Secret Addiction - Chapitre 7


Chapitre 7

Le vent s'était un peu levé, et il fouettait énergiquement les rochers, faisant s'écraser de grosses vagues sur le sable fin de la gigantesque plage. Le temps était un peu gris, mais pas trop désagréable pour autant. Les deux jeunes hommes marchaient silencieusement, perdus dans leurs pensées. Ils se sentaient très seuls, au milieu de cette plage désertée par les touristes qui préfèrent largement la piscine à ce temps grisonnant. Mais ils se sentaient surtout seuls, même avec leur moitié. Des choses ont été dites, des choses difficiles à accepter. Des choses peut-être même fausses, mais qui font se remettre en question, qui font douter, douter de ce qu'ils pensaient pourtant certain. 

Mais, plus que tout, ils repensaient au même événement. 

Bill ignore pourquoi, alors qu'il avait eu envie de frapper Tom en retour, lui hurler sa haine, il avait choisi de l'embrasser. Il avait embrassé son frère. Mais ça avait été plus fort que lui, comme une force invisible qui lui avait dictée de se jeter sur son jumeau et de lui implorer de le pardonner par cette démonstration d'affection. Parce que Bill s'en voulait, énormément. Bien sûr que ses paroles avaient dépassé ses pensées, bien sûr que Tom n'était pas un poids - enfin, pas vraiment. C'est vrai que parfois, s'inquiéter constamment pour Tom était difficile à supporter. Mais il avait toujours réussit à conserver une vie sociale relativement correcte, pour ne pas dire très remplie. Et puis il se doutait que Tom ne provoquait pas ces crises volontairement, non, il aurait fallu être complètement fou pour vouloir vivre ça. Mais dans ce cas, pourquoi avoir dit ça, pourquoi à cet instant ? Pour la simple raison qu'il n'avait pas supporté ne serait-ce qu'imaginer pouvoir blesser son frère à cause de ses nombreuses relations. Et pourtant, lorsqu'il avait été avec cette fille, et qu'il avait croisé les yeux de Tom, il avait reçu une douleur incroyable en pleine figure. 

Et il avait compris. 

Son frère souffrait de le voir avec d'autres personnes. D'ailleurs, la phrase qu'il s'était prise en pleine figure en témoignait. « Toi qui va baiser à droite et à gauche ». C'est dingue ce que de simples mots peuvent faire mal. La claque avait achevé de renvoyer à Bill toute la haine et la souffrance que pouvait ressentir Tom à son égard. Alors il avait juste voulu tout effacer. Les mots, les gestes, tout, et montrer à son frère que quoi qu'il arrive, il l'aimerait toujours plus que n'importe qui. D'où le baiser. Le brun frissonna légèrement à cette pensée. S'il devait être honnête, il dirait que cette constatation lui faisait horriblement peur. Était-il possible d'aimer autant quelqu'un de sa famille ? D'en ressentir les effets dans la moindre parcelle de son corps ? L'aimer à tel point qu'il en était venu à désirer lui démontrer cet amour de manière physique ? Il secoua la tête et envoya une ½illade à l'objet de ses pensées, plongé lui aussi dans d'intenses réflexions. Bill savait qu'ils pensaient, une fois de plus, à la même chose. Mais il ignorait si Tom trouvait cela étrange, répugnant, dérangeant. Il ignorait que ses sentiments violents et incompréhensibles étaient complètement réciproques. Et l'inconnu, le doute, tout ça effrayait Bill. Alors il n'osait qu'à peine se rapprocher du blond. Ils continuèrent à marcher silencieusement, écoutant les bruits de la plage. 

- Je ne veux pas être un poids pour toi. 


La voix de Tom avait été nette et claire. Bill releva la tête, comme piqué. Son c½ur se contracta. Non, il ne fallait pas que son jumeau pense une chose pareille. Il s'apprêta à répliquer, avant de se souvenir qu'il avait lui-même prononcé ces mots la veille. Et alors, il se sentit coincé. Misérable, et coincé. Tom maintenait son regard, il espérait quelque chose, mais rien, pas un mot, pas même un soupire. Ses yeux s'embuèrent. Que leur était-il arrivé ? Pourquoi les choses devaient-elles changer, alors qu'à une époque, ils se contentaient de vivre ensemble, l'un pour l'autre, l'un avec l'autre ? 

- Qu'est-ce qui nous arrive... Murmura-t-il tout haut, sans s'en rendre compte.

Bill se stoppa, forçant son frère à en faire de même. Ils se fixèrent, sans rien dire. Puis le brun s'approcha, et il saisit fermement les mains de son double entre les siennes. 

- Promets-moi d'oublier tout ce que j'ai pu dire hier. Promets-moi que tu me crois quand je te dis que je ne pense pas tout ça. S'il te plait. 

Sa voix hurlait la détresse et le chagrin. Ses yeux brillaient de larmes, et Tom avait du mal à les maintenir connectés aux siens. Il ne parvenait pas à parler, sa gorge étant bien trop serrée, son ventre tordu dans tous les sens, sa peur lui glaçant le corps. A la place, il resserra sa prise sur leurs doigts enlacés. Les cheveux de Bill volaient autour de son visage, lui donnant un air presque irréel, et Tom se prit à nouveau à le trouver atrocement beau. 

- Prouves-le. 

Il avait pris tout son courage pour prononcer ces simples mots, mais qui allaient décider de beaucoup pour eux. Bill hésita. Avait-il bien compris ? Il sourit doucement. Bien sûr qu'il avait compris, il ne pouvait que comprendre, ils étaient jumeaux, et ils avaient, par un mystérieux miracle, toujours conservé leur lien. Alors il détacha ses mains de celles de Tom, les posa sur sa nuque, remontant joueusement ses doigts dans le cuir chevelu tressé, s'amusant à laisser ses ongles accrocher la peau fine. Et, appuyant une dernière fois son regard, il se pencha pour connecter leurs lèvres. Immédiatement, les mains de Tom vinrent encercler sa taille et les coller l'un à l'autre, les enveloppant dans une bulle de chaleur et de sécurité. Ils firent se frôler et se rejoindre leurs bouches, alternant baisers en surfaces et baisers plus longs, plus appuyés. Bientôt, leurs langues se cherchèrent en se caressant tout doucement. Tom inclina un peu plus la tête sur la droite, et glissa une de ses mains sous le tee-shirt de son jumeau. Il ignorait ce que tout cela signifiait, mais il aimait ça. Il se sentait à la fois complet et comblé. Son sweat lui tomba un peu sur les épaules, tandis qu'il poussait sa langue plus loin dans la bouche de Bill, qui gémissait sensuellement à son oreille. Le brun appuya ses mains pour approfondir un peu plus l'échange. Leurs têtes ne cessaient de se détacher et se reconnecter, créant une sorte de danse menée par leurs sens. Bill n'embrassait que très rarement. C'est d'ailleurs un point sur lequel ses partenaires se plaignaient parfois. Mais à ses yeux, c'était quelque chose de trop intime, de trop engageant. Aussi, c'est pour cette raison même que Tom lui apparaissait comme le plus apte à recevoir cette marque d'amour. Il lui lécha doucement les lèvres, avant d'en aspirer une entre les siennes. Les mains de Tom s'activaient sur ses hanches, il sentait les frissons qu'il créait sur la peau de Bill, et s'en réjouissait. Il remonta plus haut dans son dos, le faisant se cambrer contre lui. Leurs gestes étaient coordonnés, les baisers appliqués, parfois doux, parfois plus intenses. Finalement, ils ralentirent le rythme, restant en surface, jusqu'à se détacher complètement. Bill vint caresser le nez de Tom avec le sien, sans ouvrir les yeux. 

- Mobil-home, murmura-t-il à l'oreille du blond qui en trembla avant de hocher la tête. 

Ils se décollèrent lentement et partirent sans plus d'échange vers la sortie de la plage, qui donnait sur une longue rue commerçante. Le camping n'était qu'à quelques mètres plus haut. Mais, loin de simplement retourner au mobil-home pour y glander avec son frère en ce début d'après-midi, Bill avait autre chose en tête. Et Tom l'avait deviné. Ni l'un ni l'autre ne l'exprima, mais ils n'eurent pas besoin de communiquer pour effectuer les mêmes gestes. Ils prirent le nécessaire avant de quitter la location et de se diriger vers les sanitaires. 

Ils pénétrèrent dans le même compartiment de douche (aussi spacieux que le vantait Bill) et fermèrent derrière eux. Ils ôtèrent leurs vêtements, ne conservant que leurs shorts de bain qu'ils avaient pris soin d'enfiler le matin même, en prévision d'une excursion à la piscine. Ce fut Bill qui saisit la main de son jumeau avant de l'attirer près de lui et de se laisser aller contre la paroi du fond, déclenchant le jet d'eau en appuyant sur le bouton avec son dos. Tom faufila ses mains sur les hanches du brun, et pencha sa tête pour venir déposer un léger baiser sur sa tempe. Ils se décolèrent du mur et Tom attrapa le gel douche qui trainait par là. Il enduit ses mains et les fit glisser le long du torse de son frère. Il entama un lent massage, appréciant le contact de ses mains contre la peau douce de Bill. Il le fixa tout en continuant ses caresses. Le brun avait les yeux fermés, et l'eau ruisselait sur lui. Ses cheveux semblaient plus longs une fois imbibés d'eau, et son maquillage s'était estompé. Tom avait l'impression d'observer son reflet dans un miroir légèrement déformant. Inconsciemment, il remonta ses mains sur les joues de Bill qui rouvrit les yeux sous la surprise. Il tomba dans ceux du dreadé profondément plongés dans les siens. Il le vit froncer les sourcils.

- Quoi ?

Tom secoua la tête en souriant. Il glissa son doigt le long du sourcil, puis descendit sous l'½il, retraça le nez, et les contours de la bouche. Bill se laissa faire, comme hypnotisé. Les gestes étaient remplis de tendresse, d'attention. Puis, Tom lui saisit la main, et la posa sur son propre visage, incitant Bill à le toucher. Ce dernier reproduit doucement le parcours, avant de sentir des palpitations dans son c½ur. Il voyait exactement ce que Tom cherchait à lui dire sans parler. Il soupira, et retira doucement sa main, avant de baisser la tête. Il aimait leur gémellité, mais parfois, sans qu'il sache réellement pourquoi, elle le gênait. 

- Pourquoi t'en a honte ? 

La voix de Tom n'avait rien d'agressif, juste ce ton blessé que Bill haïssait. 
- J'en n'ai pas honte.
- Ah ouais ? Alors pourquoi tu n'oses même pas me regarder en face pour me le dire ?

Bill grinça des dents et serra les poings. Il sentit à nouveau une bouffée de colère, comme la veille, le prendre à la gorge. 
- T'as aucune idée de ce que tu dis putain... 
- Bill !

Bill releva la tête. Tom avait l'air complètement affolé.
- Dis-le-moi !
- Te dire quoi ? J'ai rien à te dire. 
- Que t'aurais préféré ne pas avoir de frère.

Un éclair traversa le regard de Bill, et avant que Tom ait pu réagir, il fut plaqué contre la paroi de la douche, le visage du brun tout près du sien. Ils restèrent ainsi un long moment, leurs respirations rapides, leurs yeux voilés de douleur. 
- Tu veux savoir ce qu'il nous arrive ? Cracha soudain Bill, reprenant les mots de Tom à la plage. Mais c'est très simple. Il nous arrive que tu ne me fais plus confiance, voilà la vraie raison. 
- Et tu penses que t'y es pour rien ?
 Répliqua Tom en plaquant ses mains contre la paroi derrière lui. A chaque fois que j'ai essayé, chaque fois, il a fallu que tu me prouves que tout avait changé. J'ai essayé, Bill ! J'ai essayé !
Il avait presque hurlé ses derniers mots, la voix brûlée par les sanglots. 
- Je te hais. 

La phrase atteignit les oreilles du brun d'une façon lointaine, comme un écho. Il resta figé, toujours trempé par le jet d'eau, toujours face à Tom, le coinçant là, entre lui et le mur en plastique, une main de chaque côté de sa tête. Il vit les yeux du blond devenir rouge, et laisser échapper de lourdes larmes qui se mêlaient aux gouttes d'eau. Mais il savait qu'il pleurait. Sa colère explosa. Il plaqua ses lèvres violemment contre celles de Tom, faisant cogner sa tête et lui arrachant une plainte. Mais la réponse ne fut pas longue à venir. Il sentit les mains de son frère agripper son dos nu, et crisper ses doigts tellement fort qu'il sentit les ongles lui rafler la peau. Ses propres mains vinrent directement se plaquer contre les fesses de Tom, et il colla leurs bassins ensemble. La jambe du dreadé remonta contre la hanche du brun, et ils haletèrent tous deux dans le baiser. Ils pouvaient sentir l'autre, sentir l'effet qu'ils se faisaient. C'était effrayant, et à la fois tellement bon. Bill poussa son corps vers le haut, Tom rejeta la tête en arrière, se cognant à nouveau, mais ne ressentant que le plaisir parcourir ses veines, l'excitation faire trembler son corps. Il aspira directement la langue de son jumeau dans sa bouche, et la suça avec force. 

L'eau se coupa, et Bill dû tâtonner le long du mur pour la réenclencher. Leurs gémissements se faisaient de plus en plus forts tandis que leurs mouvements étaient de plus en plus appuyés. La main de Bill pressait le bassin de Tom contre le sien, à lui en faire presque mal. Il l'embrassa profondément, glissa ses lèvres le long de son cou pour ensuite venir lui sucer la peau. Tom avait les yeux révulsés, et ses mains étaient remontées pour accrocher les cheveux ébène dégoulinant d'eau. Il tira dessus, recevant en réponse un coup de rein violent qui le plaqua encore plus à la paroi. N'y tenant plus, il laissa sa main descendre, et la glissa dans le maillot de bain de Bill, qui, sous la surprise, laissa échapper un couinement. La main de Tom lui caressa doucement les fesses, avant de venir vers l'avant, faisant haleter le brun qui reconnecta leurs lèvres. Les doigts fins qui savaient si bien y faire avec une guitare se révélèrent savoir également très bien se débrouiller sur un sexe en érection. 

Tom fit d'abord quelques caresses légères, avant de descendre à la base, et remonter en tirant plus fort. Les yeux de Bill se révulsèrent. Il plongea également sa main pour aller chercher la virilité de son jumeau, et lui infliger le même traitement. Sa main libre vint se plaquer à côté de la tête de Tom, et il inclina la sienne pour venir coller son front contre l'épaule du dreadé. Il sanglotait presque tellement il se sentait submergé. Tom n'était plus que tremblements et gémissements contre lui. Leurs deux corps étaient tellement collés que leurs gestes de va-et-vient furent bien vite difficiles à poursuivre. Alors, et sentant qu'ils ne tiendraient de toute façon plus très longtemps, Bill retira sa main et força Tom à en faire de même, avant d'abaisser d'un même mouvement leurs deux vêtements. Il vint immédiatement coincer le corps de son frère, et lui saisit la jambe pour la recoller encore plus fortement contre sa hanche. Leurs cris furent le même, alors qu'ils bougeaient ensemble, frictionnant leurs désirs interdits l'un contre l'autre. Ils s'embrassèrent langoureusement avant de jouir au même instant. Leurs corps affaiblis glissèrent à terre, et Bill dû à nouveau enclencher le jet d'eau, qui les nettoya lentement de leur pêché. Le blond vint se nicher contre son jumeau, qui les tira tout deux contre le mur du fond, juste sous l'eau brûlante qui glissait sur eux. Il enroula ses bras autour des épaules fortes de Tom, et sentit sa gorge se serrer. Il se sentait monstrueux, ignoble, impardonnable d'avoir pu laisser son double s'imaginer qu'il aurait préféré vivre sans lui. C'était tellement faux. 

- Je t'aime Tom. 

Il avait sorti ça tellement naturellement, et catégoriquement, que le c½ur du blond se stoppa un instant avant de repartir de plus belle. Il s'appuya plus fort contre Bill, et murmura un « moi aussi » contre son torse. Ils apprécièrent tous deux la chaleur, la douceur qui les enveloppaient, puis au bout d'un moment, ils se rhabillèrent et sortirent de la douche où rien ne pouvait laisser deviner la scène interdite qui venait de s'y dérouler. 

***

Bill s'énerva sur son sac qui ne voulait décidément pas se refermer. Il décida de s'y prendre avec son pied, poussant au maximum les vêtements au fond de son pauvre sac de sport qui émit un craquement significatif. Cela eu pour effet de stopper le brun dans son élan. Manquerait plus que le sac le lâche, il en aurait encore besoin. Il soupira et ajouta sa trousse de toilette avant de se battre avec la fermeture éclair qui finalement lui céda et se ferma entièrement. Il soupira de soulagement, et vérifia que rien ne manquait. La chambre était vide, Tom avait lui-même rassemblé et rangé toutes ses affaires un peu plus tôt. Un léger malaise s'empara de Bill à la pensée de son jumeau. Il secoua la tête, et sortit de la pièce en fermant bien la porte. Le salon était agité, sa mère faisait l'inventaire des ustensiles de cuisines, verres, couverts, assiettes, et autres objets fournis avec le mobil-home. Son père s'activait à charger la voiture avec les bagages déposés dans l'entrée. Il sentit une pointe de nostalgie l'envahir, il ne souhaitait pas quitter cet endroit, mais le lendemain les cours reprenaient, ainsi que sa petite vie de lycéen. Il déposa ses affaires avec les autres, et sortit prendre un peu l'air, faire un dernier tour du camping. 

Il aperçut la fille qui l'avait dragué l'autre soir, elle lui adressa un coucou de la main. Il lui sourit et passa son chemin. Il trainait des pieds et sentait le poids de la culpabilité l'étouffer. Il ne cessait de repenser à la scène de tout à l'heure, dans les sanitaires. Ses mains tremblaient rien qu'à l'évocation de ce souvenir. Il ignorait tout de ces pulsions qui semblaient l'attirer irrémédiablement vers Tom, sans qu'il le veuille réellement. Il était tellement perdu. Durant toutes ces années, il avait réussi à se contrôler, il avait essayé de rester éloigné de son frère, pour leur bien à tous les deux. Ce qu'il avait découvert, l'été de leur 12 ans, le fait qu'il puisse avoir d'autres amis, une chose qui ne serait qu'à lui et pas à eux deux, il ne l'oublierait jamais. Il avait pris sa décision sur le chemin du retour, et depuis, les choses s'étaient envenimées avec Tom. 

Son frère ne comprenait pas, il ne voulait pas comprendre. Il avait des amis, oui. Mais il restait tellement accroché à Bill. Mais ce dernier savait, on lui avait dit, on l'avait informé de cette menace qui planait sur leurs têtes. Lorsqu'il avait parlé de son jumeau avec ses moniteurs, qu'il n'était pas heureux d'être à ce camp parce qu'il n'était pas là, ceux-ci lui avaient expliqué qu'il ne fallait pas qu'il montre trop cette dépendance, que dans la vie, c'était très mauvais d'être dépendant de quelqu'un, surtout de son frère. Il avait demandé pourquoi, on lui avait simplement répondu que s'il voulait ne jamais avoir d'ennui, il fallait qu'il se construise une vie en dehors de Tom. Que pour protéger leur relation, et ne jamais devoir en être séparé, il devait s'éloigner. Dans un premier temps, il n'avait pas cru à ces paroles. Ce n'est que lorsque ses parents les lui avaient répété au téléphone, deux jours plus tard, qu'il avait eu peur. Alors, presque à contre c½ur, il avait essayé de parler avec les autres enfants. Et ça n'avait pas loupé. Il avait découvert l'amitié, les jeux, et le temps était passé tellement vite, qu'au moment de rentrer, il s'était à peine rendu compte du changement. Il avait eu hâte de revoir son frère, oui. Mais alors, quand il était descendu de ce car, il avait su. Le regard de ses parents lui avait indiqué que les menaces n'étaient pas fausses. 

Depuis, il tentait désespérément de maintenir une certaine distance, mais les crises n'aidaient pas. Il savait que c'était mauvais, cette proximité qu'il développait avec Tom. Mais il n'avait plus la force de le repousser. Il s'était privé tellement d'années, et il ignorait toujours un peu pourquoi. Les autres ? Ils semblaient inoffensifs. Leurs parents ? Ils le laissaient bien s'occuper de Tom à chaque fois qu'il en avait besoin. Alors, qui pouvait les empêcher d'être ensemble, qui avait le droit de les séparer si jamais Bill décidait de retrouver la relation fusionnelle qu'ils avaient avant cette histoire de camp ? Il sentit ses entrailles se serrer alors qu'il retournait vers la voiture, et qu'il remarqua Tom, en train d'aider leur père. 
Tout le monde pouvait les en empêcher. 
Bill savait comment s'appelait ce qu'ils avaient fait, dans les sanitaires. Il n'ignorait pas la gravité des choses, et il savait exactement que c'était ceci dont on lui avait toujours parlé, dont on l'avait toujours mis en garde. 

Inceste.

Sa tête tourna, et il ferma les yeux. Il inspira profondément. Il savait quoi faire. 

***

Le chemin du retour avait été silencieux. L'arrivée avait été silencieuse. La soirée, le repas, tout avait été fait dans un silence mortel. Tom ne comprenait plus. Il avait tenté d'approcher Bill, plus d'une fois. Mais rien, pas un geste, pas un regard, pas un seul petit mot. Le brun était monté se coucher de bonne heure, et à présent, son jumeau ne savait plus quoi faire. Il s'endormit lui-même l'esprit agité, rongé par les interrogations. 
Le lendemain, son réveil lui explosa les oreilles, il se sentait mal, comme s'il était malade, mais malade moralement. Ce qui n'empêchait pas son corps de réagir. Il avait une furieuse envie de vomir. Il partit seul au lycée, le lundi étant un jour où les deux frères ne commençaient pas à la même heure. La journée eut des allures de funérailles. Il aperçut à peine Bill, à midi il l'évita, le soir il fut rentré avant lui, il ne sortit de sa chambre que pour le dîner, et comme la veille, il remonta sans un mot pour Tom. Le dreadé se sentait mourir de l'intérieur. Il n'avait pas eu droit à la moindre explication. Au fond, il savait pourquoi, leurs agissements durant ce week-end avaient été plus que suspects. Mais il se sentait tiraillé dans tous les sens : pourquoi Bill lui répétait-il qu'il l'aimait, qu'il était important pour lui, et passait-il paradoxalement tout son temps à lui montrer le contraire ? 

De son coté, Bill était aussi mal. Il était perdu avec lui-même, et son combat intérieur l'épuisait. Il avait vu Carolane et Georg aujourd'hui, et leur avait demandé un service. Il savait que Tom allait au jujitsu le mardi soir, et de plus la veille au soir, ses parents en avaient reparlé avec le blond qui avait confirmé s'y rendre. Lui ne comptait pas y aller, et avait même profité de l'absence de son jumeau pour inviter ses deux meilleurs amis. Il avait besoin de ce service, il ne voyait pas d'autre solution pour le moment, et il était trop perdu pour réfléchir de façon rationnelle. Carolane avait accepté, et n'en avait pas parlé à Tom, malgré la difficulté pour elle de cacher quelque chose à son ami. Elle avait tenté de changer les idées du dreadé durant ce lundi, enchaînant blagues foireuses et conneries, mais rien ne semblait dérider son Tom. Elle ignorait tout des événements du week-end et comptait bien demander des explications à Bill le mardi soir. Georg, quant à lui, avait bien sûr accepté. Il voyait à quel point Bill avait l'air mal, et il détestait ça. Alors s'il pouvait être utile... Ni l'un ni l'autre ne savait en quoi consistait ce service, mais à vrai dire, peu importait, ils étaient prêt à beaucoup.

***

- Tu veux qu'on... Quoi ?
Georg avait les yeux grands ouverts, et Carolane s'était figée. Bill poussa un soupire.
- Ne m'obligez pas à répéter, s'il vous plaît, c'est déjà assez gênant...
Il enfouit sa tête dans ses bras en gémissant. Il avait mal au crâne.
- Nan, sérieux mec, c'est vraiment ça ton service ? 
- Oui, 
couina le brun. 
- Tu veux qu'on... Bégaya Carolane. Tous les deux... Pour... 
- Oui !
 S'énerva Bill en redressant la tête et en se levant d'un bond. Oui, je veux que vous m'embrassiez, tous les deux ! 
- Avec la langue ? 
Avança Georg en fronçant le nez. 
- Un baiser quoi... Allez, vous êtes mes amis non ? 
- Oui, mais là... 
- Moi je suis partante, 
décréta Carolane que rien n'arrêtait. Mais il faut que tu m'expliques pourquoi on doit faire ça... Ça a un rapport avec l'humeur de chien que toi et Tom vous nous affichez depuis deux jours ? 
Bill baissa les yeux et son c½ur cogna durement contre sa poitrine. 
- J'en sais rien, avoua-t-il. Je... Je t'en dirai plus quand je saurai moi-même. Et je compte bien savoir. Mais pour ça...
- Il faut que je te roule une pelle ! 

Le brun fit deux yeux implorant à son meilleur pote qui croisa les bras. 
- C'est important, Géo, tu peux faire ça pour moi ?
- Mais pourquoi ?
 Demanda ce dernier. Tu ne nous a toujours pas clairement expliqué pourquoi. 
- J'ai besoin de savoir si je... Si je préfère les mecs ou les filles. 

Il avait trouvé cette explication plausible, même si elle n'était pas l'exacte vérité. S'il avait été honnête, il aura répondu qu'il cherchait à retrouver une sensation pareille à celle qu'il avait en embrassant Tom. Mais ça, les deux autres n'avaient pas besoin de le savoir. 

- Bon, c'est d'accord, soupira le châtain, vaincu. Une seule fois, et je te promets que ça n'arrivera plus jamais. C'est bien parce que t'as vraiment l'air mal... 
- C'est bon pour moi aussi,
 ajouta Carolane. 
Bill leur adressa un petit sourire reconnaissant. Il se mit debout, et se sentit un peu mal à l'aise. 
- Euh... Georg ? 
- Ah, c'est moi qui commence, 
râla l'interpellé. Ok, ok, j'arrive, ajouta-t-il rapidement en croisant les yeux de Carolane. 

Il s'approcha de son ami, un peu tendu. Il n'était pas dégouté par Bill, bien sûr, il le trouvait, comme presque tout le monde, absolument magnifique. Mais c'était son meilleur ami, et c'était vraiment... Bizarre. Il cessa de se poser des questions quand Bill s'approcha de lui avec un regard profond et envoutant. Il le laissa entourer sa nuque, posa ses mains sur ses hanches, et inspira. Leurs têtes se penchèrent en même temps, et leurs lèvres se connectèrent. Georg se laissa guider, Bill effectuant de légères pressions, avant d'ouvrir un peu la bouche, incitant le châtain à en faire de même. Leurs langues se touchèrent prudemment, avant de se caresser plus franchement. Le manège dura environ plusieurs minutes, puis Bill se sépara lentement de son ami. 

- Alors ?
- Je... 
Bill semblait hésiter. Je dois comparer. 
Carolane s'approcha timidement du brun, et leurs yeux se croisèrent. Elle lui sourit, encourageante. Il hocha la tête.

***

La séance de jujitsu de Tom fut particulièrement coriace. Il sentait toute la tension accumulée bouillir en lui, comme un geyser en ébullition. Il s'était changé, avait fait rapidement les exercices d'échauffements, et les combats avaient commencé. Il n'avait pas voulu être brutal, non. Mais toute son incompréhension, sa douleur, sa colère, tout avait explosé sans qu'il le veuille. Son premier adversaire s'en était bien sorti, n'obtenant qu'une défaite. Le deuxième eu quelques bleus, ce qui était relativement banal. Mais le suivant fut moins chanceux. Tom l'avait saisi par les pans du kimono et l'avait envoyé par-dessus lui un peu trop fort. Il s'était fait mal au dos, était mal retombé, son adversaire également. Ils s'étaient cognés, et un mauvais réflexe l'avait fait donner un grand coup de poing dans le vide, qui se trouva être l'épaule du pauvre malheureux. Il s'excusa un nombre incalculable de fois, l'aida à se relever, et à se diriger à l'extérieur du tatami. Il fut examiné, et heureusement rien de grave, malgré la force délirante que Tom avait mise dans ses prises. Quant à lui, il s'était vraiment fait mal au dos, et sentait chaque muscle de son corps le faire souffrir. Il avait pris une douche rapide, et s'était presque enfui du gymnase. Pourquoi tout allait autant de travers ? Il avait retenu ses larmes sur le chemin du retour, n'ayant qu'une hâte, voir Bill. Il se fichait de devoir affronter son silence, il avait besoin de lui, de s'expliquer, ils ne pouvaient pas s'ignorer, c'était insupportable. 

Peut-être aurait-il dû prêter attention aux affaires dans l'entrée. Peut-être n'aurait-il pas dû balancer les siennes et se précipiter dans les escaliers. Peut-être aurait-il dû frapper avant de faire irruption dans la chambre de son frère. 

La porte s'ouvrit sur une scène plutôt inattendue. Tom se figea.

Devant lui, debout dans la pièce, Bill et Carolane étaient enlacés, en plein échange passionné. Ils entendirent trop tard le hoquet de terreur se coincer dans la gorge de Tom. 
Il s'enfuit de la chambre, n'ayant en tête plus que cette image de son frère, son jumeau, la personne qu'il aimait profondément, en train d'embrasser sa meilleure amie, la personne en qui il avait peut-être le plus confiance en dehors de Bill. Et un seul mot. Trahison.

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Comments :

  • chaos87th

    28/01/2011

    Oulà, je le sens mal pour la suite.
    Tom va se faire de faux films, ce qui risque de le faire souffrir, et il est tellement impulsif qu'il risque de ne pas laisser Bill s'expliquer.

  • Giffolies

    27/11/2009

    Alala sont compliqué ces deux là

  • Thunderbolt-Real-Ya0i

    24/06/2009

    Oh puta****
    Ce chapitre m'as fais énormément rire quand Bill demande à Car & Ge' de lui en rouler une !
    Sincèrement je sais pas d'où t'es venue l'idée mais elle est fabuleuse *-*

    Rien que pour ça je t'aime XD

  • Zerstorerische-Ferien

    19/05/2009

    Ho mon dieu non pourquoi tu coupes là ?
    j'ai failli pleurer tellement tu retranscris bien la détresse de Tom...
    Vraiment hâte de la suite !!

  • Love-boat-yaoi

    18/05/2009

    Putain de bordel de merde!
    J'ai essayé de me retenir. Pendants de nombreuses journées -nuits- . Et là j'ai tout simplement pas pu résister!
    J'voulais attendre la fin...
    Mais ton blog me faisait vraiment de l'œil ces derniers jours...
    Et j'viens finalement de m'enfiler les 7 chapitres de cette putain de trop bonne fiction!
    Oui, y'a pas à dire je te veux à la YAC! (Si le projet t'intéresse bien sûr...) Quoi qu'il en soit, j'en parle à KM demain matin, et je vais me faire trèèèèès insistante, en espérant trèèèèèès fortement que ça fonctionne aussi bien qu'avec Laloumine (Certes j'étais pas la seule à la "vouloir", mais je suis sûre que je peux être très persuasive, même seule. Et puis après avoir lu ce que tu peux écrire, les autres admins seront conquises...)
    J'en profite pour le dire aujourd'hui, je ne sais pas si je l'avais déjà dit ou pas, mais j'ai adoré tes OS! Et le TS n'en parlons même pas, je l'ai dévoré! Un pur régal. Comme de se blottir sous une couette un soir d'hiver, ou de plonger dans une piscine sous une chaleur étouffante. Une bouffée d'air frais en quelques sorte. Mais je crois que tout ce que tu écris me fait toujours le même effet. Un fondant au chocolat qu'on sort du four et qui dégouline quand on plante une cuillère dedans. C'est juste tellement bon, et tu écris tellement bien!
    Sur ce, je m'arrête ici, par ce que mes petits yeux luttent pour repérer les touches dans le noir, et que mon dos me fait un mal de chien *note à moi même, acheter un oreiller plus gros, et surtout plus confortable...*

    Xoxo.

    Pops.

  • xTeumii

    18/05/2009

    Bisous <3

  • xTeumii

    18/05/2009

    Trop bien *-*

  • xTeumii

    18/05/2009

    Méchant Billou T_T xD

  • xTeumii

    18/05/2009

    Oh mon dieu pauvre Tom =S

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