Frisson d'Adrénaline - Chapitre 7


Chapitre 7

Les heures passaient, et son verre était vide depuis bien longtemps. Il resta à en fixer le fond un long moment, l'air misérable. Il était misérable, il se sentait misérable. Qu'est-ce qu'il foutait encore là ? Il aurait dû simplement regagner l'hôtel, il le fallait absolument. Mais il ne pouvait s'y résoudre. Pourquoi ? Il avait peur, il appréhendait, et d'un tout autre coté, il espérait voir apparaître Bill dans cette foule d'inconnus pour qu'il vienne le rassurer, lui parler, lui dire qu'il ne regrettait pas, et qu'il n'avait pas cherché à le fuir à tout prix après leur tout premier baiser. Pourtant, il était sûrement plus de minuit, et depuis la fin de la course, il y a sept heures environ, pas une trace du brun. 

Bien sûr, ce n'était pas étonnant qu'ils ne se soient pas croisés de l'après-midi, Bill devait sûrement avoir un tas de journalistes à voir, des photo-shoots à faire, après tout, il venait de remporter un grand prix, le premier de sa carrière. Mais, alors que la journée s'achevait, pourquoi n'avait-il pas passé un coup de fil pour qu'ils se retrouvent ? Pourquoi n'avait-il pas cherché à joindre Tom ? Pourquoi ne se montrait-il pas à cette putain de soirée ? Le blond posa son verre sur une table quelconque, et s'éloigna d'un pas lourd vers le hall d'entrée. Dehors, il se laissa tomber sur une marche, contre un mur, en soufflant. Sa tête lui faisait mal, encore une fois, ça semblait être une habitude à présent. Il la posa contre la pierre froide et ferma les yeux. 

Mauvaise idée.

Des flashs passèrent devant ses paupières closes. Le visage inondé de bonheur de Bill. Ses lèvres à l'allure si douce, à portée, là... Le moment, idéal, parfait. Et cet élan de courage qui avait guidé ses pas pour se rapprocher de son pilote, afin de joindre leurs bouches, leurs langues, leurs mains, leur amour... Car oui, il l'avait senti, un tel sentiment ne peut être caché ou prétendu à travers un baiser. « Ou alors c'est moi qui débloque complètement et qui prend mes rêves pour la réalité », pensa-t-il tristement. C'était incroyable de pouvoir être aussi heureux et aussi délaissé en un laps de temps si court. Il eut l'impression que son c½ur ne suivrait pas bien longtemps à ce rythme infernal. 

Une pensée lui donna un coup de chaud ainsi qu'une douche glacée : il allait devoir regagner l'hôtel, sa chambre, leur chambre. Alors qu'il avait été cordialement ignoré après un des moments les plus intenses de sa vie. La perspective n'était pas vraiment alléchante, voire carrément effrayante. Il se cogna la tête un peu involontairement et jura d'une façon peu élégante. Il s'en voulait d'avoir embrassé Bill, à présent. Il savait pertinemment que celui-ci ne le voulait pas, du moins pas comme ça, et pas sans une discussion sérieuse avant. Il eut un rire triste. Une discussion avant de s'embrasser, rien de tel pour gâcher toute la magie du moment. Non, là-dessus c'était clair, ça avait été merveilleux, si on oublie les centaines, les milliers peut être même, de personnes autour ayant assistés à ce témoignage poignant d'amour. 

Et alors, Tom repensa à un détail qui ne l'avait pas inquiété, et qui le fit presque tomber de sa marche. Autour d'eux, il y avait précisément des photographes en tout genre, qui s'étaient bien entendu chargés d'immortaliser ce moment qui aurait dû être privé, personnel. Il enfouit son visage entre ses mains en gémissant. Et après il s'étonnait de ne pas voir Bill ? Mais qu'est- ce qu'il était bête, il avait vraiment tout foiré, et pas qu'à moitié ! Il venait de clairement afficher des sentiments dont même Bill n'avait pas pleinement conscience, devant une bonne partie du monde de la presse, sans compter les fans du brun, ainsi que ses coéquipiers... 

- Qu'est-ce que j'ai fait... Geignit-il en se recroquevillant encore plus.

De son coté, il ne craignait rien, après tout il n'était pas le photographe personnel de Bill, il pouvait très bien entretenir une relation avec lui, même plus qu'amicale, sa boîte ne s'en formaliserait pas. Mais les magazines de sports allaient sûrement s'arracher ce scoop et les lettres de demande affluer chez lui. En clair, ça sentait vraiment mauvais pour sa relation alors que celle-ci venait à peine de commencer. 

Il décida d'arrêter de se lamenter, et de se prendre en main. Il se leva d'un air décidé, la tête encore douloureuse, et attrapa le dernier bus pour rejoindre l'hôtel. Il répéta mentalement tout le discours qu'il allait faire à Bill en arrivant : lui dire qu'il se fichait d'avoir à affronter des journalistes, qu'il n'en avait rien à faire, qu'il le désirait comme personne, qu'il saurait le rendre heureux, et que lui-même ne serait heureux qu'à ses cotés. Oui, ça allait marcher, ça devait marcher. Il s'arma de courage, pris l'ascenseur et rejoignis leur chambre... Vide. Il en laissa tomber sa carte sur la moquette impeccable. Rien n'avait bougé depuis leur départ ce matin. Leurs sacs étaient là, quelques affaires réparties un peu partout, mais rien n'indiquait que Bill y était repassé dans la journée. 

Tom s'avança, puis se laissa tomber sur son lit. Il avait d'abord pensé que peut être le brun était repartit, mais c'était impossible, il n'aurait pas laissé toutes ses affaires, et puis leur train n'était que le lendemain. Mais alors, où était-il ? Le dreadé pensa à aller le chercher, puis se résigna. Peut-être avait-il besoin d'un peu de temps pour réfléchir à tout cela. Alors, il passa dans la salle de bain pour prendre une longue douche. Il frictionna son corps frissonnant, augmenta la température de l'eau, et se laissa aller contre la paroi. Il se sentait tellement fatigué, tellement de choses en si peu de temps, c'était épuisant. Il ferma les yeux et pris de profondes inspirations, appliquant une méthode de relaxation que sa mère lui avait souvent fait pratiquer. Tom avait été un enfant très nerveux dans son adolescence, aussi piquait-il parfois des crises de nerfs impressionnantes. Alors, à chaque fois, sa mère l'obligeait à fermer les yeux, et lui dictait autoritairement quoi faire. 

En sortant de la salle de bain, il se sentait mieux. Ses muscles étaient moins noués, il se sentait plus serein. Il enfila un pantalon de pyjama et un large tee-shirt, et se glissa dans les couvertures chaudes de son lit. Il sortit un livre de sa valise et entreprit de penser à autre chose en se plongeant dans son roman. Mais à peine quelques minutes plus tard, il fut forcé d'arrêter, ses yeux lui faisaient mal, et il se sentait extenué. Il avala un verre d'eau et éteint sa lumière, décidé à ne plus se laisser envahir par trop de sentiments. 

Il fut réveillé en sursaut quelques heures plus tard, alors que la nuit était plus noire que jamais. Il cligna des yeux plusieurs fois avant de chercher l'origine de ce bruit qui l'avait tiré de ses songes qui étaient, pour une fois, plutôt agréables. Il distingua une porte claquée sans délicatesse, et un rire forcé, idiot, un rire pas naturel. Il alluma sa lampe et se figea. Dans l'entrée de la chambre se tenait Bill, l'air complètement bête, soutenu par un mec blond platine, les cheveux plaqués par le gel, et avec un air de... Défoncé. Il se redressa, piqué par la colère, lorsque l'inconnu embrassa son Bill sur la joue en glissant sa main dans son pantalon, tandis que le pilote, à moitié conscient et visiblement bourré, ne réagissait pas plus que ça, et continuait à rire comme un attardé. Tom se jeta presque sur eux et arracha le junkie à Bill, avant de le flanquer dehors en lui hurlant les pires insultes. Puis il retourna dans la chambre où Bill n'avait pas bougé, mais avait cessé de rire, et fixait un point invisible. Le photographe se planta devant lui et le tint par les épaules.

- Bill, Bill réponds-moi... Bill...
- Beaucoup, beaucoup, beaucoup d'argent... Alcool... Hummmm...

Il divaguait, les yeux dans le vide, puant l'alcool et la cigarette. 
Tom passa une main sur sa joue.
- Ca va aller, je vais m'occuper de toi, d'accord ? Ne t'inquiète pas.
- Tom... 
Souffla-t-il en semblant le remarquer pour la première fois. Mon Tomi, Tom... Gentil...
Le blond sourit, et hocha la tête.
- C'est ça, c'est moi. Tu as bu ?
- De toutes les couleurs ! 
S'écria Bill avant d'éclater de rire, comme si c'était la chose la plus drôle qu'il n'ait jamais dite. C'était bon, et joli...
- Oui, oui, tu as du bien t'amuser,
 l'occupa Tom pour pouvoir l'amener dans la salle de bain sans qu'il ne le remarque. Mais dans peu de temps, tu vas regretter, crois-moi.
- Gentil Tomi,
 roucoula le brun. Tu es gentil, et doux... Tu es tellement mieux, tellement mieux...
Et Bill se colla tout contre Tom, tel un enfant. Le blond leva les yeux au ciel.
- Compte sur moi pour te le rappeler quand tu seras sobre. Aller, lève les bras.

Le brun s'exécuta en continuant de maugréer des paroles incompréhensibles, auxquelles se mêlaient des mots tendres et des déclarations farfelues. Tom lui passa un vieux tee-shirt qu'il avait mis la nuit précédente pour dormir, puis lui retira son jean pour lui passer un bas de pyjama plus confortable. Une fois fait, il entreprit de lui coiffer les cheveux. En voulant le faire asseoir sur le bord de la baignoire, il se retrouva par terre, Bill assis en tailleur entre ses jambes, dos à lui, qui comptait les carreaux du carrelage. Il rigola et s'attaqua à la crinière noire. Ses cheveux étaient doux et lisses, c'était un vrai plaisir de passer ses doigts dans les mèches soyeuses, tout en les démêlant. Il écoutait distraitement Bill divaguer, tout en se demandant pourquoi il avait été se mettre dans un état pareil, même s'il se doutait un peu de la réponse. 

- Tomi... Entendit-il soudain appeler.
- Oui, Bill ?
- Tu m'aimes ?

Le blond se figea. Avant de se souvenir que le Bill assis devant lui était complètement bourré, et donc peu conscient de ses actes et paroles. Alors il répondit le plus sincèrement du monde.

- Oui, bien sûr que oui. Depuis longtemps.


Bill se laissa glisser contre le ventre de Tom, qui posa la brosse à cheveux et entoura le brun de ses bras. Il lui embrassa la tempe.

- Hummm... Alors tu promets de toujours rester ? Toujours...
- Toujours, 
souffla-t-il au creux de son oreille.
- Si seulement c'était plus simple, entendit-il faiblement avant de sentir le corps du pilote lui peser entièrement dans les bras, ramolli, signe qu'il s'était très certainement endormi. 

Il secoua doucement la tête avant d'essayer de se relever, Bill dans les bras. Il le souleva en passant un bras sous ses jambes, l'autre dans son dos, il lui posa la tête dans son cou et presque automatiquement, Bill resserra ses bras autour de son cou. Il le transporta jusqu'à son lit, le mit sous les couvertures et le borda soigneusement. Puis, déposant un léger baiser sur son front, lui murmura un « bonne nuit » rêveur, avant de regagner le sien et de replonger dans un sommeil profond.

[ ... ]

La nuit ne fut pas longue, il leur fallait se lever de bonne heure à cause du train. Le réveil du blond sonna vers 8h, et il l'injuria des pires noms qu'il connaissait avant de se préparer. Il préféra laisser Bill dormir, le pauvre aurait sûrement très mal à la tête en ouvrant les yeux. Il n'avait pas dû beaucoup dormir, Tom l'avait entendu se lever deux fois pour vomir. Il boucla sa valise, rassembla les affaires qui n'étaient pas à lui en un petit tas qu'il mit de côté, puis entreprit de réveiller Bill.
Ce dernier ne se laissait pas vraiment faire, il ronchonnait et se cachait sous la couette pour essayer de gagner un peu de temps, mais Tom était coriace, et il l'extirpa (avec peine, certes) de son nid douillet. Il le laissa prendre une douche rapide qui lui remettrai les idées en place, avant qu'ils ne descendent prendre leur petit déjeuner ensemble. Dans le restaurant du l'hôtel, ils choisirent un petit coin à l'abri des regards indiscrets, et le pilote se laissa aller, la tête contre la table.

- Mal à la tête,
 pleurnicha-t-il d'un air misérable. Boirais plus jamais une goutte d'alcool... 
- C'est ce qu'on dit, 
ricana Tom en dévorant un croissant. En attendant, t'avais pas l'air malin.
- Je sais, 
couina-t-il de plus belle. Mais quel débile, débile profond...
- Exactement,
 continua de l'enfoncer le blond. Et tu ne tiens pas l'alcool, ou alors tu étais très, très torché. Ce qui est tout autant possible, remarque.
Bill se passa une main distraite dans ses cheveux en soupirant.
- Je n'ai jamais très bien tenu l'alcool, mais j'ai fais une tournée monstrueuse hier soir... 
Il sortit des lunettes de soleil de son sac et les posa sur son nez, malgré le temps gris de dehors.

- Quel idiot... Marmonna-t-il dans sa barbe en s'insultant lui-même.

Tom mourrait d'envie de lui demander quelle avait été la cause de cette débauche, mais se retint. Rien ne servait de trop insister, ils aborderaient bien le sujet un jour ou l'autre. 

Une heure plus tard, il se dit finalement que non, peut être que le sujet resterait tabou. Ils n'avaient pas échangés beaucoup de mots depuis leur petit déjeuner. Chacun avait rassemblé le reste dans son coin, et ils avaient bouclé à l'instant leurs bagages. Ils les faisaient descendre dans le taxi qui les mènerait à la gare. Tom sentait le malaise entre eux devenir géant, c'était insupportable, les regards lourds, ses gestes hésitants, fuyants... Comme si les événements de la veille lui revenaient par brides, et qu'il cherchait de plus en plus à s'en protéger. Il se créait un mur de silence redoutable. Le trajet du train fut silencieux, alors que Bill d'habitude parlait pour quatre, faisant seul la discussion. La seule phrase que Tom se vu accordée fut à leur arrivée à Hockenheim, et il eut l'impression de se prendre une claque puissance dix.

- Bon bah... A plus, alors ! 

Et il ne put que regarder le brun s'éloigner dans son taxi, sans un mot gentil, ni même un geste quelconque. Il avait été froid, distant, muet, et Tom était désespéré. Il en venait à regretter le moment où Bill était complètement bourré, au moins ils pouvaient être proches sans problèmes, sans se poser de questions, sans réfléchir. A présent qu'il avait repris la pleine possession de ses capacités, il pouvait de nouveau se dire à quel point Tom avait été le plus idiot des crétins sur Terre pour l'avoir embrassé en public la veille. 

Tom fit la seule chose à faire, il rentra chez lui. Il était un peu fatigué par le voyage, mais surtout abattu moralement. Sur le moment, son acte lui avait semblé évident, approprié, après tout il en rêvait depuis tellement de temps. Ca faisait à présent près de 8 mois qu'ils se connaissaient, qu'ils se faisaient confiance, qu'ils se rapprochaient sans cesse. Et Bill ne devait pas totalement ignorer les sentiments de Tom, c'était certain, depuis leur conversation à Berlin, c'était assez évident. Mais alors, pourquoi encore et toujours le repousser ? Le dreadé se frappa le front en soupirant. Pourquoi ? Parce que Bill n'était simplement pas prêt à prendre ce risque. Si pour Tom, c'était presque évident qu'ils garderaient cette complicité en étant un couple, le pilote n'avait qu'une crainte, la perdre en agissant de la sorte. Pourtant, il avait semblé apprécier, avant de vraiment se rendre compte de ce qu'ils faisaient. Il avait même rendu son baiser à Tom. 

La semaine passa lentement. Chaque jour, Tom priait pour recevoir un coup de fil, une visite, n'importe quoi qui lui prouverait que Bill pensait au moins à lui, qu'il ne lui en voulait pas tant que ça... Avant de se sermonner en se disant qu'il méritait cette ignorance, et encore plus à présent que certains magazines avaient publié une photo d'eux en plein échange passionné. L'affaire s'était pourtant calmée, l'écurie de Bill ayant étouffé les choses en menaçant de procès les journaux concernés, qui s'attaquaient à la vie privée du pilote sans aucun droit. Ferrari était une branche plutôt influente dans tout un tas de domaines, et personne n'avait envie de se les mettre à dos. 
Au boulot, c'était difficile. Il avait dû s'expliquer avec sa patronne, qui compatit plus qu'autre chose, puis s'occuper de la publication de ses photos de la course, qui étaient encore meilleures que les précédentes, ce qui enchanta ses employeurs provisoires. Il devait donc faire face à ses souvenirs en permanence, torturé par l'absence de Bill. 

Samedi soir arriva, et il n'avait toujours aucunes nouvelle. Dans un ultime élan de courage, il passa sa soirée au pub, espérant de tout son c½ur y trouver Bill, pour au moins s'expliquer avec lui. Mais rien, mis à part quelques sosies qui avaient mis ses nerfs à dure épreuve. A chaque fois qu'il apercevait une masse de cheveux noirs et une silhouette fine, ses mains se mettaient à trembler, avant qu'il ne se rende compte que ce n'était pas Bill, et de replonger dans un état semi-conscient. Il regagna sa maison vers 2h, pas trop bourré mais un peu ralentit quand même, et surtout malheureux. Il ne put se résoudre à dormir, et fixa longuement son portable avant de se décider. Il n'avait pas encore osé essayer de l'appeler, de peur de le déranger, mais là s'en était trop, il ne supportait plus cette situation. L'alcool aidant sûrement un peu, il composa le numéro qu'il connaissait par c½ur à force de l'avoir tapé, en prenant soin de se mettre en numéro caché, et attendit qu'on décroche, la main tremblante. Ce n'est qu'après la première sonnerie qu'il se rendit compte qu'il était plus de 2h du matin. Tant pis, ça ne pouvait pas attendre. Il sentit ses mains devenir moites quand la sonnerie laissa place à la voix endormie de Bill.

- Allô ?
Il respira un grand coup.
- Bill, C'est Tom. Il faut que je te parle, s'il te plait.
- ... Tom, il est 2h, tu es au courant ?

Le blond fut touché par le ton froid et tranchant qu'avait pris Bill pour lui parler. Il ne se laissa pas décourager pour autant, et poursuivit :
- Désolé d'appeler si tard, mais si tu mettais pas toute ton énergie à m'ignorer depuis une semaine, je serais pas obligé de t'appeler au milieu de la nuit pour avoir des explications.
Et toc, pensa-t-il. Avant de trouver cette réflexion totalement puérile. Digne du mec presque bourré qu'il était.
- Je vois mal quoi expliquer. J'ai besoin de recul. Du temps pour moi, seul. Arrête d'essayer de me contacter.
Si seulement ces simples mots ne faisaient pas aussi mal... Tom eut un instant peur d'éclater en sanglot.
- C'est à cause du baiser ? Bill, je te jure que...
- J'ai pas envie d'en parler, Tom. 
- Et moi ? Je devrais oublier, et faire comme si cette situation était normale ? 
- Tu devrais arrêter de donner de l'importance à certaines choses. Tu penses que...
- Tu es horrible, 
coupa Tom, la voix prête à dérailler sous le chagrin et les larmes qui pointaient. L'autre soir, tu étais minable, si tu t'étais vu, complètement torché, et moi, comme un con, je t'ai aidé. Parce que tu n'arrêtais pas de me dire que j'étais gentil, que j'étais mieux que les autres. Et putain, comme un con, je t'ai cru ! En fait, t'as juste déliré, avec tout ce que t'avais bu, c'est normal en fait, je vois pas pourquoi j'ai pensé que... Rah, je perds mon temps. Encore désolé d'avoir dérangé ton royal sommeil, c'est juste que j'ai passé une soirée à boire tout seul dans un pub où t'es pas venu, mais bon, tu t'en fous pas vrai, qu'est-ce que ça peut bien te foutre...
- Tom, Tom ne raccroche...
- La ferme, tais-toi, c'est mieux !
- TOM JE...


Mais Tom n'attendit pas, de toute façon il s'était mis à pleurer à chaudes larmes. Alors il raccrocha avant que cette voix suppliante ne réussisse, une fois encore, à le retenir. Et il pleura, longtemps, recroquevillé sur lui-même, dans le salon. Son chat vint se frotter à ses jambes en miaulant tristement, comme s'il sentait que son maître avait beaucoup de peine. Il le caressa en essayant de calmer ses sanglots, mais c'était difficile, les mots du brun lui revenaient sans cesse, plus durs que jamais. Il se traîna jusqu'à sa radio, et attrapa un casque qui traînait par là. Puis, le visage baigné de larmes, il poussa le volume au maximum avant d'appuyer sur lecture du CD qu'il avait laissé dans la chaîne. Il resta longtemps, à laisser la musique le calmer alors que rien d'autre ne le pouvait. Quand il sentit que son corps ne tremblait plus trop, et que sa tête commençait à lui refaire mal, il retira le casque et se retrouva confronté à l'angoissant silence de sa maison. Il se releva avec peine, et se dirigea vers son lit où il s'allongea sans grande conviction, avant de tomber, épuisé, dans un sommeil agité et difficile. 

[ ... ]

- Tu en es sûr ?
- Certain, ça fait des jours qu'il ne parle presque plus à personne...
- Et à propos de...
- Oui. C'est vrai. Et en quantité affolante. Il va finir par se faire du mal.
- Bon sang... Et cette course qui arrive... Il ne va pas tenir...
- Je ne te le fait pas dire. J'ai des essais avec lui cet après-midi, et je redoute un peu...
- Tu devrais essayer de lui parler. Il t'aime bien.

Raffael hocha la tête à son interlocuteur, un membre de l'équipe de Bill. Puis le regarda s'éloigner, avant de se tourner vers la piste vide. Il soupira en se massant les paupières. Voilà plus de deux semaines que Bill se renfermait complètement, alors qu'il semblait être tellement heureux depuis plusieurs mois. Et il avait recommencé à prendre des médicaments contre la déprime, alors qu'il avait promis qu'il avait complètement arrêté. Raffael n'était pas idiot, il se doutait que ça avait un rapport avec Tom, ce photographe qu'il avait rencontré de nombreuses fois, et avec qui il avait rapidement sympathisé. En effet, Bill ne faisait que parler de lui, et il était souvent invité aux essais et entraînements. Alors, tout naturellement, ils avaient fait connaissance, et Raffael avait été heureux de voir à quel point la présence du blond était bénéfique à Bill. Il rayonnait littéralement lorsque Tom était dans les parages, ils étaient d'une complicité étonnante, toujours ensemble, dans une sorte de petite bulle de bonheur qu'il était plaisant d'observer. 

Mais, il avait évidemment assisté, comme pas mal de monde, au baiser échangé lors du dernier Grand Prix. Et depuis, la décadence totale. La première semaine, Bill avait assuré que tout allait bien, qu'il n'y aurait aucuns soucis avec la presse. Puis, les jours suivants, son état s'était dégradé. Chaque fois que Raffael tentait de lui demander des informations sur Tom, sur le fait qu'on ne le voyait plus sur le circuit ni avec le pilote, il esquivait, et fermait un peu plus son visage marqué de cernes. Et ça l'embêtait beaucoup, il appréciait sincèrement Bill, comme pas mal de monde, il fallait dire que c'était quelqu'un de facile à vivre, généreux et toujours souriant. Sa transformation n'échappait à personne. Il semblait fatigué, triste, et surtout, de nouveau dépendant de ses pilules qu'il avalait à tout moment de la journée. Au sein de l'équipe, personne n'ignorait les événements qui avaient frappés la famille de Bill il y a quelques années, et la période de dépression qui avait suivie. Mais le brun s'était donné corps et âme à son boulot, et affichait toujours un sourire de battant, remontant le moral de tout le monde, attentif aux problèmes de ses coéquipiers. C'était quelqu'un de fantastique, quoi qu'un peu maladroit parfois dans ses relations, mais pas méchant pour un sou. 

Raffael fut interrompu dans ses réflexions par le sujet de celles-ci qui arriva sur la piste, habillé et casque sous le bras, le visage livide. 

- 'Lut, lança-t-il en guise de bonjour à son assistant.
- Bill, dit prudemment Raffael, tu devrais peut être te reposer aujourd'hui, ces essais ne sont pas vraiment urgent, et la course est dans une semaine, alors si tu...
- Je veux conduire, 
le coupa Bill en enfilant son casque. 
- Comme tu voudras... 

Ils vérifièrent que les micros fonctionnaient bien, puis Raffael quitta la piste pour monter dans le poste d'où il parlerait au brun. Il observa ce dernier monter dans sa voiture, démarrer le moteur, et, à son signalement, démarrer dans un bruit assourdissant.

- Très bien,
 commença Raffael. On va vérifier que tout fonctionne, alors commence par un tour en douceur, prends bien tes virages, et n'hésite pas à donner des coups de freins.
- Ça marche.


Il observa Bill suivre ses instructions, mais bien vite il nota un problème : au lieu d'effectuer un tour, comme demandé, en douceur, il semblait prendre de la vitesse de seconde en seconde. 

- Bill, ralentis, c'est des essais, rien d'autre.
- J'en peux plus...
 Entendit-il. Raff, j'en ai marre, j'en peux plus...

Nouvelle accélération, plus puissante cette fois. Le virage fut très serré. L'assistant s'affola, et tenta de calmer le pilote.

- Ok, écoute-moi Bill, calme-toi. Je sais pas ce qui se passe en ce moment, mais quoi que ce soit, y'a toujours des solutions. Tu vas venir te garer et on va en discuter calmement, d'accord ? Tu sais que je peux t'écouter, je ne suis pas seulement là quand tout va bien...
- Il ne voudra plus jamais entendre parler de moi,
 lui répondit la voix sanglotante du brun. J'ai été tellement horrible, et il a raison, je suis mauvais, tellement mauvais...
Il manqua de louper son virage, et redressa la voiture au dernier moment, arrachant un cri angoissé à Raffael.

- Arrête Bill, 
supplia-t-il, pitié, reviens, tu vas te planter... Bill...

Il put distinguer de longues plaintes, et constater avec un soulagement sans borne la voiture ralentir, puis se stopper devant le stand. Il se dépêcha de courir sur la piste et rattrapa Bill qui sortait de la voiture, vidé, et en larmes. Il l'aida à regagner les vestiaires, mais ne parvint pas à arracher un seul mot au brun qui se mura encore dans le silence. Et il ne put que l'observer repartir, après avoir reporté la séance au lendemain, impuissant face au désespoir du champion.

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Comments :

  • Lilie

    14/11/2011

    Mon ptit coeur il a eu peur avec la connerie de Bill à là fin ! :o

  • chaos87th

    21/01/2011

    Je me doutais que Bill allait regretter.
    Mais je ne pensais pas que Bill ferait des conneries comme risquer sa vie en conduisant. Mais plutôt Tom en allant vendre n'importe quel renseignement sur Bill aux journaux.
    J'espère que ça va s'arranger entre eux.

  • Giffolies

    25/11/2009

    Oula j'ai bien crut que Bill allait faire une connerie à l'entrainement

  • ConfeSsiOn-Of-Tom

    04/11/2009

    Bon allé je fil !!

  • ConfeSsiOn-Of-Tom

    04/11/2009

    Rah j'ai eu peur en tout cas

  • ConfeSsiOn-Of-Tom

    04/11/2009

    Voilla voilla, je 'lavais dit

  • x-g3n3r4ti0n-x

    25/09/2009

    J'en reviens pas. Plusieurs
    semaine sque tout s'est passé & ils ne se parlent
    toujours ps. Tom doit en souffrir, & quand à Biill
    il ets vraiment au plus bas...

  • Thunderbolt-Real-Ya0i

    24/06/2009

    Et ouiiiii, sa travail dans le petit cerveau de Bill =D
    Et Tom le pauvre é_è

    Maaaaah j'aime tellement ton écriture ! Vraiment, j'adore de trop

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