Be Again - Chapitre 2

Chapitre 2
Il resta statique pendant de longues minutes, puis se précipita dans sa chambre. Il la parcourue en long, en large et en travers, avant de se stopper et de vouloir tirer, comme à son habitude, sur ses longs cheveux soyeux. Il poussa une petite exclamation de surprise en sentant à nouveau les dreads qu'il avait tellement chouchoutées à l'époque du lycée, mais dont il avait dû se séparer à ses 18 ans, lorsqu'il avait commencé ses études. Son rythme cardiaque s'accéléra, et il se pinça violemment le bras, ne récoltant qu'une douleur vive et des larmes dans les yeux. C'était impossible, tout simplement impossible.

Il eut un éclair d'effrois en pensant à Bill, avant de se calmer et de se souvenir qu'il devait être au lycée depuis une bonne heure. Son soulagement fut passager, et il paniqua à nouveau en pensant à son boulot. Il ne pouvait pas y aller comme ça ! Personne ne le reconnaîtrait, il avait vraiment évolué avec l'âge. Il retourna dans la salle de bain, et se replanta devant le miroir en gémissant. Non, personne, personne ne le croirait, il ne ressemblait plus au Tom de 34 ans, il en était même assez éloigné. Il eut une illumination. Si, il y avait une personne qui allait pouvoir l'aider. Il partit en courant dans la chambre de son fils, et y entra sans prêter attention au bordel qu'il y régnait. Il ouvrit une armoire, à la recherche de quelque chose de mettable. Il essaya un jean et constata avec surprise qu'il faisait exactement la même taille que son fils, le vêtement lui allant à ravir.

Il finit par tomber sur un teeshirt assez large qui servait souvent de vêtement de nuit à l'androgyne. Il se fit la réflexion qu'il devait avoir conservé quelques habits à lui dans deux ou trois cartons. Mais pour l'instant, il n'avait pas le temps. Il se précipita dans le salon, attrapa ses clefs de voitures et sortit de la maison après l'avoir verrouillé. Il grimpa dans son véhicule et se frappa la tête contre le volant en constatant qu'il devait régler tout à sa nouvelle taille. Une fois correctement installé, il conduisit jusqu'à une propriété autant, si ce n'est plus chic que la sienne. Il se gara et vint sonner à l'interphone.

- Ouais ?
- C'est moi, Gé.


Le portail s'ouvrit, et il remonta l'allée jusqu'à l'entrée de la luxueuse maison. Il souffla un coup et pénétra à l'intérieur. Des pas dans l'escalier lui indiquèrent que Georg, son patron mais également meilleur ami depuis de très longues années, arrivait. Il tenta de ne pas paniquer, et releva les yeux du sol pour venir à la rencontre du regard ahuris du châtain.

- T-Tom ?
- Salut mon pote,
 soupira dramatiquement le (à présent) dreadé.

Georg resta planté là, la bouche ouverte. Puis il secoua la tête et reposa ses yeux sur Tom.

- Tu es... Tu as... Merde, qu'est-ce que t'as foutue avec tes cheveux ? Pourquoi tu...
- Je me suis réveillé comme ça se matin,
 chouina le blond en se laissant tomber dans un fauteuil confortable du salon. J'y comprends rien, je suis...
- Un mec de 17 ans. Putain, j'ai l'impression de revenir au lycée !


Georg se laissa tomber dans le siège d'en face, et détailla son meilleur ami de la tête au pied. C'était tout bonnement incroyable.

- Comment c'est possible...
- Qu'est-ce que j'en sais ? Mais Gé, je suis dans la merde, tu le sais ça ?
- Ouais, enfin non, enfin... c'est si grave que ça ?


Tom lui lança un regard blasé.

- Tu veux vraiment que je te réponde ?
- Nan mais, je veux dire, c'est ok, Tom. Pour le boulot en tout cas... T'as des tonnes de congés à prendre, alors offre-toi des vacances. Au moins le temps que ça... Passe.


Georg semblait plus amusé qu'autre chose, ce qui agaça le dreadé.

- Je suis dans le corps d'un gamin de 17 ans bordel, tu te rends compte de ça ?
- C'est plutôt cool, tout le monde rêve d'une deuxième jeunesse !

Tom secoua misérablement la tête avant de la prendre entre ses mains.
- Qu'est-ce que je vais faire... Et avec Bill...

Le visage de son patron s'assombrit.

- Merde, j'avais oublié ton gosse.

Il y eut un silence, puis Georg tenta prudemment :
- Tu peux lui dire que tu as du partir aujourd'hui. De toute façon tu devais aller au Mexique bientôt.
- Oh non,
 gémit Tom en se recroquevillant un peu plus. J'avais oublié ce chantier ! Comment je vais...
- C'est pas grave,
 le coupa son ami, je vais envoyer Gus à ta place, il sera plus que ravi de partir, depuis son divorce il a un peu de mal avec cette ville.

Le blond acquiesça et se redressa, légèrement rassuré. Il savait qu'il trouverait de l'aide en venant ici. Un petit rire le coupa dans ses réflexions.

- Quoi ?
- Non, c'est juste... C'est des fringues à Bill ? C'est tellement drôle de te voir comme ça...
- C'est ça, fous-toi de ma gueule,
 se renfrogna Tom en croisant les bras. Je vais fouiller, je dois avoir des vieux trucs à moi dans le grenier.
Il devint livide.
- Gé, je vais habiter où ? Si je suis en voyage au Mexique, je ne peux pas me trimballer chez moi...
- Viens ici, le temps que ça redevienne normal. Tu sais bien que tu es le bienvenu.
- Merci...

Georg partit leur servir un verre et ils burent en silence.
- J'y comprends rien, soupira finalement Tom. Pourquoi... Comment est-ce que c'est possible ? Je veux dire, rajeunir, tout ça, c'est des conneries de science fiction !
- Je ne sais pas comment, ni pourquoi, mais en tout cas, c'est foutrement impressionnant,
 s'extasia Georg en continuant de le détailler. T'as même ton piercing !

Tom ne put s'empêcher de sourire.

- C'est vrai qu'il m'avait manqué...

Il toucha ses cheveux avec amusement.
- Et ça aussi !
- J'ai l'impression d'être vieux,
 rigola le châtain. C'est incroyable...
- Je vais faire quoi de mes journées ? Qui sait combien de temps ça va durer...
- Bah... T'as qu'à t'inscrire au lycée !

La mâchoire de Tom faillit se décrocher.
- Pardon ?
- Fais pas cette tête, t'es un ingénieur Bac +7 reconnu dans le monde, ce ne sont pas quelques jours au lycée qui vont te faire peur, rassure-moi ?

Tom bougonna.
- C'est une autre époque. Sérieusement, Gé, le lycée !
- On y est allé, je te signale.
- Il y a 17 ans ! On a changé, depuis !
- Mais tu es redevenu un ado. Alors où est le problème ?
- Le problème, c'est que j'ai 34 ans, que j'ai un fils, et un boulot ! Voilà le problème !

Tom se mit debout et se mit à tourner en rond. Georg tenta prudemment :

- Pourquoi tu n'essayes pas de prendre ça comme... J'en sais rien, une opportunité.
- Une opportunité de quoi ?
 Répondit l'intéressé en se stoppant dans ses rondes. 
- Je ne sais pas... De découvrir la vie de Bill, par exemple. T'as jamais eu envie de savoir ce qu'il faisait de ses journées, qui il voyait, ce qu'il disait à propos de toi ?
- Ça je le sais,
 soupira le blond en se relaissant tomber dans le fauteuil. Que je suis un connard toujours absent. Et il n'a pas tort. Je n'ai jamais été un père pour lui.
- C'est peut-être un moyen de te rattraper. Si tu le vois dans un contexte hors de votre relation un peu... Bref. Peut-être que tu pourras mieux t'y prendre avec lui, ensuite.


Tom ferma les yeux et se massa l'arrête du nez. Après tout, Georg avait peut-être raison. Il était dans la merde, de toute façon. Autant essayer de rendre ça le moins pénible possible. Et puis, qu'avait-il d'autre comme solution ?

- Très bien, très bien. Je vais faire ça.
- C'est trop cool. En attendant, je me demande comment est-ce que tu as pu changer d'apparence comme ça...
- Tu crois que ne me pose pas la question ? Je me suis couché, et je me suis réveillé comme ça.
- Ça ressemble à... De la magie, non ?

Tom leva les yeux au ciel et secoua la tête.
- Tu regardes trop la télé, Gé.
- Je suis célibataire et j'ai plein d'argent. Que veux-tu que je fasse d'autre ?

Les deux amis se sourirent. 
- Merci de ne pas me prendre pour un fou,
 finit pas dire le dreadé. Je crois que sans toi... J'aurai pété un câble.
- Hey, les amis c'est fait pour ça.

Tom hocha la tête.
- Bon, et maintenant, la partie la plus difficile reste à faire...
- Laquelle ?
 Interrogea Georg.
- Laisser un mot à Bill, faire mes valises, retrouver des vêtements... Et m'inscrire au lycée.

Il frissonna à cette idée. Son meilleur ami se mit debout et vint lui taper amicalement l'épaule.
- Allez, ça va aller, t'en fais pas.
- Facile à dire,
 râla le dreadé en se levant.

Il quitta la grande maison pour rejoindre la sienne. Sur le chemin, il tenta de formuler la note qu'il allait laisser à Bill mentalement. Ça l'angoissait déjà, il avait tellement peur de la réaction de son fils. Il l'avait trop de fois déçu, et il s'apprêtait à le faire à nouveau. Il arriva rapidement, et rentra dans la demeure qu'il avait quittée si précipitamment une heure plus tôt. Son malaise augmenta alors qu'il se dépêcha de rassembler toutes les affaires dont il pourrait avoir besoin pour un voyage au Mexique dans un grand sac qu'il cacha au fond d'un placard de sa chambre. De toute façon, il aurait l'air d'une montgolfière s'il mettait ses habits actuels. Il vida la salle de bain et mit son nécessaire de toilette dans le sac qu'il emporterait chez Georg. Puis il descendit les escaliers pliés du grenier pour y grimper.

Il ne mit pas longtemps à trouver ce qu'il cherchait. Il les avait gardés là au cas où son fils aurait souhaité les récupérer. Mais vu le style qu'abordait ce dernier, il doutait que ses jeans larges et ses tee-shirts puissent un jour lui plaire. Il trouva trois cartons pleins, et fut heureux de constater qu'il avait même conservé des bandeaux et de gros élastiques. Il déballa les affaires pliés et les fourra dans son sac, ainsi que les quelques accessoires. Il n'oublia pas son ordinateur portable, son téléphone, les clefs dont Bill avait les doubles. Il mit le tout dans l'entrée et eut la nausée en pensant à ce qu'il allait faire. Il sortit un papier, un crayon, et souffla pour se donner du courage.

« Bill, mon chantier a été avancé, j'ai été obligé de partir en urgence aujourd'hui. Je t'ai viré de l'argent, tu n'auras qu'à utiliser ta carte bancaire pour les courses. J'ignore encore quand je reviendrais exactement, je sais seulement que ça risque d'être long. Tes grands parents doivent revenir dans deux semaines, ils passeront quelques jours avec toi à la maison. N'oublie pas de prendre le courrier tous les jours et... Prends bien soin de toi. Papa. »

Il relu plusieurs fois son mot, pas vraiment satisfait, mais y-avait-il vraiment un moyen moins pénible que l'autre d'annoncer à son enfant qu'on l'abandonnait pour de longs mois ? Il posa le papier en évidence sur la table de la cuisine, et partit chercher le téléphone. Il trouva dans son répertoire le numéro du lycée de Bill, et se décida, après avoir passé de longues minutes à le fixer, à appeler. Il se présenta comme le père d'un certain Tomas Braün, qui souhaitait inscrire son fils. On lui répondit poliment qu'il devait se présenter avec Tomas le lendemain matin et qu'il pourrait intégrer une classe le jour même. Sa voix resta un peu coincé dans sa gorge alors qu'il articulait un petit « merci » et qu'il raccrocha le téléphone. Il réfléchit un instant. Il était dans la merde, vraiment. Et puis, il ne voulait pas demander encore un service à Georg.

Il remit l'appareil à sa place, fit un dernier tour dans la maison, histoire de s'assurer de ne rien avoir oublié, puis soupira avant de refermer la porte à clefs. Son c½ur se serra légèrement alors qu'il imaginait la tête qu'allait faire Bill en rentrant. Il refit le trajet jusque chez son meilleur ami, qui l'attendait de pied ferme.

- Alors ? C'est bon, t'as rien oublié ?


Tom secoua négativement la tête, et suivit son ami jusqu'à la chambre qui serait la sienne le temps que cette situation... S'améliore. Il rangea ses habits dans les placards, se changea - et s'amusa énormément de retrouver des vêtements pareils, qui pourtant lui donnaient un certain look, il fallait le dire -, attacha ses dreads en une queue de cheval et enfila un bandeau, ce qui le soulagea grandement du poids et de la chaleur qu'elles représentaient. Il redescendit pour déjeuner avec Georg, qui émit un sifflement en le voyant arriver vêtu d'un jean simple, porté pas trop bas, mais juste assez pour que, lorsqu'il levait les bras et que son large tee-shirt se soulevait, on puisse voir son boxer dépasser.

- J'avais oublié que t'avais été canon, à une époque.
- Connard,
 lui lança le blond en souriant néanmoins. Quoi, ne me dit pas que tu avais oublié que j'étais le mec populaire, et toi mon second ?
- Tu rêves, j'ai été aussi populaire que toi. Simplement, tu étais trop égoïste et narcissique pour voir les autres autour de toi.


Il reçut un coup de coude dans les côtes et ils rirent tous les deux. Ils passèrent à table et le visage de Tom redevint livide.

- Quoi ? Demanda finalement Georg après quelques instants de silence.
- On a un souci avec le lycée. Ils veulent que mon père m'accompagne pour l'inscription. Je crois qu'on peut laisser tomber cette idée.
- Idiot,
 dit le châtain en levant les yeux au ciel. Je veux bien jouer les vieux cons pour une fois, ça ne me tuera pas de te faire passer pour mon rejeton.

Tom lui offrit un sourire reconnaissant, néanmoins Georg sentait que quelque chose de plus profond tracassait son ami.

- C'est à cause de Bill, c'est ça ?

L'adolescent baissa les yeux mais acquiesça.
- T'en fais pas pour lui, c'est un sacré numéro ton môme. Il va se débrouiller, je ne m'inquiète pas de ce coté là.
- Mais je le laisse. Encore.
- Tu serais parti au Mexique, de toute façon. Il fallait bien que ça arrive à un moment ou à un autre.
- Je sais bien, mais... J'en sais rien. J'ai l'impression qu'en ce moment, c'est pire que depuis ces 17 dernières années.
- Écoute, c'est simple. Tu pourras arranger les choses avec lui dès que tu auras... Retrouvé ton... Euh... apparence.
- Et si je suis condamné à revivre toute ma vie ? Qu'est-ce que je lui dirai ? Que je suis mort, que le seul parent qu'il lui restait a crevé dans un accident de bagnole en Amérique, ou je ne sais quelle connerie ?
- Peut-être que tu n'es pas redevenu un ado pour rien,
 tenta Georg avec philosophie. C'est peut-être un moyen de, genre, renouer un contact avec Bill, et arranger les choses entre vous.

Tom resta perplexe. Il ne croyait pas à tout ça, même s'il devait avouer que cette situation lui redonnait quelque doute quant à l'existence de phénomènes paranormaux sur cette planète. Il haussa les épaules et termina son assiette, l'estomac pourtant noué. Il se sentait coupable, terriblement, affreusement, atrocement coupable. Et ça n'était pas prêt de s'arranger.

***

Un bruit de clef résonna dans la maison, puis une porte s'ouvrit et se referma. Bill retira ses bottes noires et mit sa veste sur le canapé.

- C'est moi,
 annonça-t-il, pas certain d'obtenir une réponse.

Le silence. Un silence oppressant. Pas un bruit de clavier maltraité, ni de papier froissé. Rien.

- Papa ?

Il posa son sac de cours au pied des escaliers et se dirigea vers le bureau de son père. Qu'il trouva complètement vide. Son regard se posa à l'endroit où devait normalement se trouver un ordinateur, ainsi qu'un bordel de documents en tout genre. Il sortit de la pièce et se précipita à l'étage. Il ouvrit la penderie de Tom. Vide. Son c½ur s'accéléra, et il sentit les larmes monter très vite. Il redescendit en courant, et entra dans la cuisine. Là, sur la table, un petit papier blanc semblait attendre d'annoncer sa terrible nouvelle. Il le prit d'une main tremblante, et le lu jusqu'au bout avant de fondre en larme. Il le froissa en une boule et la balança contre le frigo, avant de se diriger vers un placard et d'y donner un coup de poing qui fit craquer toute ses articulations. La douleur lui envoya une bouffée de chaleur et lui fit tourner la tête. Il se laissa glisser doucement contre le bois qui composait chaque meuble de la pièce, et ses sanglots envahirent bientôt la cuisine, de plus en plus bruyants. Il tenait sa main douloureuse contre lui et avait remonté ses genoux devant son visage, ce dernier baissé, dissimulé par ses longs cheveux qui tombaient tout autour, comme un rideau macabre.

Il laissait éclater sa tristesse, il le pouvait, après tout. Il n'avait pas eu besoin de ça, tellement pas. Déjà que l'idée de voir Tom partir l'avait anéanti, mais qu'en plus il n'ait même pas l'occasion de s'habituer à l'idée, ou même de simplement lui dire au revoir... Ses larmes s'épaissirent, et il commença à haleter, la respiration saccadée. Il plaqua son autre main sur son c½ur et tenta de reprendre son souffle. Son corps, son c½ur, sa tête, tout lui faisait mal. Il se sentait trahis, perdu, complètement livré à lui-même, et avec ce besoin complètement insensé d'avoir, pour la première fois depuis son enfance, un père auprès de lui.

- Papa, se mit-il à gémir doucement en se balançant d'avant en arrière. Papa...

Il resta longtemps assis là, sans rien faire, à simplement pleurer et supplier son père de revenir, de lui annoncer que c'était une mauvaise blague, que tout allait rentrer dans l'ordre... Mais rien. Bien sûr qu'il n'y croyait pas vraiment, mais toute réflexion logique avait quitté son cerveau. Il voulait simplement être rassuré, il le voulait tellement fort que ça lui en faisait mal. Il se faisait du mal.

Au bout d'une heure, deux peut-être, il avait perdu la notion du temps, il déplia son corps recroquevillé avec difficulté, souffrant de partout. Il avait l'estomac tellement noué que seule l'idée de manger lui souleva le c½ur. Il préféra monter à l'étage - enfin, s'y trainer serait plus juste. Une fois devant la porte de sa chambre, il bloqua. Il n'y arrivait pas. Il prit la direction du bout du couloir, et poussa lentement celle de la chambre de son père. Il fut envahi par l'odeur qu'il y régnait, et sut qu'il avait fait le bon choix. Il referma derrière lui, et se laissa tomber sur le lit de Tom. Il fut enveloppé par son parfum, et s'enroula dans la couverture avant de saisir un oreiller et de le coller à son visage pour inspirer à plein poumon les petites particules, seule chose que son père lui avait laissé de lui. Il s'endormit sans même s'en rendre compte, les larmes glissant dans son cou, son nez perdu dans les draps qui l'entouraient.

***

- J'ai l'air de quoi ?
 Interrogea Georg en époussetant sa veste.
- Euh... Tom hésita. D'un père. C'était le but, non ?
- Je me sens vieux.
- Sympa pour moi, je te signale que j'ai un fils.
- Qui te dit que tu n'as pas l'air vieux ?

Il reçut un coup de dossier sur la tête de la part de Tom et se mit à rire. Un instant plus tard, ils furent reçut dans le bureau du directeur qui fut ravi d'accueillir un nouvel élève. Il leur fit signer tous les papiers nécessaires, et en moins d'une demi-heure, Tomas Braün intégrait le lycée. Il fut convenu qu'il pourrait assister aux cours de l'après-midi. Il sortit donc de l'établissement en compagnie de Georg pour aller manger quelque part.

- Nerveux ?
 L'interrogea le châtain alors que Tom ne décrochait pas un mot.
- Oui. Non. J'en sais rien, en fait. Je suis dans la même classe que Bill.
- Je sais. C'est une bonne chose, c'était un peu le but de la man½uvre non ?


Tom haussa les épaules et mordit dans son sandwich.

- Allez, un peu plus d'entrain mon pote. Tiens, par exemple, pense que tu vas pouvoir remettre en pratique ton charme sur les jolies jeunes filles...

Tom releva les yeux pour fixer son ami qui avait un sourire en coin en tripotant une serviette en papier.
- Ou les jolis jeunes hommes...
- Gé !


Les joues du dreadé se colorèrent doucement. A part Georg et quelques conquêtes, personne n'était vraiment au courant pour la bisexualité de Tom, surtout pas son fils.

- Oh ça va, qu'est-ce que je devrai dire moi ? Mais je l'assume, contrairement à toi.


Georg était un homo complètement fier de l'être et qui l'affichait à qui voulait l'entendre.

- C'est pas que je ne l'assume pas. C'est plus compliqué, Gé.


La discussion s'arrêta là, Tom n'étant visiblement pas envieux de la poursuivre. Ils finirent de manger en parlant de ce que Tomas Braün allait bien pouvoir apprendre en cours.

Georg l'accompagna jusqu'aux grilles du lycée, et après lui avoir souhaité bonne chance accompagné d'une tape amicale dans le dos qui faillit faire tomber le blond, il regagna sa voiture et partit en direction du bureau où Tom ne remettrait pas les pieds avant un temps encore indéterminé, mais qui lui semblait déjà trop lointain. En effet, à peine avait-il mis les pieds dans la cour qu'il eut l'impression de débarquer dans un nouveau monde. Les jeunes se bousculaient, le brouhaha était semblable à un bourdonnement incessant. Il inspira pour se donner du courage et pénétra dans un bâtiment à la recherche de la salle où il allait assister à son premier cour depuis 17 ans. Il la trouva après avoir repéré la numérotation sur les portes, et hésita avant d'y entrer. Heureusement pour lui, peu d'élèves étaient déjà installés. Il choisit une place dans le fond et s'y posa en poussant un long soupire désespéré. Dans quoi est-ce qu'il s'embarquait ? Ses pensées furent soudain balayées comme si un coup de vent venait de passer dans son cerveau qui semblait avoir décidé de prendre des vacances instantanées.

Un groupe d'élèves venait de pénétrer dans la salle.
Mais pas n'importe lequel.

Il en vit quelques-uns, tous au look un peu sombre, revêtant vestes en cuir, chemises et jeans noirs, et puis il le vit, lui. Son fils, son enfant, l'être qu'il avait vu naître sans vouloir le voir grandir, mais qu'il avait appris à aimer, qu'il avait voulu protéger... Était tout simplement époustouflant. Il resta bloqué sur lui. Il revêtait une chemise blanche ouverte sur le torse et un peu en bas, avec un débardeur de la même couleur en dessous, ainsi qu'une longue chaine en argent qui pendait à son cou. Son jean près du corps d'une couleur grise, presque noire, saillait parfaitement à ses longues jambes qui se perdaient sans ses habituelles santiags. Mais ce qui retint son attention fut la limite entre son jean et son débardeur. Cela ne se voyait presque pas, mais c'est tout ce qui sauta aux yeux de Tom : on pouvait, grâce à l'ouverture de la chemise, distinguer un boxer dépasser, ainsi que les branches de l'étoile noire sur sa hanche. Il déglutit bruyamment et fit remonter ses yeux le long du corps indécent pour atterrir sur un visage en complet contraste avec l'apparence rayonnante de Bill. Ses yeux, maquillés comme à l'accoutumé, c'est-à-dire cernés de noir et soigneusement assombris, portaient également de profondes cernes. Son teint était bien plus pâle que les jours précédents, et pas une once de sourire n'ornait ses lèvres. Tom fronça les sourcils. Il semblait fatigué, et au plus mal.

La culpabilité lui tomba sur la tête comme une plaque de bêton. C'était sa faute, il n'en doutait pas. Il eut soudain envie de disparaître et pensa un instant à s'enfuir à toutes jambes de cet endroit où il n'aurait jamais dû atterrir. Mais alors se produisit une chose qui le cloua sur sa chaise. Son regard rencontra celui de l'androgyne, qui resta à le fixer, l'air troublé. Il fut pris de frayeur : et si Bill le reconnaissait ? Mais cela paraissait impossible. Ils n'avaient jamais feuilleté un quelconque album de photo ensemble, et son fils n'avait aucune idée de ce à quoi il ressemblait à 17 ans.

Il tenta de se relaxer un peu, sans lâcher l'adolescent des yeux. Ce dernier finit par s'installer à sa place, deux rangées plus haut que Tom. Il passa une main distraite dans sa chevelure noire légèrement en batailles qui lui retomba gracieusement dans le dos et sur les épaules. Mais ce geste fut suivit avec une sorte d'envoûtement par son père qu'il ne soupçonnait pas si près de lui. Tom secoua la tête en se rendant compte de l'état de béatitude complet dans lequel il était plongé. Allons, c'était Bill. Mais jamais il n'avait observé son enfant de cette façon. A vrai dire, il passait tellement de temps plongé le nez dans son travail que le physique transformé du jeune brun lui avait échappé. A présent, il avait l'impression de le redécouvrir.

Il fut coupé dans ses réflexions par le prof qui entra dans la classe, réclamant le silence complet. Les derniers élèves s'installèrent, et le cour put enfin débuter. Il s'agissait de littérature, une des bêtes noires de Tom qui émit un petit grognement. L'enseignant sembla soudain s'apercevoir et sa présence et le pointa du doigt.

- Toi, t'es le nouveau, pas vrai ?
- Euh...
 Tom remua sur sa chaise, mal à l'aise, alors qu'une quinzaine de paire d'yeux se braquaient sur lui. Ouais, c'est moi.
- Lève-toi. C'est quoi ton nom ?


Le dreadé se mit debout et se gratta nerveusement la nuque, sursautant presque en sentant les dreadlocks. Il allait vraiment falloir qu'il s'y habitue.

- Tom...as, Tomas Braün.
- Très bien, alors, bienvenu Tomas. Tu peux te rasseoir.


Il s'exécuta et remarqua avec un léger frisson que Bill s'était retourné pour ne plus le quitter des yeux. Son regard le brûlait presque, incroyablement profond, et surtout, tellement semblable au sien. Il préféra fixer sa table, mal à l'aise.
 

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Comments :

  • Amuna28-fic

    19/08/2011

    MDR Tom n'a pas de chance de revenir au lycée ^_^''
    Je pense que Bill et Lui vont se rapprocher plus qu'ils ne croient.
    Je continue :D

  • chaos87th

    31/01/2011

    J'aime bien ce chapitre.
    Tom qui va devoir réapprendre à être un ado. Je suis sûr qu'il va se rapprocher de Bill et bien plus qu'il ne le pensait je crois bien.

  • zyngao

    11/06/2010

    justre trop hot le fils et le pere qui limite se desire c juste trop chaud un petit syndrome d'Oedipe en retard on va dire xd a+

  • Lass-mich-vergessen

    03/06/2010

    Dans le laps d etemps qu'il m'a fallut pour venir du chapitre un au chapitre deux, une question a surfi dans ma tête.
    Be Again... Tout recommencer...
    Je me suis demandé si pour Tom, il s'agissait de tout recommencer avec son fils, donc avoir la possibilité de nouer des liens avec son enfant, ou tout recommencer au sujet de sa vie, soit ne plus faire cette "erreur" d'avoir un enfant avec un personne qu'il n'aime pas. Certes, Bill est là et il ne peut rien y changer. Mais peut-être cette seconde chance lui est-elle offerte pour qu'il recommence sa vie différemment...
    C'est assez loufoque comme histoire.
    Et j'ai énormément de mal à me projeter dans le futur de nos deux personnages.
    Il va forcément se passer un truc entre Bill et Tom.
    Mais quoi ? Et avec quelles conséquences ?
    Soit Tom reste un ado et évolue en même temps que Bill. Mais Bill perdrait alors son père.
    Soit Tom redevient Tom. Mais si une amitié se noue entre les deux garçons, Bill perdra son ami. Et si un amour se créé (chose possible vu que Bill ne sait pas qu'il est son père et Tom ne l'a jamais vraiment considéré comme son fils), alors Bill perdrait l'homme qu'il aime.
    Pour cependant retrouver un père...
    Quelque soit le déroulement de cette histoire, je vois difficilement une fin totalement heureuse... Et je suis curieuse de voir ce que tu en as fait =)

  • L--e--b

    22/12/2009

    Georg qui joue les papa mdr ^^

    Pauvre Tom j'le plaint il dois ce re-taper le lycée --' lOl !

    J'continue <3.

  • Giffolies

    28/11/2009

    Oula dc Tom dans le corps de ces 17 ans sa doit vraiment lui faire bizarre et je compren d qu'il soit un peu déroutée.
    Georg par contre sa le fait marer a croire qu'il trouve sa presque normal.
    Alala Bill est vraiment déphasé

  • ConfeSsiOn-Of-Tom

    11/11/2009

    Piiouf,, c'est geniall !!
    Tout bonnement genial ,,
    je continue !!

  • nirvana-angelTH83

    16/07/2009

    c'est une drôle d'histoire mais intriguante
    j'adhère ^^

  • Ando

    30/06/2009

    ouahhh ça à l'air génial ! en plus j'ai pas vu le film en question donc c'est un bon moyen de découvrir un peu. En tout cas, merci ça fait un bail que j'ai pas lu de bonnes histoires, j'ai pas laissé de com et j'en suis désolé mais là, il le fallait ! J'ai hate de lire la suite ^^ bonne continuation j'adore ton blog ! a bientot !!

  • Chachouille

    28/06/2009

    J'crois que c'est la première fois que je lis quelque chose que tu as écrit (mais je vais me rattraper :p:p) et sérieux, ce sénario me plait déjà beaucoup :D
    J'attends la suite avec impatience \o/

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