographe, que la position gênait un peu.

Il reçut un léger ronflement en réponse, et rigola doucement. Il avait encore trois bonnes heures de sommeil devant lui, le salon n'ouvrait qu'à 9h, il avait le temps. Alors, décidant qu'il ne profitait pas vraiment de l'inconscience de son ami, il resserra ses bras autour de lui et déposa son menton sur les cheveux noirs et soyeux, à l'odeur de shampoing et de Bill. C'était agréable, tellement plus que lorsqu'il se l'était imaginé... Parce que oui, il s'était déjà demandé la sensation qu'il pourrait avoir si lui et Bill devenaient plus que des amis. La réponse ne le décevait pas. C'était surement la meilleur chose qu'il avait pu vivre jusque-là. Et puis, ça faisait longtemps qu'il n'avait pas dormi enveloppé dans la chaleur d'un autre corps. Depuis son ex, il avait eu quelques aventures d'un soir, mais rien de concret, rien de tendre, rien de doux. Bill incarnait tout ce qui manquait à sa vie. Presque inconsciemment, il déposa un léger baiser sur la tête du pilote qui se colla encore un peu plus à lui si c'était possible. Les pensées cohérentes s'éclipsèrent lentement, laissant place à une bouffée d'affection, et c'est ainsi que Tom se rendormit, bercé par la douce illusion que tout cela pouvait être un jour sa vie quotidienne. 

Il eut l'impression d'avoir fermé les paupières 5 minutes seulement lorsque son portable se mit à vibrer à s'illuminer bruyamment sur la table de nuit. Il chercha la source du vacarme d'une main, les yeux toujours fermé, et donna un coup indélicat qui le fit tomber à terre dans un grand bruit sourd. Il sursauta et se redressa vivement, les vibrations résonnant à présent sur le parquet. Il se dépêcha d'éteindre son appareil quelque peu effrayant avant de réveiller toute la maison. A côté de lui, Bill gigotait doucement en poussant des gémissements plaintifs. Puis, à tâtons, une moue contrarié sur le visage, il tapota de sa main la place que Tom occupait un instant plus tôt. Ce dernier sourit, attendris devant cette scène, et attrapa doucement la main du brun qui fronça les sourcils avant de sourire et de retomber dans le monde des rêves, non sans avoir serré la main du blond dans la sienne. Un éclair de lucidité rappela à Tom qu'il devait se lever et passer la journée à photographier des voitures. Il retira doucement sa main de celle de l'endormi, puis s'étira en baillant. Quitter un lit ne lui avait pas paru aussi difficile depuis un moment, et, en contemplant Bill, il pensa que c'était normal d'avoir peur qu'il utilise son statut d'ami proche comme moyen de triompher : il pouvait si facilement photographier son protégé dans ses moments les plus intimes, comme celui-ci, et les revendre à un magazine people qui serait certainement ravi. C'est aussi pour ça, pensa-t-il, qu'il détestait ce genre de presse qu'il trouvait immorale et irrespectueuse de la vie privée d'autrui. 

Sortant de ses réflexions, il se décida enfin à se lever. Il se cogna l'orteil dans le coin du lit et manqua de hurler. C'est en se mordant les lèvres et en marchant de travers qu'il se dirigea vers la salle de bain qu'on lui avait indiqué la veille. Son gros orteil gonflait et était tout rouge, quand à lui, il avait les larmes aux yeux. Il n'était vraiment pas doué ces derniers temps. Il remarqua une petite armoire à pharmacie, et s'y intéressa pour trouver de la crème pour les coups. Un petit tube lui sembla idéal, et il allait s'en emparer quand une boite attira son attention. Il déchiffra l'étiquette qui indiquait « thymoanaleptiques ». Il fronça les sourcils, il n'y connaissait rien en médecine. Il retourna le petit récipient et trouva enfin un mot qui lui parlait : antidépresseurs. Son c½ur s'accéléra un peu. Il n'y connaissait peut être rien, mais ce mot lui était familier, et ne lui indiquait rien de très bon. Il reposa la boîte et prit une douche tout en réfléchissant. Peut-être que ces médicaments appartenaient à Gordon, il avait quand même un certain âge, et perdre son enfant et sa femme en peu de temps, ça paraissait insurmontable sans une aide... Il décida de se contenter de cela pour le moment. Il sortit, enfila un teeshirt et un jean, s'attacha grossièrement les dreads en queue de cheval, puis descendit en quête de petit déjeuné. Il ouvrit le frigo et se servit, comme on lui avait ordonné de le faire (Gordon pouvait être vraiment impressionnant lorsqu'il donnait des ordres) Il faillit avoir une attaque cardiaque quand, alors qu'il se redressait, Bill se planta devant lui, la cafetière en main, un sourire radieux au visage. 

- Bonjour,
 scanda-t-il joyeusement. Café ?
Tom réprima un cri et souffla fortement.
- Tu m'as fait peur, putain, prévient la prochaine fois au lieu d'arriver en douce !
- Désolé,
 chantonna Bill tout en posant deux tasses sur la table. Tu as bien dormis ?
- Très bien,
 répondit un peu trop rêveusement le blond en ajoutant beurre et confiture au butin. 
- Tant mieux, je suis un peu envahissant la nuit, j'espère ne pas t'avoir dérangé. 
- Pas du tout.

Ils s'assirent en même temps et avec ce même curieux sourire. Puis Tom eu soudain l'intelligence de se demander pourquoi Bill était déjà debout, habillé et coiffé, à 8h du matin. 
- Je peux savoir ce que tu fais ici à une heure pareille pendant tes jours de repos ? 
Demanda-t-il en enfournant une tartine de confiture dans sa bouche. 
- Ben...
 Il laissa sa cuillère de chocolat en suspension dans l'air. Je viens avec toi, pourquoi ?
Tom haussa les sourcils
- Ah oui ? Je n'étais pas au courant
- Et bien, tu l'es. N'en parlons plus

Et il but sa tasse comme pour appuyer ses paroles. Tom en resta con, se disant qu'ils ressemblaient vraiment à un vieux couple au réveil. Cette pensée lui tordit agréablement le ventre. Il termina de manger en écoutant Bill parler des voitures qu'il voulait voir, des derniers modèles que Ferrari avait sorti, de ceux des concurrents... Sa voix le reposait, le détendait, il aurait pu rester encore longtemps à l'écouter sans se lasser. Mais un coup d'½il à sa montre le fit bondir de sa chaise.
- Bill, on va rater l'ouverture, bouge !

Ils expédièrent la vaisselle dans l'évier avant de saisir manteaux et appareil photo et de partir en vitesse. A cette heure-ci, la circulation était dense, les gens partaient travailler, et ils furent un peu bloqués. Tom pesta légèrement, Bill alluma la radio en lui sifflotant les tubes qui passaient, ce qui détendit considérablement le blond qui se surprit à lancer que de toute façon il n'était pas vraiment pressé, qu'il y aurait autant de monde à l'ouverture que les heures suivantes. Bill sourit, satisfait. Il adorait pouvoir calmer son dreadé, ça lui procurait une sorte de sentiment de pouvoir. Ils arrivèrent et la tension remonta immédiatement d'un cran lorsqu'ils aperçurent la foule qui s'agglutinait à l'entrée.

- J'ai du mal à croire,
 grogna Tom, qu'il y ait des gens assez... Passionnés ou intéressés pour venir ici de si bonne heure, c'est plutôt hallucinant. 
- Il y a bien des photographes assez fous pour le faire... 
- C'est différent. C'est pour le boulot.
- Ose essayer de me faire croire que tu n'adores pas faire ça, que tu échangerais ta place contre n'importe quoi...

Ils rentrèrent dans le bâtiment et la chaleur les enveloppa agréablement. 
- J'adore ça, avoua Tom en rigolant. Mais je me passerai bien de toute la partie qui consiste à se faire compresser.
- Arrête de te plaindre et va faire ton boulot.

Il tira la langue au brun, ils se fixèrent un rendez-vous quelques heures plus tard et se séparèrent. L'humeur de Tom était bien meilleure que la veille, et ses photos n'en seraient certainement que plus réussies. Il y mit tout son talent et toute sa volonté, prenant les angles les plus favorables, allant jusqu'à s'allonger pour obtenir les effets les plus remarquables. Il fut ravi de croiser des visages qui lui étaient familier, et de découvrir au fil d'une discussion qu'il s'agissait d'anciens élèves ayant étudiés dans la même école que lui. Puis, chacun ayant à faire, ils abrégeaient en s'échangeant leurs numéros et en promettant de s'organiser une soirée avec tous les anciens, diplômés à présent, histoire de parler de leurs nouvelles vies... 

C'est donc avec étonnement qu'il se rendit compte que l'heure du rendez-vous avec Bill était largement entamé, et il tenta de se dépêcher (autant dire que c'était impossible au milieu de tout ce monde) pour atteindre la sortie. Il rejoint un Bill quelques peu énervé d'avoir été oublié, mais qui se dérida rapidement et accepta l'invitation à manger de Tom. Ils déjeunèrent dans un petit café près de la salle, et cette fois ce fut au brun d'écouter le récit animé de son ami qui n'en finissait plus de s'extasier sur sa merveilleuse matinée. 

L'après-midi fut tout aussi excellente, et c'est exténués mais comblés que les deux jeunes hommes prirent le chemin du retour. Ils entrèrent dans la grande maison en discutant avec un enthousiasme débordant, trop heureux d'avoir vu les mêmes choses et de pouvoir se disputer à propos des plus beaux spécimens. Bill soutenait son écurie de tout c½ur, clamant que Ferrari avait vraiment la classe avec ses voitures, tandis que Tom passait en revu chaque marque qu'il avait repéré, traitant Bill de marionnette subjective, ce que le pilote ne comprit pas immédiatement, entrainant involontairement un fou rire monstrueux. 

Il y eu de l'animation au diner ce soir-là. Gordon laissa les grands esprits se rencontrer, ne manquant pas de glisser quelques sous-entendus à son fils tels que « Je trouve que vous vous entendez vraiment très bien, il suffit de regarder vos centres d'intérêts, fils, vous êtes compatibles » ou encore « A ta place je n'hésiterai pas plus longtemps », ce à quoi Bill répondait par un coup de coude et un rougissement adorable. Tom essaya de ne pas y prêter trop d'attention, détournant le sujet, évitant les regards vers le brun, mais au fond aucune des remarques ne le laissait indifférent, il aurait tellement voulu dévisager Bill et trouver quelque chose qui lui indiquerait ce qu'il pensait de tout ça... Mais il ne pouvait pas prendre le risque de se faire prendre en pleine contemplation. Alors il riait et relançait son ami sur ce qu'il avait vu au salon. 

Cette nuit-là, Tom dormit seul. Il aurait mentit s'il avait prétendu que peu lui importait. Bien sûr que ça lui importait, il allait même sûrement très mal dormir. Mais personne n'allait lui poser la question, alors il n'aurait pas besoin de mentir. Il se contenta de se dire que c'était parfaitement normal, qu'entre amis on ne partageait pas le même lit, qu'il fallait qu'il arrête d'avoir des idées tordues et des envies peu amicales envers Bill. Ses sentiments étaient de plus en plus difficiles à gérer, il avait la désagréable impression que ça se lisait sur son visage. Chaque geste qu'il avait lui semblait déplacé, chaque parole lui semblait criante de sous-entendus, si bien qu'il n'osait même plus lui sourire franchement, de peur qu'il découvre à quel point il était tombé amoureux. 

Il fixa longuement le plafond de sa chambre, réfléchissant à un moyen de refouler tout ça, se jurant intérieurement de ne pas tenter quoi que ce soit, ce qui serait un manque de respect envers Bill. C'était décidé, il ne l'approcherait plus de trop près, et se comporterait en ami, un véritable et honnête... Ami. Le mot tourbillonna dans sa tête, mêlée à la délicieuse image quelques heures plus tôt du brun, endormi, la tête reposant sur son torse, les mains sous son teeshirt. Merde, voilà qu'à peine chargé de bonnes résolutions, il recommençait à penser de travers. Il ferma les paupières si fort qu'il vit ses petites étoiles se former derrières elles, et souffla un grand coup. Sans les rouvrir, il chercha son MP3 et l'alluma pour écouter de la musique et penser à autre chose. C'est ainsi qu'il rejoignit les bras de Morphée, l'esprit troublé, les poings crispés, et qu'il ne remarqua pas sa porte entre ouverte sur un corps fin qui l'observait, torturé lui aussi par des pensées plutôt embêtantes.

[ ... ]

La semaine passa rapidement. Les journées commençaient tard, Tom n'ayant pas eu de jours de repos depuis un long moment, il n'avait vraiment plus l'habitude des grasse mâtinées, et celles-ci lui faisaient le plus grand bien. Il adorait trainer au lit, se réveiller avec le soleil et l'odeur d'un petit déjeuné prêt à être dévoré. Il était chouchouté, le père de Bill était vraiment aux petits soins, veillant à ce qu'aucun de ses deux invités ne manque de quoi que ce soit. Il était tellement surprenant, Tom s'en rendait un peu plus compte chaque jour. Il était dynamique, écoutait de la musique plutôt moderne, s'extasiait pour peu, n'arrêtait jamais de fourrer son nez partout, bref, c'était un père exceptionnel. Tom lui n'avait jamais eu de relation très poussé avec le sien, encore moins lorsqu'il avait annoncé ses préférences sexuelles, même si il avait gardé un bon contact avec ses parents. C'est pour ça que plus d'une fois il resta à observer Bill et son père se chamailler, s'envoyer des répliques avant d'éclater de rire, et qu'il se sentit envieux d'une relation si complice. C'était vraiment reposant de passer du temps ici. 

Bien sûr, ils sortaient, beaucoup même. Bill lui fit visiter Berlin en long, en large et en travers. Ils commencèrent par le célèbre Reichstag, siège de l'ancienne RDA, la gigantesque Tour de télévision, le mur de Berlin évidemment (Tom ne cessa de photographier ces différents endroits, s'attirant les moqueries de Bill qui le traita d' « obsédé du travail »), la Potsdamer Platz où ils firent un brin de shopping tout en s'extasiant devant les hautes constructions de cette place très moderne, ils firent un tour de pédalo sur le lac Plötzensee et purent admirer le mémorial dressé là. La ville regorgeait d'une histoire passionnante, et Tom, qui n'avait presque jamais mis les pieds ici (simplement quelques fois lorsqu'il venait pour le travail, mais il n'y restait jamais), s'abreuva des récits de Bill qui connaissait sa ville natale comme sa poche. Ils profitèrent d'une soirée plutôt chaude pour aller pique-niquer devant la Porte de Brandebourg, près de la fontaine qui ornait la petite place. Les illuminations étaient très belles, et les photos de Tom le seraient encore plus. Il jura solennellement de faire un album de cette semaine fantastique. Bill posait avec plaisir sur celles-ci, laissant le photographe lui indiquer de quelle façon se mettre le mieux en valeur.

Tom avait vraiment essayé de prendre ses distances. Mais il était difficile pour lui de ne pas succomber aux tendres câlins du pilote qui était très impulsif et le surprenait toujours en se jetant sur lui. Alors il se laissait faire, essayant d'ignorer les battements de son c½ur et la chaleur sur ses joues, dans tout son corps. Il se laissait aller et appréciait l'attention. Ils passaient des moments tellement magiques, à parler de tout, cherchant un détail amusant chez les passants qu'ils observaient pour s'en moquer, se disputant comme deux enfants à propos de tout et n'importe quoi. Ils rentraient plus ou moins tard, disputaient des parties de Monopoly avec Gordon ou même de jeux vidéo auxquels l'ancien se mêlait très volontiers en pestant qu' « il n'y a pas d'âge pour ces choses-là », les battant même à plusieurs reprises. Ils mangeaient des pizzas devant la télé, écoutaient leur groupe favori en rêvant d'un concert ensemble, regardaient leurs films préférés pour prouver à l'autre que c'était vraiment un chef d'½uvre. Parfois, ils sortaient au restaurant, ou dans les boîtes branchées de Berlin qui ne manquaient pas, mais le faisaient généralement en cachette, ne prenant aucun risque de voir Gordon se lever d'un bond de son fauteuil et hurler qu'il les accompagnait pour chauffer la piste. 

Plusieurs fois, Bill avait rejoint Tom le soir dans sa chambre, et, parlant jusqu'à des heures avancées du matin, ils s'endormaient l'un contre l'autre, ce qui n'aidait pas vraiment Tom à rester serein. Mais il ne s'en plaignait pas, loin de lui cette idée, et profitait au contraire de chaque seconde passées. La vision de Bill au réveil valait bien toutes les retenues du monde, et même si la tentation était forte, il résistait avec plaisir pour le simple privilège de pouvoir l'observer sans faire attention à ce qu'on pourrait en penser.

Mais comme toutes les bonnes choses ont une fin, la semaine de vacances s'acheva rapidement, et ce fut la dernière soirée qu'ils passaient ensemble. Les visages étaient souriants mais peinés, Gordon essayait de plaisanter mais au fond, le c½ur n'y était pas vraiment. Le lendemain, Bill et Tom rentreraient à Hockenheim où ils reprendraient leur vie, se voyant de temps à autre (bien sûr, le fait que Tom ait été engagé par le magazine de F1 rendait cette perspective plus facile) mais ne vivant plus sous le même toit. Et, même si aucun des deux ne l'avait clairement exprimé, cette perspective les déprimait au plus haut point. Ils se décidèrent à passer une soirée devant un bon film autour d'un fast-food dans le canapé. 

Gordon les quitta de bonne heure, prétextant la fatigue, mais en réalité il souhaitait juste voir son fils réaliser que Tom était l'homme qu'il lui fallait, et qu'il était temps de passer à l'action. Il lança un clin d'½il à son champion de rejeton et partit se coucher, le sourire aux lèvres. Les deux jeunes hommes continuèrent longuement à parler, évitant les sujets tels que le travail, ou le départ du lendemain. Vers les 2h du matin, un petit silence confortable s'installa.

- Je vais aller me coucher,
 annonça finalement Tom. Je pense que je ne partirais pas trop... Tard, demain. 
- Oui, et moi non plus, je suppose... J'ai des affaires à régler en arrivant...
- Pareil.

Ils se fixèrent, l'un hésitant, l'autre espérant, mais finalement, le blond se leva et déposa un doux baiser sur le front de Bill en lui murmurant un tendre « Bonne nuit ». Ce dernier ne rouvrit pas les yeux, appréciant le contact, et lorsqu'il reprit conscience de la réalité, Tom avait disparu de la pièce. Il sentit une immense déception l'envahir, mais se sermonna d'avoir de pareilles idées, avant de lui aussi regagner sa chambre.

Une heure plus tard, aucun des deux ne parvenait à dormir. C'est Bill qui prit l'initiative de rendre cette dernière nuit inoubliable. Il franchit le couloir sans faire de bruit, et frappa doucement à la porte de Tom. Celui-ci sursauta, et enfila un jogging pour aller ouvrir.
- Qu'est-ce que tu fais là ? Chuchota-t-il en se retenant de pouffer. Il avait l'impression d'avoir 14 ans et de s'apprêter à faire une bêtise sous le nez d'un de ses parents. 
- J'arrive pas à dormir,
 grogna Bill, l'air boudeur et enfantin, ce qui arracha un petit rire au blond. Tu veux pas faire le mur ? J'ai une idée.
- T'es sérieux ?
- Dépêche-toi d'enfiler une veste et vient me rejoindre,
 répondit-il avant de disparaître. 

Tom sentit son corps trembler d'excitation. Il se sentait tellement bête, mais tellement bien. Il saisit une paire de chaussette, un teeshirt et un manteau, sans oublier son appareil photo, et se rua dans les escaliers le plus silencieusement possible. Bill l'attendait dans l'entrée, et ils sortirent en rigolant. Ils retombaient en enfance, et lorsque Bill saisit la main de Tom dans la sienne pour l'entrainer en courant dans les rues de la capitale, le photographe se dit qu'être un gamin n'avait jamais été aussi génial. Ils chantèrent des chansons de rock à tue-tête, amusant les gens qui se promenaient par là, et bien vite Tom constata que Bill avait une idée précise en tête. 

Ils se retrouvèrent dans un coin pas très éclairé, où une petite forêt se dressait fièrement. Il se laissa guider sur un chemin à travers les arbres, et fut émerveillé quand Bill lui dévoila une petite clairière où observer les étoiles était tout à fait possible, à l'abri de l'éclairage de la ville. Ils se laissèrent tomber dans l'herbe et regardèrent longtemps le ciel.
- J'ai toujours rêvé d'aller dans l'espace, confia Bill d'un ton léger. 
- Ne me dit pas que tu voulais être astronaute, ça ferait trop cliché, ricana Tom en s'étirant.
- Non, peut être pilote dans l'armée de l'air, ou un truc de ce genre. J'ai besoin de vitesse, et l'apesanteur ça m'aurait vite énervé.
Ils rirent de bon c½ur. Le ciel était dégagé, et la lune dessinait un joli croissant dans la noirceur de la nuit. 
- En tout cas, j'ai réalisé au moins un de mes rêves d'enfant,
 ajouta Tom. Je voulais avoir un métier pour rencontrer des gens célèbres.
- Et moi donc, je voulais conduire des engins rapides.
- Quoi d'autre ? 

Bill se tourna légèrement vers Tom et lui sourit
- Être heureux, ne jamais oublier de faire mes choix en fonction de mes véritables envies, ne jamais me laisser influencer, toujours avancer en restant fidèle à moi-même... 
- Quel programme,
 dit doucement le blond en souriant à son tour. Tu penses avoir réussis ?
- On verra bien,
 soupira Bill en levant la main vers le ciel pour retracer les contours de la lune du bout du doigt.
Ils restèrent encore un long moment allongés, avant d'être saisit par le froid. 
- Attends,
 se précipita Bill en attrapant le bras de Tom avant que ce dernier ne reprenne le chemin à travers la forêt. Je voudrais une dernière photo, pour l'album.
Tom hocha la tête, et se laissa faire quand le brun l'attira contre lui et se saisit de son appareil. Il le tint face à eux, et posa ses lèvres sur la joue de Tom en appuyant sur le déclencheur. 
- Et voilà,
 dit-il à voix basse, comme pour confier un secret.
- Elle sera très belle, j'en suis certain.

Ils regagnèrent la maison, et d'un commun accord muet, se dirigèrent vers la chambre de Bill, ensemble. Tom s'installa sur le grand lit, tandis que son ami fouillait dans une armoire. Il en ressortit une grande boîte en carton sous le regard interrogateur du blond. Sans un mot, il le rejoint, et souleva le couvercle. Il s'agissait d'une boîte remplie de photos, plutôt vieilles, que Tom reconnu comme des photos du frère de Bill, se sa mère, et de leurs vacances ensembles. 
- Je n'ai jamais montré ces photos à personne... Mais j'avais envie de t'en parler un peu... Si tu veux bien.
- Bien sûr, Bill... C'est...

Il sentit sa gorge se nouer doucement. 
- Merci de me faire confiance, dit-il simplement.

Alors Bill commença son récit, au fur et à mesure des photos. Sa voix tremblait légèrement, il semblait vraiment ému. Il raconta à Tom comment Matthias et lui jouait ensemble, comment lorsqu'ils se disputaient leur mère les punissaient, leurs réconciliations en milieu de nuit, leurs confidences, leurs sorties... Il eut droit à un résumé complet de ses jeunes années, l'enfance, l'insouciance... Les photos montraient tour à tour les deux frères ensembles, séparément, les parents (Gordon avait l'air très amoureux de sa femme, et cette vision serra un peu le c½ur de Tom), des photos en bord de mer (Tom appris qu'ils avaient été en vacances en Grèce, d'où la mer si claire et le temps éblouissant), d'autres ici, à Berlin. 

Bientôt, il n'y eu plus aucune photo, et Bill rangea précieusement son carton, comme s'il cachait une partie de lui-même. Tom s'était allongé, et il comparait le plafond ici à celui de sa chambre, pour éviter de penser qu'il se trouvait justement dans la chambre de Bill, avec lui en prime. Il sentit le matelas s'affaisser à côté de lui, et la tête du brun apparut au-dessus de la sienne. Ses longs cheveux tombèrent en cascade autour d'eux, et il en sentit quelques-uns lui chatouiller le visage. Il sentit son corps se raidir. Cette proximité était dangereuse, très dangereuse. Son c½ur battait si fort qu'il était sûr que la ville entière l'entendait. Il respirait l'air que Bill expirait. Sans vraiment s'en rendre compte, il ferma les yeux et entrouvrit la bouche pour mieux apprécier le goût qu'avait le souffle de son vis-à-vis. 

- Tu devrais... Aller dormir, articula finalement Bill dans un murmure. 

Le c½ur du dreadé se comprima douloureusement. Il avait tellement espéré, l'espace d'un instant... Pourtant, il sentait comme une hésitation dans la voix de Bill. Il rouvrit les yeux et croisa effectivement un regard torturé par le doute. Néanmoins, il se redressa. Tom le suivit, et ils se firent face durant de longues secondes. Puis, Bill se jeta dans les bras de Tom, le serrant à l'étouffer. A cet instant, Tom ne pouvait plus vraiment se rendre compte de ce qu'il faisait. Il posa ses lèvres dans le cou à l'odeur enivrante de Bill, lui caressa sensuellement le dos. Et, au lieu de le repousser, ce geste plein de tendresse fit se coller encore plus le corps de Bill au sien. Doucement, il embrassa la mâchoire du brun, remontant toujours plus vers sa bouche. Les respirations s'étaient accélérées, les corps cherchaient à se fondre l'un dans l'autre. Ils pouvaient sentir qu'ils se voulaient, et Tom prit son courage à deux mains. Il décolla sa bouche de la joue de Bill, et le fixa dans les yeux. Puis, lentement, très lentement, il les ferma, et s'approcha. Il pouvait presque sentir ces lèvres tant désirées sur les siennes. Mais se furent deux doigts qui s'appuyèrent doucement sur sa bouche, et doucement le repoussèrent. 

- Tu vaux mieux qu'eux Tom... S'il te plait... Je ne veux pas que tu en sois un de plus... 

Le blond en resta ébahi. Il voulut demander à Bill ce qu'il voulait dire, mais croisa les yeux embués du pilote, et ne préféra pas insister. Alors, peiné, rejeté, il sortit de la chambre, le c½ur lourd, toute trace d'espoir ayant déserté ses pensées.

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Comments :

  • willstopquickly

    09/04/2015

    Putain... qu'est-ce que c'est déprimant de relire ça presque 6 ans plus tard...

  • chaos87th

    20/01/2011

    Tom devrait être content que Bill ne veuille pas l'utiliser comme les autres.
    Bien au contraire, ça prouve qu'il ressent quelque chose de plus fort pour lui.

  • Giffolies

    24/11/2009

    Oh la fin est triste mais je comprend ce que veut dire Bill

  • ConfeSsiOn-Of-Tom

    04/11/2009

    Ah mon aviis, Bill ne veut pas couché avec Tom
    parce qu'i c'est qu'apres il l'evitera ou alors il ne veut pas que
    tom couche et ensuite se fiche de Bill

    enfin cest la meme chose lol
    Bon j'continue

  • ficounette-yaoi2

    25/10/2009

    quand je te lis c'est WahOo
    et pourtant j'arrive à la fin de l'article et... seulement 2com ??
    s'en mérite tellement plus... tellement tellement ^^
    pourtant en bonne égoïste que je suis je lis ton histoire, la dévore, y prend un plaisir dingue mais oublie bien trop souvent de te le dire.
    Merci beaucoup,
    Tu écris d'une façon simple et géniale c'est tendre et surprenant... je ne peux que dire Bravo et encore merci !
    A très vite
    Clém.

  • Thunderbolt-Real-Ya0i

    24/06/2009

    Naaaaaaaaaaah !
    J'aime pas la fin du chapitre ! Enfin si parce-que Bill lui fait comprendre que Tom n'est pas n'importe qui pour lui quand même mais d'un autre côté j'aime pas parce-que Tom il pense mille choses qu'il faut pas !

    T'as compris ?! XD

  • tom-th-tom

    23/03/2009

    Oh c'est batard ! comment il se fait recaller sévère =X La honte, les boules tout ce que tu veux quoi --'

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