Secret Addiction - Chapitre 10


Chapitre 10

Il déposa son plateau sur la table, et poussa un soupire. Sa mâtiné avait été épuisante, et il était bien content d'être enfin arrivé à la pause de midi. Il se laissa tomber sans aucune délicatesse sur sa chaise. Son regard parcouru l'immense réfectoire, et un sourire tranquille pris place sur ses lèvres. A vrai dire, il ne l'avait plus quitté depuis près d'un mois et demi. Et il adorait cet état de bien être dans lequel il nageait à présent. Ses yeux survolèrent plusieurs tables, et il adressa quelques bonjours, avant de tomber sur ceux (celui) qu'il cherchait. Il leur fit un petit signe de main, et les quatre adolescents vinrent à sa rencontre. Plusieurs bruits de chaises tirées et de plateaux posés plus tard, tout le monde fut installé. 

- Je l'ai bien éduqué quand même, déclara Tom en s'affalant sur son siège. Il nous réserve la table et tout !

Son jumeau lui lança un regard mauvais en haussant un sourcil. Georg fit mine d'être effrayé.

- Hey, fait attention à ce que tu dis, il vient se défouler sur moi après !


Carolane retint un rire et Gustav les observa, amusé. Les cinq jeunes se fréquentaient de plus en plus, et s'entendaient très bien. A vrai dire, le changement entre Bill et Tom n'avait échappé à personne. Le temps qu'ils passaient ensemble avait quadruplé, pour ne pas dire qu'ils restaient collés non-stop. Mais ce revirement de situation ne s'était pas appliqué qu'à eux deux, puisque cela avait permis à Georg de rencontrer Gustav, et par la même occasion, de donner à chacun l'opportunité de passer plus de temps avec l'un ou l'autre des jumeaux. Les anciens amis de Bill le restaient, mais mis à part Georg, il n'avait pas réelle attache envers quelqu'un. Quant à Tom, il continuait également de voir Johan de temps à autre. Au final, tout le monde s'y retrouvait. 
Enfin, presque. 

Les conversations allèrent bon train, ne tournant autour que d'un seul sujet, bien évidemment : le voyage en Angleterre qui aurait lieu la semaine suivante. Seule Carolane tirait un peu la tête, et pour cause : sa classe n'y partait pas, elle se retrouverait donc sans ses amis durant sept longs jours. 

- On t'enverra une carte, plaisanta Tom en ébouriffant les cheveux de sa meilleure amie. 
Elle croisa les bras et grogna.
- Tu peux te la mettre où je pense ta carte... Par contre...
Un sourire mauvais prit place sur ses lèvres.
- Vous êtes tous obligés de me rapporter quelque chose. Et pas de la m...
- Ouais, ouais, on verra, 
la coupa Georg en avalant un morceau de viande. L'argent ne tombe pas du ciel, t'es au courant ?
- Comme si c'était le problème,
 se moqua-t-elle. T'es toujours le premier à t'acheter à boire dans le distributeur du foyer. Ne me fait pas croire que tu n'as pas quelques pièces pour acheter un souvenir à la personne géniale que je suis ?
Les quatre garçons lui lancèrent un regard blasé, et éclatèrent de rire au même moment. 
- Comptes sur moi, déclara Bill en souriant. Comment on pourrait t'oublier ? 
- Vous n'avez pas intérêt...
- Au fait, 
coupa Tom en lançant un regard entendu à son frère. Caro, il faut que tu passes à la maison. Ce soir on va au juji, mais tu pourrais venir demain après-midi ?

La jeune fille hocha la tête, à la fois intrigué et impatiente. Elle n'était pas bête et se doutait que ses amis allaient peut être enfin lui expliquer la cause de tous ces bons changements, survenus après que Tom soit sorti de l'hôpital. Ils n'avaient rien voulu lui dire, préférant attendre d'être certains eux-mêmes d'avoir trouvé la source de tous leurs problèmes, et surtout, ayant besoin de temps pour réellement l'accepter. Et cette fois, ils se sentaient prêt. Ils avaient eu pas mal de difficultés, surtout avec leurs parents. Bill en voulait toujours un peu à leur mère, mais il avait finalement accepté de lui parler, et leurs rapports s'étaient nettement améliorés depuis, leur mère ayant su trouver les bons mots pour expliquer ce choix terriblement difficile à faire. Quant à leur père, il avait soutenu sa femme et s'était également entretenu avec ses fils, qui lui avaient pardonné après quelques jours de froid. Après tout, le passé était le passé, et il fallait avancer à présent, avec ce poids en moins, et un secret enfin dévoilé. 

Le repas s'acheva dans une ambiance festive, un petit goût de presque-vacances (malgré l'épreuve du Bac à leur retour) et surtout une grande impatience pour les garçons. 

***

Le regard de Bill glissa lentement du torse dénudé jusqu'au ventre bien dessiné, s'attarda sur les hanches et le V qui se perdait dans le boxer, avant de remonter sur le visage apaisé encadré de jolies dreads qui coulaient en cascade sur les épaules et le dos qu'il savait magnifiquement parfait. Il retint un sourire satisfait alors que Tom se retournait, lui offrant une vue des plus belle sur son postérieur. Il fut sorti de sa contemplation par une tape dans l'épaule.

- Alors, tu rêves Kaulitz ? 


Il secoua la tête à l'adresse de Félix, un blond costaud dont il avait mis en garde Tom des mois auparavant, lors du weekend qu'ils avaient passé ensemble, enfin, avant que cela ne dégénère, que Tom aille à cette fête, qu'il fasse un crise, et que Gabriela ne tente de... Il ferma les yeux à ces pensées et les chassa rapidement. Tout allait bien à présent. Il se concentra pour s'habiller plutôt que continuer à baver devant le corps de son frère, qui ne manqua pas de lui lancer un clin d'½il entendu. Il revêtit rapidement son kimono, et rejoignit le tatami pour une séance bien défoulante. En effet, ils avaient été prévenus qu'ils feraient uniquement des combats aujourd'hui. Ils s'échauffèrent tranquillement, puis commencèrent leurs affrontements. Bill mit rapidement au tapis ses adversaires, ayant vraiment amélioré ses performances, et pour cause, il venait beaucoup plus souvent à présent. Bientôt arriva le moment où il se retrouva face à son jumeau - moment qu'il attendait depuis le début. La foule des autres élèves fut immédiatement parcourue de murmures et leurs yeux étaient comme captés par les deux frères qui s'étaient placés au milieu. Leurs combats étaient devenus légendaires, et on les attendait avec impatience, sachant que le spectacle valait largement le détour. 

Bill et Tom sentaient l'admiration couler sur eux, et en jouait. David lança le signal de départ, et leurs corps se fondirent immédiatement l'un contre l'autre. Ce fut Tom qui porta le premier coup, déséquilibrant Bill qui se rattrapa au dernier moment. Il agrippa les épaules de Tom, le faisant passer par-dessus lui. Ce qu'il n'avait pas prévu, c'est que le blond accroche un de ses bras, l'entrainant plus ou moins dans sa chute. Il se retrouva allongé sur le dos, son frère fièrement assis sur son bassin, les deux bras encerclant son visage, les cuisses resserrées de façon à ne pas lui laisser le loisir de gigoter. Leurs regards s'accrochèrent, la chaleur envahit leurs corps. 

- Dépêche-toi de partir de là, si tu tiens à ta réputation ici et à ton mignon petit cul... 
Murmura Bill en haussant les sourcils de manière entendue. 
- Bien essayé, lui répondit Tom en souriant narquoisement. Mais tu peux courir pour que je...

Il fut coupé par un léger mouvement de bassin de Bill, presque imperceptible, mais qui alluma un incendie dans le bas-ventre du dreadé. Ses joues s'enflammèrent, et il n'eut pas le temps de réaliser qu'il s'était fait avoir qu'il se retrouva sur le ventre, plaqué contre le tapis, un bras dans le dos. Il réussit à se défaire de l'emprise et saisit son frère par les pans du kimono, l'envoyant balader à un mètre. Ils se cherchèrent plusieurs fois, se mettant tour à tour par terre, Bill se vit même projeté au sol par une prise que Tom effectua dos à dos avec lui. Néanmoins, le brun revint à la charge, réussissant à se placer derrière lui, et à lui torde le bras, de façon à le mettre à genoux, puis sur le ventre. Il plaça son propre genou dans son dos, et inclina légèrement son bras, faisant couiner Tom et l'obligeant à frapper le sol pour mettre fin au combat, sous les applaudissements des autres élèves hystériques. 

Ils se relevèrent en souriant et en se poussant par l'épaule avec de petits regards complices. La séance s'acheva trop rapidement à leur goût, surtout qu'il s'agissait de leur dernière avant un petit moment, la semaine prochaine étant celle de leur voyage. Ils dirent au revoir à tout le monde, promettant un long récit détaillé de leur séjour à leur retour, puis regagnèrent les vestiaires. Bill partit sous la douche, et Tom se changea, alors que la pièce se vidait doucement. Bientôt, ils furent les derniers - comme à leur bonne habitude - et Bill se décida à sortir, les cheveux mouillés dégoulinant sur son torse nu et se perdant dans la serviette qui enserrait sa taille. Tom se lécha discrètement les lèvres à cette vue, et s'approcha doucement de son jumeau. Ils s'enlacèrent doucement, et il lui embrassa l'épaule.

- Tu es un sale tricheur, 
chuchota-t-il contre sa peau en lui caressant la taille, s'amusant à passer ses doigts sous la serviette éponge. 
- J'arrive à mes fins, nuance, répondit Bill avec amusement. 
- Hummm...
Le blond embrassa tendrement le cou de son double, remonta un peu sur sa mâchoire avant de lui embrasser les lèvres avec précaution. Le brun ronronna sous l'attention et se laissa aller sous le toucher merveilleux de Tom. 
- Tu te sens prêt pour Caro ? 
Demanda soudain ce dernier en relevant la tête.
- Oui. Elle est notre meilleure amie, elle a toujours été là... Je pense qu'elle a le droit de savoir. 
Bill fit une pause, et passa son doigt le long du ventre du dreadé.
- Et toi ?
Il haussa les épaules.
- J'en sais rien. J'espère qu'elle comprendra. 
Bill eut un sourire.
- Je pense qu'elle en sait déjà beaucoup plus que tu ne le crois. Elle le savait avant même que nous nous en rendions compte. 

Tom eut un sourire amusé. 
- Elle a toujours tout su avant tout le monde... 


Ils échangèrent un regard complice, s'embrassèrent une dernière fois, avant que Bill ne s'habille et qu'ils ne quittent le gymnase pour les dix jours à venir. 

***

Le lendemain, un mercredi, les cours du matin passèrent de façon lente. Tom se sentait nerveux. Bien sûr, il ne voulait pas retourner en arrière, il fallait qu'il le dise à Carolane, il lui devait bien ça, elle avait toujours été là pour Bill et lui. Mais il ne pouvait empêcher l'appréhension lui ronger l'estomac. Et si, au final, elle se rendait compte que supposer était plus facile que d'accepter la vérité ? Il ne doutait pas de son amitié mais, parfois, même les gens en qui on peut avoir le plus confiance, face à de telles situations, deviennent de simples personnes, et réagissent comme n'importe qui le ferait. La nausée lui était montée dans la gorge à l'idée que ça puisse être le cas pour sa meilleure amie. La perdre serait horrible. 

Il s'efforça de ne pas y penser jusqu'au midi où il retrouva son frère ainsi que leurs amis. Il fut un peu tendu, ce qui n'échappa pas à Bill qui lui envoya un petit coup de pied sous la table accompagné d'un froncement de sourcils. Il secoua la tête et lui sourit pour le rassurer. Ils quittèrent le lycée en compagnie de Carolane qui s'empêchait difficilement de poser des questions, vraiment impatiente de savoir enfin ce qu'on lui cachait depuis toutes ces semaines. Elle avait quelques suppositions, mais toutes étaient assez loin de la vérité. Bill semblait serein, alors que Tom, lui, semblait plus sur le point de rendre son repas de midi sur le trottoir. Il stressait, il ne cessait de se demander si finalement, il avait pris la bonne décision. Ne valait-il mieux pas inventer un mensonge plutôt que de lui imposer la vérité et lui décharger un peu du poids que Bill et lui auraient à porter toute leur vie ? L'obliger elle-même à mentir ? N'était-ce pas un peu égoïste ? 

Ses pensées se stoppèrent alors qu'ils entraient dans leur maison. Tout était calme, leurs parents ne rentreraient pas avant le soir. Ils avaient l'après-midi pour eux. Ils montèrent jusque dans la chambre de Bill où le dreadé vint s'installer directement sur le lit, jambes croisées, se triturant les mains comme s'il venait de commettre une grosse, une énorme connerie. Il entendit Carolane se poser à terre, les bras croisés sur le lit, comme à son habitude. Bill, lui, resta debout, puis se racla la gorge.

- Bon, si on t'a fait venir ici, c'est parce qu'on a un truc important à t'annoncer,
 se lança-t-il avec solennité. Enfin, plusieurs, en fait.
Tom était à deux doigts de se lever et de hurler un « non » désespéré, ce qui aurait été un peu ridicule. A la place, il baissa un peu plus la tête.
- Euh... Tom ?
Il frissonna un peu et releva les yeux sur son jumeau. 
- Tu pourrais... Enfin...

Tom acquiesça et vint se placer à côté de lui, saisissant sa main au passage pour emmêler leurs doigts et se donner du courage. Carolane ne bougeait pas, le regard fixé sur eux. Le blond inspira à plein poumons. 

- C'est important, mais avant tout, j'veux que tu saches que t'es sûrement la personne en qui on a le plus confiance... 

Il faillit rajouter « à part nos parents », mais se ravisa à contrec½ur. Caro le fixait toujours avec un petit sourire, mais ne l'interrompit pas. 
- Ok, continua-t-il, recevant une pression de la part de Bill sur sa main. 
Il hésitait. Par où commencer ? Il décida de faire les choses dans l'ordre. 
- Bien, je suppose que tu te souviens de ces quelques jours que j'ai passé à l'hôpital. Le jour où je suis rentré à la maison... On a appris quelque chose. Quelque chose que nos parents nous ont caché depuis notre naissance... 

Carolane se releva doucement du sol et vint s'asseoir sur le lit, là où Tom se trouvait un instant plus tôt. Ses sourcils étaient froncés, et elle était focalisée sur les garçons qui serraient de plus en plus leurs mains ensembles. 

- On pense, 
ajouta Bill, que c'est ça la cause des crises de Tom, et de tout le reste qui a suivi. 
Ils firent une pause, puis, d'une synchronisation parfaite et involontaire, ils dirent :
- On était siamois. 
La révélation laissa Carolane sans voix. Elle les contempla longuement, les yeux grands ouverts. Lentement, Bill s'approcha d'elle et souleva son tee-shirt. 
- Tu vois, lui montra-t-il en passant son doigt le long de sa cicatrice. Et Tom en a une aussi, mais elle est très petite et beaucoup moins visible. On a été opérés à la naissance, et le secret a toujours été bien gardé, jusqu'à ce que je tombe sur quelques notes sur nos carnets de santé. 
Elle contempla la marque avec intérêt, et eu un petit sourire.
- Euh...Ok, je veux dire, c'est pas... Enfin si, c'est grave, mais en même temps... On sait enfin le pourquoi du comment... Et vos parents ?
- Ça va plutôt bien, 
répondit Bill en haussant les épaules. On a eu un peu de mal les premières semaines, et puis finalement, on a eu quelques explications avec notre mère. Et ça va. Mieux, en tout cas. 
Tom s'installa à côté d'elle et la prit brièvement dans ses bras.
- C'est pas tout, murmura-t-il à son oreille. 
Elle lui lança un regard interrogateur, et cette fois, Bill s'assit également en face d'eux, sur son lit. 
- Oui, en fait, on va dire que cette révélation nous a...Enfin, Tom et moi, on a...

Il rougit et baissa les yeux. Les mots ne sortaient pas, il appréhendait également un peu. 

- On est... En quelque sorte... Ensemble, acheva enfin Tom, la voix peu assurée. 

Ils fixèrent Carolane alors que les mots semblaient résonner dans l'air. Elle resta sans rien dire un long moment, puis soupira. 

- Je suppose que c'est comme ça que les choses doivent être... C'est juste que... Enfin, je m'en doutais quelque part, mais savoir que c'est vrai... 
Tom posa un bras timide sur ses épaules, et elle vint d'elle-même entourer sa taille et lui rendre son étreinte. 
- Je suis désolé de t'imposer ça... Mais je voulais que tu le saches... 
Elle hocha la tête contre son torse et eu un petit sourire.
- Merci de me faire confiance. Si je peux vous soulager d'un poids... Ce sera avec plaisir. Et puis, je suis heureuse de vous voir aussi bien, je crois que vous n'aviez jamais été aussi... Beaux. 

Les jumeaux s'envoyèrent un regard empli d'un amour sans limite. Ils savaient qu'ils avaient pris la bonne décision. Le blond serra sa meilleure amie un peu plus fort.

- Merci. 
- Vous comptez vous embrasser devant moi ?


La question figea les deux frères, avant que Carolane ne relève la tête, un grand sourire aux lèvres. Ils éclatèrent tous les trois de rire, et Bill donna un coup dans l'épaule de la jeune fille, qui ajouta un « sérieusement, je déconne pas » qu'ils furent persuadés d'être vrai. Elle avait des idées tellement tordues parfois, que celle-ci n'en était qu'une parmi tant d'autres. Ils passèrent une après-midi calme durant laquelle Carolane posa des questions sur ce que ses amis avaient appris sur leur siamoisité, ils reconstituèrent ensemble des scènes où Tom avait fait une crise, et constatèrent que les morceaux collaient. 

Les sourires échangés alors qu'ils se quittaient en début de soirée rayonnaient de sincérité. Deux mains s'enlacèrent avec tendresse, alors qu'une jeune fille heureuse retournait chez elle. Pour la première fois de sa vie, elle se sentait vraiment importante et utile.

***

Cette journée-là, dernière de la semaine, passa à une vitesse folle. Les deux classes participant au voyage en Angleterre étaient assez dissipées, impatientes de partir. Ils devaient être prêts devant le lycée le lendemain matin, là où ils prendraient le car jusqu'à l'aéroport d'Hamburg. Ils en avaient pour moins d'une heure, et arrivaient directement à Londres. Ils logeraient chez leurs correspondants, dans une petite ville à côté de la capitale nommée Nunhead. L'impatience habitait chaque élève, ils attendaient ce voyage depuis le début de l'année. Bill et Tom n'échappait pas à l'ambiance générale, mais un événement peu plaisant vint bouleverser cette journée. Alors qu'ils quittaient le lycée, Tom fut appelé par une voix dans son dos. En apercevant qu'il s'agissait de celle de Gabriela, il accéléra le pas. Elle lui courut après et l'attrapa par le bras. Il eut un violent mouvement de recul et lui cracha :

- Ne me touche pas !

Elle sembla un instant blessé et conserva une distance de sécurité. Il regretta un peu d'avoir réagi si vivement, et se gratta la nuque en soupirant.
- Bon, qu'est-ce que tu me veux ? Fais gaffe, si Bill nous voit...
- Oui, oui, je sais, coupa-t-elle, j'en ai pas pour longtemps. Je... Je voulais te dire que... Enfin, vu qu'on part ensemble...

Tom sentit son estomac se tordre un peu. Il le savait, bien sûr, Bill le lui avait fait remarquer plusieurs fois, inquiet et plus menaçant que jamais. Il avait peur de comment ça allait pouvoir se passer. 

- Je voulais te demander pardon. Pour tout. J'ai eu le temps de réfléchir à tout ça et... Je sais que j'ai fait des choses très mauvaises. Je m'en veux. Je te jure de ne plus jamais recommencer un truc pareil, je ne sais pas ce qu'il m'a pris ce soir-là, je... J'ai probablement pété un câble... Alors tu sais, j'ai demandé à Johan de m'aider... On a beaucoup parlé... J'ai... 

Elle sembla peiner à achever sa phrase et baissa la tête. 

- Pardonnes-moi. Je veux que tout aille mieux entre nous. 
- T'es au courant que l'année prochaine, on ne se verra plus ?


Il voulut s'empêcher trop tard de prononcer ces mots qu'il savait blessants et purement méchants. Elle sembla vouloir disparaître et répondit un petit « oui » presque inaudible. Il secoua la tête et soupira à nouveau.

- Ok. Je veux que le voyage se déroule au mieux. Mais je ne te promets pas de pouvoir t'approcher, disons que j'ai un peu mon garde du corps personnel.
- Je sais, je comprends qu'il veuille te protéger... 

Elle releva un peu le visage, un petit sourire sincère aux lèvres, comme Tom en avait rarement vu.
- Vous avez de la chance de vous avoir l'un l'autre. Vous savez que quoi qu'il arrive, vous pourrez toujours compter sur l'autre... Vous ne serez jamais seuls...

Ces quelques mots simples touchèrent le dreadé qui se rendit compte que, deux mois plus tôt à peine, tout ça aurait été en partie faux, il avait tellement douté de sa relation avec Bill... Il hésita, puis finalement se pencha vers la jeune brune et la pris dans ses bras. 

- Tu trouveras quelqu'un un jour, quelqu'un qui ne te laissera plus jamais seule... Je te le promets. 
Elle posa timidement ses mains dans son dos et le lui frotta.
- Merci Tom... 
Il haussa les épaules et se détacha doucement d'elle. Mais l'expression sur son visage avait changée, laissant place à une évidente peur. 
- Gaby ? Qu'est-ce que...


Il tourna la tête dans la même direction qu'elle et vit avec horreur Bill, à quelques mètres, le visage marqué par la frayeur, les fixant tous les deux. Il n'eut pas le loisir de l'approcher que déjà, le brun s'enfuyait à toutes jambes. Il s'excusa rapidement auprès de Gabriela et se lança à la poursuite de son jumeau. Il le vit tourner dans une ruelle et s'arrêta immédiatement de courir. Il s'engagea dedans et jeta un regard à son frère, à présent coincé.

- C'est un cul de sac, tu devrais le savoir depuis le temps...

Bill baissa la tête, et Tom le vit serrer les poings. 
- Pourquoi t'es parti comme ça ?
Le brun releva la tête, son visage tiré par une douleur apparente, les yeux brillants.
- Pourquoi ? Dit-il en haussant le ton. J'en sais rien, peut-être parce que je viens de tomber sur toi et ta pouffiasse de psychopathe d'ex en train de vous enlacer, mais tout va bien hein !

Tom secoua la tête et se rapprocha de son jumeau qui se bornait à reculer. Bientôt, son pied heurta le mur derrière lui, le forçant à se stopper. Tom vint se placer en face, à une distance assez réduite. 

- On a discuté, elle s'est excusée, et voilà. Je ne pouvais pas lui en vouloir toute ma vie, elle s'est tenue à l'écart pendant ces derniers mois, elle a respecté ce qu'on lui avait dit... Je pense qu'il y a prescription... 


Bill ne répondit rien, mais commença à trembler. Il se trouvait ridicule, des tas de questions s'imposant à lui, mais il ne pouvait s'en empêcher. Tom se mit à s'inquiéter, voyant son frère grelotter comme s'il faisait -10°, alors que le le soleil brillait. Il porta une main prudente sur son bras.

- Bill ?

- Je t'ai fait attendre trop longtemps,
 répondit-il, la tête de nouveau inclinée vers le bas. Je suis resté loin de toi durant toutes ces années et... Sa voix tremblait et venait de se coincer dans sa gorge. Et maintenant tu veux... C'est trop tard, tu... 

Il n'arriva pas à achever sa phrase, et une larme vint s'écraser à ses pieds. La réaction de Tom fut immédiate, il attira son frère tremblant dans ses bras, et se mit à lui caresser les cheveux, comme il le faisait toujours pour le calmer. 

- Tout va bien, lui chuchota-t-il. Tu ne m'as rien fait, c'est fini maintenant, tout va bien... On est ensemble, pas vrai ? Le cauchemar est fini...

Il reprenait les mots que Bill lui-même avait employé un mois et demi plus tôt. Cela parut efficace puisque le brun cessa de trembler et releva doucement la tête vers son double. 

- Elle t'a fait du mal, si j'avais pas été là, elle t'aurait...
- Mais tu as été là,
 l'interrompit Tom en posant ses mains sur ses joues. Et maintenant elle s'en veut, elle a conscience d'avoir été beaucoup trop loin. Je lui ai pardonné, ça ne veut pas dire que je vais recommencer à la voir. J'arrête juste de l'ignorer, c'est fatiguant et inutile.

Il arrêta de parler et chercha dans le regard de Bill quelque chose qui indiquerait qu'il était rassuré. Mais il n'y trouva au contraire qu'une pointe de crainte et de doute. Il fronça les sourcils. Bill l'éclaira avant même qu'il ne puisse poser sa question.

- Elle te plaît toujours ?
Tom ne put retenir un sourire en découvrant ce qui semblait tellement inquiéter son frère. Il plongea ses yeux dans les siens et lui dit très sérieusement :
- Le seul qui me plaît... Il approcha doucement son visage du sien. Le seul que j'aime... Il l'embrassa tendrement. C'est toi Bill, je ne vois plus que toi, au fond, je n'ai jamais vu que toi...

Cette fois, ce fut Bill qui réclama un autre baiser, plus passionné. Il passa ses bras autour de la taille du dreadé qui colla leurs deux corps, passant une main dans la chevelure ébène. Il lui mordilla la lèvre, puis l'oreille, avant de chuchoter :

- Je t'aime... 


Bill lui répondit la même chose, plus doucement, et ils restèrent un long moment sans bouger, l'un contre l'autre dans cette rue sombre. Ils étaient ensembles, oui, mais à quel point étaient-ils prêt à affronter le reste du monde, le secret, l'amour interdit et dissimulé ? 

***

- Bon ben... Je crois que c'est l'heure. 
- Oh ça va, 
répliqua Bill, dis pas ça comme ça Andy, on croirait qu'on part pour des années... C'est juste une semaine hein.
- 10 jours ! 
Rectifia Carolane en croisant les bras. 

Les jumeaux levèrent les yeux au ciel au même instant, faisant rire le petit couple qui s'était levé spécialement pour venir leur dire au revoir. Tom et Carolane s'isolèrent un instant, après que le blond aie embrassé Andréas. La jeune fille lui lança un regard humide et le prit dans ses bras.

- Prenez soin de vous, faites attention à tout, soyez hyper vigilants... 
- T'inquiètes pas Caro, ça va aller, promis. On va y arriver.

Elle hocha la tête contre son épaule et le serra un peu plus.
- Quant à toi, essaye de ne pas t'engueuler avec Andy pour je ne sais quel sujet... On ne sera pas là pour recoller les morceaux...
- T'es bête, 
lui dit-elle en lui tapant sur le crâne et en se détachant de lui. Allez, file, avant que je ne décide de vous séquestrer ici. 

Il eut un petit rire et se dépêcha de rentrer dans le car, bientôt suivi de Bill qui prit sa meilleure amie dans ses bras, donna une tape amicale au blond platine, et grimpa rapidement dans le véhicule. Il s'installa à coté de Tom, devant Georg et Gustav. Le moteur gronda, et ils adressèrent quelques derniers signes de la main à leurs deux amis, avant de ne plus les voir du tout. Tom se laissa tomber dans son siège avec un soupire, et Bill lui sourit. Leurs mains se trouvèrent discrètement entre leurs deux sièges, et se serrèrent.

***

Voilà trois jours que Bill et Tom étaient en terrain anglophone. Tout se passait magnifiquement bien, leur correspondant était juste génial, comme le laissaient supposer les nombreux mails qu'ils s'étaient envoyés. Ils avaient une grande chambre avec deux lits et une petite salle de bain reliée à la pièce. Leurs journées étaient épuisantes, et la plupart du temps, ils rentraient, mangeaient, se douchaient, discutaient un peu avec Greg, leur correspondant, et tombaient de fatigue dans leurs lits respectifs. Et, à vrai dire, cette non-proximité commençait à leur peser. En effet, depuis leur départ, ils n'avaient rien fait, pas un seul baiser, pas même une petite caresse, à peine un ou deux regards appuyés. Ils étaient sans arrêt à visiter des monuments, des musées, des endroits magnifiques... Mais étaient par conséquent toujours fourrés avec leurs amis, leurs professeurs, les gens en général. Et en ce qui concernait leur maison d'accueil, ils préféraient rester prudents, et puis, ils étaient de toute façon bien trop épuisés pour faire quoi que soit. En bref, Bill et Tom étaient en manque l'un de l'autre, et pas seulement d'un point de vue sexuel. Avant même que leur relation ne prenne ce tournant, ils avaient besoin d'une certaine proximité (qui leur était accordée dans l'intimité de leur maison). 

Ainsi, en ce mardi matin, ils se sentaient au bord du craquage de nerfs. Ils se préparèrent rapidement, avalant le super petit-déjeuner que leur mère d'accueil leur avait concocté (comme chaque matin) en compagnie de Greg qu'ils reverraient l'après-midi pour une activité en commun avec les correspondants. Ils visitaient d'abord une abbaye, pour leur plus grand malheur. Aussi croyant l'un que l'autre (c'est-à-dire pas du tout), ils redoutaient l'ennui terrible que cela constituerait. Ils retrouvèrent le groupe de leurs deux classes réunies et montèrent dans le car, en direction du supplice. Tom ne manqua pas le regard lourd que Bill porta sur Gabriela. En effet, cette dernière n'avait rien tenté, si ce n'est la veille, elle était venue discuter un peu par hasard avec le blond, qui ne l'avait pas rejetée. Ce qui lui avait valu une petite remarque de la part de son jumeau, qu'il n'avait pas apprécié. Ils s'étaient un peu engueulés, avant de se réconcilier immédiatement. A vrai dire, la tension accumulée de ne pas pouvoir se toucher se faisait sentir, rendant l'atmosphère très électrique. 

En arrivant devant le monument religieux, Bill fut pris d'une grande lassitude. Il haïssait (presqu'autant que les hôpitaux) ces endroits. Un guide les attendait, et leur fit une visite guidée de l'abbaye. Au bout d'une demi-heure, les deux frères n'en pouvaient plus. Ainsi, au détour d'un couloir, Tom se sentit tiré en arrière et se retrouva plaqué contre une grosse porte en bois, les mains et les lèvres de Bill partout sur lui. Il réagit rapidement, et agrippa la taille de son jumeau pour le coller encore plus à lui. Ils gémirent sans retenue alors que le désir grimpait à toute vitesse. La jambe du brun remonta contre la hanche du dreadé, qui rejeta légèrement la tête en arrière, la faisant cogner contre le bois. 

- J'en pouvais plus, prononça Bill entre deux suçons sur le cou de Tom. J'en avais trop envie. Putain, Tom...

Ce dernier put sentir la main de l'androgyne ouvrir son pantalon pour y glisser sa main, qui se retrouva bien vite dans son boxer, à caresser avec force son membre douloureusement tendu. 

- Oui, oui oui... 


Les bruits d'extases sortant de la bouche de Tom excitaient Bill au plus haut point. Il continua ses caresses, tout en observant son frère glisser un de ses doigts dans sa bouche, en le fixant avec provocation, retenant du mieux qu'il pouvait ses gémissements. Puis il descendit le pantalon trop serré de Bill, avant de faire glisser son boxer le long de ses jambes, et de faufiler son doigt humide jusqu'à son entrée. Pendant ce temps, le brun s'était activé à faire descendre le bas de son double, puis son sous-vêtement. A l'instant même où Tom le pénétra de son doigt, il colla leurs virilités ensemble et effectua un mouvement circulaire du bassin, leur arrachant de longues plaintes. Bill vint poser son front sur l'épaule de Tom, alors que ce dernier lui embrassait le cou. Ils coordonnèrent leurs mouvements, les pénétrations du doigt de Tom et leurs coups de bassins de plus en plus appuyés. La délivrance ne fut pas longue, tous deux ayant vraiment manqué de contact physique durant ce qui leur avait semblé une éternité. Ils glissèrent doucement le long de la porte, puis Bill sortit un paquet de mouchoir pour les essuyer sommairement. Ils s'enlacèrent, assis par terre, front contre front.

- On a commis le péché originel... Murmura Tom en prenant la main de Bill pour embrasser chacun de ses doigts. En plein dans une abbaye... 
Ils rirent doucement, et le brun se laissa aller contre le corps de son jumeau de frère.
- Promets-moi... Commença-t-il doucement, avant de faire une pause. 
- Oui ?
- Qu'on s'aimera toujours. Que plus rien ne pourra nous séparer. Promets-le. 

Tom lui releva le menton et l'embrassa du bout des lèvres.
- Je te le promets. On a survécu à tout ça... C'est pas pour que je fasse tout foirer. 
- Fais attention, j'ai une excellente mémoire, ça ressortira un jour ça...

Tom sourit et caressa les cheveux de son tout, son passé, son présent, mais surtout, son avenir, en qui il avait le plus confiance. 
- Quand tu veux. 


Plus tard, ils rejoindraient le groupe dont presque personne ne s'était aperçu de leur absence. 

Le lendemain, ils feraient l'amour dans les toilettes d'un musée, alors que leur professeur les chercherait partout pendant 20 minutes. Ils prétendraient une envie pressante. 

Tom ne fera plus jamais de crise. Bill l'aimera toute sa vie.

Et leur lien resterait à jamais leur secret. 

Secret d'une dépendance interdite.



FIN

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Comments :

  • Smissou-TH

    19/11/2013

    J'ai adoré cette mini-fic', elle est vraiment touchante et super bien écrite. Il y a une histoire entraînante et ouais, même si c'est pas trop mon kiff quand Bill et Tom sont des jumeaux, cette fiction était vraiment réussie et il n'y a que du bien à dire dessus. Parfait ! :)

  • secret--yaoi

    16/12/2012

    J'ai beaucoup aimé cette fiction!! =)

  • Geisterfahrer-twincest

    11/03/2012

    olalaaa j'adoooooore le twincest *_____* et là ... pfou j'ai pleuré plusieurs fois, même si je trouve que le début est pas très cohérent avec la fin, c'est tellement bien écrit que juste on oublie quoi ! Nan crois moi je suis super mega exgigente avec les fictions, le moindre petit truc peut me repousser mais là c'était parfait, on s'attache vraiment aux personnages, surtout Carolane OMG je voudrais trop être elle : pouvoir voir les BTK se faire des papouilles toutes la journée , le rêve *_* Bref merci BEAUCOUP pour cette fictioooooon :D

  • chaos87th

    29/01/2011

    J'ai vraiment adoré cette fic. Ca change de celles que je lis habituellement.
    J'ai bien aimé le Bill pas sûr de lui à la fin.

  • N.

    23/12/2010

    Toujours au top ! :)

    Amicalement N.

  • TakeawishrightNow

    14/11/2010

    Tu as un don pour l'écriture du twincest! Ta fiction est vraiment parfaite! J'me lasserais pas de la lire, si tu savais!
    Bonne continuation!

  • 26JUIN1992

    01/11/2010

    J'adore, une fois de plus.
    C'est vraiment super.
    Puis, tu écris vraiment super bien.

  • cactuslady

    24/09/2010

    J'ai adoré cette histoire, je l'ai du début à la fin sans m'arrêter. Vraiment, j'ai passé un super moment, l'histoire est super et surtout c'est bien raconté.. On vit l'histoire avec les personnages, on est heureux quand ils sont heureux, malheureux quand ils sont malheureux, etc. Merci.

  • yayayaoi

    16/09/2010

    Je viens de dévorer rta fiction, et vraiment je la trouve superbe. Merci pour ce moment agréable =)

  • mE-in-my-drEam-z

    02/09/2010

    Quelle histoire magnifique. Cest original, generalement les twinsest sont un peu toutes pareilles, mais la...
    Cest super, vraiment. Jaime la fin :)

    Bravo ^^

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