Be Again - Chapitre 4


Chapitre 4
 
Gabriel vint le rejoindre peu de temps après, et tenta de savoir ce qui n'allait pas. Tom ne répondit rien, et se contenta de se relever pour aller chercher encore à boire. Il savait que c'était mauvais, en plus, il avait perdu depuis bien longtemps l'habitude de boire. Mais il voulait oublier. Oublier qu'il venait d'embrasser son fils. Qu'il avait adoré ça. Que le voir se donner ainsi en spectacle l'avait un instant grisé. Il voulait à tout prix oublier qu'il avait été un tellement mauvais père que son enfant ne trouvait rien de mieux à faire que de danser à moitié à poil sur une table au milieu d'une trentaine d'adolescent plus en chaleur les uns que les autres. 

Deux heure, trois peut-être, il ne savait pas vraiment, venaient de s'écouler et il avait arrêté de boire pour manger un peu et éviter d'avoir l'estomac vide s'il devait vomir - et il était sûr que ça allait arriver, il avait bien trop bu. Il se trainait à présent dans la maison, ou plutôt, le palace, à la recherche d'une salle de bain pour se passe de l'eau sur le visage. Il grimpa les escaliers un peu au hasard, et la musique diminua, faisant disparaître du même coup peu à peu son mal de crâne. L'endroit était calme et désert, et il se sentit un peu mieux. Il allait tourner dans un autre couloir - combien y avait-il donc de couloirs dans cet espèce de château gigantesque ? - quand un bruit attira son attention. Il n'aurait peut-être pas dû y prêter attention, mais sa curiosité fut plus forte et il revint sur ces pas. Dans un coin sombre, il distingua, quand ses yeux se furent habitués à l'obscurité, deux corps l'un contre l'autre. Son sang se glaça alors qu'une voix gémissante s'élevait.

- Oh oui... Touche-moi... Prend-moi putain...

C'était Bill, là, les mains et le corps plaqués sur le mur, alors que dans son dos, un mec quelconque déboutonnait déjà son pantalon. Tom voulait partir, il voulait s'enfuir, mais quelque chose l'en empêcha. Il observa l'inconnu retirer son sous vêtement, puis le boxer de son fils, et passer sa main sur sa cuisse, avant de remonter entre ses jambes et d'enfoncer un à un ses doigts en Bill qui n'en finissait plus de gémir en se cambrant d'avantage. Il le vit bouger, s'empalant de lui-même sur les doigts de l'autre. Puis il les retira, et se plaça correctement avant d'effectuer un mouvement de bassin en avant qui fit hurler Bill, et lui fit rejeter la tête en arrière. Il la calla sur l'épaule de son partenaire qui se collait à lui, entourant sa taille d'un bras et laissant son autre main caresse le sexe tendu de l'androgyne. Les vas-et-viens se firent de plus en plus rapide, et Bill sanglotait presque tellement il semblait prendre son pied. L'autre lui embrassait le cou, lui suçotait la peau en s'enfonçant toujours plus fort, plus profond en lui. Un ultime coup de rein fit jouir violemment l'adolescent qui passa une main derrière lui pour agripper les cheveux de son amant. Ils restèrent un long moment ainsi, respirations saccadées, corps en sueur. Puis, lentement, l'inconnu se retira et se rhabilla. Bill attrapa un mouchoir et s'essuya doucement avant de remonter son boxer. Il sembla chercher quelque chose, et se tourna vers son partenaire. 

- Il faudrait que je récupère mon jean. 


Les deux rirent à cette phrase, et Tom eut peine le temps de reculer qu'il trébucha en arrière et se cogna la tête contre le mur derrière lui. Il jura bruyamment et vit des étoiles. Bill fit volte-face et s'avança vers lui, alors que l'autre garçon le suivait.

- C'est qui lui ?

- Laisse, Andy. Il est dans ma classe. 


Le dreadé n'eut même pas le temps de réaliser ce qu'il lui arrivait qu'il tombait dans les pommes. 

Il se réveilla plus tard, allongé dans un lit, uniquement vêtu de son boxer. Il mit un certain temps à se souvenir du pourquoi du comment, et à se redresser en position assise. Sa tête lui faisait un mal de chien, et en touchant l'arrière, il étouffa un cri.

- Je ne m'amuserai pas à toucher, à ta place... 


Il sursauta en réalisant que Bill était assis au bout du lit, rhabillé, et l'air bien plus sobre que plus tôt dans la soirée. Il cligna plusieurs fois des yeux et grogna.

- Ça fait combien de temps que je...


- Environ 3h. Tu t'es évanouis, alors je t'ai ramené ici pour que tu puisses récupérer. Les autres sont partis, mais Grégoire était ok pour que tu restes dormir. De toute façon, vu ton état, t'aurais pas été bien loin.

Les informations arrivèrent doucement jusqu'au cerveau de Tom, et les images lui revinrent également par brides. Il eut soudain très froid, et un violent frisson de dégoût lui brûla le corps. 

- Je crois que je vais vomir. 

Il se jeta hors du lit et suivit la direction que lui indiquait Bill pour aller vider son estomac dans les toilettes. Il se sentit tout de suite mieux, et revint s'allonger, n'ayant de toute manière par la force de repartir. Il évita de poser les yeux sur son fils, de peur que la vérité lui explose à la figure. Mais qu'est-ce qui avait pu lui passer par la tête ? 

- Tu peux dormir, tu sais. Il n'est que 6h, tu dois être crevé. 

- Pourquoi tu...
 Le blond fit une pause et grimaça. Sa gorge le brûlait un peu, et son crâne lui faisait atrocement mal. Pourquoi t'es encore là ?

- Je dors ici aussi, et en fait, c'était ma chambre, à la base. 

- Ah. 


Tom se laissa retomber en arrière, trop barbouillé pour rester assis. Il poussa un long soupire. 

- Tu te souviens de ce que tu as fait, cette nuit ? Interrogea-t-il finalement Bill qui semblait décidé à rester là.

- Ouais, je ne bois jamais au point d'en avoir des trous noirs...

Il fit une petite pause et rectifia avec un sourire :

- En fait, si. Mais seulement quand je suis avec des amis proches. Pourquoi tu veux savoir ça ?

- Parce que... Merde, mais tu as vu ce que tu faisais ?


Il pu deviner facilement l'expression surprise sur le visage du brun, mais ne bougea pas, se contentant de garder les yeux fermés - pour son mal de tête. 

- Euh... Ouais. Et alors ? 

- Tu te donnais en spectacle, tu... Tu faisais n'importe quoi !

- Hey, t'es qui toi ? Arrête de te prendre pour mon père. Et puis, ça n'avait pas l'air de te déranger tant que ça...

Tom resserra le poing, mais ne dit rien. Que pouvait-il dire ? C'était juste totalement vrai. Et dégoûtant. Il tourna la tête du côté opposé à Bill. 

- Pourquoi t'as fait ça ? 
Demanda-t-il après de longues minutes de silence.

- Fait quoi ? 

- Ça, t'occuper de moi. 

- Pourquoi est-ce que ça a l'air de tellement t'étonner ? Tu me prends pour qui au juste ?


Tom se retourna à nouveau pour observer le visage de Bill. Ce dernier avait vraiment l'air étonné. 

- Et bien... Je... Constate, c'est tout. 

- Tu parles, ce n'est pas parce que je bois en soirée que je suis un connard fini non plus.


Le brun s'était levé, l'air cette fois ci énervé. 

- Qui t'as parlé de moi ? Gabriel ? Tu traines souvent avec lui... 


Tom ne répondit pas et se contenta de le fixer.

- Ça ne m'étonne pas, il n'a jamais digéré notre séparation.

- Vous êtes sortis ensemble ? 

- Euh...
 Bill se gratta la nuque. Pas vraiment, en fait, c'était juste comme ça, une ou deux fois. Mais il s'est un peu monté la tête. Alors voilà, maintenant il aime raconter que je suis un...

Il s'interrompit un instant, et parut réfléchir. 

- En fait, c'est vrai. Je ne suis pas du genre à m'engager. Mais ce n'est pas pour autant que je vais laisser un pauvre mec par terre alors qu'il a perdu conscience. 


Le dreadé hocha la tête, préférant ne rien dire. C'était déjà assez difficile d'accepter que son fils puisse se taper un nombre incalculable de personnes alors qu'il n'avait que 17 ans. 

- Tu prends tes précautions, au moins ?

La question avait échappée à Tom sans qu'il s'en rende vraiment compte, et il la regretta immédiatement en croisant les yeux de l'androgyne.

- Pardon ? Putain, mais t'es vraiment... Oh et puis, laisse tomber, va donc te faire foutre, je vais aller dormir ailleurs. 

Il sortit de la chambre avant que le blond ait pu dire un mot. La porte claquée relança sa migraine et il gémit en fermant les yeux. Il allait falloir qu'il se méfie un peu plus s'il comptait sympathiser avec Bill pour s'en approcher et découvrir qui il était vraiment... 

***

Les semaines s'étiraient doucement. Depuis cette fameuse soirée, Bill n'avait plus vraiment cherché à venir vers Tom, et ce dernier s'en accommodait. Il passait le plus clair de son temps avec Gabriel, redécouvrant la vie d'adolescent qu'il avait tant apprécié. Pour tout dire, la vie au lycée commençait à sérieusement lui plaire, et pour cause : sa popularité ne cessait d'augmenter. Il avait été à quelques autres soirées (où bizarrement son brun de fils ne s'était pas montré) où il avait parlé, même dragué quelques personnes, et où il avait dansé. Et Tom dansait très, très bien. Il avait développé une sorte de mystère autour de sa personne, ce qui le rendait terriblement attirant aux yeux des autres. Il se mettait physiquement en valeur, exploitant le corps bien fait qu'il avait retrouvé. C'était rapidement devenu un inaccessible, n'ayant jamais encore cédé ses faveurs à qui que ce soit, et à qui il fallait à tout prix réussir à plaire pour être le premier à pouvoir s'en vanter. En bref, il était désiré. 

Il semblait qu'il ne redeviendrait pas un adulte de si tôt, et l'idée commençait doucement à s'installer dans son esprit, et ne le scandalisait plus autant qu'avant. De plus, personne ne semblait vraiment s'inquiéter de l'absence prolongée de Tom Kaulitz. D'un autre côté, il envoyait des mails réguliers à son fils (toujours sans réponses) lui expliquant que les travaux s'éternisaient, qu'il espérait que tout allait bien pour lui, qu'il ne sortait pas trop... Il tentait vaguement de le faire renoncer à ce goût prononcé pour la débauche et la fête qu'il ne cessait de lui montrer (sans en avoir conscience, mais Tom l'observait un peu plus chaque jour, en découvrait un peu plus chaque jour, sans pour autant pouvoir vraiment s'en rapprocher, pas après la scène de la fête), mais pourquoi Bill lui obéirait-il alors qu'il était censé être au fin fond du Mexique, loin de lui ? Alors il se contentait d'essayer de lui faire la morale, sachant pertinemment que c'était inutile. Son garçon semblait bien mieux sans lui de toute façon, mais surtout, il semblait le haïr au plus profond de lui-même. Tom le savait car un jour, Gabriel l'avait appelé depuis l'autre bout d'un couloir. 

- Tom !


Il s'était retourné pour voir Bill fondre sur le blondinet, l'air furieux. Il avait planté ses yeux d'un marron incroyable et troublant dans ceux de Gabriel, et lui avait craché :

- Comment est-ce que tu l'as appelé ? 

- Euh...
L'adolescent n'avait plus su où se mettre. Tom, c'est un surnom, c'est plus rapide que...

- Ne l'appelles pas comme ça. Mon père s'appelle Tom.


Et il était parti, laissant Gabriel en plan et un peu étonné. Depuis ce jour, le dreadé n'avait plus tenté une seule approche envers Bill, préférant éviter d'ouvrir certaines blessures, même s'il s'en mordait les doigts. Après tout, cette mascarade devait l'aider à se rapprocher de son fils, et au lieu de ça, elle était en train de l'en éloigner. 

Une après-midi, alors qu'il finissait tôt les cours et qu'il comptait rentrer, il fut interpellé. Quelqu'un attrapa son bras, et il se retourna en riant.

- Ah parce que maintenant tu m'agresses sexuel... 

Il se figea en se rendant compte qu'en réalité il ne s'agissait pas de Gabriel, comme il l'avait pensé, mais de Bill. Il resta un instant sans rien dire, ébloui par le sourire que lui envoyait le brun, avant de se reprendre et de dégager son bras de sa main.

- On peut... Se voir ?
 Attaqua immédiatement le plus jeune.

- Que... Hein ?


Tom se frappa mentalement d'avoir des répliques aussi constructives.

- Tu fais quelque chose, là, tout de suite ?

- Euh... Non, enfin... Non.

- Alors on peut aller boire un verre.

- Pourquoi ?

Il se frappa à nouveau. Bill resta interpellé, avant de sourire.

- Parce que j'ai envie de te prouver que je ne suis pas un con sans aucunes valeurs morales... Même si je m'en approche fortement.


Tom haussa un sourcil, avant d'hocher doucement la tête. Il se sentait nerveux, un peu comme un... Lycéen. Il sourit pour lui-même à cette pensée. Il se rendit donc dans un bar en compagnie du brun, et ils commandèrent leurs boissons. Un silence, gêné pour Tom, amusé pour Bill, s'installa entre eux. Le blond se sentait passé au rayon X. Les yeux du brun le dévoraient littéralement. C'était vraiment troublant, et pour la première fois, Tom osa planter son regard dans le sien, découvrant le visage de celui avec qui il avait partagé 17 ans de sa vie sans jamais réellement le dévisager. Bill sembla surpris de cette soudaine initiative, puisqu'une légère rougeur colora ses joues.

- Alors ? 


La voix de l'androgyne résonna dans la tête de Tom, avant qu'il ne s'aperçoive qu'il attendait visiblement une réponse.

- Alors quoi ?

- Je ne sais pas, tu ne dis rien depuis tout à l'heure, donc j'improvise. Alors... Parle-moi de toi. 


Le dreadé haussa les épaules.

- C'est toi qui m'as invité ici. J'attendais juste de savoir pourquoi. 

- Et bien, tu sais maintenant. Alors ?

Un rire amusé s'échappa des lèvres de Tom sans qu'il en ait réellement conscience. Il s'adossa contre sa chaise, les bras posés sur la table à tripoter machinalement une capsule de bière. 

- Y'a pas grand-chose à dire, j'ai 17 ans
 (il sentit une pointe de fierté un peu idiote lui piquer le c½ur à cette déclaration), je viens d'emménager chez mon père pour une durée encore indéterminée... 

- Qui est ton père ?

- Georg Listing,
 répondit-il sans y faire attention.

Il y eut un blanc. Bill fronça les sourcils, et Tom se maudit de ne pas réfléchir avant d'ouvrir la bouche.

- Georg ? Le patron de la boîte d'ingénieurs ?

- Euh... Ouais.


Il était de toute façon trop tard pour nier, alors autant aller jusqu'au bout, il trouverait des solutions en improvisant.

- Merde, c'est assez drôle, dans un sens, 
dit Bill en fixant soudainement les mains de Tom qui ne lâchaient pas la capsule. C'est la boîte de mon père, et je connais bien Georg, c'est son patron et meilleur pote depuis le lycée... 

Le blond pensa un instant que s'en était fini de lui, et qu'il venait de se faire griller. Mais dans une ultime tentative, il s'entendit raconter :

- En fait, je vivais avec ma mère depuis ma naissance, je suis un peu un accident. J'ai pris son nom de famille, parce que c'est elle qui m'a élevé. Mais j'ai eu envie de recontacter mon père, alors un jour je lui ai envoyé une lettre. Il m'a répondu, et on a appris à se connaître comme ça. Il m'a proposé de venir en vacances, et à chaque fois je restais très peu de temps. Alors il m'a demandé si je voulais venir habiter un peu avec lui, histoire qu'on se découvre vraiment. J'ai dit oui, et me voilà.

Bill n'eut aucune réaction pendant quelques secondes, puis finalement un sourire étira ses lèvres.

- Tant mieux, alors. 


Tom se retint de pousser un soupir de soulagement. Au moins, il avait réussi à s'en sortir pour le plus gros. Si Bill n'avait plus de doutes sur son identité, il pourrait facilement s'en approcher. Il sourit doucement. 

- C'est drôle, reprit le brun en posant son regard brûlant sur le visage de son vis-à-vis. Quand tu souris... Tu me fais penser à quelqu'un. 

Le sourire de Tom se crispa un peu, puis il finit par rire un peu, tentant de masquer sa gêne. Finalement, ça n'allait peut-être pas être aussi simple que ça. Ils discutèrent ainsi quelques minutes, puis quelques heures qui s'étirèrent, Tom apprenant des choses qu'il savait déjà sur l'androgyne, mais également d'autres dont il ignorait tout, comme ses amis, ses centres d'intérêt... Et, alors que Bill payait et lui proposait d'aller faire un tour ailleurs, il eut tout de même la présence d'esprit de se demander pourquoi il riait, souriait, et surtout, pourquoi il avait l'impression de séduire ce jeune homme qui se trouvait être son fils. Mais cette pensée fut bien vite chassée quand Bill lui offrit son plus beau sourire en lui tenant la porte. Il décida que finalement, réfléchir était parfois inutile, même si le coté malsain de toute cette mascarade le travaillait. 

Il proposa à Bill de prendre sa voiture. Il accepta, et ils firent un détour par le parking du lycée pour grimper dans le véhicule. 

- Tu veux qu'on aille où ?
 Demanda le dreadé en allumant le contact et faisant gronder le moteur.

- Je te dirai, contente toi de conduire. 


Tom fit un sourire en coin et pressa l'accélérateur.

- Je me demandais... Comment ça se fait que tu ais ton permis, au juste ?

- En fait...
 Le blond se passa une main dans les cheveux, se heurtant aux dreadlocks qui l'empêchèrent de glisser ses doigts entre eux. Je n'ai pas mon permis. C'est un faux, mais bien fait. 

- Oh,
 répondit Bill en haussant son sourcil piercé. Je peux le voir ?

- Euh... Je... Je ne préfère pas. On ne sait jamais. Si un jour je suis découvert et trainé en justice... Tu ne seras pas mêlé à ça. 

Il avait déballé ça sans quitter la route des yeux, et avait même pris un air on ne peut plus sérieux. Il y eut un silence, et Bill éclata de rire. Le son parvint aux oreilles de Tom qui eut l'impression d'entendre pour la première fois de sa vie un rire sincère sortir de la bouche de son brun. Son c½ur se serra un peu, et il poussa un léger soupire. 

- Prends à droite, indiqua Bill sans remarquer la soudaine mélancolie de son père. 

Tom s'exécuta, et ils se retrouvèrent au bord d'un lac assez grand, bordé d'arbres et d'un sentier. La nuit était tombée, donnant un charme incroyable à l'endroit. Il se gara sur le petit parking, et sortit de la voiture, suivit par Bill. Il se planta là et émit un sifflement appréciateur.

- Ça te plait ? J'aime bien venir me ressourcer ici.

- C'est... Magnifique,
 souffla Tom en sentant une brise venir lui caresser la joue. 

- Je trouve aussi. 


Ils s'avancèrent jusqu'à une table de pique-nique où ils s'installèrent, Tom sur le banc, son rejeton sur la table elle-même. Ce dernier sortit un paquet de cigarettes de sa poche, sous les yeux mauvais du dreadé.

- Tu ne devrais pas, 
ne put-il s'empêcher de conseiller. C'est... Hyper mauvais pour la santé.

Le brun lui envoya un sourire ravageur et alluma sa longue cigarette (des Vogues, Tom avait vu la marque inscrite sur le paquet) sans le quitter des yeux. Le corps de Tom lui envoya des signaux de danger, mais sa tête ne voulait pas l'écouter. Il était complètement envouté par le moindre de ses gestes, la moindre de ses paroles. Son attitude entière le subjuguait. Il avait beau être totalement conscient d'avoir en face de lui un enfant qu'il avait lui-même aidé à mettre au monde, son enfant, il n'arrivait pas à effacer cette flamme qui semblait le consumer de l'intérieur, et ces fourmillements au creux de son estomac quand il rencontrait les sphères brunes qu'étaient les yeux de Bill. Il l'observa fumer, résistant difficilement à l'envie de lui retirer ce morceau de poison des lèvres, et quand il eut fini, il secoua la tête.

- En plus ça donne les dents jaunes, et une sale haleine. 


Bill haussa les épaules, le regard perdu sur le lac.

- Qui s'en souciera, de toute façon ?

La question acheva d'enfoncer Tom dans sa culpabilité (qui ne l'avait plus quitté depuis maintenant presque trois mois).

- Ton père ? 
Osa-t-il quand même. 

Le brun ricana sans regarder Tom. 

- Mon père... Parlons-en... Il ne s'est jamais intéressé à moi, alors à force, j'ai appris à ne plus me faire d'illusions. Il n'en a rien à foutre. Il ne m'aime même pas... 

- C'est faux !


Ça lui avait, une fois encore, échappé. Il se tassa sur le banc de la table, tandis qu'il pouvait deviner l'air surpris de Bill.

- Tous les parents aiment leurs enfants. C'est quelque chose de naturel, ils ne peuvent pas juste... Les rejeter. Ils les aiment. Il t'aime. 

- Il n'est jamais là, comment veux-tu que j'y crois ? Il ne m'a jamais donné une seule raison de penser qu'il s'intéressait un tant soit peu à moi. Alors bon. 

- Il a sûrement ses raisons, d'être absent je veux dire. 

- Le fric... Pfff. Quand est-ce qu'il comprendra que j'en ai rien à foutre de ça ?


Tom le fixa, interloqué.

- Comment ça ?


Bill daigna enfin plonger ses yeux dans les siens. 

- Je me fou de l'argent, du luxe, de tout ça. Je voudrai juste qu'une fois, une seule fois, il pose ses yeux sur moi pour me demander comment je vais, ce que j'ai fait de ma journée... J'aimerai exister à ses yeux... Et ne plus être son erreur de jeunesse, le truc qui n'aurait jamais dû lui arriver, le poids qui lui a empêché de vivre comme il l'aurait voulu... Je n'ai pas de grands rêves, juste celui-là...


Il préféra quitter le regard de Tom et le reporta vers les étoiles qui apparaissaient doucement dans le ciel. 

- Parfois je me dis que j'aurais préféré ne jamais venir au monde. Ça aurait été plus simple. Il aurait peut-être été heureux. De toute façon, il ne me voulait pas...

Tom préféra ne rien dire, pour dire quoi ? Il venait de se prendre la plus grosse vérité de sa vie en pleine figure. Tout ce que Bill disait était vrai. C'était un accident. Et Tom ne l'avait pas aimé. Il se trouva monstrueux. Pendant un certain temps, son propre fils n'avait eu aucune importance à ses yeux, il s'en était foutu comme s'il n'avait jamais existé. 

- Tu sais,
 lui dit finalement Bill, si je fais tout ce que je fais... C'est parce qu'il ne m'a jamais rien interdit. Et puis, plus j'en faisais, moins il me remarquait. C'est comme si la plus grosse connerie du monde n'aurait même pas suffit à lui faire prendre conscience de ma présence. Alors j'ai fait mes propres expériences, et j'ai créé mes propres notions du bien et du mal. Personne ne m'a jamais dit si elles étaient correctes, ou si j'étais une sorte de...

Il réfléchit un instant, et dit en souriant :

- Un connard. Comme tu penses que je le suis. 

- Je ne pense pas ça... 

Bill secoua la tristement la tête.

- Tout le monde pense ça. Et je n'en ai rien à foutre. Après tout, c'est grâce à ça qu'on me connaît. Au lycée, je suis quelqu'un. Ça compense. 


Il soupira et Tom n'ajouta rien, laissant lui aussi ses yeux contempler la splendeur de cet endroit dont il ignorait l'existence alors que son fils y venait apparemment souvent. 

- Je fais une soirée chez moi, samedi. Tu viendras ?


Le dreadé fronça les sourcils.

- Tu n'as pas peur que ton père...


Il fut coupé alors que Bill se baissait et le prenait pas le col pour approcher son visage du sien.

- Arrête de me parler de mon père et réponds-moi. 

- Je... D'accord. Je viendrai. 

Le brun s'écarta, un sourire satisfait aux lèvres. Tom mordilla sa lèvre et son piercing en réfléchissant à toute vitesse. Bill allait faire une fête dans SA maison sans son autorisation, et il allait sûrement faire venir toute sa bande d'amis ainsi qu'un tas de gens inconnus qui allaient tout casser et ravager son magnifique appartement... Il grimaça.

- Fais pas cette tête. Si t'as pas envie de venir, t'as juste à me le dire.

- Non, c'est... Ce n'est pas ça. J'ai envie de venir. 

Mais il n'avait aucune envie de voir son chez-lui sans dessus-dessous. 

- C'est la première fois que tu fais ça ?


Bill eut un rire franc.

- Tu sors d'où, Tomas ? Mon père passe sa vie à me fuir. Alors j'en profite un peu. Qu'est-ce qu'il me reste sinon ? 


Le blond ne dit rien. 

- Allez, on ferait mieux d'y aller. 


Il suivit Bill jusqu'à sa voiture, et se mit derrière le volant, l'esprit préoccupé. Toutes ces confidences lui tournaient en rond dans la tête, et c'est à peine s'il s'entendait réfléchir. Il conduisit distraitement jusqu'à son appartement, et s'arrêta devant, réprimant un mouvement pour sortir au dernier moment. Il sentit le regard lourd de Bill sur lui, et tourna la tête.

- Quoi ?

- Tu... Tu sais où j'habite ?


Et merde. Tom sentit ses mains se crisper sur le volant, et pria très fort pour que son fils ne le remarque pas.

- Euh... Ouais, Gé... Mon père m'a souvent parlé du tient, en fait, et il m'a indiqué où vous habitiez une fois. 


Le brun ne répondit pas, et il ne semblait pas réellement convaincu. Néanmoins, il détacha sa ceinture.

- Bon, soupira-t-il. Merci pour la soirée, en tout cas. C'était cool. T'es un mec bien, Tomas Braün, pas comme moi. 

Il ponctua sa phrase d'un petit sourire, et avant que Tom ait pu répliquer, il déposa ses lèvres au coin des siennes et disparu de la voiture. Il resta un moment sans rien faire, son c½ur s'étant légèrement emballé. Il tenta de remettre les choses à leur place. Bill, son fils. Tom, le père. Dans un corps de gamin, certes, mais tout de même. Il souffla et conduisit jusque chez Georg. 

- Et c'est à cette heure-là que tu rentres ?
 L'accueillit celui-ci en souriant.

- L'autorité ne te va pas du tout, Gé,
 lui lança Tom en ôtant sa veste. Désolé, j'étais avec Bill.

- Oh, tu m'intéresse. Ça avance ?

- Humm, on dirait bien que oui. Il m'a beaucoup parlé. 


Son sourire s'effaça à ce souvenir. Georg fronça les sourcils.

- Il t'a dit quelque chose... Sur toi ?

- Il n'a fait que dire la vérité, c'est ça le problème. Je suis un monstre, Gé.


Il se laissa tomber sur le canapé, la tête entre les mains. Son ami vint se poser à côté de lui et passa un bras amical autour de ses épaules.

- Ne dis pas ça. 

- Mais c'est la vérité ! Je n'ai jamais rien fait pour lui. Il a été déçu toute sa vie. Et je ne lui ai jamais offert d'amour. 

- Alors rattrape-toi. 


Tom eut une esquisse de rire. 

- Et comment ? J'ai 17 ans, je ne risque pas d'aller le voir et de lui balancer « Oh fait Bill, je suis ton père, j'aimerai bien me rattraper, tu me laisses une chance ? ».

- Dis comme ça, c'est complètement inutile, tu le ferais fuir. Non, arrête de faire le crétin et écoutes-moi. Tu deviens ami avec lui, tu lui parles de toi, je veux dire, toi, Tom Kaulitz, sans lui mentir. Bien sûr, tu évites la partie étude d'ingénieur, etc. Mais tu peux lui parler de ce que tu aimes, de toi, de ce qu'il ne sait pas... Et puis on improvisera ensuite.


Le dreadé resta perplexe, pas franchement convaincu.

- De toute façon, tu n'es pas un gamin pour rien. C'est un signe du destin.


Cette fois, Tom rigola franchement.

- Tu me fais peur, des fois, tu sais ?

- Je suis sérieux. C'est sûrement un acte divin... 


Il semblait plongé dans ses réflexions, et absolument convaincu par son raisonnement, si bien que Tom secoua la tête et lui donna une tape dans le dos, ne préférant pas briser les suppositions d'un adulte resté un peu enfant dans sa tête.

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Comments :

  • Amuna28-fic

    19/08/2011

    MDR au début pendant la discutions entre Tom et Bill.
    C'est bien ils se rapprochent petit à petit.
    Je me demande comment va ce passer la fête chez Bill. ^_^

  • chaos87th

    01/02/2011

    Je me demande... Bill ne reconnait pas le voiture de Tom comme étant celle de son père ?
    Je pense que Bill se donne une façade pour na pas montrer la personne fragile qu'il est réellement.

  • zyngao

    11/06/2010

    superbe vraiment Tom qui se prend la veriter en pleine gueule le pauvre sa doit faire mal quand meme a+

  • Lass-mich-vergessen

    03/06/2010

    Tom découvre des choses qu'il ne soupçonnait pas et cela doit lui faire mal.
    Il se prend tout à coup dans la gueule son manque d'amour envers son fils, ce rejet qu'il a, bien malgrè lui, imposé à Bill durant 17 ans.
    Et la chose n'est pas facile... Mais il le mérite.
    Bill n'a pas demandé à perdre sa mère et à ne pas être aimé de son père. Il n'a aps demandé à naître.
    Il a juste souhaité exister à ses yeux...

  • L--e--b

    22/12/2009

    Sa maison va être dans un état...lOl ^^

    Encore merci d'écrire =) !

  • Giffolies

    28/11/2009

    Alors les chose avance entre eux c'est bien mais en meme temps je sent qu'il y a des truk qui vont pas plaire.

  • ConfeSsiOn-Of-Tom

    11/11/2009

    Ah vraiiment j'aime !!
    Mais c bon je dois filler !!

    Biisous

  • Thunderbolt-Real-Ya0i

    07/07/2009

    Küssss !

    Ouais t'as vu un comme juste pour te dire ça XD

  • Thunderbolt-Real-Ya0i

    07/07/2009

    Bon ... je te laisse =D
    Me tarde de lire put****

    J'adore ce que tu fais vraiment *-*

  • Thunderbolt-Real-Ya0i

    07/07/2009

    Désolée, comme je t'ai dis je connais pas le film à si on m'as dit que c'était "17 ans encore" avec Zac Efron mais comme j'aime pas l'acteur =0

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