Secret Addiction - Chapitre 2


Chapitre 2

PDV Tom

Le noir. Le néant. C'est incroyable comme tout devient effrayant, une fois plongé dans l'obscurité la plus totale. J'ai l'impression de me recroqueviller sur moi-même, peut-être parce que c'est le cas ? J'en sais trop rien, j'ai les jambes en coton, mon corps ne semble même plus me répondre. J'ai l'impression d'étouffer, ma gorge est tellement serrée. J'essaye de pousser un cri, d'appeler à l'aide, mais rien ne sort. Et puis, au bout, la lumière. Si seulement je pouvais tendre la main vers elle...

« ...journée magnifique, grand soleil sur le pays, quelques perturbations dans le Nord et... »


Je pousse un profond soupire et tend la main pour éteindre l'appareil infernal. Mon c½ur cogne contre mon torse. Je me demande pourquoi ça m'étonne encore, alors que c'est toujours la même chose. A chaque nouvelle crise, j'en rêve la nuit suivante. Enfin, rêver est un peu faible. J'ai l'impression de revivre la scène, en plus réel même. Les sensations me reviennent, je les ressens jusqu'à la moindre parcelle de mon être. 
Un frisson me parcours. Je grogne un peu en repassant mon bras sous la couverture. Si je simulais ? J'ai aucune envie de bouger...

- N'y pense même pas,
 me murmure une voix, pas très loin de mon oreille.

Un petit sourire prend naissance sur mes lèvres. J'aurai du le savoir, cette manifestation vocale ne me fait même pas ciller. J'avais surement déjà inconsciemment deviné qu'il serait là. Il est toujours là, avant même que je puisse penser à mon envie qu'il le soit. J'étire un peu mon corps endolori et lui jette un coup d'½il. Il est à quelques centimètres de moi, assis sur le rebord du lit, et son regard, délicieusement différent de n'importe quel regard au monde, pose son essence bienveillante sur moi. 

- J'y pensais pas.
- Menteur,
 sourit-il en tirant un peu la couette.
- Si on peut même plus sécher tranquillement...

Il m'envoie une petite claque sur le crane à laquelle je réponds en grognant de plus belle. 
- Encore cinq minutes... 
- Pas question,
 coupe Bill, catégorique. Bouge-toi, je ne tiens pas à t'attendre trois heures. 
- Dit celui qui passe tellement de temps dans la salle de bain qu'on arrive toujours à la bourre avec la même excuse stupide... 

- J'ai dit bouge. 

Un rire franchit mes lèvres. Mon jumeau me renvoie un sourire radieux. J'aime quand il vient de se réveiller, il a les cheveux en batailles, et son pyjama trop grand, qui se résume à un short trop court mais ample caché sous un large et vieux teeshirt, lui retombe sur les épaules. Il parait tellement... Innocent, comme ça, au naturel. Mes pensées sont rapidement interrompues par un froid soudain qui manque de m'arracher un cri.

- Putain Bill ! La couette !

Il prend un air triomphant et continue de tirer le bout de tissus qui finit par être mis en boule au pied de matelas. Je me retrouve exposé en simple jogging - je déteste mettre un teeshirt pour dormir. Ma peau est parsemée de frissons, et je jette un regard meurtrier à mon frère qui continue de rayonner, fier de son emmerdement matinal. Je pousse un juron et me lève pour aller à la salle de bain. Au moment où je passe à côté de lui, il m'attrape le poignet et se lève pour me prendre brièvement dans ses bras. Je souris contre son épaule. 

- Ҫa va, dis-je, répondant à sa question muette. 
- Je t'attends en bas. 

Puis, sans rien ajouter, il quitte ma chambre pour aller prendre son petit déjeuner. Je passe distraitement une main dans mes longues dreads emmêlées. Pour être honnête, je ne sais pas vraiment si ça va. En comparaison à hier matin, c'est sûr, ça roule. Je secoue la tête, et sans approfondir ces réflexions inutiles, j'attrape mes habits propres et me glisse dans la salle de bain. Bill s'inquiète trop. Mon c½ur se sert un peu. Il s'inquiète, oui, mais je ne peux m'empêcher de penser que, quelque part, c'est rassurant. Mon débat intérieur s'envole immédiatement alors que l'eau chaude glisse sur ma peau nue. 

***

Une heure plus tard, après un petit déjeuner, et surtout, après avoir attendu Bill durant une bonne demi-heure, je me retrouvai en compagnie de mon brun qui babille comme douze sur le chemin du lycée. Je l'écoute d'une oreille distraite, tout en étudiant le nombre de mètres qui nous séparent du bâtiment. En général, je ne redoute pas vraiment d'arriver en cours, mais aujourd'hui, je sais que beaucoup seront au courant des événements de la veille. Et je sais que je devrai subir des regards, des questions. Je hais être le centre d'attention. 

- Au fait, m'interpelle Bill, tu comptes y aller, à cette fête ?
- Qu'elle fête ? 
Demandai-je distraitement, concentré sur la grille qui se rapproche.
- Celle de ton pote là, Gustav. Tu iras ?
- J'ai pas encore décidé... Pourquoi ?

Je me stoppe à quelques centimètres des autres groupes de personnes. Je sais que maintenant, Bill va partir de son côté, et moi du mien. On a toujours fonctionné comme ça. A la maison, c'est différent, mais ici... On ne reste pas collés ensemble. 

- Oh, juste, j'avais pensé faire une soirée pizza DVD avec mon frère jumeau, mais si il a d'autres obligations...
Un sourire fend mon visage, et je lui renvois un regard entendu.
- J'avais pas vraiment envie d'y aller, de toute façon. A ce soir, lançai-je avant de me diriger vers Gustav.

Bill m'adresse un dernier sourire et part du côté opposé, vers Georg. Johan nous rejoint, et j'en profite pour expliquer à Gus que j'ai d'autres projets pour ce weekend. Il ne proteste pas, même si je peux voir qu'il est déçu. Quelques regards plus lourds que d'autre se posent sur notre petit groupe, mais globalement c'est supportable. Bientôt, la sonnerie retend, et je ne peux m'empêcher d'avoir une toute petite pensée pour mon frère, que je ne reverrai pas avant une longue journée... 

***

Je me dirige vers le réfectoire en essayant d'ignorer mon estomac noué et les paires d'yeux qui semblent me passer au rayon X. Je mange avec Caro ce midi, c'est le seul réel point positif qui me donne le courage d'entrer dans l'immense self. Après avoir garni mon plateau, je la repère assise à notre table habituelle, celle qu'on utilise toujours quand on mange ensemble. Elle n'est pas dans ma classe, ni dans celle de Bill, mais nous nous voyons souvent, même si mon jumeau mange moins souvent avec elle que moi. Elle m'adresse un sourire radieux alors que je m'installe en face d'elle. Je devine que le mien doit être un peu crispé, puisque son visage s'assombri légèrement.

- Ça va aller ? Me demande-t-elle prudemment.
- J'en sais rien. J'aime pas tous ces regards.
- Fais pas attention, 
me répond-t-elle d'une voix rassurante, tout en piquant une pâte dans son assiette. Tu vas faire quoi, ce weekend ?
- Rien, 
dis-je en souriant bêtement. Bill et moi on se fait un weekend glande. 
- Oh, je vois, et y'a une place pour votre pauvre amie, dans ce weekend gémellaire ?

Je feins d'être dégouté par cette idée, et reçoit un morceau de viande dans la tête.
- Bien sûr. On se verra samedi, surement. Mais je te préviens, je réquisitionne Bill pour la soirée. 
- Ҫa tombe bien, j'avais un tas de projets pour samedi soir, je suis tellement populaire...
- Et Andy ?
 Demandai-je malicieusement. 
L'effet est immédiat, je la vois piquer un fard, ses jolies joues se teintant d'un rouge adorable.
- Euh... Il... On se voit dimanche, en fait. 
- C'est cool, 
dis-je sincèrement, lui arrachant un de ses sourires qui ont le don de me réchauffer le c½ur. Il faudrait qu'on s'organise un ciné, tous les quatre, un de ces jours. 
- Il m'a dit la même chose il y a deux jours, 
rit-elle. Je trouve ça dommage que vous vous voyiez aussi peu depuis qu'il a changé de lycée.
- On voudrait bien le voir plus souvent, si tu ne le monopolisais pas.


Elle vire au cramoisie et m'envoie un coup de pied sous la table. Elle sort avec Andréas depuis un peu plus de six mois maintenant, ce qui est surement une des meilleures choses qui lui soit arrivée. Ils sont très amoureux, on voit bien qu'ils se sont trouvés. C'est un mec super, un ami de longue date qu'on connaît depuis le collège, mais il est partit dans un lycée différent où il est interne. Nous le voyons encore de temps en temps, mais beaucoup moins qu'avant, et il me manque parfois, notre quatuor me manque... 

Nous finissons notre repas en plaisantant et retournons à nos classes respectives pour une après-midi typiquement lycéenne, à savoir cours, cours et... Cours. 

***

Fin des cours. Aucun incident majeur, je suis vivant, en bonne santé, et les regards lourds ont cessé après midi. En bref, ça a plutôt bien été. Je rejoins Caro qui m'attend près de la grille, elle m'a proposé qu'on rentre ensemble. Elle m'attrape par le cou et me colle un baiser sur la joue. J'en profite pour la prendre dans mes bras et lui ébouriffer les cheveux. Nous rions et nous apprêtons à sortir, quand une voix derrière nous me fait me stopper.

- ... Non, mais elle cherche ça depuis des mois de toute façon. Elle n'a jamais supporté sa rupture avec lui, et elle a été morte de jalousie quand moi et lui sommes sortis ensemble. Sauf qu'il n'est pas comme son idiot de frère, il ne cherche pas seulement à baiser. 
Je fais volte-face au grand étonnement de Caro qui me parlait, et me retrouve face à Gabriela qui continue de parler à Johan, sans remarquer qu'elle me fonce droit dessus.
- En tout cas, je suis sure qu'il y a un truc louche avec elle, Tom a refusé de venir à la fête de Gus ce weekend, c'est pas normal. Je ne la supporte pas, elle croit quoi ? Il est pour moi, et elle n'a aucune chance de toute... HEY ! Crie-t-elle en me rentrant dedans. Tu peux pas faire...
Ses yeux croisent les miens, certainement très noirs, car son visage perd sa couleur et qu'elle se fige, avant de bredouiller :
- Tom, je... Ce n'est pas ce que tu crois, je peux...
- La ferme. Putain, mais va te faire foutre !


Pas très élégant, mais peu importe. Je saisie la main de Caro et sort du lycée le plus rapidement possible en la tirant derrière moi. Une fois bien éloigné, je la lâche et m'appuie sur un mur en tentant de calmer mes tremblements. La colère me met hors de moi, j'ai envie d'aller lui hurler ma haine au visage. Carolane n'est pas dans un meilleur état, elle ne dit rien, et ses yeux affichent une tristesse qui me rend encore plus fou de rage. 

- Ne pense même pas que ce qu'elle dit a une quelconque importance, 
dis-je, la voix brisée par la colère. Elle est juste... Merde, elle est juste tellement stupide !

Ma meilleure amie s'approche doucement de moi et saisie mon visage entre ses mains, me forçant à la fixer.

- Calme-toi. 

Je m'étonne de la voir si sérieuse, et surtout si inquiète, avant de me rendre compte que mes tremblements ont redoublés et que quelques larmes tombent à mes pieds. J'essaye d'ouvrir la bouche pour parler, mais aucun son n'en sort. Je sens la panique m'envahir et durcir un à un tous mes muscles. Carolane ne me quitte pas des yeux.

- Tu veux que j'appelle Bill ? Demande-t-elle avec lenteur.

Mon corps semble peu à peu se détacher de mon esprit, et je trouve tout juste la force de hocher la tête avant de me laisser glisser à terre et d'entourer mes genoux de mes bras, laissant toutes les émotions me submerger et me plonger dans la pénombre. Mes dents claquent d'une façon incontrôlable, j'essaye de me fixer sur quelque chose, comme par exemple sur la voix de Carolane que j'entends bourdonner non loin de moi, mais c'est difficile, de plus que ma crise d'hier m'a déjà pris beaucoup de mes forces. 

- Bill, il faut que tu viennes rapidement s'il te plait... Non, enfin, pas vraiment, il... Il a l'air de contrôler à peu près les choses, mais... Ok, tu es où ? Super, à tout de suite. Ouais, de rien. 


Je réfléchis, à des choses banales, comme à ce que je ferai demain, à ce que j'ai vu en cours aujourd'hui, je tente de me raccrocher à quelque chose de réel. Mon c½ur cogne tellement fort que j'ai du mal à entendre mes propres pensées. Mais je pense encore, ce qui est bon signe. Je visualise alors un visage qui me donne un peu de contenance, celui de Bill, et je me focalise uniquement sur lui. Mes mains se décrispent un peu de mes genoux, et je prends de longues inspirations régulières. Je sens vaguement la main de mon amie me caresser le dos, mais je reste concentré, et ce jusqu'à ce qu'une voix me sorte des ténèbres. 

- Tom... Tu peux me regarder ?

Mon corps se calme presque instantanément, et je relève la tête, dévoilant mon front trempé de sueur et mes yeux rougis par les larmes à mon jumeau qui me regarde avec douleur. J'ouvre la bouche pour parler, mais il m'interrompt.

- N'essaye pas de dire quoi que ce soit, il faut d'abord que tu te calmes. 

Doucement, il décroise mes bras d'autour de mes jambes, puis déplie mes doigts un à un. Je suis tous ses gestes, et mon cerveau recommence à fonctionner normalement. Ses mouvements sont fluides, il est gracieux d'une façon tellement naturelle que s'en est déconcertant. Mon souffle se fait régulier, et j'ose parler d'une petite voix.

- Je peux me lever, tu sais. 


Il me sourit et me tire par les bras pour m'aider. Ma tête tourne un instant, mais je me stabilise rapidement. Quelques instants passent avant que mon frère daigne me lâcher les bras. J'en profite pour étirer mon dos endolori et essuyer les dernières traces de larmes. 

- J'ai l'impression qu'on a évité le pire,
 soupire Bill en passant une main dans sa nuque. Une chance que je sois resté devant le lycée discuter un peu... Qu'est-ce qu'il s'est passé ?
Je baisse les yeux et laisse Caro exposer la situation.
- Il a entendu certaines choses, et ça l'a mis en colère. J'ai pas eu le temps de te faire signe, il m'a entrainé hors du lycée... Et voilà. 
- Certaines choses ?

Je me doutais un peu qu'il se poserait la question. Alors, pour éviter à Carolane de répéter ces horreurs, je préfère répondre.
- C'est Gaby qui a encore fait sa langue de pute à propos de moi et Caro. Elle crève de jalousie, ça en devient maladif. Et elle a...

Je sens remonter la boule de colère dans ma gorge. Je tente de rester calme, ferme les yeux un instant, puis reprend avec prudence.
- Elle t'a insulté. Elle a insinué que tu n'avais pas de sentiment. Et un autre tas de connerie, comme quoi j'étais à elle... Elle ne supporte pas de me voir proche de Caro, surtout depuis qu'on s'est séparés.
- Elle en parle encore ? 
S'étonne Bill. Ca fait, quoi, 2 ans que vous êtes sortis ensemble ?
- C'est ça, en seconde, 
réponds Carolane. 

On avait 16 ans à cette époque, on venait de rentrer au lycée et on avait beaucoup changé, physiquement bien sûr, mentalement aussi. On se cherchait un peu, Bill s'est vite fait une place, et a pris des habitudes volages de bonne heure. Nos looks respectifs avaient pris forme deux ans auparavant, et plus les mois ont avancés, plus ils se sont prononcés. Finalement, un soir où Caro dormait à la maison, on s'est retrouvé à s'embrasser dans la cuisine alors que Bill regardait un DVD dans le salon. On est resté 1 mois et demi ensemble, et très vite, on s'est rendu compte qu'on s'était complètement trompé, et c'est naturellement qu'on s'est séparé pour redevenir les meilleurs amis qu'on a toujours été, et qu'on restera. Ça nous a jamais empêchés d'être proches, puisque depuis il n'y a plus aucune ambigüité entre nous.

- Cette fille est malade, peste Bill, l'air à présent furieux. Elle est complètement folle, elle n'a aucune idée de ce qu'elle aurait pu provoquer. Une autre crise juste après celle d'hier aurait été de trop. Crois-moi, elle va m'entendre.
- Non, me précipitai-je en accrochant son poignet. S'il te plait, je le ferai, mais laisse-moi régler ça tout seul.

Bill me contemple un instant, et j'appuie mon regard. Finalement, il hoche la tête, l'air malheureux. Je sais qu'il ne l'aime pas, et qu'il a encore eu peur que je refasse une crise, mais il sait également que je n'ai aucune envie qu'il joue au justicier, je suis capable de régler mes problèmes seul. Il laisse ses doigts s'attarder contre les miens et pousse un soupir.

- Bon, on rentre ? Caro, viens boire un truc à la maison, maman sera contente de te voir. 


Notre amie nous renvoi un sourire comblé. C'est un des nombreux avantages d'habiter juste en face, elle vient chez nous très souvent. Nous reprenons notre chemin, néanmoins j'ai une sensation étrange dans l'estomac, comme un poids, et je suis incapable de savoir pourquoi...

***

Fin de semaine. Elle est passée à une vitesse folle. Je joue distraitement avec mon stylo alors que la prof d'anglais s'extasie sur la grandeur et la magnificence de l'Angleterre. L'horloge me donne le vertige, j'ai l'impression qu'elle a ralentie depuis que je suis entré dans la salle. C'est ma dernière heure, et après, à moi les deux jours de glande avec mon frangin, sans les parents en plus, ils partent ce soir et nous laissent la maison pour nous seuls. Un sourire prend place sur mon visage sans que j'en aie réellement conscience. Depuis combien de temps est-ce qu'on ne s'est pas retrouvé, lui et moi, pour faire les cons et discuter ensemble ? Trop longtemps. Il est là quand j'ai besoin de lui, mais en général chacun reprend sa vie de son côté tout de suite après. Un fossé s'est creusé depuis qu'on est au lycée, depuis qu'Andy et partit et que Carolane, Bill et moi sommes tombés dans trois classes différentes. Oh, on n'a jamais été inséparables avec Bill, il a commencé de très bonne heure à vouloir être une seule personne distincte, et à faire les choses de son côté. Mais on se voyait tout de même plus souvent que maintenant. 

Un soupire m'échappe, et je jette à nouveau un coup d'½il à l'horloge. Je pousse un petit gémissement en constatant que les aiguilles ont à peine bougées. Gustav me lance un regard étrange, et je lui réponds par un haussement d'épaules, avant de me reconcentrer sur le tic-tac régulier. J'entends chuchoter non loin de notre table, et je n'ai pas besoin de me tourner pour savoir qui parle, et ce que cette personne cherche à faire. Je triture mon bouchon avec mes dents, nerveux. C'est Gabriela qui fait surement passer un mot à Gustav pour qu'il me le donne. Ça fait deux jours que je ne lui adresse plus la parole, après lui avoir balancé au visage quelques horreurs qu'elle avait méritées. Bon, c'est sûr que depuis, l'ambiance est pourrie, Gustav navigue entre elle et moi, et Johan reste neutre, il reste avec moi sans pour autant lui faire la gueule. Mais je ne compte pas lui laisser passer ça aussi facilement, après tout elle a dit des choses absolument dégueulasses, elle mérite bien quelques jours de culpabilité. Comme je l'avais prédit, Gustav m'envoie un petit coup de coude et me glisse un papier sur mon cahier d'anglais. Je lève les yeux au ciel, mais déplie tout de même le petit mot, sur lequel je peux lire : 

« Arrête de m'ignorer, je suis vraiment désolé, tu comptes me faire la gueule encore longtemps ? Tu me manques... Gaby ». 


Je froisse le bout de feuille et le fourre dans ma trousse, avec tous les autres qu'elle m'a fait parvenir dans la journée. Je mettrai ça à la poubelle en rentrant. Cette pensée me fait de nouveau lever les yeux vers le mur. Mon c½ur fait un petit bond alors que je constate qu'il ne reste plus que quelques minutes. Je tente de suivre un peu le cours, histoire de faire passer le temps plus vite. Et ça fonctionne, la sonnerie me surprend presque alors qu'elle annonce enfin la délivrance. Je ramasse mes affaires à toute vitesse, souhaite rapidement un bon weekend et une bonne fête à Gustav et Johan, puis me rue vers la sortie où m'attendent Bill et Carolane. La joie semble irradier de moi puisque ma meilleure amie me file une petite tape dans le dos en riant. 

- Arrête de sourire, tu vas avoir des crampes.
- La ferme,
 répliquai-je en lui poussant l'épaule. 

Bill nous observe avec un sourire amusé. Il ouvre la marche et passe devant, tandis que nous le suivons en nous poussant mutuellement comme deux gosses. Arrivés en face de chez nous, Carolane nous quitte après que nous ayons fixés un rendez-vous le lendemain après-midi pour aller faire un tour en ville. Bill et moi rentrons, accueillis par une douce odeur de...

- Nudelauflauf ! 
Hurle Bill en balançant son sac dans l'entrée. 
Je referme la porte derrière nous et inspire à plein poumons, salivant d'avance.
- Maman, tu sais que je t'aime ? 

Je ris et les rejoints dans la cuisine où mon frère est en train de failloter. Je jette un coup d'½il au délicieux plat que notre mère a du préparer avant leur départ. L'odeur de pâtes et de fromage envahis la pièce, et mon estomac gronde bruyamment, attirant l'attention des deux autres, qui n'hésitent pas à se foutre de moi. Je grogne un peu en amorçant une approche vers le gratin, dans le but d'en gouter un peu. Ma mère fronce les sourcils et vient s'interposer, avant de saisir le plat et de le mettre au four.

- Pas question de manger ça maintenant, jeune homme,
 me réprimande-t-elle. Je vous le laisse au chaud, vous pourrez le manger ce soir. 
Bill ronronne presque tant il est heureux. C'est son plat préféré, enfin, le nôtre, mais il le manifeste un peu plus que moi. 
- Merci Maman,
 dis-je en me débarrassant de mes affaires à mon tour. 
- Pour demain, ajoute-t-elle, je vous laisse vous débrouiller, il y a quelques restes, ou sinon faites-vous livrer une pizza. Je compte sur vous, dit-elle en forçant un peu la voix, pour ne pas trahir notre confiance, à votre père et à moi, et pour que la maison reste en état. Quoi qu'il arrive, j'en serai de toute façon informé.

Je pousse un soupir et ne m'étonne pas d'entendre mon jumeau en faire de même. Notre mère sourit et nous ébouriffe les cheveux, s'attirant des protestations et des « Maman ! » indignés. 

- On a plus 12 ans, tu sais,
 annonce fièrement Bill en bombant du torse. 
- Je sais, réponds notre mère avec une pointe de mélancolie. Bon, j'ai encore quelques sacs à mettre dans la voiture, puis nous allons y aller.

Elle disparaît de la cuisine et je la suis pour monter à l'étage poser mon sac de cours. 
Une heure et trois tonnes de recommandations plus tard (arroser les plantes, faire tourner le lave-vaisselle et la machine à laver...), ils quittent enfin la maison. A peine sommes-nous entrés dans le salon vide que mon frère se met à sautiller partout.

- C'est trop cool, on va passer un super weekend, scande-t-il en allumant la chaine Hi-Fi et en y glissant le CD de notre groupe favori. 

Exceptionnellement, il pousse le volume à son maximum et se met à se déhancher en rythme, n'hésitant pas à chanter, ou plutôt, à hurler. J'éclate de rire, jusqu'à me retrouver moi-même entrainé par la main dans sa folie passagère. Si mes souvenirs sont bons, on n'avait pas fait un truc aussi stupide depuis... Depuis qu'on a dépassé le stade des 10 ans, peut-être. Et ça me fait un bien fou. Je le retrouve, je retrouve mon frère, ma moitié, mon autre moi... Mon tout. 

***

- Ok, ok, à mon tour. 
Je l'observe prendre un air sérieux, puis froncer les sourcils. Il rejette ses cheveux en arrière, un peu comme s'il était attaqué par une guêpe, et se gratte le menton.
- Trop facile, dis-je en baillant. Mr Ubach, en 4ème. 
- J'abandonne, soupire Bill en se laissant retomber contre les coussins. Tu trouves tout, c'est nul.

Il me sourit et je me laisse aussi aller dans le nid de coussins et de couvertures que nous avons installés dans le salon, dans le but d'y dormir. La chaine diffuse une compilation de mes chansons préférées, les restes de notre festin - le Nudelauflauf était juste excellent - étalés autour de nous. Nous jouons à des jeux idiots depuis une heure, après que le film se soit terminé. Les choses ne pourraient pas aller mieux.

- Ça me parait loin, dit soudain Bill, le regard dans les vagues. J'ai l'impression que ça appartient à un autre monde, une autre vie. 
- Ça ne remonte pas à si longtemps que ça, quelques années, c'est tout...
- Les choses ont changées.

Je sens mon c½ur se serrer un peu. Il a raison, bien sûr. Il remarque surement que mon expression a changé, puisqu'il me donne un petit coup de pied dans le genou en souriant.
- Hey, ça va, ça ne veut rien dire. On reste les mêmes. 
- Juste... Ça me manque, parfois. Regarde, tu te souviens de la dernière fois qu'on a passé un peu de temps ensemble, comme ça ?

Il se mordille légèrement la lèvre inférieure, avant de lever deux yeux coupables vers moi et de secouer négativement la tête. Je lui renvois un sourire triste.
- T'es toujours là, quand...
Les mots restent bloqués dans ma gorge, mais je sais qu'il a compris de quoi je veux parler. Les crises d'angoisses restent un sujet que j'aborde difficilement. 
- Je ne te reproche rien, me devance-t-il. 
- Je sais. 
Il soutient mon regard, et je sens la douceur de ses yeux calmer mes remords. 
- Et... A part ça ?
Sa question me surprend un peu, et je reste à l'interroger silencieusement un instant.
- Les amis... Les amours ?
Je m'étire et tente de dissimuler la légère gêne qui s'est installé. 
- Rien à signaler, mis à part cette histoire débile avec Gaby... 
Je sens Bill se recroqueviller un peu. Ils ne se sont jamais aimés. Et cette complication est loin de lui plaire, je le sais. Alors, pour changer de sujet, je lui retourne la question.
- Et toi ?
- Bah, coté amis ça baigne, coté amour...

Il fait une grimace qui me fait pouffer. 
- Il y a un blond qui me plait bien, mais comme d'hab, je sais que je me lasserai vite... Je commence à vraiment me poser des questions. J'comprends pas pourquoi je n'arrive pas à... Je sais pas. Juste rester avec quelqu'un. Je ne sais même pas si je préfère les filles ou les mecs !

Je m'approche un peu de lui, et, pour la première fois depuis longtemps, c'est moi qui viens lui saisir les mains et les serrer d'une façon rassurante.

- Laisse-toi le temps d'y voir plus clair. 


Il hoche doucement la tête, et vient se laisser tomber contre moi. Je l'accueil avec plaisir, cette proximité avec lui se fait tellement rare que j'en profite. Il se colle à moi, et je l'entoure de mes bras. Nous nous allongeons sur le lit improvisé, et je peux sentir ses cheveux éparpillés autour de nous me chatouiller le nez, son odeur m'envelopper dans un cocon de confort. D'une main, je remonte une couverture qu'on avait posée par là et recouvre nos deux corps, repassant mes bras autour de son corps. Alors, et sans m'en rendre compte, je plonge dans un profond sommeil, bercé par la respiration lente de mon jumeau qui, alors que ses paupières se fermaient elles aussi, avait resserré ses mains autour de moi en me murmurant un faible « merci ».

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Comments :

  • chaos87th

    25/01/2011

    Je me demande pourquoi Tom demande à Tom de lui laisser le temps de réfléchir.
    En tout cas, j'apprécie de plus en plus tout ça.
    Tchuss/

  • Thunderbolt-Real-Ya0i

    24/06/2009

    J'te com' le reste dans la journée ^^
    Flemme maintenant XD

  • Emotion-Erwan-Malefoy

    26/04/2009

    Mmmm....
    J'aime beaucoup ce Bill ^^
    Et puis par contre je DETESTE l'autre POUFFIASSE !

  • narmoolanya-fictions

    29/03/2009

    J'ai pas laissée le commentaire avec le bon blog -_-"
    Bref, je pense savoir pourquoi Tom fait ses crises :D
    Narmo

  • narmoOlanya

    29/03/2009

    Toujours aussi bien :)
    Contente que tu fasses un blog réunissant tout tes écrits :)
    Narmo

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