Frisson d'Adrénaline - Chapitre 10


Chapitre 10

Ces deux jours avaient été un enfer. Ce déplacement était vraiment mal tombé, et Tom se sentait vidé, éreinté, et en plus de ça, il savait qu'il ne s'était pas donné au meilleur de lui-même. Il avait été envoyé à Nümberg pour photographier deux parcours de motocross. Cela avait été long, ennuyeux (ce n'était son sport favori, il préférait de loin les courses palpitantes de vitesse), et désagréable : il avait réussi à s'engueuler avec un motard qui lui reprochait d'avoir pris des photos de lui hors-course, sans autorisation, ce qui était totalement faux. Il n'avait alors qu'une hâte : rentrer chez lui, prendre un long bain chaud, mettre de la musique et somnoler dans le canapé avec une tasse de café. 

Le trajet en train le fit tomber dans un état de semi-conscience assez pitoyable, et la seule idée d'être en week-end le relaxait. Et puis il allait pouvoir appeler Bill en arrivant, il n'avait pas eu l'occasion de le faire ces deux derniers jours, c'est à peine s'il avait eu du temps pour se reposer. Il s'en voulait un peu et espérait que son petit ami comprendrait. Il sourit sans s'en rendre compte en pensant à son brun. Il se sentait stupide, mais la chaleur qui s'emparait de lui rien qu'en imaginant ses traits, ses sourires, ses mains qu'il savait être si douces sur ses joues, lorsqu'il les lui caressait en lui murmurant qu'il adorait le toucher, cette chaleur était tellement agréable qu'il ne pouvait s'en empêcher. 

Il s'occupa en essayant de tourner complètement sa langue dans sa bouche, la retenant avec ses dents, avant de se rendre compte que la dame assise en face de lui le fixait d'une drôle de façon. Il fit semblant de chercher quelque chose dans son sac en étouffant un rire. Il en sortit finalement un livre et se plongea dans une lecture ininterrompue durant les trois quart d'heures qui suivirent. Il ne put retenir un soupir de soulagement en sentant le train ralentir et la voix lui annoncer qu'ils arrivaient à destination. Il s'empara de son sac et se plaça devant la porte, trop pressé de quitter cet appareil et d'enfin se poser. Il sautillait presque sur place, mordillant convulsivement son piercing. Ce tic valait d'ailleurs à sa pauvre lèvre d'être souvent maltraitée, et plutôt abîmée.

Une fois dehors, il prit une grande bouffée d'air (frais encore en ce mois d'avril), passa une main dans ses longues dreads détachées, et sourit. Il s'étira et sortit tranquillement de la gare. Il prit un taxi pour rejoindre sa maison, impatient. Il pensa à s'arrêter chez ses voisins, pour récupérer le double qu'il leur prêtait chaque fois qu'il se déplaçait, et c'était très fréquent. Heureusement pour lui, ce couple de retraités l'aimait beaucoup, et ils s'occupaient volontiers du chat et des plantes, ainsi que du courrier. Quand il sonna à leur porte, et que son voisin lui ouvrit avec un grand sourire, lui rendant les clés avec un clin d'½il entendu, il se demanda quand même s'il était aussi sain d'esprit que ce qu'il pensait. 

Il se dépêcha de rentrer chez lui, sentant le regard du vieillard dans son dos, ce qui lui donna des frissons dégoûtés. Il s'efforça de chasser ses idées étranges, et referma derrière lui. Il balança négligemment ses chaussures à travers la pièce et s'étira de nouveau en poussant un grognement satisfait. La moquette sous ses pieds nus lui donnait enfin le sentiment d'être chez lui, ainsi que l'odeur qui embaumait la maison. Il constata avec tendresse que son chat dormait roulé en boule sur un de ses tee-shirts sûrement oublié là avant de partir. Il lui gratta la tête, et retira son large sweat, avant de vouloir se débarrasser de son jean. Il gravit les escaliers, imaginant déjà le moment où il se poserait dans son canapé. Un détail le stoppa. Il refit le chemin inverse, et se planta dans l'entrée, devant son porte manteau. Il n'avait pas vraiment fait attention, trop habitué à jeter ses affaires un peu partout, et se trouva con en remarquant seulement maintenant qu'il y avait là, en plus du sien, un autre manteau. Pas n'importe lequel.

Ce manteau...

Son c½ur explosa, et une odeur familière envahit ses poumons avant qu'il ne se retrouve dans le noir, deux mains, qu'il aurait reconnus entre toutes, lui cachant la vue. Il sentit un corps parfait se coller à son dos, et un souffle enivrant lui effleurer la nuque, la joue, puis l'oreille. 

- C'est qui ? Murmura cette voix qui lui manquait déjà à peine deux semaines sans l'avoir entendue réellement.

Il posa doucement ses propres mains sur les siennes, les faisant glisser le long de son torse, enlaçant leurs doigts. Puis il se retourna lentement, appréciant les milliards de sensations qui l'assaillaient de toutes parts, ce bonheur incroyable, inattendu. Il garda même les yeux fermés, avant de doucement les ouvrir, et de se laisser une fois de plus envahir par l'intensité de son regard unique. 

- Putain tu m'as trop manqué,
 lança-t-il avant de saisir le visage de Bill entre ses mains et de poser ses lèvres sur les siennes, étouffant leurs gémissements. 

Le brun s'accrocha à son cou et appuya leurs lèvres encore plus fort ensemble, tremblant presque tellement il se sentait heureux. Tom se mit à caresser son cou, ses épaules, ses cotes, sa taille, son dos, ses reins, tout ce que ses mains pouvaient atteindre. Il semblait vouloir réaliser que son petit ami était bien là. Il continua de l'embrasser, mêlant et démêlant sensuellement leurs langues, ses mains s'attardèrent sur les hanches de Bill, les caresses se firent plus appuyées. Entre deux baisers, il eut tout de même la conscience de poser la question qui le titillait :

- Qu'est-ce que tu fais là ?


Il terminait à peine que Bill reprenait déjà possession de ses lèvres. Il réussit à articuler vaguement quelques indications.

- Pouvais plus attendre... Tes voisins me connaissent... Ai demandé le double... M'ont ouvert mais ont gardés les clés pour la surprise...

Ils noyèrent ces paroles en continuant à s'embrasser. Tom sourit dans l'échange, amusé d'avoir pu penser des choses étranges sur ses voisins alors qu'ils avaient simplement voulu lui faire une surprise. Connaissant Bill, ils avaient dû lui céder les clés sans problème après avoir croisés ses yeux de biche. Il dévia doucement, posant doucement sa bouche dans le cou de Bill, lui mordillant légèrement l'oreille. Il passa ses mains sous le tee-shirt du brun et caressa la peau douce comme du satin, qu'il sentit se couvrir de chair de poule. Il inspira dans les cheveux noirs une odeur fruitée qui lui donna envie de se fondre dans ce corps collé au sien. Il se sentit épouser les formes parfaites du pilote, et fit des aller-retours de ses doigts dans son dos. 

Il mit un certain moment à se rendre compte que Bill se trémoussait un peu, mal à l'aise. Il se stoppa et planta son regard dans celui de son vis-à-vis. Qu'il vit rougir. Il fronça les sourcils.

- Désolé, 
dit Bill tout bas, l'air d'un gamin prit en faute, mais je... Enfin... J'ai pas envie qu'on... Tu vois... Tom, arrête de me fixer comme ça, c'est déjà embarrassant... 

Le blond cligna des yeux, il avait juste envie de rire. Il resserra sa prise autour de Bill, l'obligeant à relever la tête qu'il avait baissé, rouge jusqu'aux oreilles. Il lui sourit tendrement.

- J'avais pas l'intention de te sauter dessus dans mon salon...

Il reçut une petite tape outrée sur l'épaule et un regard légèrement accusateur.

- Je ne plaisante pas, Tom, c'est sérieux...


Il se détacha du dreadé et croisa les bras sur sa poitrine, l'air effectivement sérieux. Tom sentit son c½ur se serrer un peu, et il lança d'une voix blessée :

- Tu penses que je suis comme eux, pas vrai ?


Bill se raidit à ces mots et releva ses yeux pour croiser le regard soudain devenu triste de celui à qui il avait voulu par-dessus tout éviter de faire du mal. Il se sentit coupable et dégoûtant de lui avoir laissé ne serait-ce qu'un instant pensé ça.

- Non, non c'est pas ce que j'ai...
- Alors c'est quoi ? Putain Bill, j'ai pas l'intention de me servir de toi pour tirer mon coup et te laisser après, j'ai même pas pensé à ça une seule fois, j'étais juste heureux de te voir ! 
Il secoua la tête. Tu penses vraiment que je suis avec toi uniquement pour ça 

Bill fit une tentative vaine pour se rapprocher de Tom, qui recula d'un pas, toujours marqué par ce regard qui brûlait la peau du pilote. Il essaya de se justifier, sachant très bien qu'il n'aurait jamais dû réagir aussi vivement. 

- Excuse-moi, c'est pas ce que je voulais dire, mais comme on a encore eu aucune relation... 
Il déglutit avec difficulté. Aucune relation sexuelle, je pensais, que... Enfin... Que tu...
- De toute façon t'as toujours pensé que ça ne fonctionnerait pas, si on se mettait ensemble. Au fond, c'est ça le problème, t'as toujours pas confiance, tu penses réellement qu'après avoir eu satisfaction, et je me barrerai ? 


Bill voulu intervenir, mais Tom eut un rire sans joie, et haussa les épaules.

- Et dire que je n'arrêtais pas de me répéter que c'était bon, qu'on pourrait enfin être tranquille... Qu'on prendrait tout notre temps, que j'étais prêt à attendre... Quel con...
- Tom... 


Il se sentait trembler, la panique s'emparant de tout son être. Il ne supportait pas d'avoir mis Tom dans un tel état de pessimisme, et redoutait des paroles qu'il ne pourrait pas entendre. Il se rapprocha, et cette fois le blond ne bougea pas, l'air abattu. Il se glissa contre lui, prit ses bras et les enroula autour de sa propre taille. Tom ne réagissait pas, laissant Bill s'approprier une étreinte à laquelle il ne participait pas. Le brun colla son nez contre le torse de son petit ami et inspira à fond.

- Pardon, pardon... Murmurait-il, l'air fragile. 

Pendant un instant, il n'y eut plus rien que le bruit de leurs deux respirations, l'une saccadé par les tremblements convulsifs de son corps, l'autre long et profond, un peu comme pour se calmer. Puis Bill sentit les bras autour de lui se resserrer et il soupira de soulagement, se pressant encore plus contre Tom qui semblait enfin sortir de sa torpeur.

- Je veux que tout soit parfait,
 dit finalement Bill pour briser le silence. Je veux que ça soit unique, mais pas maintenant, c'est trop tôt... 
- Je t'ai dis que j'attendrais, 
répondit Tom, pourquoi je te forcerais, Bill, pourquoi je ferais ça ?
- J'en sais rien,
 renifla ce dernier, c'est ce que tout le monde fait... 

Tom soupira et détacha ses bras de la taille de Bill, qui paniqua aussitôt et trembla plus fort en se collant désespérément au dreadé. Il gémit des petits « non, non », comme s'il était sûr que Tom allait le laisser. Il sentit une main se poser sur sa joue, et le forcer à relever la tête.

- Je t'aime,
 chuchota Tom tellement bas que ce fut plus un souffle que de véritables mots. 

Mais Bill pu le lire distinctement sur ses lèvres. Son c½ur s'arrêta avant de s'emballer. Il plongea son regard dans celui de Tom, cherchant une once de mensonge, mais n'y vit qu'une sincérité résistante à toute épreuve. Alors, sans prévenir, et se surprenant lui-même, il fondit en larmes. 

- Hey, hey calme toi,
 tenta de le consoler le dreadé, plus qu'effaré par cette réaction très... Inhabituelle. Bill, Bill regarde-moi, je voulais pas te faire pleurer, si j'ai dit quelque chose qui...

Le pilote posa deux doigts sur les lèvres de son petit ami, le forçant à se taire en souriant à travers ses larmes. Il ferma les yeux un instant, cherchant à se calmer, puis, planta un regard ardant dans les yeux de Tom.

- C'est la première fois que j'aurais eu autant envie d'entendre ces mots sortir de la bouche de quelqu'un... Tom... C'est...


Sa voix se coinça et il sourit à nouveau, laissant le temps à Tom de penser que c'était la plus belle qu'il n'ait jamais entendu.

- Moi aussi je t'aime, réussit finalement à avouer Bill. 
- Alors arrête de t'inquiéter, dit sérieusement Tom, feignant d'ignorer le frisson de bonheur qui l'avait parcouru à l'entente de ces mots, et fais-moi confiance... 
- Je vais faire ce que je peux,
 acquiesça Bill avant de déposer un doux baiser sur les lèvres du blond. 
- Bien,
 grogna Tom en fronçant un peu du nez avant d'approfondir l'échange, glissant sa langue dans la bouche du brun qui l'accueillit en la suçotant doucement. 

Tom le sentait se détendre, et il osa recommencer à le caresser prudemment. Ils restèrent un long moment à redécouvrir l'autre, simplement heureux d'être réunis après ces deux longues semaines. 

[...]

La nuit fut excellente pour l'un comme pour l'autre, ils dormirent emmêlés, si bien qu'il aurait été difficile de dire lequel des deux était Bill ou Tom. Leur samedi fut agréable, ils décidèrent d'aller - discrètement, le scandale des journaux n'était pas encore une affaire complètement achevée - au cinéma, où ils purent apprécier l'intimité qu'offrait la salle obscure, mêlant leurs doigts, leurs bouches, leurs langues, tout en essayant de suivre un peu le déroulement du film. 

Puis ils s'offrirent une fin d'après-midi tranquille chez Tom, discutant de ces quinze derniers jours. Bill parla avec animation d'un entraînement qu'on lui avait proposé pour la semaine suivante. 

- C'est l'occasion de me remettre en forme, et de montrer que je peux me rétablir très vite, 
dit-il joyeusement tandis que Tom fronçait les sourcils, anxieux.
- C'est peut-être encore un peu... Tôt
, osa-t-il dire doucement, baissant le ton sur la fin de phrase en croisant les yeux accusateurs du pilote.
- Ah non, s'il te plait, mon père m'a déjà fait la morale, tu ne vas pas t'y mettre aussi ! Je suis parfaitement capable de reprendre, j'ai besoin de reprendre. Vous avez l'air de ne pas vouloir comprendre ce que je peux ressentir quand je ne touche pas à une F1 pendant trop de temps. C'est insupportable.
- Je comprends juste que la dernière fois que t'es monté dans un de ces trucs, t'as failli y rester pour de bon, 
grommela Tom en plongeant sa main avec énervement dans un paquet d'abricots secs. 

Bill sembla un instant légèrement peiné, puis reprit un air supérieur en secouant la tête, faisant voler délicieusement ses cheveux toujours aussi lisses autour de son visage.

- C'est différent, tu sais bien. Et puis, ce ne sont que des essais, pour prouver à tous ceux qui pensent comme toi que je PEUX faire cette course, en juin...
- Magny Cours ouais,
 dit Tom la bouche pleine. J'ai jamais mis les pieds en France, c'est cool. Mais je sais pas si t'es prêt. Bill soit un peu raisonnable, t'es sorti de l'hôpital y'a pas si longtemps, tu devrais peut être...
- Je la ferais, quoi que tu dises,
 coupa sèchement Bill en attrapant un abricot. Tu viendras à mes essais ?

Tom soupira, agacé de voir qu'il avait toujours son sale caractère entêté, et finit par souffler, vaincu.

- Je viendrai, je devrai pouvoir m'arranger avec ma patronne. Je te photographierai, histoire de. 
- Fais comme tu veux, 
répondit distraitement le brun. Mais n'essaye pas de me donner une image de convalescent, sinon je te fais virer de ta boîte.

Il mâchonna son bout de fruit sec, tandis que Tom ouvrait deux yeux ronds.

- Pardon ? Tu te prends pour qui ?

Bill sourit et s'apprêta à répliquer quelque chose, mais son souffle se coupa et il se prit un coussin en pleine figure, manquant de s'étouffer avec sa nourriture pas encore avalée. S'en suivit une très mature bataille enthousiaste de coussins, puis une chute brutale à terre, engendrant une position pour le moins agréable, puisque Bill se retrouva sur Tom, assis sur son bassin. Il s'en amusa, obligeant Tom à dire qu'il était insignifiant dans l'échelle sociale par rapport à lui, et qu'il lui était complètement soumis. Ce que fit le dreadé, avant d'inverser leurs positions pour attaquer une partie plus intéressante que cette guerre puérile, le tout agrémenté d'un échange agréable au goût d'abricot sec. 

Plus tard, ils décidèrent de ne pas bousculer les habitudes et de passer la soirée au pub. Bill espéra secrètement ne pas croiser un certain Peter, non pas qu'il ait des choses à cacher, après tout il n'avait rien fait de mal. Mais il ne se souvenait plus exactement ce qu'il avait pu raconter à ce garçon, et n'avait pas spécialement envie de devoir expliquer pourquoi il en était arrivé à parler avec lui à Tom, qui risquerait de peut-être se poser des questions. Heureusement pour lui, ils passèrent une excellente soirée sans incident de ce genre ni de rencontre gênante. 

[... ]

La semaine suivante, ils ne se virent pas énormément. Tom était submergé de boulot, il passait ses journées au bureau ou en déplacement dans les environs. Ils trouvaient tout de même le temps de parfois manger ensemble à midi. Bill s'ennuyait, il n'avait rien de spécial à faire, de la paperasse en grande partie, avec la fin de son arrêt maladie et de nouveaux contrats à signer. Il avait retrouvé son équipe, qui avait été adorable avec lui, sans chercher à le juger, faisant aisément passer l'accident pour, justement, un accident (c'est la version officielle qui avait été servie, peu de personne connaissaient les réelles causes du drame). Ils s'étaient tous donnés rendez-vous en fin de semaine pour les essais, et Bill n'en pouvait déjà plus d'attendre. Sa voiture lui manquait, la piste lui manquait, ses sensations lui manquaient. Sans sa passion, il avait l'impression d'être incomplet, inexistant. En attendant, il passait ses journées chez lui ou chez Tom (quand il n'avait pas la force de partir le matin et qu'il pouvait rester glander). Il jouait avec le chat, faisait un peu le ménage, rangeait, regardait la télé, lisait beaucoup... Rien de bien palpitant, et difficile quand on savait qu'il était aussi calme qu'une pile électrique. 

La seule chose qui l'occupait réellement, c'était son petit ami, avec qui il se sentait de plus en plus prêt à franchir le pas. Il se pensait ridicule dans le sens où ce ne serait certainement pas sa première fois, mais qu'il le redoutait presque autant, parce que ce serait la première fois qu'il le ferait avec des sentiments. Et que ça l'effrayait. Terriblement. 
C'est d'ailleurs ce qui entraîna une chose assez fâcheuse qu'il regrettait sans pour autant la modifier. Il avait par hasard retrouvé un papier dans une de ses poches, chose qu'il avait oublié. Un numéro gribouillé à la va-vite, avec le prénom de Peter au-dessus. Bien sûr, il avait d'abord pensé le jeter. Puis, il s'était souvenu qu'il n'avait pas été déplaisant de parler avec lui. Alors, dans une ultime hésitation, il avait recopié le numéro dans son téléphone. Pourquoi ? Il n'en savait trop rien, ou préférait ne pas y penser du moins. 

Tom faillit devenir dingue le jour où Bill devait faire ses essais. Il avait obtenu l'autorisation de passer la journée sur la piste (en contrepartie de quoi il devait fournir des clichés), mais le réveil avait été mouvementé. Le brun l'avait tiré du lit à l'aube (bon, à 9h, mais c'était trop tôt pour Tom qui avait pensé pouvoir dormir un peu plus, ce jour n'étant pas un jour de travail ordinaire) en débarquant chez lui et sonnant comme une furie à la porte. Ils avaient fait maisons à part cette nuit, Bill ayant besoin de récupérer des affaires à son studio, officiellement, alors qu'en réalité il voulait éviter à Tom de dormir avec lui sans qu'ils ne puissent faire quoi que ce soit, il se doutait que la situation n'était pas très agréable.
Tom avait dû se traîner jusqu'à la porte d'entrée où il s'était presque fait agresser. Bill lui avait sauté dessus, lui ordonnant de se doucher « plus vite que ça » afin de ne pas être « en retard » sur la piste. Tom évita de contester en lui rappelant qu'ils n'avaient pas d'heure précise pour y être, et qu'il avait pensé y aller l'après-midi seulement, et obéit. 

Une fois fin prêt et après avoir évité les reproches exagérées de son petit ami, ils avaient pris la voiture de Tom et s'étaient rendus au circuit. Là-bas, Bill fut chaleureusement étreint par une dizaine de personnes -toutes aussi matinales que lui- que le photographe ne put s'empêcher de fusiller du regard. Il n'était pas jaloux, non, c'était pire que ça. Il était d'une possessivité presque maladive, et même si lui et Bill n'étaient pas ensemble depuis très longtemps, il sentait ce sentiment lui oppresser la poitrine dès que quelqu'un touchait son pilote. Néanmoins il se retint et discuta volontiers avec Raphaël, qui lui était vraiment sympathique. Ils étaient d'accord sur le fait que Bill aurait dû attendre encore un peu avant de reprendre ses activités, mais aussi sur l'évidence qu'ils n'auraient pu l'en empêcher, ni eux, ni personne. Il était dépendant de son métier.

Ce fut un réel bonheur de voir Bill s'extasier devant son véhicule, faire des tas de chichis en y entrant, et ne cesser de jeter des regards émerveillés à Tom qui le fixait avec amusement. Puis le moment tant attendu arriva, et il put démarrer. Il était difficile de l'expliquer, mais la joie du brun se ressentait, rien qu'à sa manière de conduire. Il semblait diffuser son soulagement à tous, et lorsqu'il eut terminé son premier tour, tout le monde applaudit en lui lançant des « Bienvenue à la maison ». S'en suivit une heure durant laquelle il ne cessa de faire des tours, zigzaguant avec facilité, testant freins, pneus, tout ce qui avait besoin d'un contrôle avant la course. Tom fit de belles prises de vue, et satisfait, posa son appareil pour pleinement apprécier le spectacle.

Bill se lâchait, accélérant sans pour autant abuser, sachant pertinemment que le moment serait mal choisi s'il voulait se réintégrer sans problème. Il se sentait tellement bien, tellement libre, comme s'il se réveillait d'un long cauchemar. 

En sortant, il avait les jambes engourdies, les membres échauffés, une petite douleur à ses côtes fêlées, mais il rayonnait. Sa joie était totale à présent. Il s'avançant en titubant sous l'euphorie vers Tom et se laissa tomber dans ses bras en tremblant de satisfaction.

- Ah, trop bon, trop bon j'te dis,
 souffla-t-il en redoublant de sourire. 

Raphaël, qui était toujours avec Tom, ne fut pas surpris de les voir échanger un petit baiser, Bill l'ayant mis au courant de la situation depuis l'hôpital lors d'un coup de fil. Néanmoins, il donna un discret coup de coude à Bill et lui chuchota :

- Faites gaffes, on a de la compagnie...


Un groupe de photographes, arrivés en fourgonnette, venait en effet de s'installer dans les gradins. Tom lâcha Bill et resta à une distance raisonnable, lui adressant un petit regard désolé, auquel le brun répondit par un clin d'½il. Puis Raphaël ajouta :

- Bill, j'avais oublié de te raconter un truc. Andreas vient faire des essais cette aprèm, ici ! 
- Sérieux ? C'est génial ! 
- C'est Andréas Keller ? 
Demanda Tom avec intérêt. 

Il en savait pas mal depuis qu'il était employé par ce magazine de Formule 1, et connaissait vaguement la réputation de ce blond platine au caractère bien trempé, qui était apparemment un assez bon pilote, même s'il restait débutant.

- Lui-même ! 
Sourit Raphaël. C'est un gars d'ici, mais il bosse surtout aux États-Unis. 
- Quelle écurie ?
 S'informa le blond.
- Penske. 
- Je l'ai connu quand j'étais plus jeune,
 ajouta Bill avec amusement. On allait dans le même lycée, et il est partit avant le Bac vivre aux States. Je le croise de temps en temps, mais ça faisait un bout de temps qu'il n'avait pas mis les pieds ici.
- Apparemment, 
poursuivit Raphaël, il compte revenir s'installer en Allemagne et changer d'écurie. Il faut dire qu'ils n'ont pas fait d'étincelles depuis des lustres. Il a recruté une nouvelle équipe, et ils font des tests ensemble aujourd'hui.
- C'est un mec adorable, 
roucoula Bill, ce qui chauffa un peu les oreilles de Tom. 
- Il est cool, ouais,
 ajouta son coéquipier.

Et, une demi-heure plus tard, ils purent en effet constater que quelques camions s'étaient ajoutés à ceux de Ferrari, portant le logo d'une autre écurie, allemande, ATS. 

Andréas, qui était comme Tom se souvenait l'avoir vu sur un site Internet, d'un blond presque blanc, lui semblait en effet plutôt sympa, et très réglo avec son compagnon. Ainsi, au bout de quelques minutes de bavardages, il trouva sa présence même agréable. C'était un jeune homme spontané, cultivé, et très motivé. Il expliqua qu'il était en manque du pays, et que les États-Unis ne réussissaient pas à sa carrière. Ainsi il revenait en quête de nouveauté, d'où les membres récents de son équipe, qu'il avait dégoté ici même. Tom apprit également qu'il avait été un ami précieux de Bill et son frère, que tous trois passaient souvent leurs après-midis au karting de la ville avant qu'il ne quitte l'Allemagne. Il comptait bien disputer la prochaine course, ce qui enchanta le brun, et suscita un petit duel entre les deux, qui se chamaillèrent comme des enfants, Bill ne cessant de rappeler qu'il avait gagné son premier grand Prix récemment, Andréas soutenant que ce n'était pas ça qui comptait.

Bill lui demanda de lui présenter sa nouvelle équipe, impatient de voir si il en connaissait quelques-uns. Ils n'étaient pas tous présent, mais les membres principaux furent passés en revue. Le brun fut enchanté de croiser de nouvelles têtes, et les salua avec sa légendaire et naturelle sympathie. Jusqu'à cet instant où tout bascula. Andréas avait entraîné Bill, Raphaël et Tom vers un camion, et annonça qu'il avait un ami à leur présenter.

- Peter ? 
Héla-t-il un garçon qui semblait en grande conversation avec d'autres personnes. 

L'interpellé se retourna, et Bill cru se prendre un seau d'eau glacée dans le visage. Si il avait légèrement tressailli à l'entente du prénom, le visage ne lui laissait plus aucun doute : c'était bien le Peter du pub, celui qui avait réussi à lui rappeler sa nature volage. Il se pétrifia et ne dit rien en voyant le châtain aux yeux bleus saluer les deux autres. Il lui semblait encore plus irréel à la lumière du jour, absolument époustouflant dans sa tenue d'assistant. Arrivé à sa hauteur, il lui lança un sourire éblouissant, et lui tendit la main sous le regard inquiet de Tom, qui n'avait pas manqué le changement brusque d'attitude du pilote.

- Peter,
 susurra-t-il d'une voix grave.

Bill hésita, et voyant que son petit ami le fixait avec inquiétude, ainsi qu'Andréas et Raphaël, il serra la main de Peter qui lui sourit de plus belle. Puis, se penchant légèrement, il ajouta de façon à ce que seul Bill l'entende :

- Je t'avais bien dit qu'on avait des points communs...

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Comments :

  • chaos87th

    22/01/2011

    C'est bien ce que je disais, je le sens mal ce Peter.
    J'espère que ça ne va pas embrouiller Bill et Tom.

  • Giffolies

    25/11/2009

    Et zut il a fallut qu'il retrouve se Peter

  • ConfeSsiOn-Of-Tom

    04/11/2009

    Et merde
    roh !!!

  • Thunderbolt-Real-Ya0i

    24/06/2009

    Peter le retour X_x
    Agrrrrrrrrrrr

  • tom-th-tom

    23/03/2009

    oh oh ... =S

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