Secret Addiction - Chapitre 3


Chapitre 3

Bill ouvrit doucement les yeux alors que le soleil éclairait le salon. Il fronça les sourcils en recevant un rayon dans l'½il, et bougea légèrement. Son dos lui faisait mal, malgré les coussins qu'ils avaient installés, dormir sur le sol n'était pas vraiment agréable. Il sourit légèrement en voyant Tom recroquevillé contre lui. Ils s'étaient tenus mutuellement chaud toute la nuit, et même si le lit de fortune avait été inconfortable, le brun pouvait dire qu'il avait vraiment bien dormis. Il observa le visage paisible de son jumeau quelques secondes, puis étira ses longues jambes en baillant, se déplaça en prenant garde à ne pas réveiller Tom, puis se mis debout avec quelques difficultés. Il saisit son portable et coupa l'alarme qu'il avait consciencieusement activée la veille, au cas où il ne se serait pas réveillé à l'heure. 

Il eut envie de faire plaisir à son frère et se dirigea vers la cuisine pour leur préparer un petit déjeuner. Il bailla à nouveau et se gratta la tête en faisant chauffer du lait dans une casserole. 
Il allait falloir qu'il se secoue un peu s'il ne voulait pas se faire ratatiner. Une fois le lait chaud, il en versa dans deux tasses, se mit deux cuillères de chocolat, trois pour Tom. Il fouilla dans un placard et y trouva un paquet de croissant. Il les mit au micro-onde et s'adossa au plan de travail tandis que le bruit de l'appareil emplissait la pièce. Nouveau bâillement. Il n'allait pas y arriver. De toute façon, sans un bon petit déjeuner dans l'estomac, il n'était bon à rien. Et comme pour lui répondre, ledit estomac émit un grondement sourd, le faisant rire. 

Une douche chaleur familière au niveau de son c½ur le fit relever la tête avant même d'entendre le grincement du parquet dans le salon. Et, une seconde plus tard, son frère entrait dans la cuisine. Il pensa brièvement que ces temps-ci, il avait l'impression que son sixième sens envers Tom était hyper-développé. Il l'observa s'approcher de lui, les yeux collés, les dreads emmêlées et dans tous les sens. Un sourire lui échappa, surtout quand Tom fut à quelques centimètres de son visage, qu'il cligna des yeux, se les frottas, et articula un « bonjour » pâteux et enroué. Il était juste... Adorable. Il lui tendit sa joue et Tom y posa ses lèvres, en respirant fort par le nez. Le blond était pire que lui le matin, et même après avoir mangé, il lui fallait une bonne demi-heure avant d'être opérationnel. Bill sortit les croissants chauds et posa sur la table alors que Tom venait de s'y affaler, touillant misérablement son chocolat chaud. Le brun s'installa en face et avala une gorgée tout en attrapant une viennoiserie. 

- Mal au dos, geint soudain Tom en grimaçant.
- C'est normal, s'amusa Bill, je te rappelle qu'on a dormi par terre.
- Comment je vais faire ? Dave va m'éclater la tête... 

Bill eut une irrépressible envie de rire à cette pensée. 
- Essaye seulement de sourire, et je te promets que je trouverai le moyen de te le faire payer, grogna le blond, ayant deviné la proche hilarité de son jumeau, qui ne put que baisser un peu plus la tête dans sa tasse et se mordre l'intérieur des joues. 
Tom attrapa un croissant et poussa un soupir.
- Merci pour le petit déj... Et pour la soirée.
Bill leva les yeux par-dessus son chocolat et lança un timide sourire à son vis-à-vis. Ils terminèrent de manger en discutant de leur matinée, et se dépêchèrent de passer dans la salle de bain et de se préparer. 

Une heure plus tard, ils étaient dans la rue, complètement réveillés et plutôt motivés. Bill tenait d'une main la lanière de son sac négligemment rejeté sur son dos, et Tom s'amusait à lui donner des coups avec le sien. Ils se sentaient détendus, et heureux de pouvoir apprécier simplement la présence de l'autre. Le chemin n'était pas long, et ils arrivèrent bientôt à la salle devant laquelle étaient déjà garées pas mal de voitures. Ils se dirigèrent directement dans les vestiaires. Les autres garçons les saluèrent avec entrain, ils étaient déjà tous en tenue, les jumeaux arrivaient bon derniers. Ils eurent donc le vestiaire pour eux seuls, et se changèrent en discutant de leurs dernières performances ici. 

- Non, si tu veux mon avis, celui dont il faut se méfier, c'est le gros là... Le blond... Merde, c'est quoi son nom ?
- Felix ?
- Ouais, lui. Il a une putain de force. 


Tom fit passer son teeshirt par-dessus sa tête et saisit un élastique dans la poche de son sac pour attacher ses dreads. Il ne remarqua pas le regard un peu étrange que Bill posa sur son torse dénudé, mais sentit un doigt froid posé sur son ventre. Il sursauta.

- Quoi ?! Demanda-t-il en croisant les yeux de son frère.
- T'as pris du muscle ! 
Le blond se courba un peu pour observer ses propres abdominaux et fut fier de constater qu'en effet, ils étaient plus dessinés et plus visibles qu'avant.
- Euh... Ouais ! 
Bill retira son propre haut et s'inspecta en pleurnichant.
- Putain, j'en suis loin encore moi ! Regarde !

Et Tom regarda. Peut-être aurait-il dû simplement y jeter un rapide coup d'½il et confirmer à son jumeau qu'il était dépourvu de musculature ventrale, mais ses yeux accrochèrent la peau légèrement bronzée et les jolis abdos, certes moins développés que les siens, mais présents. Il observa avec attention la ligne épilé qui partait du bas du nombril et se perdait dans le jogging un peu large qui glissait sur les hanches de Bill. Ses yeux s'attardèrent sur un tatouage qu'il connaissait pour l'avoir vu faire, mais qu'il n'avait pas revu depuis un long moment... 

- Alors ? S'impatienta le brun, inconscient de l'examen auquel il était soumis. 
- Euh... Tu... Enfin, ça va, ça pourrait être pire... 

Il détourna vivement la tête et plongea dans son sac de sport pour éviter de montrer un peu plus son trouble. Cependant Bill ne sembla rien remarquer et retira son jogging, en continuant de se lamenter sur son manque de muscle, pour enfiler le pantalon de toile blanche. Il attrapa sa veste, l'enfila rapidement, et fut prêt avant Tom qui bataillait avec le bouton de son jean. Il finit par réussir à le défaire et fit glisser le vêtement en tortillant du cul, ce qui eut le don de faire rire Bill. Le blond fit volte-face et lui envoya un regard mauvais. Mais il changea vite d'expression en voyant les joues légèrement rouges du brun qui avait une parfaite vue sur son corps seulement recouvert d'un boxer. Feignant de n'avoir rien remarqué, il enfila lui aussi sa tenue et noua sa ceinture. Ils n'échangèrent pas un mot et sortirent de la pièce pour rejoindre les autres. 
Car si les jumeaux n'avaient pas passé un moment ensemble depuis trop longtemps, ils ne s'étaient pas observés dénudés non plus depuis des lustres. D'habitude, ils étaient mêlés avec les autres, discutaient, ne s'attardaient pas à se détailler. 

Ils se hâtèrent, envoyèrent valser leurs chaussures dans un coin de la salle et virent s'agenouiller avec les autres sur le tatami. 

- Bien, je vois que nos deux retardataires habituels sont enfin prêts, on va donc pouvoir commencer,
 scanda joyeusement David, qui avait l'air d'une bonne humeur à toute épreuve.

David était le professeur de jujitsu de Bill et Tom depuis déjà un certain nombre d'années. Les deux garçons y allaient une à deux fois par semaine, selon leur disponibilité. A vrai dire, Tom venait plus souvent que son frère, ou alors il arrivait que le brun prenne le cours en plein milieu, s'attirant les représailles. C'est Simone qui avait insisté pour que Tom s'y inscrive, elle avait entendu beaucoup de bien sur ce sport de défense, et tenait à ce que son fils canalise l'incroyable énergie qui se dégageait de lui, surtout lors de ses crises. C'était aussi un bon moyen pour Tom d'accepter le contact physique avec d'autres personnes que son frère.

Au départ, ça avait été très difficile. Il avait même fait une crise en plein milieu du cours, et il avait fallu appeler Bill de toute urgence. C'est à partir de là que le brun avait décidé de s'inscrire également, et de venir le plus souvent possible. Bien sûr, il évitait de se mettre en équipe avec son jumeau, sachant pertinemment que ce n'était pas ce que leur mère voulait, et que Tom était là pour justement réussir à s'ouvrir aux autres. Et ça avait fonctionné, petit à petit. A présent, venir était un réel plaisir pour lui, il était rapidement passé ceinture marron. Il connaissait tout le monde ou presque, et acceptait bien mieux de se laisser toucher. Et puis, Bill avait arrêté de venir aussi souvent qu'avant. Il s'était éloigné, comme il l'avait toujours fait, mais cette fois d'une façon plus rapide, plus radicale. Il avait creusé un immense fossé entre lui et Tom. Ce dernier évitait d'y penser, mais c'était un fait : Bill rêvait d'indépendance et de liberté. 

- On va commencer par un bon échauffement, poursuivit David. Vous allez d'abord courir, et puis on fera quelques petits exercices, avant d'enchainer sur des combats. C'est parti !

Le cercle salua et tous les élèves se relevèrent. Ils commencèrent, comme indiqué, par courir un peu partout, évitant de se rentrer les uns dans les autres. Puis David les stoppa et eut un petit sourire amusé.

- J'ai envie de vous faire souffrir un peu aujourd'hui. Mettez-vous par deux.

C'est un peu par hasard que Bill et Tom se retrouvèrent ensemble, mais ils n'allaient pas s'en plaindre, au contraire. Et ils se retinrent de rire lorsque leur professeur annonça fièrement qu'ils allaient faire un « exercice de confiance ». Finalement, ils étaient bien tombés. 

- C'est simple, expliqua David, vous tenez la personne avec qui vous êtes par la main, vous fermez les yeux, et votre coéquipier a pour but de vous faire courir un peu partout. Il sera vos yeux pour cet exercice. Je compte sur vous pour ne pas tricher ! Je sais que c'est un exercice difficile, qui demande beaucoup de self-control, mais faites un effort !

Tom glissa un sourire à son frère et attrapa la main qu'il lui tendait en fermant les yeux. Ses autres sens prirent le dessus, et il put sentir la chaleur se dégager du corps de son jumeau, deviner ses yeux posés sur lui. Il entendit distinctement son « Prêt, frangin ? » murmuré, et sentit les muscles de sa main se tendre contre la sienne. Puis, naturellement, et sans aucune crainte, il se laissa entraîner alors que Bill commençait à courir. Leurs mouvements étaient coordonnés, c'était presque comme s'ils étaient devenus une personne, Tom était le corps, Bill les yeux, et ça fonctionnait parfaitement. Ce fut la même chose lorsqu'il fallut intervertir les rôles. Bill se fit guider en toute confiance, sans jamais hésiter. L'exercice prit fin, et ils se stoppèrent pour écouter les indications, sauf qu'aucun des deux ne pensait à retirer sa main de celle de l'autre. 

Quelques exercices d'échauffement plus tard (durant lesquels Tom se fit effectivement maîtriser par David qui avait remarqué la fatigue du blond, ce qui fit beaucoup rire Bill), qu'ils pratiquèrent avec d'autres élèves du cours, David leur annonça qu'ils allaient passer aux combats. Il les fit s'asseoir en cercle autour de lui, puis expliqua :

- Je choisis deux personnes au hasard, elles viennent se placer au milieu et s'affrontent jusqu'à ce que l'une des deux abandonne en frappant le tapis de sa main. 

Cette partie plaisait beaucoup à Tom. C'était l'occasion de se défouler un peu, sans pour autant aller trop loin, le but n'étant pas de casser quelque chose à quelqu'un. Les combats commencèrent, plusieurs élèves du groupe passèrent devant les yeux attentifs des autres, admiratifs parfois, concentrés. Bill fut appelé et se retrouva face à un mec portant une ceinture moins gradée que la sienne, une verte. Après quelques prises, il remporta le combat avec souplesse, sous les yeux amusés de son frère. Deux combats plus tard, David prit un air concentré, avant de sourire. Tom se dit qu'il avait l'air vraiment d'excellente humeur aujourd'hui, ce qui n'était pas spécialement bon signe. 

- J'ai bien envie de voir ce que nos deux jumeaux peuvent faire ensemble, dit-il d'un air presque machiavélique, très fier de lui. 

Bingo, fut tout ce qui traversa l'esprit de Tom. Dave était effrayant, parfois. Il se leva au même instant que son frère et ils se firent face au milieu du cercle. Un léger rictus était visible sur leurs deux visages, identique. A peine David donna-t-il le signal qu'ils se retrouvèrent l'un contre l'autre. Bill attaqua en premier, plus rapide. Il réussit à faire basculer Tom à terre, qui l'entraina dans sa chute. Il se retrouva donc au-dessus de Tom. Un simple regard échangé lui fit anticiper la réaction de son jumeau, et il bloqua le bras du blond avant qu'il ait pu s'en servir. Il s'appuya sur son bassin, l'enserrant fortement entre ses cuisses pour l'immobiliser. Mais Tom avait un avantage sur lui, il était effectivement un poil plus musclé, il réussit donc à se dégager et à plaquer Bill à terre, allongé sur le ventre. Il lui saisit le bras et le lui tordit dans le dos, cherchant l'angle qui lui ferait abandonner (et prenant garde à ne pas lui faire trop mal non plus). 

Bill avait de l'endurance, il serrait les dents et gesticulait pour tenter quelque chose. Il remonta les jambes et parvint à se jeter sur Tom qui ne vit rien arriver. Ils se débâtirent, avec beaucoup de mal, devinant chacun leur tour ce que l'autre allait tenter, et le contrant ainsi. Pourtant, Bill eu un mauvais appuis et fut déséquilibré. Il se retrouva à nouveau plaqué au sol, sous le corps de son jumeau. Il agrippa les pans de son kimono dont la ceinture avait un peu glissé dans la bataille, laissant voir le torse soulevé rapidement par la respiration de Tom. Ils étaient collés, très collés, presque chaque partie de leur corps était en contact avec celui de l'autre. Bill eut un instant de blanc, un tout petit, qui suffit pourtant à son frère pour l'éjecter de sous lui et le saisir par le cou avant de faire glisser ses bras dans son dos, bloquant ses geste. Il n'eut qu'un autre mouvement à faire pour retourner Bill, qui fut forcé de donner un coup sur le tapis, Tom ayant parfaitement trouvé l'angle fatal qui lui coupa le souffle. 

- Ok, ok, s'exclama David, le rire dans la voix, je vois, c'était très intéressant ! Bien, ce sera tout pour aujourd'hui, merci à tous d'être venus, vous pouvez aller vous rhabiller. 

Après avoir salué, chacun regagna les vestiaires en discutant avec animation des combats qui s'étaient déroulés, particulièrement celui opposant les jumeaux, qui avait été assez spectaculaire. Ces derniers suivaient le groupe et riaient en se poussant mutuellement. 

- Je vais prendre une douche,
 lança Bill à l'adresse de son frère qui commençait déjà à se dévêtir. J'en ai pas pour longtemps, attends-moi !
- C'est ça,
grommela Tom, t'en as jamais pour longtemps, et au final ça te prend toujours trois heures ! 
- Merci de m'attendre ! T'es adorable !


Le blond leva les yeux au ciel en souriant. Oui, cette complicité, tout ça lui avait réellement manqué. Il défit son kimono, étira ses muscles encore chaud et appréciant le contact de l'air frais contre sa peau transpirante. Il fut tiré de ses activités par une vibration sonore qui le fit sursauter. Il fouilla dans son sac, mais ne vit aucun nouveau message. Poussé par la curiosité, il saisit celui de Bill qui trainait sur une pile d'affaire, et put constater un nouveau sms. Son hésitation fut brève, et il se sentit un peu coupable en regardant le nom de l'émetteur (il ne pouvait pas l'ouvrir, sans quoi Bill le verrait forcément).

Il venait du blond dont Bill avait parlé la veille, celui de son cour de maths. La curiosité de Tom redoubla, mais il ne put se résoudre à le lire, pas très envieux de devoir expliquer à son jumeau pourquoi son sms était déjà ouvert. Il remit le portable là où il l'avait trouvé et termina de remonter son jean, bataillant à nouveau pour remettre le bouton, qu'il se promit de remplacer par un plus facile à attacher. 

Quelques minutes plus tard, Bill fit son apparition, serviette autour de la taille, se frictionnant vivement la chevelure avec une autre. Tom, qui s'attachait les dreads, eut une pointe d'attendrissement en voyant ressurgir la tête de son frère de sous la serviette : il avait les cheveux en bataille, un peu dégoulinants, et le visage rougit par la chaleur de l'eau de la douche (il prenait toujours des douches trop chaudes). Ils échangèrent un sourire, et le brun s'habilla rapidement avant de dompter sa crinière ébène à l'aide d'une brosse. Le vestiaire était vide depuis un moment, ils avaient beau être souvent en retard, ils étaient également souvent les derniers à sortir. 

***

Tom se mit sur la pointe des pieds alors qu'il tentait désespérément de mettre la main sur un paquet de pâtes placé tout au fond, derrière une montagne d'aliments en sachet. Il poussa encore un peu pour se grandir, et sentit son équilibre flancher. Il préféra reposer ses talons sur le sol et partit en quête d'une chaise pour plus de sécurité. Une fois celle-ci trouvé, il put atteindre les pâtes qu'il brandit fièrement en lâchant un « enfin » soulagé. Il sortit une casserole et fit bouillir de l'eau tout en fouillant dans le frigo à la recherche de lardons et de crème fraiche. Une voix dans son dos le fit sourire.

- Dites-moi que je rêve ! Serait-ce mon frère qui fait la cuisine ?
- C'est ça, moque toi,
 répliqua Tom en versant le contenue du sachet dans l'eau bouillante. N'empêche que grâce à moi, tu vas pouvoir te nourrir. Je n'imagine pas ce que ça aurait été si t'avais dû te démerder tout seul...
- Je sais encore faire cuire des pâtes, merci,
 rétorqua Bill, l'air faussement outré qu'on critique ses talents culinaires. 
- C'est ça ouais, ricana Tom. C'est quand la dernière fois que tu t'es fait un truc comestible à manger ?
- ...C'est pas parce que j'le fais pas souvent que je ne sais pas le faire !


Ils se mirent à rire et Tom mit les lardons dans une poêle pour les faire frire. Bill s'activa à mettre la table, et bientôt un plat de pâtes façon carbonara (enfin, surtout façon Tom) fumait en parfumant délicieusement la cuisine de son odeur alléchante. Les deux garçons mangèrent avec un entrain non dissimulé.

- En fait, je cuisine comme un Dieu !
 S'étonna lui-même Tom en aspirant une pâte dans sa bouche. 
- Ouais, n'en fais pas trop non plus hein.
- Tu te fous de moi ? T'as vu comme tu les as avalées !
- J'avais faim. 
- Connard ! 

S'en suivit un puéril échange de coups de pieds sous la table. Puis Bill sursauta en tenant la poche de son jean, les yeux grands ouverts. 

- Portable ! Cria-t-il en riant et en essayant d'éviter les autres coups de son jumeau. Allo ?... Oui, c'est moi... Ah, oui !
Tom l'observa, puis décida que cette conversation l'embêtait. Il laissa retomber son pied qui frappait le mollet de son frère et, doucement, fit remonter son orteil contre son genou. Bill lui envoya un regard mauvais. 
- Non, non tu me dérange pas... Ton... Oui, ton sms, oui oui je l'ai eu... Oui... 
Tom passa son pied sous le jean de son frère et vint coller ses doigts de pied froids contre la jambe du brun qui faillit en lâcher son portable. 
- AH PUTAIN MERDE ! ... Quoi ? Euh non, pardon, c'est juste mon stupide frère qui... Ouais, attends. 

Il cacha le combiné et cracha un « arrête ! » irrité à Tom qui se tordait tout seul sur sa chaise. Il partit dans la pièce d'à côté, laissant le dreadé se remettre de son fou rire solitaire, et tendre l'oreille pour entendre ce qui pouvait bien se raconter. Son sourire se fana peu à peu. 

- Ça me fait plaisir que tu m'appelles... Ouais, j'y ai réfléchis... Non. Tu... Quand ? Nan, je peux pas, j'ai... Si, bien sûr que j'en ai envie... Depuis longtemps, tu sais bien, mais...
Il vit Bill pousser un soupir, puis se masser l'arête du nez, avant de relever la tête.
- Ok, ça marche. 18h. Bye. 

Il raccrocha, l'air embêté. Tom regagna rapidement sa chaise dans la cuisine, puis se releva pour aller fouiller dans le frigo, surtout pour cacher son visage qui allait surement trahir ses émotions. Il entendit Bill revenir dans la pièce et s'installer sur sa chaise en triturant son portable (il pouvait presque le voir sans même se retourner). Il sentit le regard du brun le brûler dans le dos, tellement fort qu'il en devenait presque insupportable. Remarquant enfin qu'il avait froid, et pour cause, il était planté le visage dans le réfrigérateur depuis plus de trois minutes, il s'empara d'un yaourt et revint s'asseoir, essayant d'afficher un air neutre. Bill baissa les yeux sur ses doigts qui, comme l'avait deviné Tom, maltraitaient son téléphone depuis qu'il était revenu. La tension se sentait. C'est limite si Bill ne manqua pas de tomber de sa chaise en entendant la voix de son jumeau.

- Ça va ? Tu fais une tête bizarre.
Le blond avait tenté de mettre le plus de passivité dans ces quelques mots, mais sa voix avait un peu flanchée sur la fin. 
- Je... Il hésita, l'air de plus en plus mal. J'ai eu un coup de fil du blond, tu sais, le mec dont je t'ai parlé hier soir, celui qui me plait bien...
- Oui, et ? 

Tom jouait vraiment bien la comédie, quand il le voulait.
- Et il m'a invité à sortir. Ce soir. Je voulais...
- C'est super,
 le coupa Tom avec un sourire forcé. Tu attends ça depuis longtemps.
- Ouais... Mais je, enfin... Pour notre soirée...
- Partie remise. Je te laisserai pas oublier.

Et il continua à sourire. Pourtant, il aurait dû savoir que ce masque n'avait aucun effet sur son jumeau, la personne qui aurait pu savoir d'un simple regard s'il lui mentait. Bill sentait la détresse transpirer de chaque pore de sa peau, il ressentait son manque comme s'il était le sien, et entendait la voix de Tom dans sa tête lui hurler de rester. 

- Je te jure qu'on se refait ça bientôt, 
affirma-t-il néanmoins, ignorant la culpabilité qui le rongeait. 
- D'accord.

Et ce fut tout. Tom se maudit d'avoir encore gâché une occasion de se taire, Bill essaya d'oublier qu'il se sentait coupable, et chacun termina son repas en silence avant de débarrasser. Le lave-vaisselle mis en route (leur mère serait contente à son retour), ils restèrent planté dans la cuisine, le regard fixé partout sauf sur l'autre. Finalement, Tom poussa un long soupire. Il se gratta la nuque, avant de bredouiller :

- Tu veux toujours qu'on...
- Oui. J'y tiens. 


Leurs yeux se croisèrent. Durant un minuscule instant, Tom pensa à se jeter dans les bras de son frère, comme des années auparavant, quand ils pouvaient encore passer du temps ensemble. Mais il se contenta de secouer la tête et de sortir de la pièce, laissant Bill encore plus mal à l'aise, pour aller chercher une veste. Après tout, il faisait encore un peu frai en ce mois de janvier.

***

Ils passèrent deux heures à l'extérieur dans le petit bois non loin de chez eux. Ils y allaient souvent, enfants, pour construire quelques cabanes, se raconter des secrets, ou simplement fuir le reste du monde pour se reposer l'un sur l'autre. Époque lointaine et révolue. Aujourd'hui pourtant, Bill avait voulu aller y faire un tour, et avait insisté pour que Tom apporte sa guitare. Sans vraiment parler, ils s'étaient naturellement dirigé vers un coin, en milieu de forêt, où ils avaient parfois fait du feu (derrière le dos de leur mère qui les auraient simplement étripés) et grignoté des biscuits volés dans le placard de la cuisine. Ils s'installèrent là et, naturellement encore, Tom avait commencé à jouer en chantant un peu. Bill s'était adossé à un arbre, et il l'avait observé, comme il ne l'avait pas fait depuis très longtemps. 

Son frère paraissait anxieux, travaillé, fatigué même. Ses traits étaient tirés, ses yeux tristes, et ses mélodies encore plus. Ses doigts accrochaient doucement les cordes, formant des airs que Bill n'avait jamais entendus. Son c½ur se serra. Son frère jumeau était devenu un presque étranger pour lui. Leur lien était encore là, il le savait, il le sentait, il suffisait que Tom soit à proximité pour qu'il sente sa présence jusqu'au creux de ses os. Mais il l'avait perdu. Les seuls instants qui réussissaient encore à les faire communiquer étaient les crises. Cette pensée lui fit grincer des dents. Tom, de son coté, totalement inconscient de ce qui pouvait bien se tramer dans le cerveau de son frère, marmonna quelques paroles qu'il cala sur une mélodie. Ça sonnait bien, mais ça sonnait nostalgique. Il fronça les sourcils. Manquait plus qu'il se mette à jouer comme un dépressif. 

Ils regagnèrent la maison un peu apaisés, sans vraiment savoir pourquoi. Peut-être parce qu'ils avaient la sensation de mettre le doigt sur le problème, et qu'au fond, il n'était pas si difficile à résoudre que ça. 

En apparence.

Bill tenta à nouveau de s'excuser, mais Tom l'en empêcha d'un regard. Il s'isola dans sa chambre, laissant à Bill le loisir d'occuper la salle de bain. La soirée approchait déjà. 
Le blond resta assis sur son lit un moment, avant de se décider. Il passa un rapide coup de fil à Gustav pour lui annoncer que finalement, il viendrait à sa fête. Son ami en fut très heureux et ne remarqua pas le ton déçu et sans réel entrain de sa voix. Il tira ensuite les rideaux, plongeant sa chambre dans une pénombre feutrée, retira son teeshirt, et se laissa bercer par le tic-tac de son horloge, cherchant à tout prix à se vider la tête. 

Vers 17h30, le portable de Tom le tira du demi-sommeil dans lequel il s'était plongé. Il bailla bruyamment et décrocha.
- 'llo ?
- Tom...

La voix larmoyante de sa meilleure amie le réveilla complètement, et il se redressa dans son lit.
- Caro ? Merde, Caro, tu pleures ?
- Je... Je suis désolé, mais je... Tom, tu peux... 

Elle semblait essayer de toutes ses forces de se calmer, mais sa respiration était hachée. 
- Ok, tenta le dreadé, ça va aller, dis-moi ce qu'il se passe.
- Andréas... On s'est disputé et... Tom... On peut se voir, s'il te plait ? 
- Disputé ? Mais... Euh ouais, ouais on peut. Tu veux que je vienne ?
- S'il te plait... 


Sans plus attendre, il enfila un teeshirt propre, un sweat, et se précipita dehors, passant devant la salle de bain où Bill prenait une douche. Il traversa la rue et fut chez Carolane quelques secondes plus tard, cette dernière dans ses bras. Elle ne pleurait plus, mais il savait qu'elle avait besoin de cette proximité. Il la berça durant quelques minutes, avant qu'elle ne lui raconte sa dispute, assez stupide, avec son petit ami, qui l'avait néanmoins bien retournée. Il faut dire que ces deux là ne se prenaient presque jamais la tête. 

- J'suis désolé de t'avoir forcé à venir, dit-elle d'une petite voix depuis sa chaise de bureau alors que Tom s'était allongé sur son lit. Bill ne m'en veut pas trop ?
L'évocation de son frère renfrogna un peu le blond, mais il secoua négativement la tête.
- On passe plus la soirée ensemble.
- Oh, 
s'étonna-t-elle, devinant qu'il ne fallait pas chercher trop loin, pas quand son ami avait cette lueur dans le regard. Merde.
- Je comptais aller chez Gus, en fait, mais si...
- Chez Gus ? 
- Euh... Ouais, pourquoi ?
- Je peux venir ? J'ai besoin de me changer les idées... 

Elle lui fit une moue adorable, et Tom rigola doucement.
- Bien sûr. Je crois qu'on a tous les deux besoin de penser à autre chose. 


Carolane acquiesça, et il fut convenu qu'ils se retrouvent dix minutes plus tard à l'arrêt de bus pour aller chez Gustav. Alors que Tom rentrait pour récupérer ses affaires et prévenir son frère, il trouva la maison vide, avec un post-it sur la table. Signé Bill.

« J'suis déjà parti, je t'ai entendu sortir. Excuse-moi encore... J'ai mon portable. Passe une bonne soirée. »

Le bout de papier fut mis à la poubelle sans pitié, et Tom sortit, sans oublier de claquer la porte d'entrée, sachant pourtant qu'il n'y avait que les murs à effrayer. 

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Comments :

  • chaos87th

    26/01/2011

    Je me demande pourquoi ils se sont éloignés l'un de l'autre.
    Du moins surtout que Bill s'est éloigné.

  • zyngao

    15/06/2010

    hello superbe ce chapitre meme si il est assez triste au niveau du lien entre les deux freres mais bon je verrai bien la suite a +

  • Thunderbolt-Real-Ya0i

    24/06/2009

    Re =D

    Désolée, je ne sais plus quel chapitre je n'ai pas commenté alors je reprends sur celui-ci.
    Vraiment, je n'aime pas la réaction de Bill. On dirait qu'il fait "ouais genre ça m'embête vraiment" alors qu'il en à tout simplement rien à faire.
    Sur ce coup là j'le trouve vraiment pas sympa è_é

  • Kaulitzcest

    14/04/2009

    Moi Tom me fait mal, très mal, pourtant, ces foutus jumeaux ont un lien tellement fort ! Bill le ressent aussi alors pourquoi il tente autant de se détacher à ce point ? En fait, c'est pas vraiment du détachement, c'est juste que là, il réalise qu'en grandissant, ils ont chacun, surtout Bill, pris un chemin qui les éloigne l'un de l'autre mais finalement ça a pas l'air de leur faire autant de bien que prévu.

    Superbe fic, la pauvre Carolane qui doit se farcir Andréas, là je dois dire que c'est un coup de salaud que tu lui as fait ! mdrrrrrrrr. Moi j'aurai pas aimé, hein ! Mais je me tais, tu serais fichue de faire une fic où laloumine serait passionnément amoureuse d'un Andi, rien que pour m'emmerder, donc, c'est bon, on va dire qu'avoir Andi dans une fic, c'est cool ! Et puis, là, au moins, il fout la paix à Bill, donc ça me va, je veux bien qu'il reste !

    Y a que toi pour me faire apprécier un Andréas dans une fic, c'est ton talent, ça ! Je l'avais beaucoup apprécié dans Joyeux Noël, et là ça va aussi, je vais finir par vraiment m'intéresser à lui et arrêter d'en faire un vrai salopard dans mes fics, si tu continues comme ça !

    Allez, mets donc la suite de cette fic fabuleuse qu'on en sache un peu plus ! Et j'espère que Bill va se mordre les doigts de pas être resté avec son frère !

  • durch-liebe-yaoi

    07/04/2009

    Moi j'aime beaucoup Carolane ='DDD

    Quand j'serais grande, j'serais comme elle *Sbaaaaaf*

    <3

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