Frisson d'Adrénaline - Chapitre 8


Chapitre 8

Tom était mal. Il ne pouvait pas en être autrement, de toute façon. Il avait passé la semaine suivant sa conversation téléphonique avec Bill à ignorer les coups de fils de ce dernier, trop déçu et blessé par ce qu'il lui avait dit. Son désir de réconciliation était évidemment très présent, il avait l'impression de vivre au ralentit depuis qu'ils ne se voyaient plus. Mais laisser passer ça en revenait à laisser penser que ça ne lui importait pas, or, cela l'affectait énormément, et rien ne serait bien tant que le brun se renfermerait sur ses peurs de « gâcher » leur relation en en débutant une plus sérieuse. Il ne pourrait plus faire semblant de ne rien vouloir alors que son corps lui, lui criait qu'il le désirait plus que tout. 
Alors, et même si ça paraissait un peu idiot, il décida d'attendre. Attendre quoi ? De pouvoir lui parler en face, et de mettre les choses à plat une bonne fois pour toute. Il en avait assez de jouer, de passer pour l'ami idéal alors qu'il souhaitait beaucoup plus. C'était peut-être un peu dur, mais les paroles de Bill l'avaient été aussi. Il avait été vraiment méchant, sans chercher à comprendre, ni à s'expliquer. Alors il méritait bien d'attendre un peu. 

Ce que Tom ne savait pas, c'était que Bill ne supportait pas cette ignorance. Il avait l'impression de devenir complètement fou, il se rendait compte d'à quel point il était devenu dépendant de Tom. Il ne se passait pas une seule seconde sans qu'il ne regrette ses paroles, et qu'il pense au blond, le c½ur serré. Alors, deux jours après leur engueulade, et alors qu'il constatait que Tom ne lui répondrait pas, il ressortit d'une armoire une boîte d'anti-dépresseurs qu'il avait banni depuis le début de sa relation avec le photographe, et en avala généreusement deux. Puis recommença le lendemain. Et ainsi de suite, jusqu'à la fin de la semaine, le vendredi, il en prit quatre avant ses essais avec Raffael. C'est pourquoi il était arrivé plus mal que jamais, et avait complètement craqué une fois dans sa F1, la perspective de pouvoir cesser de penser, de se torturer l'esprit, lui avait semblé si belle, si simple... Alors, sans réfléchir, il avait accéléré, encore et toujours plus. Est-ce qu'il avait vraiment voulu se foutre en l'air ? Non, pas réellement, il l'avait simplement approché, pour voir... Et la voix angoissée de Raffael lui était parvenue, le calmant peu à peu, faisant lever son pied de l'accélérateur, pour enfin se stopper... 

Non, Tom ne savait pas tout ça. Ce qu'il savait, en revanche, c'est qu'une course avait lieu en début de semaine prochaine, et qu'il devait y être, bien évidemment. Et cela ne le réjouissait pas spécialement. Parce qu'évidemment, le nouveau champion y serait, y participerait. Et s'il y était, ça signifiait forcément que Tom allait devoir lui parler. Ils ne pouvaient pas s'éviter éternellement, et le blond n'en avait de toute façon plus envie. C'était décidé. On était samedi, et ça faisait une semaine pile qu'ils avaient eu leur dernière conversation. Et mardi, lors de cette course, il résoudrait, une bonne fois pour toutes, ce problème. Même si ça voulait peut être dire qu'il allait perdre Bill, si ce dernier n'acceptait pas d'enfin faire tomber les barrières. Cette pensée le fit frissonner de la tête aux pieds, mais il préféra la chasser. 

[ ... ]

Les essais avaient été une catastrophe. Bill n'avait pas écouté les instructions, s'était de nouveau presque planté, avait abimé sa voiture alors qu'ils étaient à 3 jours de la course, et était repartit sans adresser un mot à personne. Et à présent qu'il était dans le stand, à quelques minutes du tour de chauffe, il n'était absolument pas dedans, il semblait complètement indifférent au fait de gagner ou perdre, lui qui habituellement serait surexcité et en train de parier avec d'autres pilotes. Il ne parlait pas, fixant simplement la piste, sans une once d'émotion sur le visage. Raffael l'observait, attristé par cette scène qui lui donnait la nausée. Son visage était terne, et avait perdu ses couleurs. Les cernes présentes depuis deux semaines s'étaient creusées, et donnait au visage du brun des airs de fantôme. 

Tom était là, quelque part, il le savait.

En effet, le photographe était bien présent, dans sa tribune, emmitouflé dans un chaud manteau. Il n'avait pas fait le tour des stands, se contentant de prendre des clichés de loin. Il se sentait un peu lâche, mais c'était difficile d'aller parler à quelqu'un qui vous a tour à tour embrassé, jeté, ignoré, supplié... Il se concentra donc sur son travail, et ne put réprimer un violent sursaut lorsque, alors qu'il scrutait les environs avec son zoom, il s'attarda sur le brun qui discutait avec, il pensa le reconnaître, Raffael. Il tenta de voir un peu mieux, plissant les yeux, et constata avec inquiétude que Bill semblait vraiment mal en point. Ses yeux étaient gonflés, et il affichait un air fatigué. La culpabilité lui rongea l'estomac. Peut-être avait-il été trop loin en coupant ainsi les ponts. 
Il voulut réparer cette erreur, et s'apprêtait à descendre pour parler au pilote, lorsque ce dernier disparu sous un casque et s'avança pour grimper dans son bolide. Tant pis, il irait lui parler après la course, il se le promit. Le tour de chauffe se déroula normalement, et bientôt le départ fut donné. 

Tous s'élancèrent avec cette rapidité déroutante, laissant Tom encore une fois béat d'admiration. Bill était bon premier, la foule était moins importante que pour un Grand Prix, mais depuis la victoire du brun, beaucoup désiraient voir en vrai les performances vantées de celui-ci. Et aujourd'hui, ils n'étaient pas déçus, le spectacle valait le déplacement. Bill filait à toute vitesse, donnant de violentes accélérations dans les virages qui arrachaient des cris impressionnés à la foule suspendus aux écrans géants. Tom avait pris place plus loin pour ses photos, et fronçait les sourcils chaque fois que les voitures passaient devant lui. Les F1 étaient rapides, comme d'habitude, mais Bill allait trop vite, beaucoup trop vite. Il ne semblait plus avoir conscience de rien.

C'était d'ailleurs le cas. Bill avait la vue brouillé de larmes, et ses mains tremblaient. Son pied se faisait plus lourd que jamais, et il se sentait décoller à chaque virage. Mais peu lui importait. Il voulait atteindre la vitesse à laquelle il ne pourrait plus rien contrôler, il voulait devenir invisible et disparaître dans le plus beau des décors. Il entendit le bruit distinctif de son moteur gronder, et ça lui plut. Il accéléra encore, sans pouvoir s'arrêter, sa soif d'adrénaline plus forte que jamais. Il fixa la flèche lui indiquant sa vitesse monter, et passer dans une zone rouge. 

Puis, alors qu'il relevait la tête, le virage. 

Qu'il avait pensé un peu plus loin. 

Ses mains se crispèrent sur le volant et il braqua violement. 

Tom poussa un hurlement, sans pouvoir s'en empêcher. Son c½ur se stoppa avant de repartir plus rapidement que jamais alors que la voiture de Bill sortait indemne du virage et fonçait à nouveau dans une ligne droite. Le photographe se déplaça pour remonter dans la tribune d'où il voyait mieux le déroulement des événements. Son c½ur ne se calmait pas, et il sentait la sueur dégouliner le long de son dos et de son front. Un collègue lui demanda s'il allait bien, et il hocha la tête sans quitter les écrans des yeux. Qu'est-ce qu'il foutait ? Il était complètement inconscient, il allait finir par vraiment se planter dans le décor... Pourtant, Bill ne semblait pas affecté plus que ça par ce dérapage, et, au contraire, continuait d'exploser les records de vitesse. C'était aussi grandiose qu'effrayant. Il avait mis une bonne distance entre lui et les autres, et les commentateurs n'en finissait plus de s'exclamer que c'était vraiment le nouveau champion de la F1. 

Ce qu'ils ignoraient tous, sauf peut-être Tom, Raffael et quelques autres, c'est que Bill ne faisait pas ça pour la gloire d'une victoire. A cet instant, le temps où il voulait devenir le meilleur lui paraissait bien lointain, et il ne pensait qu'à une chose : Tom. Et plus il y pensait, plus il perdait toute notion de danger. Il se maudissait d'être si lâche, il se traitait d'idiot, se mettait à pleurer et trembler, avant de se ressaisir, puis de replonger encore plus bas dans ses réflexions morbides. Il s'en voulait de ne pouvoir offrir une confiance totale à la première personne dont il se sentait amoureux. Pourtant, il savait qu'il avait fait des progrès, le simple fait d'accepter d'aimer quelqu'un était une victoire à ses yeux. Mais à présent, il était mort de trouille à l'idée de commencer une relation de couple. Lui, il savait baiser, pas faire l'amour. Il ne connaissait pas la tendresse, à vrai dire il commençait tout juste à la découvrir, et avec Tom. Tom, son ami. Un ami, pensa-t-il, c'est tellement précieux, c'est grâce à lui qu'il n'avait pas replongé, il lui avait été d'une telle aide... Comment serait-il s'il perdait définitivement Tom, si cette relation nouvelle se finissait en échec ? 

Absorbé dans ses pensées, il faillit encore manquer un virage. Puis, alors qu'il s'en sortait une fois de plus, il se sentit vide. A quoi bon ? Tom ne lui voulait plus lui parler. Que lui restait-il ? Un père qu'il ne voyait que trois fois par an, une carrière, non, un rêve, mais à quoi sert-il de réaliser un rêve s'il n'y a personne à côté de soi pour partager cette joie ? Il se rendit compte qu'il n'y avait que Tom qui en vaille la peine, mais que Tom ne voulait plus de lui. 
Alors, sentant les larmes de nouveau déborder de ses yeux, il enfonça son pied sur la pédale d'accélération, faisant partir la voiture d'un bond spectaculaire en avant. Il coupa son micro dans lequel Raffael lui hurlait de s'arrêter, le suppliant d'être raisonnable. Et bientôt, il ne distingua plus que des formes floues qui avaient jadis été des arbres, des pneus, des gens, des journalistes. Il vit des tâches marron, grises, et vaguement, des courbes. Il tourna un peu au hasard son volant, dans un état second, et observa avec fascination les courbes s'agrandir, se rapprocher, se multiplier, jusqu'à n'être presque plus visible. 

Tom pleurait. Il était agrippé à la barrière de protection où des journalistes et agents de sécurité tentait de le retenir, il se débattait en leur hurlant de le lâcher, envoyant des coups au hasard. Bill perdait la tête, il avançait tellement vite que c'était un miracle qu'il réussisse encore à prendre ses virages. Et le blond se sentait déchiré par l'angoisse, il sentait que son ami allait faire une connerie, il le savait. Il ne contrôlait plus son corps qui tremblait, et savait qu'il faisait une véritable crise, mais regarder cette scène avec impuissance le rendait complètement dingue. Il sentit une poigne se resserrer sur ses bras pour le contrôler, et il tomba à genoux en poussant un cri de douleur. Soudain, l'agent le libéra, et, au lieu de s'en sentir soulagé, Tom en paniqua d'avantage. Il se releva et constata que tout le public avait coupé sa respiration. Les cris d'encouragement s'étaient tu. Et, dans un éclair d'effroi, il vit la voiture de Bill s'engager dans un ultime virage. 

Alors qu'une courbe particulièrement exiguë apparut à ces yeux, le brun se demanda si Matthias avait souffert. S'il avait eu mal lorsque sa voiture s'était écrasée contre un mur, effectuant plusieurs cabrioles avant de prendre feu. Puis, avec lenteur, il lâcha son volant, et observa sa voiture, lancée à plusieurs centaines de km/h, ne pas suivre la courbe et s'avancer vers une masse qu'il n'identifia pas. Un sourire triste prit place sur son visage alors qu'il repensait à Tom.

Tom...

- BILL !

Un hurlement plus fort, plus déchirant que tous sortit de la gorge d'un jeune photographe dreadé. Puis des milliers de cris semblables, stridents, retentirent dans tout le circuit, tandis que William Kaulitz, jeune pilote de formule 1 à l'avenir si prometteur, s'écrasa contre une paroi de pneus avant de débuter une série de tonneaux. Tom se jeta contre une barrière en s'époumonant. Une équipe de secours avait été prévenus d'une possibilité de dérapage, ainsi ils se tenaient prêt, et se précipitèrent sur la piste tandis que la carcasse fumante de la voiture finissait sa course dans un groupement d'arbustes. Ils furent d'une rapidité étonnante, et d'un courage sans égal, alors qu'ils dégageaient le corps mou de Bill, avant de s'éloigner le plus rapidement possible. Les pompiers arrivèrent quelques instants plus tard et aspergèrent la voiture qui n'avait pas encore pris feu. Les drapeaux blancs furent agités, signe de la présence des véhicules de secours sur la piste. Néanmoins, la course qui se terminait ne fut pas interrompue, et on laissa les pilotes achever leur tour. L'ambulance qui transportait le corps inanimé de Bill fila à toute vitesse et sortit du circuit. 
Tom n'en su pas plus, et tomba dans les pommes. 

[ ... ]

L'attente fut interminable. Un paquet enroulé dans un papier aux couleurs marron à la main, Tom courait dans tous les couloirs de l'hôpital à la recherche de la chambre qu'on lui avait indiqué après qu'il ait dû présenter son identité, son motif de visite, confirmé qu'il ne faisait pas partit de la famille du patient mais qu'il en était proche, qu'on l'ait fait attendre, puis qu'il y ait eu confirmation, et qu'enfin on lui fournisse ce maudit numéro de chambre. 

L'accident avait eu lieu la veille. Après que Bill ait été transporté à l'hôpital, Tom s'était réveillé dans le poste de secours, et on lui apprit qu'il avait perdu connaissance. Il se redressa alors, affolé, ignorant son mal de tête lancinant et gesticulant, exigeant qu'on lui dise où avait été transporté Bill, si on avait des nouvelles, si on savait si c'était grave. Un médecin avait tenté de le calmer en lui expliquant que Bill avait été transférer au bloc, et qu'il se faisait opérer, mais que son état n'était pas trop grave, malgré le fait qu'il ait ingurgité une forte dose de médicaments avant la course. Tom n'en avait pas appris plus, et avait cherché à sortir le plus rapidement possible pour réussir à rendre visite au pilote. Mais alors qu'il avait appelé l'hôpital, on lui avait appris que l'établissement fermait ses portes aux visites, et qu'il lui faudrait patienter jusqu'au lendemain.

Angoissé, énervé, il n'avait pu que s'exécuter. Et voilà qu'enfin arrivé dans ce fichu bâtiment, il ne retrouvait même pas un numéro. Ses mains tremblaient, et il réussit finalement à se planter devant la bonne porte, le c½ur tambourinant. Il ne savait pas si Bill était réveillé, si l'opération s'était bien passée, mais le simple fait de le savoir de l'autre côté de cette porte lui donnait des frissons. Il inspira et franchit l'entrée, se figeant en constatant qu'il n'était pas seul, un médecin et une infirmière étaient penché sur le corps allongé du brun. 

- Bonjour monsieur, le salua le médecin en lui serrant la main. Docteur Merter, c'est moi qui suis le cas de votre...

- Ami,
 répondit Tom, la voix légèrement tremblante. 

Voir ainsi Bill, allongé et inanimé, lui faisait vraiment mal. Il tenta de se concentrer sur autre chose que sur son visage pâle comme la mort et les petits tuyaux en plastique qui sortaient de ses bras et son nez, où les bleus et traces qui ornaient sa peau.
- L'opération s'est déroulée avec succès, il n'a, heureusement et miraculeusement, rien eu de grave. Cependant...

Il fronça les sourcils et Tom se sentit défaillir.

- Quoi ? Demanda-t-il, redoutant le pire.

- Et bien... Il remonta ses lunettes sur son nez et tapota la barre métallique du lit du bout de son doigt. Il semble que votre ami ait tenté de mettre fin à ses jours, d'après nos informations et le témoignage de son père, cette nuit, sur son état psychologique fragile. Alors, tant qu'il n'en aura pas décidé autrement, il restera dans un état d'inconscience. Il faut vraiment qu'il souhaite revenir pour se réveiller. Cela peut prendre quelques heures comme quelques mois. Le plus tôt sera le mieux pour lui, dans son intérêt et celui de sa santé mentale et physique. 

Tom du s'asseoir sur le petit canapé placé derrière lui pour maîtriser les tremblements de ses jambes. Le médecin lui lança un regard plein de compassion.

- Ne soyez pas trop dur avec vous-même, ce jeune homme a l'air d'avoir souffert dans sa vie, il ne faut pas que vous pensiez être le seul responsable de cet acte. 

- Je... Merci, docteur.


L'homme hocha la tête et sortit suivit de l'infirmière, laissant Tom seul avec le brun. Il ne pouvait s'empêcher de se dire que si, c'était bel et bien de sa faute : tout allait bien avant qu'il ne décide d'ignorer Bill. C'était lui la cause du chagrin qui avait poussé le pilote à cette folie. Il songea avec tristesse à Gordon, qui avait visiblement passé sa nuit à l'hôpital. Il poussa un soupir désespéré, posa son petit paquet sur la table de chevet et approcha le fauteuil du lit d'hôpital, de façon à être collé à celui-ci. Puis, hésitant, il pencha la tête vers le visage abîmé de Bill et souffla doucement à son oreille.

- On dirait qu'il n'y a plus que toi et moi... Et moi qui avait peur de devoir te parler, je pense que je donnerai tout pour que tu puisses me jeter ta haine à la figure en ce moment, au lieu de ça je vais devoir me taper un monologue, pas très sympa de me faire ça, Bill...


Il avança ses longs doigts pour repousser une mèche de cheveux ébène des yeux clos de son Bill. Il caressa doucement ses paupières, et descendit sur sa joue, retraçant de son doigt sa mâchoire. 

- Je trouve ça un peu facile de se murer dans l'inconscience, 
poursuivit-il, imperturbable. Pas d'explications à donner, pas de regard à affronter, oui vraiment, c'est une solution lâche. On aurait pu en parler calmement, tu sais. Je t'aurais dit que j'étais désolé de t'avoir embrassé devant tout le monde, mais que j'en avais trop envie, et ce depuis longtemps. Que ça faisait des mois que je me contrôlais, parce qu'au départ je ne savais pas si tu en avais envie aussi, et après notre semaine à Berlin, parce que je savais que tu avais peur. Mais qu'à présent j'en avais assez, et que ce baiser avait été une preuve à mes yeux, la preuve que mon self-control est arrivé au bout et qu'aujourd'hui je veux soit être ton petit ami, soit...

Il eut un petit rire et caressa encore la joue de Bill.

- Et bien, je n'avais pas vraiment pensé à une autre éventualité. Rester ami avec toi me semble être une solution à bannir d'office, mais d'un autre côté, si tu m'avais dit ne pas vouloir pousser notre relation plus loin, je crois que j'aurai été incapable de couper définitivement les ponts. Alors voilà où on en est, et au lieu d'avoir cette conversation, tu es dans ce lit, et moi ici...

Son doigt se balada sur les veines de son cou fin, retraçant les petites traces bleues qu'il y trouvait, et remontant le long de sa clavicule. Puis il laissa tomber mollement son poignet près de son visage et se pencha un peu plus vers lui.

- J'aimerai que tu prennes ton courage en main, et que tu ne me fasses pas attendre des mois avant de m'annoncer ta décision. Parce que je t'assure que, de toute façon, je ne tiendrai pas un mois sans entendre ta voix, ni voir ton visage sourire... 


Il ferma les yeux pour essayer de calmer les émotions qui se bousculaient en lui, mélange de culpabilité, de tristesse, d'amour et de peur. Il s'éloigna légèrement du pilote et saisit le petit paquet dans ses mains.

- J'ai... Hum,
 il s'éclaircit la voix, voyant qu'elle n'était pas très assurée, j'ai apporté ça, parce que je sais que tu vas te réveiller bientôt, et que demain on est le 2 mars... Et que, enfin, tu sais bien, c'est ton anniversaire quoi... 

Il sentit la boule qu'il avait dans la gorge grossir un peu plus, et son ventre se tordre. Il posa sa tête près des mains de Bill, qu'il prit dans les siennes en entrelaçant leurs doigts. 

- Pourquoi t'as fais ça ?
 Sanglota-t-il contre le matelas. T'as aucune idée de ce que j'ai ressenti en te voyant foncer à toute vitesse contre ces barrières... Je savais que t'avais parfaitement conscience de tout ce que tu faisais. Mais bon sang, j'espérais me tromper, j'espérais vraiment que t'allais te ressaisir, ralentir, gagner cette putain de course et venir me voir pour me dire que toi aussi tu regrettais tout ça... Et que tu voulais juste qu'on soit ensemble...

Il resserra sa prise sur les mains de Bill, et laissa aller son chagrin, lâchant quelques larmes. Il détestait vraiment pleurer, mais il avait trop mal pour tout garder. 
- En plus,
 dit-il dans un faux rire, si tu restes trop longtemps comme ça, on sait pas trop dans quel état tu reviendras. Imagine si tu deviens encore plus stupide que tu ne l'est déjà... 

Il releva la tête en souriant, alors qu'il pouvait presque entendre Bill lui crier que c'était lui l'idiot, et lui donner un coup dans l'épaule en boudant. Il embrassa tendrement leurs mains enlacées. Le bruit de la porte dans son dos le fit tourner la tête, et il put voir Gordon entrer dans la pièce. Il lâcha immédiatement les mains du brun et baissa les yeux. Le père de Bill devait lui en vouloir terriblement, s'il était au courant des récents événements entre eux.

- Mon garçon ! 
S'exclama-t-il cependant en voyant Tom. 

Le photographe se leva sans quitter le sol des yeux et fut surpris de recevoir une étreinte forte au lieu d'une série d'insultes. Il se laissa aller contre cet homme qu'il avait tellement aimé rencontrer. Après un moment, il le lâcha et l'observa en le tenant par les épaules.

- Tu as une mine affreuse,
 finit-il par dire. On croirait que tu viens de passer dans une machine à laver. Viens par là. 

Il l'entraîna hors de la pièce, non sans laisser à Tom le temps de jeter un petit coup d'½il à Bill. Puis ils se dirigèrent vers la sortie, et le blond dû enfiler sa veste. Gordon se posa sur un banc, puis le fixa longuement.

- Alors, dis-moi, tu vas bien ?


Tom fut encore plus surpris par cette question. Comme si c'était à lui qu'il fallait poser cette question ! Néanmoins, il répondit. 

- Pas vraiment, comment ça pourrait aller quand on le voit dans cet état... Gordon, vraiment je... Je m'excuse, je regrette tellement tout ça, si j'avais...
- Stop, stop, Tom, regarde-moi.


Le blond baissa davantage la tête.

- Regarde-moi, s'il te plait.


Le ton était doux mais ferme, sans appel. Alors Tom fit face à un regard plutôt inquiet que rancunier.

- Bill est venu me voir, il y a deux semaines, trois peut être, juste après le Grand Prix. Il m'a dit pour cette histoire de baiser, ça m'a surpris d'ailleurs, lui qui me dit toujours que je dois arrêter de me mêler de sa vie privée, il m'a confié beaucoup de choses ce jour-là. Il m'a dit que vous aviez parlé, qu'il avait peur de passer d'une amitié qui l'a tellement aidé à une relation sérieuse, peur qu'elle ne le soit pas vraiment justement, et que tu le laisses tomber après avoir fait le tour de ce que cette relation pouvait vous offrir. Alors, moi tu sais, je t'aime bien, et je voyais bien que t'avais l'air d'un bon garçon. Ce que je lui ai dit, mais il ne voulait pas vraiment m'écouter, après tout je suis son vieux père... Tout ça pour te dire, 
dit-il d'une voix attendrie, que quoi qu'il se soit passé entre vous, tu n'as pas à t'en vouloir. Bill tiens à toi plus qu'à n'importe qui je pense, tu as été sa bouée, il a vraiment remonté la pente depuis qu'il te connaît, il avait déjà fait un sacré chemin depuis la mort de sa mère et de son frère, mais en te rencontrant, j'ai eu l'impression de retrouver mon Bill, plein d'énergie et de grands projets. Il ne souhaiterait pas que tu culpabilises. Quoi qu'il se soit passé.

Tom en resta con. Il ne put qu'acquiescer, saisit par la façon dont Gordon avait rendu son raisonnement étonnamment logique. Celui-ci paraissait satisfait, et souriait tranquillement. Le photographe s'assit à côté de lui, et demanda, légèrement étonné.

- Vous n'avez pas l'air très... Inquiet. Je veux dire, Bill a eu un sacré accident...
- Je sais, crois moi j'ai vu les images aux informations hier soir, ils ont une petite salle pour les familles dans cet hôpital, et il y avait ces gens qui aiment beaucoup Bill, ils étaient effarés par son accident. Mais... Je le connais, Tom, et il ne partira pas, il a encore trop de chose à faire dans ce monde. C'est un battant, et s'il sait que tu es à ses côtés, alors il se réveillera, ce n'est qu'une question de temps. Peu de temps, si tu veux mon avis.


De nouveau, il ne trouva rien à réponde. Gordon avait l'air si sûr de lui, confiant. Et cette dose d'optimisme lui donna du courage. Oui, il avait raison : Bill allait revenir, et rapidement. C'est sur cette pensée qu'il regagna l'hôpital, accompagné de Gordon, pour passer la nuit à attendre le réveil de leur champion.

[... ]

Tom passa dans le couloir d'un pas lourd et fatigué. Il n'avait pas fermé l'½il, il faut dire que le fauteuil n'était pas vraiment confortable. Gordon avait veillé toute la nuit, sans dormir, fixant inlassablement le visage de son fils, murmurant quelques paroles de temps en temps. Puis, au matin, il avait conseillé à Tom d'aller prendre une douche et manger quelque chose. Le blond s'était exécuté, avant de revenir rapidement, laissant les clefs de chez lui au père de Bill pour qu'il puisse lui aussi aller se reposer quelques heures. Il s'était donc retrouvé seul avec le brun, et alors que midi approchait, il avait décidé d'aller prendre un café.
La tasse fumante entre les mains, il se dépêcha de rejoindre l'inconscient. Il avait peur de louper le moindre frisson, le moindre petit mouvement de doigt qui indiquerait que Bill se réveillait. Il s'installa, sirotant son breuvage, tout en détaillant le visage calme du pilote. Puis ses yeux se posèrent sur le paquet qui n'avait pas quitté la table de chevet. Il soupira longuement.
- J'avais presque oublié... 

Il termina rapidement son café, puis se mit debout à côté du lit. 

- Je voudrais vraiment que tu ouvres tes yeux maintenant... Qu'on puisse fêter ton anniversaire ensemble... J'ai ce cadeau et...

Sa voix se coinça et il étouffa ses sanglots. Alors, sans réfléchir, il se baissa, et murmura avant de poser doucement ses lèvres sur celles de Bill :

- Joyeux anniversaire...


Il resta longtemps sans bouger, appréciant simplement ce contact qu'il n'avait eu l'occasion d'avoir qu'une seule fois. 
Il ne vit pas le doigt de Bill tressauter.
Il ne vit pas ses paupières papillonner doucement avant de s'ouvrir complètement, puis se refermer. 
Il ne vit pas sa main gauche se soulever.
Mais il sentit cette même main se poser sur sa joue et la caresser, et la bouche contre la sienne appuyer le baiser, cherchant à l'approfondir. 
Alors, il passa ses mains sous la tête du brun et appuya leurs visages ensemble, mêlant leurs souffles, étouffant quelques larmes et donna à Bill le meilleur baiser de sa vie, un baiser de pardon, un baiser de retrouvailles.
Un baiser d'amour.

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Comments :

  • chaos87th

    22/01/2011

    C'est comme la belle au bois dormant.
    Il suffit que le prince charmant (Tom) embrasse la délicate princesse (Bill), quoi que peut-être pas si délicate lol, pour que cette dernière se réveille.
    S'il avait su, je suis sûre que Tom l'aurait fait beaucoup plus tôt.

  • Enilya-Yaoi

    03/01/2010

    Unsy a écrit :
    " Puis, alors qu'il relevait la tête, le virage.

    Qu'il avait pensé un peu plus loin.

    Ses mains se crispèrent sur le volant et il braqua violement.

    Tom poussa un hurlement, sans pouvoir s'en empêcher. Son cœur se stoppa avant de repartir plus rapidement que jamais alors que la voiture de Bill sortait indemne du virage et fonçait à nouveau dans une ligne droite. Le photographe se déplaça pour remonter dans la tribune d'où il voyait mieux le déroulement des événements. Son cœur ne se calmait pas, et il sentait la sueur dégouliner le long de son dos et de son front. Un collègue lui demanda s'il allait bien, et il hocha la tête sans quitter les écrans des yeux. Qu'est-ce qu'il foutait ? Il était complètement inconscient, il allait finir par vraiment se planter dans le décor... Pourtant, Bill ne semblait pas affecté plus que ça par ce dérapage, et, au contraire, continuait d'exploser les records de vitesse. C'était aussi grandiose qu'effrayant. Il avait mit une bonne distance entre lui et les autres, et les commentateurs n'en finissait plus de s'exclamer que c'était vraiment le nouveau champion de la F1.

    Ce qu'ils ignoraient tous, sauf peut être Tom, Raffael et quelques autres, c'est que Bill ne faisait pas ça pour la gloire d'une victoire. A cet instant, le temps où il voulait devenir le meilleur lui paraissait bien lointain, et il ne pensait qu'à une chose : Tom. Et plus il y pensait, plus il perdait toute notion de danger. Il se maudissait d'être si lâche, il se traitait d'idiot, se mettait à pleurer et trembler, avant de se ressaisir, puis de replonger encore plus bas dans ses réflexions morbides. Il s'en voulait de ne pouvoir offrir une confiance totale à la première personne dont il se sentait amoureux. Pourtant, il savait qu'il avait fait des progrès, le simple fait d'accepter d'aimer quelqu'un était une victoire à ses yeux. Mais à présent, il était mort de trouille à l'idée de commencer une relation de couple. Lui, il savait baiser, pas faire l'amour. Il ne connaissait pas la tendresse, à vrai dire il commençait tout juste à la découvrir, et avec Tom. Tom, son ami. Un ami, pensa-t-il, c'est tellement précieux, c'est grâce à lui qu'il n'avait pas replongé, il lui avait été d'une telle aide... Comment ferait-il s'il perdait définitivement Tom, si cette relation nouvelle se finissait en échec ?

    Absorbé dans ses pensées, il faillit encore manquer un virage. Puis, alors qu'il s'en sortait une fois de plus, il se sentit vide. A quoi bon ? Tom ne lui voulait plus lui parler. Que lui restait-il ? Un père qu'il ne voyait que trois fois par an, une carrière, non, un rêve, mais à quoi sert-il de réaliser un rêve s'il n'y a personne à coté de soi pour partager cette joie ? Il se rendit compte qu'il n'y avait que Tom qui en vaille la peine, mais que Tom ne voulait plus de lui.
    Alors, sentant les larmes de nouveau déborder de ses yeux, il enfonça son pied sur la pédale d'accélération, faisant partir la voiture d'un bond spectaculaire en avant. Il coupa son micro dans lequel Raffael lui hurlait de s'arrêter, le suppliant d'être raisonnable. Et bientôt, il ne distingua plus que des formes floues qui avaient jadis été des arbres, des pneus, des gens, des journalistes. Il vit des tâches marron, grises, et vaguement, des courbes. Il tourna un peu au hasard son volant, dans un état second, et observa avec fascination les courbes s'agrandir, se rapprocher, se multiplier, jusqu'à n'être presque plus visible.

    Tom pleurait. Il était agrippé à la barrière de protection où des journalistes et agents de sécurité tentait de le retenir, il se débattait en leur hurlant de le lâcher, envoyant des coups au hasard. Bill perdait la tête, il avançait tellement vite que c'était un miracle qu'il réussisse encore à prendre ses virages. Et le blond se sentait déchiré par l'angoisse, il sentait que son ami allait faire une connerie, il le savait. Il ne contrôlait plus son corps qui tremblait, et savait qu'il faisait une véritable crise, mais regarder cette scène avec impuissance le rendait complètement dingue. Il sentit une poigne se resserrer sur ses bras pour le contrôler, et il tomba à genoux en poussant un cri de douleur. Soudain, l'agent le libéra, et, au lieu de s'en sentir soulagé, Tom en paniqua d'avantage. Il se releva et constata que tout le public avait coupé sa respiration. Les cris d'encouragement s'étaient tu. Et, dans un éclair d'effroi, il vit la voiture de Bill s'engager dans un ultime virage.

    Alors qu'une courbe particulièrement exiguë apparut à ces yeux, le brun se demanda si Matthias avait souffert. S'il avait eu mal lorsque sa voiture s'était écrasée contre un mur, effectuant plusieurs cabrioles avant de prendre feu. Puis, avec lenteur, il lâcha son volant, et observa sa voiture, lancée à plusieurs centaines de km/h, ne pas suivre la courbe et s'avancer vers une masse qu'il n'identifia pas. Un sourire triste prit place sur son visage alors qu'il repensait à Tom. "

    Enilya dit :
    Putain ! J'me souviens d'ce passage ! Il m'avait tellement serré le coeur ! T'es géniale, t'es brillante... Juste, je suis fan de toi mon Ange ! <3

  • Giffolies

    25/11/2009

    Jsui tellement heureuse que le père de Bill ne soit pas facher contre Tom bien que jme doutait qu'il se facherait pas il est tellement bon cette homme.
    Et Bill qui se reveille j'ai même eu une tite larme.

  • ConfeSsiOn-Of-Tom

    04/11/2009

    Bon je file a l'autre chapitre tout suite !!

  • ConfeSsiOn-Of-Tom

    04/11/2009

    Non mais j'ai failli pleurer !!!!

  • Thunderbolt-Real-Ya0i

    24/06/2009

    J'aime la fin de ce chapitre ! C'est trés ... belle au bois dormant mais tu l'as tellement bien remanié à ta faoçon, tu as utiliser quelque chose en plus qui fais que c'est tout simplement parfait.
    Ce chapitre est foutrement génial ! Rahlala !

    Coup de coeur <3
    Vraiment =D

    Désolée de pas tout relire mais je veux tout commenter ! Sinon, je vais partir dans la lecture et j'oublierais l'option commentaires si tu vois c'que j'veux dire ^^

  • langedelucifer

    10/05/2009

    C'EST LE PLUS BEAU ET LE PLUS MAUVAIS DES CHAPITRE!!!!!!!!! BEAU PARCE QUE LA FIN EST VRAIMENT MIGNONNE ET MAGNIFIQUE!!!!!!! ET MAUVAIS PARCE QUE C'ÉTAIT DE LA TORTURE DE METTRE AUTANT DE DÉTAILS POUR DE LA SOUFFRANCE ET POUR M'AVOIR FAIT PLEURER!!!!!!!!!!!!!!!!

    vraiment félicitation!!!! :O

  • tom-th-tom

    23/03/2009

    c'est trop mignon ^^' je sais chui plutôt guimauve là x)

  • tom-th-tom

    23/03/2009

    waaouw je pleure comme une mongol T_T

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