Secret Addiction - Chapitre 6


Chapitre 6

PDV Tom

Ma tête glisse contre mon poing, et je suis obligé de la remonter à chaque fois que je me sens partir. L'exercice est difficile, et j'ai vraiment très envie de céder au sommeil et de me laisser aller. Sauf qu'on est en cours d'anglais, et que c'est simplement impossible. Je soupire sans ménagement, m'attirant le regard mi-blasé mi-amusé de Gus qui est un grand passionné de l'Angleterre. Ma joue me brûle, et dans un éclair de lucidité, je décide d'arrêter d'y laisser reposer ma tête, sans quoi je risque très fortement de garder une belle trace rouge. Mes yeux se dirigent naturellement vers ma meilleure amie de cette salle : l'horloge. Qui a décidé de ne pas être mon amie aujourd'hui. Elle m'indique qu'il reste encore 25 minutes avant la fin du cours. Si je m'écoutais, je sauterai par la fenêtre à ma gauche. Avec un peu de chance, je me rattraperai à la gouttière et je pourrai glisser vers la cour. Mes délires sont interrompus par une sensation désagréable, celle d'être fixé. Je grogne un peu en me tassant sur ma chaise. Je sais d'où vient ce regard, ça fait presque deux mois qu'il me pèse chaque jour, chaque instant passé au lycée. Les yeux de Gabriela sont pires que des rayons X je me demande même parfois si ils n'en sont pas réellement.

Deux mois. Deux mois que cette fête est passée, deux mois que Bill l'a empêché de faire quoi que ce soit... Je frissonne à cette pensée. Malgré ces deux mois, je revois encore la scène comme si c'était hier. Elle a respecté les ordres de Bill, elle n'a pas essayé de reprendre le contact, elle ne m'approche même plus. Elle passe son temps avec Johan, et Gus reste avec moi. Je lui ai raconté, bien entendu. Il a été choqué, très surpris... Ce que je comprends, je n'aurai jamais pu imaginer qu'elle soit capable d'un truc pareil. Ça paraît fou et improbable, et pourtant... Par respect, je n'ai rien dit à Johan, j'ai simplement mentis en lui affirmant qu'elle et moi on s'était mis d'accord pour ne plus se fréquenter. Il la connaît depuis plus longtemps que moi et Gus, il est donc resté avec elle, c'est un peu son meilleur ami.

Depuis, les choses ont changées, les habitudes aussi. Et pas seulement parce qu'on ne traine plus à quatre, mais aussi parce que je passe beaucoup plus de temps avec Bill. Enfin, beaucoup, tout est relatif. Avant, on ne mangeait ensemble que très rarement. Maintenant, on le fait une ou deux fois par semaine.

Juste après le week-end de la fête à Gustav, dès le lundi en fait, Bill a mis sa promesse en application. Ca a tenu deux semaines, et puis, doucement, je l'ai senti retomber dans ses habitudes. Je n'ai rien dis, qu'est-ce que j'aurais pu dire ? Il est comme ça... Je n'ai pas le droit de l'emprisonner. On a passé plus de temps ensemble, on continue de le faire, alors franchement, je n'irai pas me plaindre, pas pour le perdre à nouveau, j'ai trop besoin du peu qu'il m'offre. De plus, je sens que je vais mieux, et je n'ai pas refait de crise depuis.

Au lycée, mais à la maison aussi, quelques petites choses se sont améliorées. Il reste plus souvent passer quelques soirées avec moi, et on va de plus en plus au juji ensemble. Par contre, la douche et le lit partagé n'ont pas été retentés. Peut-être parce que lui comme moi, on a réalisé que c'était un peu étrange. Je pense que l'adrénaline, la peur, ou peut-être même juste le moment présent, nous avaient empêchés de nous poser des questions sur ce que nous faisions. Mais avec le recul...

La voix aigüe de la prof m'interrompt dans mes divagations, et elle prononce un mot qui attire mon attention. Un sourire se dessine sur mon visage. Je constate que toute la classe semble enthousiaste et passionnée par le cours tout d'un coup. Et pour cause. Elle est en train de parler du voyage. Le voyage dont on est au courant depuis le début de cette année. On part une semaine fin mai en Angleterre, c'est-à-dire dans deux mois environ. Nous, oui, mais aussi la classe de Bill. Ça promet d'être fantastique. Une longue semaine loin de l'Allemagne, loin de la maison, loin du reste du monde. Mais le meilleur reste quand même notre répartition dans les familles d'accueil : elle a été faite par ordre alphabétique, les deux classes confondues. Pas besoin d'être trop intelligent pour comprendre que moi et Bill, on se retrouve ensemble. On correspond avec le fils des personnes qui nous hébergeront depuis des mois, c'est un mec très sympa, qui a notre âge, et il trouve très amusant le fait d'avoir des jumeaux comme « frères d'accueil ».

La sonnerie retentie bien plus tôt que je ne l'aurai pensé. Avec cette histoire de voyage, j'en ai oublié de surveiller l'heure. La journée est enfin terminée. J'attends Gus avec qui je descends les escaliers et vais vers la sortie. Je lui expose avec enthousiasme le programme de mon week-end. Un week-end... Familial.

-... Et on revient dimanche soir, normalement.
- C'est trop cool. Un camping de combien d'étoiles ?
- Euh, trois ou quatre, je sais plus vraiment. Les parents ont dit qu'il y avait deux piscines, et on est à quelques centaines de mètres de la mer. Franchement, je vais pas chercher plus loin. Et puis c'est qu'à une heure à peine d'Hambourg, comme ça on ne va pas faire trop de route. Non, crois-moi mon pote, ça va être un putain de bon week-end.
- Tant mieux pour toi alors. Vous avez un mobil-home, c'est ça ?
- Ouais, mes parents aiment bien, ils font souvent ça. Mais d'habitude, on reste à la maison, et ils partent avec des amis. Là, c'est juste nous quatre.
- Merde, je ne sais pas comment tu fais pour être aussi heureux de partir avec tes vieux. S'ils m'obligeaient à partir avec eux et ma s½ur, je crois que je me pendrai.

Il imite une corde se resserrant autour de son cou, ce qui me fait rire.
- Bof, j'ai Bill avec moi. On n'a pas fait ce genre de weekend depuis super longtemps. Quand on était petits, ils nous amenaient tout le temps à la mer, presque tous les étés...

« Avant l'été de nos 12 ans », me murmure une voix avec une sorte de ton moqueur. Je juge que cette précision est inutile. De plus, on est arrivé au portail. Gus m'envoie un sourire radieux.

- Alors, bon week-end famille, Tom.
Il me file un coup dans l'épaule, et je lui rends son sourire.
- Ouais, toi aussi. A lundi.

Je l'observe s'éloigner, le sourire aux lèvres. Gus est un de mes meilleurs amis, avec Andréas et Caro. Je le connais depuis presque trois ans, depuis mon arrivé au lycée en fait. Lorsque j'ai été séparé de Bill et de Caro, qu'Andy est partit... Il est venu naturellement vers moi, et on est vite devenu très proches. C'est un gars simple, vraiment gentil. Et il a toujours prévenu Bill en cas de besoin. Pas comme Gaby. Je fronce les sourcils à ce souvenir. Gus a eu la bonne idée de dire à Bill que Gabriela avait tenté de me calmer à la fête, et avait empêché Johan de l'appeler. Mon frère s'est mis dans une colère assez incroyable, et il voulait régler son compte à Gaby, peu importe qu'elle soit une fille, il voyait rouge. J'ai réussis à le calmer et à le raisonner, mais c'était pas loin... Je pense qu'elle aura tout fait... 

Je pousse un soupir. Puis jette un coup d'½il à la cour qui se vide peu à peu. Mais qu'est-ce qu'il fou ? Il m'a demandé de l'attendre, on est censé rentrer ensemble, et se grouiller de boucler nos affaires. On part ce soir même au camping où on va passer deux longs jours ensemble. Je sens mon c½ur se gonfler. J'ai tellement hâte. Des bruits de conversation attirent mon regard. J'aperçois Bill qui arrive en compagnie de Georg et de deux filles de sa classe. Elles gloussent comme des dindons derrière eux, ce qui semble les amuser, beaucoup même. J'en vois une s'approcher de mon jumeau et lui murmurer quelque chose à l'oreille. Il lui renvoi un sourire, et hoche la tête. Inconsciemment, je serre les poings. Ils continuent d'avancer vers le portail, et quand ils passent, je ne peux m'empêcher de me racler bruyamment la gorge. Bill me lance un regard, et je peux presque y voir une ampoule s'allumer.

- Merde, Tom, pardon, j'avais zappé qu'on devait se grouiller !
- J'ai remarqué, 
dis-je en bougonnant.
- Te grouiller pourquoi ? L'interroge Georg. Oh, et salut, Tom, me lance-t-il avec un sourire.

Je lui renvois. C'est un gars sympa. Les deux filles derrières me lancent des regards étranges, et chuchotent entre elles. Je me renfrogne un peu plus.
- Bon bah, j'y vais alors, lance finalement Bill en claquant l'épaule de son meilleur ami. On part demain, j'ai des affaires à préparer. Passe un bon week-end. A plus les filles !

Il leur envoie un clin d'½il, mais elles semblent ne pas le voir, trop occupées à parler de moi. Je sens que si on reste ici, je vais péter un câble. Mes poings sont tellement serrés qu'ils me font mal. Heureusement, Georg part dans la direction opposée, suivit par les deux cruches qui m'envoient encore quelques regards avant de se retourner pour de bon. Je sursaute presque en sentant la main de mon frère se glisser dans mon cou et le masser avec insistance.

- Ça va ? Me demande-t-il, l'air inquiet. Merde, je sentais tes muscles se tendre d'ici. Faut être moins stressé, frangin.

Je relâche un peu les épaules et soupir de soulagement, me laissant faire. Il ramasse son sac sans cesser de me masser la nuque, le passe par-dessus son épaule, et délaisse mon cou pour enrouler son bras autour de mes épaules. J'attrape mon propre sac par la lanière, et nous prenons le chemin de chez nous.

- Je ne pensais pas que te faire draguer te faisait un tel effet...
Je m'écarte de lui pour lui lancer un regard effaré.
- Pardon ? Tu veux parler des deux connasses qui se foutaient de ma gueule ?
- Tom,
 dit-il en fronçant les sourcils, excuses-moi, mais elles avaient l'air de tout sauf de se foutre de toi. Elle rougissait comme des collégiennes, et elles te mataient.
- C'est faux.
- Ah Tom, Tom, Tom... Il faut sortir, des fois... Je pourrai t'arranger un coup, si ça te dis. Elles avaient vraiment l'air intéressées.

Il hausse les sourcils, l'air fier de lui. J'accélère un peu le pas, sentant l'agacement me chauffer les oreilles. Le pire, c'est que j'ignore totalement pourquoi je m'énerve pour si peu. Bill et moi, on se charrie souvent, c'est pas comme si c'était avec de mauvaises intentions... Mais qu'il vienne me parler sentiment m'énerve. Non, ce qui m'énerve, en fait, c'est qu'il essaye de gérer ma vie sentimentale, comme si ça lui plaisait... Mes pensées dérivent lentement vers des contrées dangereuses. Je me prends à repenser à l'époque où je sortais avec Gabriela. La haine et la jalousie de Bill m'avaient tellement plu, que je me souviens avoir prolongé ma relation avec elle, rien que pour le voir enrager. Et là... On dirait presque que ça lui fait plaisir que ces filles...

- Tom ! Hey, mais attends !

Je soupire bruyamment, avant de me stopper, laissant le temps à Bill de combler les quelques mètres d'avance que j'avais pris.
- Qu'est-ce qui te prends ? Désolé, je ne pensais pas que...
- Laisse tomber.


Au ton de ma voix, il a dû comprendre que ce n'était pas la peine de négocier plus. Je reprends une allure moins rapide, néanmoins, je ne décroche pas un mot jusqu'à ce qu'on atteigne la maison. Bill n'ose pas dire quoi que ce soit non plus. Je m'en veux un peu de le laisser penser qu'il m'a vexé. Puisque ce n'est pas le cas... Pas vrai ? Je chasse les doutes de mon esprit, et vais préparer mes affaires. L'évocation du week-end me redonne un peu le sourire. Oui, c'est vraiment ce dont j'ai besoin pour me changer les idées.

***

- Wahou !


Je crois que je n'aurais pas dit mieux. J'observe le magnifique camping que l'on traverse en voiture à travers la vitre, imitant Bill qui ne cesse de lâcher des « Wahou » ébahis. Il faut dire que c'est quand même assez luxueux. Les allées sont bordées de grands arbres, les emplacements spacieux, il y a des airs de jeux un peu partout, et les piscines au centre du parking. J'aperçois quelques toboggans qui s'élèvent assez haut, et un bassin plutôt gigantesque. Mais le mieux, ce sont les mobil-homes. Ils sont énormes. 

Notre voiture se gare finalement devant l'un d'eux, et les parents nous annoncent fièrement qu'on est arrivés. Nous sautons de la voiture d'un même mouvement, et tandis que Bill s'étire dans tous les sens en gémissant qu'il a mal partout, je jette un coup d'½il aux alentours. Nous sommes parmi d'autre mobiles homes, mais je vois également des toiles de tentes pas loin, et une caravane.

J'entends mon prénom, et vais à la suite de ma famille pour découvrir l'intérieur de notre maison pour trois jours. C'est très sympa, on a un salon avec une grande banquette, une cuisine, une petite salle de bain et deux chambres assez spacieuses. Nous installons rapidement nos bagages à l'intérieur, et mon père annonce fièrement qu'il va tenter de faire fonctionner le barbecue pour quelques grillades ce soir. Bill me tire par la manche, et me propose d'aller faire un tour de repérage. Je le suis, et nous discutons joyeusement tout en traversant le camping de long en large. Il a l'air aussi heureux que moi d'être ici, et cette pensée me réjouis. Nous nous amusons à regarder les plaques d'immatriculations, pour voir d'où viennent nos voisins plus ou moins proches. Nous trouvons quelques anglais, des français et des belges, principalement. Je repense avec tendresse à nos longs étés en camping, il y a des années. Je trouve ça absolument génial de pouvoir revivre ce genre de weekend, même si il ne fait pas aussi chaud qu'en été. Nous faisons un détour par les sanitaires, et Bill décrète qu'il aimerait bien prendre une douche ici une fois, pour voir.

- Je te signale qu'on a une très belle douche, au mobil-home.
- Moque-toi,
 m'accuse-t-il alors que je ricane. Je te parle de venir juste une fois, après la piscine par exemple.
- Tu ne vas même pas te baigner.
- Ah ouais ? C'est ce qu'on verra...


J'hausse les épaules avec un sourire. Peu m'importe qu'il se baigne, qu'il utilise les sanitaires, du moment qu'il est là, avec moi. Le reste n'a aucune importance.

***

J'enfile un gros sweat gris que j'avais judicieusement prévu. La nuit est tombée depuis un moment, et l'air s'est nettement refroidi. Je m'apprête à sortir du mobile home, avant de faire un pas en arrière et d'attraper une couverture. Je pousse la porte vitrée et m'avance sur le petit balcon en bois. Bill grelotte un peu sur sa chaise. Je lui passe la couverture autour des épaules avant de m'installer à côté de lui, saisissant une tasse fumante du café qu'il m'a préparé.

- Merci.


Nous nous regardons en souriant. Dire la même chose au même instant ne nous arrive plus si souvent, même si la plupart du temps je suis capable de savoir ce à quoi il pense. Je l'observe réorienter ses yeux vers le ciel étoilé, très dégagé ce soir. J'avale un peu du liquide chaud qui se répand agréablement dans mon corps.

- C'est superbe, souffle Bill.

J'hoche la tête, subjugué par la beauté de cette soirée. Les parents sont partis faire un tour dans le camping, avant d'aller dormir, nous laissant un peu seuls. Je ferme les yeux, et apprécie le calme des alentours, saisissant quelques bruits indiquant que des gens parlent avec animation non loin de notre emplacement.

- Ça faisait longtemps, pas vrai ? Me demande Bill sans quitter les étoiles du regard.
- Oh ouais. Presque 6 ans.
Il fronce les sourcils et reporte son attention sur moi.
- Comment tu...
Il semble réfléchir, et referme la bouche, l'air peiné.
- Ah. 6 ans, oui.
Je peux sentir son malaise, et tente de détendre l'atmosphère.
- On partait souvent, mais parfois, qu'est-ce qu'on s'emmerdait ! Tu te souviens, on avait quoi, 8 ans ? On est partit dans ce camping pourri, où on a dormi sous des toiles de tentes...
- Alors qu'il avait plu toute la nuit, que la boue avait glissé partout et enlisé la voiture, et on est même repartit plus tôt, tellement les parents avaient trouvé ça horrible. Un peu que je m'en souviens. Ça a été notre pire week-end.


Je rigole doucement. Je sens sa main venir prendre la mienne, et je la lui sers en retour. Nous tournons nos yeux de nouveau dans la même direction, et je profite de la chaleur qui se répand dans mon corps au contact de ses doigts entre les miens.

***

Je louche avec intérêt vers le fond de la piscine, que j'estime assez éloigné pour pouvoir plonger. La chair de poule recouvre mon corps, et il est temps que je plonge, c'est pas bon de sortir de l'eau quand on y est entré, c'est un coup à attraper froid. Parce qu'il ne fait pas tellement chaud, mais le soleil brille tellement fort que, quand le vent reste calme, on se croirait presque en été. Je place mes pieds bien au bord du plongeoir, et sens d'un coup une sensation agréable me chatouiller l'estomac. Instinctivement, mes yeux se tournent vers la seule personne capable de me faire ressentir cela. Je tombe effectivement sur Bill en train de me détailler depuis sa chaise longue. Il a remonté ses lunettes de soleil sur sa tête, tient son magazine dans la main, et me fixe avec insistance, sans avoir l'air de remarquer que j'en ai parfaitement conscience. Finalement, alors que son regard longe mes bras, il croise mes yeux, et baisse aussitôt les siens. Je sens une boule de fierté gonfler en moi, et me prend même à me redresser un peu. Une brise fraiche me donne de violents frissons et me force presque à accélérer le mouvement. Je donne une légère impulsion et me jette dans l'eau en un parfait plongeon. Je m'autorise quelques longueurs, surtout qu'il n'y a presque personne, je suis le seul a trouver que l'eau est assez bonne pour s'y baigner, sûrement. Puis, après m'être bien épuisé, je sors de l'eau et vais me poster à coté de mon frère qui, comme je l'avais prédit, a catégoriquement refusé de mettre un orteil dans l'eau.

- Je te sens froid d'ici, grogne-t-il alors que je m'enveloppe dans une serviette et frictionne un peu mes épaules. T'es complètement malade. Tu vas chopper la mort.
- Frileux. Petite vieille. Retourne à tes mots croisés.


Il m'envoie un coup de magazine sur la tête, me faisant rire. Après avoir suffisamment séché, je retire la serviette et expose mon corps, seulement recouvert d'un short de bain noir, au soleil. Sans quitter son magazine des yeux, Bill me passe la crème solaire.

- Trop aimable, 
dis-je en m'en saisissant et en tartinant une grosse couche sur mes bras.
- J'ai pas envie de t'entendre te plaindre tout le week-end parce que t'auras pris quelques coups de soleil. Chochotte.
- Dit celui qui n'a pas voulu enlever ses vêtements.
- Je te signale que...


Il tourne la tête pour poursuivre, mais sa voix se bloque. J'ouvre un ½il, inquiet, et suis surpris de le voir devenir légèrement rouge et replonger dans sa lecture en marmonnant un « laisse tomber » un peu gêné. Je hausse les épaule et reprend ma séance de bronzage. Je vais pouvoir faire enrager Gus en lui montrant mon super teint lundi, lui qui pense que les week-ends familiaux n'ont aucun avantage. Un sourire tranquille prend place sur mon visage alors que Bill commence doucement à chantonner. Qui pourrait rêver mieux ?

***

La journée est passée à une vitesse folle. On l'a passé en grande partie à la piscine, puis, à la demande de Bill, dans les sanitaires. Qu'il a trouvé très à son goût d'ailleurs, plus spacieux que la douche du mobile home. Parfois, je me demande ce qu'il peut bien se passer dans sa tête.

Ce soir, le camping organise une sorte d'apéritif pour ses locataires. C'est un bon moyen de rencontrer des gens, et de discuter, d'échanger. Mes parents adorent ce genre de chose. Je voulais rester au mobile home avec Bill pour regarder un DVD, mais il tient lui aussi à y aller. C'est donc pour cette raison que je suis en train de m'emmerder alors qu'il discute avec trois jeunes, une fille et deux mecs, qui sont dans une caravane pas loin de notre emplacement. Je pousse un profond soupir. On repart demain, et lui, il reste avec des personnes qu'il ne reverra probablement jamais. C'est plus fort que moi, depuis 10 minutes j'assassine les trois parasites du regard. De quel droit ils s'approprient mon frère durant notre week-end ? Une femme semble appeler les deux mecs, puisqu'ils saluent Bill et s'en vont. Loin de me rassurer, ce départ me fait encore plus bouillonner. 

La fille qui reste prend ses aises, je la vois même poser sans main sur le ventre de Bill. Le gobelet en plastique dans ma main vit les dernières heures de sa vie alors que je le broie sans pitié. J'ignore pourquoi, mais rapidement, alors que je laisse le bout de plastique tomber au sol, mon bras se met à trembler, et la colère monte doucement en moi. La fille avec mon jumeau semble le remarquer, puisqu'elle se penche à son oreille pour lui murmurer quelque chose sans me quitter des yeux. Il se retourne, et nos regards se croisent. Je peux lire l'incompréhension dans le sien. Je me rends alors compte que j'ai les poings serrés, les yeux certainement exorbités, et que j'ai une folle envie de régler son compte à cette fille. Bill esquisse un mouvement vers moi. Je n'ai pas besoin de trop réfléchir pour me retourner et partir le plus loin possible de cet endroit. 

Mes jambes sont sur pilote automatique et j'arrive rapidement dans notre chambre où je m'assieds sur le lit, la tête entre les mains, essayant par tous les moyens de me calmer. Je prends de longues inspirations, les bloquent, puis expire. C'est un truc que Bill me faisait faire quand on était plus petits, pour m'aider à relâcher la tension. Mais la simple pensée de mon frère fait redoubler mes tremblements. Je sens le sang battre dans les veines à mes tempes, le bourdonnement est insupportable. Je crispe mes mains dans mes cheveux, avant de me remettre debout d'un bond.

Il vient d'ouvrir la porte, et il semble vraiment, vraiment énervé. Sa colère me renvoie la mienne en pleine figure, et j'ai soudain envie de frapper. De toutes mes forces. Il tremble presque autant que moi. L'affrontement reste silencieux, je lui fais passer tout ce que je ressens par le regard, jusqu'à ce qu'il me pointe du doigt. 

- Pourquoi tu fais ça, hein ?

La question me déstabilise quelque peu, et je reste perplexe. Il s'avance vers moi, le doigt toujours braqué dans ma direction. 
- Tu penses que tu peux faire ça ? Tu penses que je mérite ça ? 
Sa voix tremble, et ses yeux brillent de colère. Je suis complètement perdu. Jusqu'à ce qu'il ajoute :
- J'ai toujours été là pour toi, Tom, pas vrai ? Alors quoi ? C'est quoi ton putain de problème ? 

J'en reste complètement soufflé, avant de voir rouge et de sentir un trop plein d'émotions m'envahir. Il est en train de faire ce qu'il m'avait juré de ne jamais faire. Il me reproche les crises. Je passe de la déception, la tristesse, à la fureur. Je m'approche de façon à ce que nous ne soyons plus qu'à quelques centimètres l'un de l'autre.

- Mais j'ai pas de problème, non, c'est pas moi qui ai un problème, Bill. C'est toi. Toi qui va baiser à droite et à gauche. T'es un lâche, voilà ce que t'es. 
- Un lâche ? 
Il hausse d'un ton. Mais toi, qu'est-ce que t'es, hein ? Depuis qu'on est petit, t'es incapable de t'occuper de toi-même, t'es incapable de prendre ta vie en main. Et je suis lâche ? 
Il éclate d'un rire mauvais. 
- Mais réveille-toi, merde ! On est deux, okay ? Je suis une seule personne, tu es une seule personne, tu comprends ? 
- Ferme-la. 

J'ai baissé les yeux, et les paroles de Bill ont eu l'effet d'un poignard. J'ai l'impression d'être trahis. Que tous les instants où il m'a promis d'être là, qu'il m'a juré que je n'étais pas un poids pour lui, tout ça, c'était faux. 

- Et quoi, maintenant, à chaque fois que je vais aller parler à quelqu'un, tu vas me faire une scène, comme là ? C'est ça ? Tu comptes vivre, un jour ?


Je sens son souffle rapide contre ma figure incliné vers le bas, signe qu'il pète complètement un câble. Puis je remonte la tête d'un geste vif, pour croiser ses yeux. J'ai juste le temps de les voir se voiler de peur, sûrement à cause de la haine qu'il a pu lire dans les miens. Et puis, ma main part. Je l'envoi valser un peu plus loin. C'est la première fois de ma vie que je claque mon jumeau. Toute ma colère semble s'évaporer avec ce geste. Je le regrette immédiatement. Bill se tient la joue, hagard. Puis il se redresse, et vient vivement vers moi. Je m'apprête à recevoir un coup en retour, et plisse les yeux sous l'appréhension. Aussi, lorsque je me sens poussé en arrière et plaqué sans douceur contre la porte de notre chambre, j'ouvre les yeux sous l'effet de la surprise. Bill a les sourcils froncés à l'extrême, et alors que je m'apprête à lui demander pardon, il pose brutalement sa bouche sur la mienne. 

Mon cerveau se met en pause. Je reste complètement amorphe durant quelques secondes, avant de fermer lentement les yeux, et agripper les cheveux de Bill pour pousser mon visage contre le sien, augmentant le contact entre nos lèvres qui bougent déjà sensuellement ensemble. Il passe une main dans mon cou, me griffe avec ses ongles, et pousse sa langue dans ma bouche. C'est brutal, c'est soudain, j'ai à peine le temps de réaliser ce qu'il se passe. Son autre main maintient mon épaule contre la porte, et alors que je tire un peu plus sur sa chevelure, il plaque son corps contre le mien et m'embrasse avec violence. Ses dents tirent sur ma lèvre inférieure, ses ongles s'enfoncent dans ma peau. Puis, après de longues minutes, nous nous séparons, à bout de souffle. J'ancre mes yeux dans les siens, à la recherche d'une explication. Il murmure simplement un « pardon, je le pensais pas », avant de m'écraser contre lui. Nos c½urs battent à tout rompre l'un contre l'autre, et j'oublie de me poser des questions et me laisse aller. 

Les voix des parents nous obligent à nous séparer, mais il m'envoie un dernier regard qui signifie « ne bouge pas » avant de quitter la chambre. Je l'entends rassurer nos parents qui s'inquiétaient de nous avoir vu disparaître aussi soudainement, leur confirme qu'on n'a pas faim et qu'on va se coucher. Ils se disent bonsoir, et je les entends regagner leur propre chambre. Mon frère réapparaît, le visage serein. Il retire son jean, enfile un bas de jogging gris et change de teeshirt. Je l'imite, sans un mot. Puis il me pousse légèrement sur mon lit, et vient se glisser à mes cotés, malgré l'étroitesse de la couche. Il se colle à moi, enroule ses jambes à ma taille, ses bras à mon cou, et y dépose de petits baisers qui ont tous un goût de regret. Je sens qu'il s'en veut pour ce qu'il a dit. Mais, loin de me préoccuper, mes pensées sont focalisées sur une toute autre chose : pourquoi m'a-t-il embrassé ? Ou plutôt, pourquoi est-ce qu'on a laissé ça arriver ? Qu'est qu'on a fait ?

Je resserre mon étreinte autour de lui, accordant mon pardon muet à celui pour qui je donnerai tout, et tombe dans un sommeil lourd. 

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Comments :

  • chaos87th

    28/01/2011

    Un peu confus ce chapitre, mais je pense que c'est du à la confusion des esprit de Bill et Tom.
    mais j'aime bien la fin. Même le début, mais encore plus la fin.
    J'espère qu'ils vont avancer et non reculer.

  • Giffolies

    27/11/2009

    2 moi deja!!!!!!!
    Waouw c'est tout se que j'ai à dire pour se baiser
    j'en ai des papillons dans le ventre tellement j'était à fond dans l'histoire.

  • Thunderbolt-Real-Ya0i

    24/06/2009

    Ah oui ... la crise de Tom ... mmh ! Je trouve qu'il abuse pas mal. Ok, on essait de se mettre à sa place.
    Mais quand même, je trouve ça ... abusé de sa part quand même !

  • xTeumii

    13/05/2009

    Tout simplement magnifique *-*
    J'adore ! <3

  • PieceOfMeBT

    12/05/2009

    ahhhhhhhhhh
    Pardon >.<.
    Je viens de toute finir, bon j'avoue j'ai fini hier mais j'avais la fleme de laisser un commentaire.
    J'aime vraiment ton ecriture *_*, tes fictions, OS sont sublimes.
    Celle que j'ai adoré c'est frisson d'adrenaline vraiment superbe.
    Bref j'attend la suite de celle la ^^.
    Bisous

  • Zerstorerische-Ferien

    11/05/2009

    J'avais vraiment envie de baffer Bill quand il a parler a Tom comme ça !
    Par contre dès le moment où il l'embrasse... Je l'aime XD

    Vraiment hâte de lire la suite !!
    Bonne chance pour l'écrire ne tout cas =)

    BzouxXxX <3
    Ceriiize_#

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