Secret Addiction - Chapitre 5


Chapitre 5

Il n'était certain de rien. Il avait arrêté de prêter attention aux événements précédents depuis qu'une langue fouillait sa bouche et qu'un corps qu'il ne désirait pas se pressait contre le sien. Comment avaient-ils pu en arriver là ?

Il tenta de se souvenir tout en esquissant de faibles tentatives de repoussement.
Gabriela avait été sur son lit, et la seconde d'après elle était contre lui à le serrer dans ses bras. Elle avait parlé aussi.

- Tom, j'ai eu tellement peur, j'aurai pu t'empêcher de faire ta crise mais les autres ne m'ont pas laissé t'aider, je te promets que la prochaine fois j'y arriverai, je ne t'abandonnerai jamais tu sais...

Tom n'avait rien dit, il n'avait même pas bougé. C'est à peine si sa présence à elle l'atteignait. Il n'avait en tête que le souvenir d'une douleur puissante qui avait essayé de le noyer dans l'obscurité, qui avait presque réussit, pire que tout ce qu'il avait vécu jusque-là, une douleur qui lui avait donné envie de mourir tellement elle avait été forte. Et Bill. Il pensait à son frère qu'il aurait voulu, plus que n'importe qui, contre lui à cet instant précis. Bien sûr qu'il aurait préféré que le brun ne l'écoute pas, qu'il vienne même si plus tôt au téléphone il lui avait demandé de ne pas se déplacer. Il aurait voulu que Bill lui prouve que, malgré toute la distance qui avait pris place entre eux, son jumeau, le morceau de lui-même qui l'avait quitté alors qu'ils n'étaient que des cellules, la personne la plus proche de lui qui puisse exister sur cette planète, il aurait vraiment voulu que cet être puisse deviner que Tom n'avait besoin que de lui en cet instant. 

Il avait laissé Gabriela pleurer un peu, le serrer contre elle, tandis qu'en lui s'agrandissait une brèche qu'il pensait possible de réparer, mais à présent bien trop ouverte pour pouvoir un jour se refermer. Il avait senti une larme brûlante couler sur sa joue, suivit d'une autre. 
C'était la première fois que Tom pleurait alors qu'il n'était pas en crise.

Il avait eu à peine conscience de parler, pourtant, plus le torrent sur son visage s'épaississait, plus il distinguait une voix déchirante de désespoir héler le prénom de son frère.
Il n'avait réalisé que c'était la sienne que quand Gabriela s'était écartée, l'air effrayé. Il s'était laissé tomber à genoux, la tête baissé, et avait continué à pleurer silencieusement en murmurant des « Bill » presque inaudibles. 

Son amie s'était doucement approché, s'était accroupie à sa hauteur et lui avait relevé le visage. Il n'avait pas protesté, après tout, à quoi bon ? Il se sentait tellement seul, tellement abandonné en cet instant. Elle l'avait relevé, et elle s'était collée à lui de façon plus entreprenante. C'est là qu'il avait commencé à revenir sur Terre, et avant qu'il ait pu la repousser, elle l'avait embrassé. 

Maintenant, il ne savait pas quoi faire. Son corps entier ne voulait pas lui répondre, trop épuisé par la crise, trop déchiré par la douleur d'une absence devenue insupportable, affaibli autant physiquement que moralement. Sa tête ne voulait pas de ce baiser, c'est d'ailleurs pour ça que, puisant dans ses dernières ressources, il poussait les épaules de Gabriela pour qu'elle cesse d'être aussi proche de lui alors qu'il n'en avait aucune envie. 

Elle sembla enfin le remarquer, puisqu'elle arrêta de l'embrasser, la respiration haché, et qu'elle chuchota faiblement, les yeux brûlant d'une lueur d'espoir, de courage :

- On était bien ensemble, hein Tom ? Pourquoi on ne redeviendrait pas un couple ? Pourquoi on n'essaierait pas encore ? Je suis sûre qu'on peut y arriver, Tomi, quand deux personnes s'aiment, elles sont capables de tout... 

Il écarquilla les yeux à ces paroles. Il réalisa à ce moment précis que Gabriela était complètement obsédée par leur rupture et qu'elle semblait prête à tout pour y remédier. 
Y compris à le faire contre la volonté de Tom. 

Il n'eut pas le temps de crier pour alerter quelqu'un qu'elle recommençait à l'embrasser tout en le poussant vers son lit. Il sentait son c½ur cogner à toute vitesse. Il ne pouvait pas être en train de se passer ce qu'il pensait qu'il arrivait. Il y avait forcément une erreur quelque part. Il se retrouva assis sur son matelas, une main plaquée sur sa bouche, et une voix murmurant à son oreille :

- Tu vas voir... Je vais te montrer que tu ne peux pas t'en passer... Tu vas aimer...

Elle grimpa sur ses genoux, plaçant une jambe de chaque côté de lui, et recommença à l'embrasser. Tom paniquait. Il n'avait pas la force de la repousser, et ça le rendait malade. Pourquoi fallait-il que ces crises de merde lui ôtent toutes ses capacités ? 

Une main se faufila sous son tee-shirt, et il voulut crier. Il réussit à se détacher de la bouche ventousé à la sienne, et tenta de hurler un « non » qui sonna très faible à ses oreilles. Il prit une longue inspiration et recommença, n'obtenant à nouveau qu'un son à peine perceptible. Gabriela posa une main sur sa bouche et le fixa dans les yeux.

- Arrête de t'agiter. Tout ira bien. Je t'aime Tom, tu sais ?

Il ne put que lui renvoyer un regard suppliant auquel elle répondit par un sourire. Elle détacha ses cheveux et secoua la tête pour qu'ils retombent sur ses épaules. Puis elle se pencha et vint encore violer la bouche de Tom de sa langue dégoûtante. Il sentit une larme tomber de sa paupière close. Il voulait tellement que tout ne soit qu'un cauchemar, que tout s'arrête, mais il n'avait pas le pouvoir de réaliser ce souhait. Il se contenta de fermer très fort les yeux et de respirer par le nez, sans jamais répondre aux baisers, aux caresses de plus en plus appuyées de Gabriela. 

Et puis soudain, plus rien. 
Le poids écrasant son corps disparu, et sa bouche fut libéré. Il eut le temps d'ouvrir les yeux pour voir Gabriela reculer, les yeux grands ouverts, et il la vit ouvrir la bouche pour crier. Une main se plaqua sur sa bouche pour l'en empêcher.

- Maintenant, tu vas arrêter de poser tes sales mains dégueulasses sur mon frère, c'est clair ?
Derrière elle, la tirant par les cheveux, Bill semblait hors de lui. Il renforça sa prise, ce qui la fit pencher un peu plus la tête en arrière.
- C'est clair ?
Elle hocha la tête, les yeux embués de larmes, les mains crispées sur celle qui l'empêchait d'émettre le moindre son. 
- Bien, poursuivit Bill. Maintenant, je vais te laisser partir, mais tu ne vas pas parler, tu ne cries pas, tu ne fais que rentrer dans ta chambre. Et à l'avenir, je ne veux plus te voir tourner autour de Tom. Tu ne lui adresse pas un regard, pas une parole. Est-ce que c'est compris ? 
Elle hocha à nouveau la tête. Bill relâcha sa prise mais maintenu sa main plaqué contre sa bouche. Il se pencha à son oreille et murmura :
- Je ne frappe pas les filles, question de respect. Mais si jamais tu désobéis, crois-moi, je saurai très bien manquer de respect. 

Et il recula, la laissant se précipiter hors de la chambre sans dire un mot, sans même oser regarder devant elle, gardant les yeux fixement accrochés au sol. Le bruit de ses pas contre le parquet fut le seul à troubler le lourd silence de la maison à présent plongée dans le sommeil, puis plus rien. Elle s'était surement réfugié dans son lit, cherchant à comprendre ce qu'il venait d'arriver en si peu de temps.

Bill pivota doucement pour faire face à son frère qui n'avait pas bougé du lit sur lequel il était encore assis, comme s'il se sentait collé au matelas. Son regard était paniqué, mais planté sur le brun. Ce dernier le regarda longuement, ne sachant trop quoi faire. Il avait peur de l'effrayer, et, pire que tout, il avait peur de le voir faire une autre crise. Et c'était juste inenvisageable. Il en avait fait bien de trop en trop peu de temps. Il pouvait sentir l'épuisement sortir par tous les pores de sa peau. Il fit un pas en avant. Tout le corps de Bill lui hurlait de se ruer sur Tom et de s'assurer qu'il allait bien en l'étouffant dans ses bras. 

Il eut le douloureux souvenir de, à peine une heure plus tôt, lorsqu'il avait senti cette souffrance insupportable lui lacérer l'estomac. Il était avec son rencard, le blond, avec qui il venait d'en finir, et qui s'était lamentablement endormis à côté de lui après de bien faibles performances. Et, alors qu'il sortait de la douche et était sur le point de le foutre à la porte, il avait vu blanc, et s'était retenu de justesse à la porte de la salle de bain pour éviter de s'évanouir sous la puissance de la douleur qui l'avait envahi. Et il avait su, immédiatement. Il s'était rué sur son portable, et avait tenté de joindre Tom, dans un premier lieu. En vain, bien entendu, il avait recommencé au moins 3 fois avant de se mettre à suffoquer. La douleur ne partait toujours pas, pire même, elle s'intensifiait à chaque seconde. Il avait alors, en dernier recours, et ne sachant pas où pouvait bien être son frère (il était rentré vers minuit en compagnie du blond, trouvant la maison vide, et aucune trace de mot lui indiquant où Tom avait bien pu sortir), composé le numéro de leur meilleure amie, personne avec qui il soupçonnait Tom de passer le plus clair de son temps. Et il avait eu raison. Alors, et Tom aurait pu dire tout ce qu'il voulait, il avait, avant même que son frère ne le lui interdise, décidé de partir sur le champ, après avoir foutu dehors le blond-mauvais-au-pieu. 
Et il avait, encore une fois, eu largement raison.

La douleur était toujours présente, mais maintenant qu'il voyait Tom, elle était moins difficile à gérer. Simplement, et il ignorait pourquoi, il avait l'impression que les choses étaient loin de s'améliorer. Tom n'était plus en crise, non. Mais Tom n'était pas mieux pour autant. Il avança encore d'un pas. Aucune réaction, son jumeau continuait de le fixer, l'air apeuré. Bill sentit son c½ur se contracter de façon horriblement forte dans sa poitrine. Tom ne pouvait tout simplement pas avoir peur de lui, c'était juste impossible. Ils devaient pouvoir compter l'un sur l'autre, plus que sur n'importe qui d'autre, et surtout, ils devaient pouvoir le faire même quand le monde entier semblait se tenir contre eux. 

Il n'eut pas à réfléchir bien plus longtemps, pas quand la promesse faite à son frère des années plus tôt lui résonna aux oreilles, et que tout son inconscient, ainsi que son conscient, pour une fois parfaitement en accord, lui hurlèrent de faire la chose censé à faire : se jeter sur lui et lui prouver qu'il était là. 

Il traversa la distance entre lui et le lit incroyablement rapidement et, avant même que Tom ait le temps de comprendre quoi que ce soit, il se retrouvait étouffé dans les bras du brun qui lui murmurait des « pardons » déchirants en lui caressant la tête. Il eut d'abord envie de s'éloigner et de se recroqueviller dans un coin où personne ne pourrait plus jamais le toucher, avant de réaliser qu'il s'agissait de Bill. Bill. La personne qu'il avait espéré voir tout ce temps et qu'il avait pensé ne plus pouvoir serrer dans ses bras avant longtemps. Bill, son autre lui. Son point de repère au milieu de ce monde en accéléré. Alors, lentement, il sentit la brèche se refermer un peu, du moins provisoirement, et les larmes qu'elle avait fait couler laisser place à des larmes de soulagement. Il entoura la taille de Bill avec toute la force qu'il lui restait et fondit en sanglots, tiraillé entre la joie de le sentir là, contre lui, et l'immense vide qui ne voulait pas quitter son esprit. Tellement de choses lui manquaient, et il avait l'intuition qu'il allait finir complètement fou. Néanmoins il concentra tout son esprit sur cette étreinte tellement bénéfique à son être et redoubla en pleurs. 

- Pardonne-moi, supplia Bill en le tenant encore plus fort. Je suis tellement stupide, s'il te plait, pardon Tomi, pardon, pardon...

Sa voix déraillait complètement, et ses bras tremblaient autour de Tom. Le blond ne se souvenait pas l'avoir vu dans un tel état depuis leurs 12 ans, lorsqu'on leur avait annoncé qu'ils allaient passer leurs vacances d'été l'un sans l'autre. Bill avait tellement supplié ce jour-là, il avait hurlé, et il avait pleuré jusqu'à en tomber d'épuisement. Le lendemain, ils avaient été séparés sans avoir pu se dire au revoir. Deux mois plus tard, tout avait commencé à changer. Tom chassa ce souvenir horrible de sa tête, et caressa le dos de son frère. Maintenant, c'était à son tour de le rassurer. Comme avant. 

- Je ne t'en veux pas, furent ses premiers mots.
- Tu devrais, pleura Bill un peu plus fort. J'aurais dû être là. Je dois toujours être là...
- C'est pas grave, 
continua Tom, la douleur lui oppressant le c½ur et le faisant serrer Bill plus fort contre lui. Tu es là, maintenant...

Cette phrase était lourde de sens et de sous-entendu. Mais à cet instant, aucun d'eux ne réalisa vraiment son importance. Ils se sentaient juste perdu, tiraillés par une souffrance sans nom à laquelle ils ne pouvaient donner un sens, et qu'ils ne réussissaient à compenser qu'en serrant l'autre. Ils mirent un long moment à se calmer, puis quand les larmes se furent écoulées et que les corps cessèrent de trembler, ils se détachèrent, avec difficulté, et gardant tout de même leurs mains fermement accrochées. 

- Ca va aller ? Questionna Bill sans avoir besoin de préciser à propos de quoi.
- Je pense. 

En réalité, Tom n'avait aucune idée de s'il allait aller bien ou pas. Il ne savait pas si la crise était passé et définitivement terminée. Il ne savait pas si lui-même allait s'en remettre. Ça avait tellement puissant, tellement dévastateur, et le pire était peut être que même maintenant, en ayant retrouvé toute sa lucidité, tout le contrôle de son corps, il ne se sentait pas rassuré, au contraire. Il avait encore trop mal pour assurer que les choses iraient bien. La seule pensée claire qui le hantait était qu'il ne souhaitait pas voir Bill loin de lui. La pression qu'il effectuait sur leurs mains liées le prouvait d'ailleurs à son frère qui n'imaginait pas non plus partir à plus de 30 centimètres de Tom. Ils étaient perdu, oui, mais ils avaient besoin de l'autre maintenant plus que jamais. 

Après avoir rapidement prévenu Caro et Gustav de leur départ, Bill et Tom, toujours fermement liés par la main, sortent dans les rues calmes et encore plongées dans le sommeil. Ils marchent jusqu'à l'arrêt de bus où ils peuvent constater avec soulagement que les premiers bus passent à 5h30, heure actuelle. Ils n'ont à attendre que quelques minutes à peines durant lesquelles ils se sont enlacés fermement l'un contre l'autre, yeux fermés, fronts collés. Ils grimpent dans le bus où le chauffeur qui commence sa journée leur lance un bonjour endormis avant de les ramener chez eux. Une fois arrivés à destination, les jumeaux se retrouvent confrontés au vide de leur maison qui restera uniquement peuplé de leur présence jusqu'au soir où leurs parents sont censés rentrer. Après avoir retiré manteaux et chaussures, ils se retrouvent debout au milieu du salon, la fenêtre filtrant les premiers rayons du soleil qui se pointe lentement. Ils restent un instant à se regarder. 

Tom observe Bill. Il détaille ce visage, il lui trouve l'air fatigué, l'air préoccupé, et pourtant il le trouve beau. Il a ces petites choses qui lui sont propres, qui font qu'ils sont différents l'un de l'autre tout en étant tellement semblables. Il a envie de toucher son visage, de lui dire avec ses doigts qu'il l'aime et qu'il le remercie d'être toujours là pour lui. Il a envie de s'approcher et de le sentir contre lui pour lui exprimer son besoin d'être avec lui, son manque trop grand depuis deux années qu'ils ont perdu leur véritable lien. Deux longues années que Tom n'a plus cette certitude de ne pas être né seul sur Terre. Deux trop longues années qu'ils ont cessé d'être Bill et Tom pour n'être plus que Bill ou Tom. 

Bill observe Tom. Dans sa tête, sans qu'il le sache, se passent presque les mêmes choses que dans celle de son frère. Le manque, le vide. Le doute. Et si il avait manqué à son devoir ? Et si il avait mal protégé Tom, durant tout ce temps ? Il a peur de perdre son jumeau. Il a peur de ces crises qui le tuent un peu plus à chaque fois. Il en a peur parce qu'il n'en a pas le contrôle, même s'il peut les arrêter, il ne peut pas les empêcher, juste les stopper pour un temps limité. Il a peur de ressentir à nouveau cette douleur insupportable qui l'a frappé cette nuit alors que Tom agonisait au milieu de ce salon. Il observe son visage tiré par la fatigue, marqué par une souffrance qu'il ressent également, souffrance qui n'a pas l'air de vouloir les quitter. Il a envie de le toucher. Il a envie d'être contre lui, il a tellement besoin de le sentir vivant. Il a eu tellement peur de le perdre ce soir. 

L'année de leurs 13 ans, soit un an après avoir passé leur premier été l'un sans l'autre, Bill et Tom ont eu pas mal de problèmes l'un avec l'autre. Et les crises de Tom ont commencées à devenir plus sérieuses. Et même s'ils étaient souvent en froid, à chaque crise, Bill était là pour aider son frère. Leurs parents n'ont jamais cherché à savoir pourquoi à cette période précise les jumeaux avaient cessé d'être des jumeaux. Et pourtant. Ils auraient peut-être dû.
Ce fameux été, Bill, du haut de ses 12 ans, était partit en colonie durant les deux mois et Tom avait été envoyé chez ses grands-parents. Les premiers jours avaient été atroces. 
Bill ne décrochait pas un mot, ne se mêlait pas aux autres jeunes, pleurait en silence. Il avait la tête constamment baissé, comme s'il portait le poids d'un chagrin trop lourd. Et il avait ce regard. Lorsqu'on avait l'occasion de croiser ses yeux, on pouvait y lire une haine et une ranc½ur sans limite. C'était un regard assassin, un regard qui vous glace sur place. Un regard qui voulait hurler que le monde était injuste et que personne n'avait le droit de leur infliger ça.

De son coté, Tom avait fait de même. Ses grands-parents essayaient de lui changer les idées, ils habitaient en pleine campagne, son grand-père l'emmenait donc avec lui dans les champs, sur son tracteur, et tentait de lui changer les idées. Il n'approuvait pas cette séparation. Et c'est d'ailleurs ça qui le rapprocha énormément de son petit-fils. Un soir où Tom mangeait encore en silence, quelques larmes roulant sur ses joues, il en avait eu assez. Il avait demandé à sa femme de le laisser seul avec Tom. Et ils avaient parlé, longtemps. Tom cherchait juste à comprendre pourquoi ses parents ne l'avaient pas autorisé à rester avec Bill. Il écouta attentivement son aîné lui expliquer que Bill et lui ne pourraient pas toujours être ensemble, même s'ils le souhaitaient tout deux. Parce que c'était ainsi. « Les frères jumeaux doivent avoir des vies différentes », disait-il, la voix peiné, « même si je ne suis pas d'accord avec vos parents sur ce point. C'est comme s'ils vous punissaient pour quelque chose que vous n'avez pas fait. ». Tom hochait la tête, même s'il ne comprenait pas toujours ce que murmurait son grand-père, l'air profondément peiné. Il avait simplement passé le reste des vacances à essayer de faire le plus d'activités possibles pour se changer les idées, tout en ayant le soutient de son grand-père, qui chaque jour, lui répétait que ses retrouvailles avec son frère approchaient.

Ce que Tom n'avait pas prévu, c'était que Bill, lui, avait fini par céder. Si au départ il s'était juré de ne rien faire, de rester extérieur à cette colonie, ces autres gamins de son âge, et de juste attendre de retrouver son jumeau, il avait finalement été entraîné dans les jeux de pistes, l'escalade et le kayak. Il s'était fait des amis. Il avait découvert une autre façon d'être, qui lui autorisait une vie sociale, chose qu'il n'avait pas chez lui. 

Sur le chemin du retour, Tom avait été tout excité. Ses parents lui avaient promis la veille au téléphone qu'il pourrait les accompagner pour aller chercher Bill. Il avait compté chaque minute, chaque seconde. Lorsqu'il avait vu arriver le bus sur le parking, son c½ur avait fait d'incroyables bonds dans sa poitrine, et il avait piétiné tandis que les portes s'ouvraient, laissant un à un sortir les jeunes enfants a l'air nostalgique. Et enfin, il l'avait vu. Sans pouvoir se retenir, et sentant toute la souffrance et le manque accumulé durant ces deux longs mois, il avait crié le prénom de son jumeau et s'était jeté sur lui. Bill l'avait réceptionné un peu maladroitement et lui avait murmuré un « Salut Tom » plutôt distant. Le blond en avait été alarmé, et comme par automatisme, tout son corps s'était raidit. Ca n'était pas normal. Ce n'est pas comme ça que les choses devaient être. Bill s'était retiré et avait tristement récupéré ses affaires avant de prendre beaucoup de personnes dans ses bras, les larmes aux yeux. Beaucoup trop de personne au goût de Tom. 

Pourquoi avait-il l'air si malheureux de rentrer ? De le retrouver ? Pourquoi ne l'avait-il pas serré dans ses bras pour lui dire qu'il lui avait manqué à en mourir, et que plus jamais ils ne passeraient autant de temps loin l'un de l'autre ? Tom n'avait pas compris. Sous le choc, il avait à peine réagit quand Bill lui était passé devant, s'était installé dans la voiture, accoudé à la fenêtre, les yeux dans le vide. Ce sont ses parents qui l'avaient poussé à rentrer dans le véhicule, en lui chuchotant un « C'est rien Tom, ça va lui passer, il a juste du mal à quitter ses amis ». Quitter ses amis ? Mais qu'est-ce qu'ils pouvaient avoir de plus que son propre jumeau ? Tom n'avait jamais trouvé de réponse à cette question. Il s'était tu, s'était assis à côté de Bill, et ils étaient rentrés.

Ce soir là, Tom comprit le véritable sens du mot « souffrir ». Il ne se vit adressé de la part de Bill qu'un « bonne nuit » de toute la soirée, pas même un regard, rien. Alors il était monté dans sa chambre, et s'était laissé glisser contre sa porte. Son c½ur battait rapidement, trop rapidement. Ses mains tremblaient. Et une question résonnait à ses oreilles, l'étourdissant. 
Où était Bill ? Qui lui avait arraché son frère ? Où était son Bill ?

Quelques minutes plus tard, Bill était arrivé en catastrophe et avait trouvé Tom recroquevillé sous son lit, les poings serrés, la gorge brûlé par les sanglots. Il l'avait calmé. Et s'était recouché, laissant Tom s'endormir, assommé par la fatigue de cette violente crise.
La suite n'avait été qu'une répétition incessante. Et une dégradation lente. Car Bill et Tom avaient été ensemble tout au long de leur scolarité au collège. Ils trainaient avec Carolane et Andréas. Seule différence : si Tom, Carolane et Andréas restaient toujours ensemble, Bill avait beaucoup d'autres amis. La transformation des jumeaux avait été si progressive que personne, mis à part les principaux concernés, ne s'en était aperçut. Ils semblaient tellement complices, tellement heureux, que leurs amis, leur famille, leurs propres parents n'avaient rien remarqué. Mais y-avait-il seulement quelque chose à remarquer ? Tom se l'était souvent demandé. Et était toujours arrivé à cette même conclusion. Oui. Bill s'éloignait. Il aimait Tom, c'était indiscutable, il l'aimait plus que tout, de cet amour unique qu'il n'avait au monde pour personne d'autre. Mais il l'aimait de loin. Parce qu'il aimait également être aimé, et qu'il savait qu'avec Tom constamment près de lui, il ne pourrait pas l'être autant que seul. Alors il s'était éloigné. Très lentement, sans brusquerie. 
Tom n'avait jamais pu s'empêcher de penser qu'à leur entrée au lycée - moment où, d'après lui, ils avaient réellement perdu leur statut de jumeaux - Bill avait été heureux de se retrouver dans une classe différente de la sienne. Il avait rapidement acquis cette admiration, ce respect de tous, et cette fâcheuse habitude de passer de conquête en conquête, sans jamais s'attirer d'ennuis. 

Voilà où ils en étaient aujourd'hui, alors qu'ils en étaient à leur dernière année au lycée. 
Mais une chose restait assez mystérieuse, et Tom ne parvenait pas à y donner une explication.

Pourquoi, alors que pour lui, il était clair que Bill et lui n'étaient plus de véritables jumeaux depuis presque 5 ans, conservaient-ils malgré tout ce lien si puissant qui se manifestait lorsque l'un des deux souffrait, d'une quelconque manière ? Pourquoi n'étaient-ils pas simplement devenus de véritables étrangers, sans aucune connexion gémellaire ? 
Et, alors qu'il se posait cette question, Tom baissait les yeux, écrasé par la souffrance, et pensait qu'il aurait préféré. C'était plus difficile de se voir accordé de temps à autre un aperçu de ce que pourrait être sa relation avec Bill, pour se le voir retiré presque immédiatement ensuite. 

Et c'est précisément ce qu'il est en train d'arriver, là, au milieu de ce salon, à 6h du matin. Bill lui offre un peu de cet amour fusionnel qui lui manque depuis si longtemps. Tom se rend compte qu'il s'est avancé vers lui, tout le long qu'ont durées ses pensées. Et que Bill s'est avancé vers lui. Qu'ils n'ont qu'une petite poignée de millimètres avant d'être complètement collés. Et qu'ils hésitent tous les deux. Pourtant, poussé par la peur qu'ils ont ressentie cette nuit, leurs corps se rejoignent, comme pour s'assurer qu'ils peuvent encore se compléter. Bill enroule ses bras autour du cou de Tom, qui lui, enserre sa taille. Ils posent à nouveau leurs fronts l'un contre l'autre. Bill peut sentir l'haleine alcoolisée de son frère et, si près de son visage, il peut distinguer les marques bleutées sous ses jolis yeux fatigués. Une vague de tendresse l'envahis, un sentiment hyper-protecteur qui le pousse à approcher sa bouche de l'oreille de Tom pour murmurer doucement :

- Tu viens prendre une douche ?

Le blond hésite. Prendre le peu qui lui est offert pour se le faire retirer ensuite, encore ? Il croise le regard de Bill, et ses doutes s'évanouissent. Oui, même si ça signifie souffrir un peu plus après. Peu importe, du moment qu'il retrouve Bill, son frère jumeau, l'espace de quelques instants. 

Sans se précipiter, ils grimpent à l'étage, et pénètrent dans la petite salle de bain qui leur est réservée. Jusqu'à leurs 12 ans, ils se lavaient ensemble, mais passé un certain âge, ils avaient appris à le faire discrètement, sachant que leur mère n'appréciait pas trop la chose. Mais cela fait bien longtemps qu'ils n'ont pas réédité l'expérience. Sauf que tout de suite, aucun des deux ne songe au fait que ça puisse être étrange, ou déplacé. Ils pensent juste au fait de ne pas vouloir être séparé, même pour le temps d'une douche. 

Les vêtements sont rapidement jetés au sol, et les deux garçons se retrouvent nus, sous le jet brûlant de la douche. Les doutes de Tom reviennent. Peut-il se permettre un autre geste d'intimité, comme ils n'en ont pas partagé depuis que leurs corps ont changés, que Bill multiplie les conquêtes et Tom les évites ? Il n'a pas à méditer la question plus longtemps que le brun vient se nicher dans ses bras, collant leurs nudités sans gêne l'une contre l'autre. Le c½ur de Tom en soupire presque de soulagement. La douleur s'estompe. La chaleur de l'eau est parfaite, et Bill est bien, juste ici. Tom lui caresse le dos, le savonne doucement, lui masse le cuir chevelu. Bill fait courir ses doigts sur les omoplates de Tom, appuie un peu, détend les muscles crispés. Leurs peaux s'accrochent, comme si elles étaient constituées de milliards de petites mains qui s'agripperaient les unes aux autres, fusionnant pour ne laisser qu'un seul être. Et puis, soudain, Bill sent Tom se raidir et étouffer un sanglot. Pris de panique, craignant une nouvelle crise, il saisit le blond par les épaules et plonge son regard dans les yeux humides. Mais étrangement, il n'y trouve pas la lueur de frayeur qui indiquerait une crise. Non, il y distingue juste une tristesse profonde, qui lui fend le c½ur.

- Tom...
- Ne me laisse plus,
 implore Tom en agrippant ses mains dans les cheveux de Bill. Pitié. 

Ils se contemplent un long moment, seul le bruit de l'eau couvrant leurs respirations saccadés. Puis, sans un mot, Bill saisit Tom par le derrière de la tête et le colle contre lui, serrant fort ses bras autour de son cou. 

- Je te le jure. Je vais changer. Je te protègerai toujours. Toujours.

Il peut sentir Tom pleurer contre lui, mais il sourit. Il sait qu'il tiendra sa promesse, cette fois. 
Bientôt, ils sortent emmitouflés dans deux grandes serviettes éponges, enfilent des boxers, et se dirigent vers la chambre de Tom. Celle de Bill abrite trop de choses dont le blond n'a pas envie de connaître l'existence, pour une raison obscure. Le blond se glisse sous la couverture épaisse, suivit par Bill. Ils n'ont même pas le souvenir d'avoir dormis ensemble dans un des deux lits, tellement la dernière fois remonte à longtemps. 

Rapidement, ils se retrouvent enroulés l'un autour de l'autre. Les longues jambes fines de Bill entourent la taille de Tom, lequel a la tête enfoui dans le cou de son frère. Leurs respirations sont lentes, et ils savent qu'ils tomberont dans un sommeil paisible qui ne leur est plus accordée habituellement. 

Pourtant, avant de sombrer, ils ont tous deux parfaitement conscience d'avancer la tête au même instant, dans le même but de poser leurs lèvres sur leurs jumelles. Le contact est long, et il est naturel. Les deux bouches sont faites l'une pour l'autre. Ils se séparent doucement, sans plus d'explication, et s'endorment étroitement enlacés. 

Ce matin, Bill et Tom redeviennent jumeaux.

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Comments :

  • ich-steh-wieder-auf

    07/01/2012

    peut-être un de mes chapitres préférés de cette mini ficiton pour le moment

  • chaos87th

    27/01/2011

    Heureusement pour Tom, que Bill ne l'a pas écouté et qu'il est venu pour l'aider à ce débarrasser de cette pu... de Gabrielle.
    C'est le retour des jumeaux avec quelques nouvelles choses qui ne leur fera que du bien je pense.
    X'est pour ça que je l'aime bien ce chapitre.

  • Giffolies

    27/11/2009

    Quand comprendra tu que Tom ne t'aime plus.
    Oula Bill c'est un violent.
    Ce chapitre est assez triste j'ai pleurer quand Tom repensait a quand il a été séparée de Bill.

  • Thunderbolt-Real-Ya0i

    24/06/2009

    Bon, je t'épargne le début du chapitre è_é

    Mais après, je trouve tellement chouloulou les moments entre eux !
    Toute ma colère s'envole *-*
    J'adore XD

  • Zerstorerische-Ferien

    06/05/2009

    Han *_*
    J'aime beaucoup ^^
    Les twincest c'est pas trop mon truc normalement mais là j'avoue que ça me plait assez !!

    Hâte de lire la suite !!!!!

    BzouxXxX <3
    Ceriiize_#

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