Be Again - Chapitre 5


Chapitre 5
 
Ce matin-là, Tom fut réveillé par les rayons du soleil qui baignaient la chambre d'une chaude lueur, et pour cause, sa chambre était agrémentée d'une belle baie vitrée. Il s'étira longuement et observa le ciel bleu sans nuage. Cette vision aurait certainement dû l'apaiser, mais, sans savoir pourquoi, il avait un très, très mauvais pressentiment. Un coup d'½il au réveil satellite posé sur la table de nuit lui rappela pourquoi : il était midi, et on était samedi. Le samedi de la fête. Il laissa sa tête retomber sur l'oreiller en poussant un long soupire. 

Non loin d'ici, un jeune homme brun émergeait du sommeil en sursaut, poussant un cri à en réveiller une ville entière. Bill se redressa dans son lit, trempé de sueur et tremblant comme une feuille. Il tenta de se calmer, prenant de longues inspirations et respirant à plein poumons dans le vieux tee-shirt qu'il portait et qu'il avait retrouvé dans la corbeille à linge sale. Il ne l'avait pas lavé, l'odeur de Tom y étant complètement imprégnée. Il mit un certain moment à reprendre un rythme cardiaque normal. Peu à peu, la chambre de son père lui apparut dans l'obscurité, et ses mains se décrispèrent des draps. Il s'extirpa du lit, et ouvrit les rideaux, laissant le magnifique soleil envahir la pièce. Il y avait quelques affaires à lui qui trainaient un peu partout, vu que depuis trois mois maintenant il ne quittait plus cet endroit et y dormait chaque nuit. Il cligna des yeux et s'étira avec un sourire. Ce soir, c'était la fête.

Quand Tom descendit, une douce odeur de petit déjeuner flottait dans l'appartement. Il retrouva Georg installé à table en train de feuilleter le journal. Il lui marmonna un vague bonjour avant de se jeter sur la nourriture. 

- Tu dors comme un adolescent, tu manges comme un adolescent... Tom, si je ne te connaissais pas, je dirai que tu commences à prendre goût à ta jeunesse.

- Arrête de dire des conneries dès le matin,
 ricana le blond en mordant dans un croissant. Tu lis quoi ?

- Un article sur un de nos chantiers. 

- Oh, montre.


Il attrapa le journal que son ami lui tendait et se mit à lire.

- Bon sang, ça a l'air d'être la merde.

- M'en parle pas. J'enverrai bien Gus, mais il revient à peine du Mexique... 

- J'aimerai bien y aller...

Georg haussa les épaules.

- Mais tu ne peux pas. Alors arrête de te faire du mal et va donc... Trainer, ou faire je ne sais quelle autre connerie de jeune. 

Tom lui envoya une miette de pain dans la tête et ils rirent. 

- En fait... Ce soir, je suis invité chez moi, 
avoua le dreadé en avalant une gorgée de jus d'orange.

- Oh, laisse-moi deviner, Bill organise une fête.

- Euh... Oui, mais comment tu...

- Comme ça,
 s'empressa de répondre le châtain en baissant les yeux. 

Tom plissa les yeux et approcha son visage de celui de son meilleur ami.

- Georg Alexander Maximilian Listing ! Tu mens !


L'interpellé le dévisagea, la surprise lisible sur ses traits.

- Tu te souviens de... Hey, qu'avez-vous fait de mon ami Tom ?

- Il est là, et il vient de découvrir que son ami Georg avait aidé son fils Bill à organiser des fêtes dans son dos !

- C'est faux.

Le dreadé s'approcha un peu plus et maintint son regard.

- Peut-être... Une fois ?


Regard insistant.

- Deux... ?

- Georg...

- Bon ok, peut-être un peu plus, j'en sais rien. Mais c'était quand tu étais en voyage, il avait besoin d'aide, et puis, il n'y a jamais eu de casse ! 

- Gé ! Et tu sais au moins ce qu'ils y font, à ces fêtes ?

- Euh... Ils dansent ?

- Ils boivent, ils se droguent, ils... Ils baisent !

- Oh, tu m'emmerdes, 
annonça Georg en se levant de table tout en pliant son journal. On a pas été mieux, et ça continuera d'être ainsi, que tu le veuilles ou non. Tout le monde a été jeune, tout le monde a bu, fumé et baisé ! Et personne n'en est mort !

Il sortit de la cuisine, laissant Tom légèrement bluffé. Il secoua la tête pour reprendre de la contenance, et grogna en avalant son bol de lait. Journée de merde.

***

Tom trouva légèrement ridicule de se garer devant sa propre maison alors qu'il avait un magnifique parking dans son enceinte à disposition. Heureusement qu'il conduisait une voiture de Georg depuis qu'il venait au lycée, ou sinon, il aurait eu quelques problèmes à expliquer à Bill pourquoi il roulait dans le véhicule de son père. Il referma la portière et s'engagea dans son allée, pour entrer dans sa propriété. Tous ces adjectifs possessifs l'agaçaient au plus haut point, et il ne répondit même à la personne qui lui ouvrit la porte. Sa porte. Il partit directement s'enfermer dans la salle de bain du bas, heureusement pas encore occupée. Il s'assit sur la cuvette des toilettes, la tête entre les mains. Il savait qu'il aurait mieux fait de ne pas venir, c'était une mauvaise idée. Il décida qu'il était encore temps de repartir. Il sortit de la pièce et allait pour quitter sa maison (oui, la sienne), quand il se figea complètement. 

- Bonsoir Tomas. 


Face à lui, Bill souriait. Bill était vêtu entièrement de noir, un pull à col roulé noir, un jean serré noir, des bottes lacées noires. Il portait une chaine reliée par un pendentif en cadenas, des bracelets en argent, quelques bagues. Ses cheveux étaient lissés, parfaitement droits et gracieusement éparpillés sur ses épaules. Son maquillage noir était encore plus sombre qu'à l'habitude, et ses lèvres brillaient. Ses ongles étaient parfaitement vernis. Oui, Bill était tout simplement...

- Sublime,
 souffla Tom, les yeux pétillants.

- Quoi ?


Il se rendit alors compte qu'il avait pensé tout fort.

- De... Je... La décoration, enfin, l'appartement. Il est sublime.

- Ah, merci. Mais c'est à mon père qu'il faut dire ça. Enfin, s'il revient un jour, bien sûr.

L'ironie qu'avait mise Bill dans son faux rire en fin de phrase n'échappa pas au blond, et il lui offrit un sourire crispé. 

- Viens te mettre à l'aise, il y a du punch là-bas, et de quoi manger. Oh, et donne-moi ta veste.

Il ôta le vêtement des épaules de Tom et sembla un instant déconnecté. Le dreadé sentit une pointe de fierté s'insinuer en lui. Il avait revêtu un débardeur blanc par-dessus lequel il avait simplement enfilé une chemise noire ouverte, ainsi qu'un jean porté assez bas entièrement blanc, avec quelques coutures noires. Son collier ne le quittait plus, renforçant tout son côté sexy. Ses dreads restaient attachés et retenues par un éternel bandeau, devenu son fidèle compagnon contre le mal de crâne dû à leur poids. Bill le détailla de la tête au pied avant de lui lancer un sourire et de disparaître pour aller ranger sa veste. Il en profita pour retrouver Gabriel dans un coin. 

- Je vous offre un verre, beau gosse ?

- Arrête, 
répondit Tom en lui envoyant une tape sur le crane. Donne-moi un verre de punch.

- Excellent choix, mais je vous préviens, il est un peu... Fort.

Le dreadé haussa les épaules et bu une gorgée de la boisson avant de se mettre à tousser.

- Merde, il est fort !


Gabriel éclata de rire et trinqua avec son ami avant de boire lui aussi. La soirée s'annonçait bonne, comme toutes les soirées de Bill, devenues légendaires pour leurs limites presque inexistantes, leurs longueurs, mais surtout, leurs qualités. 

Après quelques verres de l'excellent punch, Tom décida d'aller visiter un peu, histoire de vérifier si Bill s'en sortait bien sans lui, et surtout s'il n'y avait pas de laisser-aller. Il inspecta la cuisine, ouvrit le frigo, le four, fit un tour dans son bureau et fut à la fois étonné et soulagé de le trouver fermé à clef. Il décida de grimper à l'étage. Il inspecta la salle de bain (propre), les toilettes (propres), puis arriva à la chambre du brun. Il poussa légèrement la porte et fut satisfait d'y trouver une propreté à toutes épreuves : le lit était parfaitement fait, pas un vêtement ne trainait par terre, et il y régnait une douce odeur de parfum. Il referma délicatement la porte, et, pris d'un élan de mélancolie, il se dirigea vers sa chambre. 

Il tenta de l'ouvrir, sans succès. Il fronça les sourcils, et se souvint que par miracle, il avait pensé à prendre son trousseau de clefs avant de partir, au cas où. Il trouva la sienne, et déverrouilla la porte. Une odeur chaude lui arriva en pleine figure, et il se pétrifia. Contrairement à celle de l'adolescent, cette chambre était dans un bordel monstrueux. Il s'avança à l'intérieur, tentant de comprendre pourquoi son lit était défait, les draps dans tous les sens, pourquoi un tas de teeshirt semblaient abandonnés dans un coin, ainsi que quelques sous-vêtements. Il ouvrit l'armoire et constata que quelques affaires à lui avaient disparues, laissant place à des pantalons appartenant à... Bill. Il recula d'un pas, et se laissa tomber sur son lit, ahuri. Est-ce qu'il s'agissait bien de ce à quoi il pensait ? Il se passa une main sur le visage, son c½ur battant inexplicablement fort. Son fils dormait ici depuis un certain moment, à en croire tout le désordre. Pourquoi ? Il décida de quitter l'endroit avant de se faire surprendre. 

Il referma bien à clef et se laissa glisser le long du mur en inspirant à fond. Il ne pouvait pas manquer à Bill, pas à ce point, c'était impossible. Il lui avait fait trop de mal pour mériter un tel amour. Il tira sur une de ses dreads, et ses yeux partirent dans le vague. Et son amour à lui ? Était-il digne d'être donné ? Après dix-sept longues années d'indifférence ? Il sentit une pointe le piquer de l'intérieur. Quel était au juste la nature de son amour pour Bill ? Depuis qu'il avait quitté son corps d'adulte, il commençait à développer d'étranges sentiments envers le brun, et ça l'effrayait autant que ça le dégoûtait. Il n'avait simplement pas le droit. Mais c'était un fait, tout en cet adolescent qu'il apprenait à connaître un peu plus chaque jour l'attirait. Sa beauté, bien sur, mais pas seulement. Son humour, son franc parlé, son rire... Il tira un peu plus fort sur ses cheveux, au point de s'en faire mal. Il n'avait pas le droit. Absolument pas. 

Il se bougea pour rejoindre le reste des invités qui arrivaient par petits groupes en bas. Bientôt, sa maison qui lui semblait trop souvent bien vide se retrouva pleine à craquer, remplie de jeunes. Il vit Andréas et les deux autres amis proches de Bill arriver, et ne fut qu'à moitié surpris en voyant le blond platine et son fils s'embrasser rapidement, un simple et léger contact entre leurs lèvres, mais qui suffit à faire frissonner Tom, et malheureusement, il dû bien admettre qu'il y avait un peu plus qu'un simple dégoût de voir sa progéniture avec son « pote de baise ». Non, c'était pire que ça. Le mot résonna dans sa tête, et il grogna. Jalousie. Jalousie. Il se vit adresser un regard mauvais de la part d'Andréas, ce dernier ayant remarqué les yeux insistants posés sur l'androgyne, mais il n'y prêta pas plus attention. Il décida d'attaquer le pain qu'il tartina de ce qu'il trouvait sur la table, et accompagna le tout d'un peu d'alcool. Ayant souvenir de sa dernière soirée alcoolisée, il préféra y aller doucement. Mais il avait juste assez bu pour que, lorsque le son de la musique fut augmenté, il sentit une folle envie de danser le prendre aux tripes. 

Il décida d'arrêter de se poser des questions, et confia son verre à Gabriel avant d'avancer vers le centre de la pièce. Quelques personnes s'écartèrent, formant un cercle autour du jeune dreadé. Il jeta un regard circulaire sur la petite foule, et eu un sourire en coin en repérant Bill qui s'était arrêté de discuter pour l'observer. Il laissa la musique s'infiltrer dans sa tête et se mit à bouger d'abord doucement, puis de plus en plus rapidement. Quelques sifflements furent émit quand il déboutonna le peu de boutons de sa chemise qui avaient survécu, et qu'il ferma les yeux pour mieux caller ses mouvements sur les notes qui s'échappaient de la chaine. Bientôt, d'autres corps vinrent près de lui, contre lui, et il se laissa complètement aller. Ses hanches se faisaient provocantes, ses mains aguicheuses, il les posa sur les torses, les bassins, cherchant à ressentir ce que les jeunes semblaient tellement rechercher. 

Il rouvrit un instant les yeux en sentant les personnes autour de lui s'écarter, mais les referma alors que deux mains venaient capturer ses hanches, et qu'un corps se collait à son dos. Il rejeta sa tête en arrière, la posant sur l'épaule d'un Bill envouté. Ils coordonnèrent leurs mouvements, ondulant ensemble. La sueur glissait doucement le long des tempes de Tom, mais peu lui importait, il ne pensait plus, il ne voulait plus penser, il se sentait simplement bien. Les ongles noirs de son fils vinrent sur son torse, puis sous son débardeur pour griffer sa peau. Il se laissa faire, et glissa une de ses mains dans la chevelure ébène, lisse et soyeuse. Il fut bien vite épuisé, mais surtout enivré. Il n'avait plus conscience de ce qu'il faisait, et sentait que Bill prenait de plus en plus d'assurance, que ses caresses se faisaient de plus en plus appuyées. Il pivota et se retrouva face au brun qui le gratifia d'un sourire.

- Tu danses comme un dieu. 


Tom rougit légèrement.

- Je danse, rien de plus. 


Il jeta un regard autour d'eux et constata qu'une bonne partie des invités les observaient. Il sentit également les mains de Bill dans le creux de ses reins et son bassin qui tentait de se coller au sien. Des ampoules rouges se mirent à clignoter dans son cerveau, et il s'éloigna.

- Je vais... Boire un coup, j'ai trop soif, et chaud... 


Bill fronça les sourcils, mais ne dit rien et hocha la tête. Tom se sentit un peu mieux au fur et à mesure qu'il s'éloignait. Il avait eu chaud, c'était moins une. Il souffla et avala un verre d'eau. Il s'adossa contre le mur et contempla le ciel s'assombrir par la fenêtre. Son esprit s'égara, tentant de comprendre ce qui était en train de lui arriver. 

- Tu te passionnes pour les vitres ?


Il sursauta légèrement et se trouva face à Andréas qui venait de se planter devant lui, un verre à la main. 

- Euh... Pas vraiment.


Les yeux du blond étaient mauvais, et Tom sentait bien qu'il ne cherchait pas à devenir ami avec lui. Andréas ne dit rien, se contentant de le regarder un long moment, puis, il s'approcha très près de son visage et lui cracha, sans le quitter des yeux :

- Si tu t'approches de Bill, si tu le touches... Je te jure que je te le ferai payer. 


Il resta encore un instant à lui transmettre ses menaces en le fixant, puis s'éloigna pour aller rejoindre l'androgyne qui semblait ne plus compter les verres qu'il avalait. Tom reporta son regard sur le ciel avec un sourire en coin. Il aimait bien les défis. Il attendit un moment que Bill s'écarte du groupe pour venir l'aborder.

- Chouette soirée, 
annonça-t-il en lui souriant.

- Et ?
 Interrogea Bill en lui rendant son sourire. Ça n'a rien d'étonnant, c'est une soirée chez moi. 

- Bien entendu, à quoi je m'attendais ? C'est vraiment... Sympa.


Il s'assura bien qu'Andréas les fixait et en profita pour ponctuer sa phrase d'une petite caresse sur l'épaule de son fils. Ce dernier haussa un sourcil.

- Qu'est-ce que tu...

- Je rends ton pote jaloux. Je trouve ça assez drôle.


Au lieu d'en paraître vexé, Bill sembla lui aussi amusé. Il posa une de ses mains sur la hanche de Tom et approcha sa bouche de son oreille pour lui murmurer :

- Je te trouve très beau ce soir, Tomas. 


Le blond sourit et se baissa à son tour pour lui répondre discrètement :

- Je te retourne le compliment, Bill. 


Ils se sourirent et s'écartèrent. Tom en profita pour envoyer un clin d'½il à Andréas qui avait viré au rouge. Il décida d'aller passer un peu de temps avec Gabriel alors que Bill acceptait une invitation à danser. 

Les heures s'étirèrent, mais bientôt les événements prirent un tournant que Tom n'aimait pas vraiment. Les bouteilles se vidaient vite, l'appartement empestait la fumée et la sueur... Il décida d'aller faire un tour dehors, au bord de sa magnifique piscine creusé - qu'il avait lui-même dessinée. Il évita quelques couples, et s'allongea sur une chaise longue. Il s'alluma une cigarette (qu'il s'était faite offrir, même s'il fumait rarement) et commença à la fumer tranquillement en fixant la lune. Son regard fut ensuite attiré par un petit groupe de l'autre côté de la piscine qui semblait plutôt occupé. Il reconnu Bill et se redressa sur sa chaise pour essayer de voir ce qu'il trafiquait. Son c½ur fit un bond quand il le vit approcher son nez de son doigt et y aspirer une poudre blanche, puis s'éloigner, la tête rejeté en arrière et un sourire béat collé aux lèvres. Il se leva d'un bond et fit le tour pour le rejoindre. Il attrapa le brun par le bras, ignorant les regards surpris des autres sur lui.

- Qu'est-ce que tu fous bordel de merde ?


Son fils ancra ses yeux aux pupilles dilatées dans les siens et lui sourit en posant une main sur sa joue.

- Je m'amuse, Tomas. T'en veux ? Elle est vraiment bonne...

Tom secoua la tête et s'écarta de Bill.

- T'es vraiment con, tu le sais ça ? C'est de la merde, c'est... Putain, déjà que tu fumes...

- Et alors,
 répondit Bill en approchant son index de l'½il de Tom. Toi aussi, je t'ai vu. 

- Ça n'a rien à voir !
 S'écria le dreadé en saisissant le poignet du plus jeune. Tu... Tu te détruis la santé, tu fais n'importe toi, en plus t'as bu comme un trou toute la soirée... Qu'est-ce que tu cherches à faire ? Te tuer ?

Bill fronça les sourcils et retira son poignet de l'emprise de Tom. Il se le frotta un instant, toute trace de sourire ayant désertée son visage. 

- Qu'est-ce que ça peut te foutre ? Personne n'en a rien à branler, que je vive, que je crève...

- Arrête de penser ça. T'as des amis... 


Il baissa lui aussi les yeux et ajouta plus bas :

- Une famille...


Bill eut un rire sans joie et essuya un de ses yeux, faisant couler un peu de noir sur sa joue.

- Je suis seul depuis plus de trois mois. Et je fais ce putain de cauchemar toutes les nuits. 

- Un cauchemar ?


Le brun hocha la tête et se rapprocha un peu de Tom. 

- Je vois mon père dans un cercueil... Je suis à son enterrement, il est mort... Et je pleure...


Un nouveau rire, encore plus triste, franchit ses lèvres.

- Je pleure pour un mec qui se fou complètement de moi. Si ce n'est pas le truc le plus ironique que t'as jamais entendu !

Il s'éloigna vers le bord de la piscine, Tom sur ses talons, complètement déboussolé. 

- Ne dis pas...

- Je dis ce que je veux ! 
Cria Bill en se retournant pour lui faire face. C'est mon père, mon problème, pas le tient ! Alors...

Il passa d'un état proche de la colère à une douceur incroyable, laissant ses doigts courir sur la joue du blond qui s'était figé. 

- Alors arrête de parler, 
reprit-il, et...

Il posa ses lèvres près de l'oreille de Tom.

- Baise-moi. Fais comme tout le monde et baise-moi putain. 

Le plus âgé eut un sursaut d'horreur et s'éloigna de Bill. 

- Non ! Bill ! Merde, Bill !

L'interpellé le regardait, mais ses yeux semblaient vides et désespérés. Tom se passa nerveusement une main dans les cheveux.

- Ok,
 décida-t-il finalement, viens avec moi.

Il tira le brun amorphe par le bras et l'entraina à l'étage, sans oublier d'engueuler quelques personnes qui foutaient le bordel, les menaçant de leur faire bouffer leurs caleçons s'ils ne nettoyaient pas leurs conneries (ce qui sembla fonctionner puisque les concernés se dépêchèrent d'obéir). 

- Ouvre la porte, 
ordonna-t-il arrivé devant sa chambre. Vite. 

Bill s'exécuta mécaniquement. Ils pénétrèrent dans l'antre, et Tom referma derrière eux avant d'aller ouvrir la fenêtre pour aérer un peu. Le brun se laissa tomber assis sur le lit et saisit immédiatement quelque chose que Tom identifia après un instant comme un de ses tee-shirts. Il l'observa avec une certaine tendresse (et beaucoup de culpabilité) plonger son nez dedans et y prendre de longues inspirations. Il vint s'installer à côté de lui et posa une main prudente dans son dos. 

- Tu n'es pas un jouet sexuel, ou un autre truc du genre, 
tenta-t-il prudemment. Bill, tu es un être humain, tu as le droit d'être respecté, pas d'être juste... Baisé. 

- Tout le monde pense que si. Je ne suis bon qu'à ça. 

- Mais non, tu as... Tu as d'excellentes notes ! 

Le brun lui envoya un regard blasé et secoua la tête. Néanmoins, un petit sourire éclaira son visage. 

- Tu sors vraiment d'un autre monde, tu sais. C'est marrant, toutes ces réflexions bizarres que tu fais. 


Tom eut un petit rire. 

- On va dire que j'ai une certaine expérience de la vie, et que j'ai envie d'éviter mes erreurs aux autres...

- Tu parles comme un vieux, en fait. 


Tom se raidit un peu, mais se détendit en entendant Bill rire. Mais bientôt, son rire se transforma en sanglots.

- Bill ? 


Celui-ci ne répondit rien et vint se nicher dans les bras du blond qui l'accepta après un léger malaise. Il resserra doucement son étreinte, et les pleurs de son fils se firent plus forts, plus violents, son corps se mit à trembler et ses mains s'accrochèrent à la chemise de Tom. Celui-ci le calma comme il pouvait, lui frottant le dos en grands cercles, comme il l'avait fait quelques fois lorsque Bill avait six ou sept ans, et qu'il faisait des cauchemars. Il constata avec chagrin qu'il s'agissait d'un des seuls souvenirs d'un moment de tendresse qu'il avait pu partager avec son enfant. Peu à peu, l'adolescent cessa de pleurer, sans pour autant lâcher le corps pressé contre lui. Il remonta son visage pour venir l'enfouir dans son cou et inspira. Il se figea. Tom eut un instant de panique. Puis il sentit Bill se détendre à nouveau et sourire contre sa peau.

- J'aime ton odeur. Elle a quelque chose de rassurant.

Le dreadé passa ses doigts entre les cheveux fins du brun, appréciant de les sentir couler contre sa paume. 

- J'ai peur,
 avoua Bill dans un murmure. J'ai peur qu'il ne revienne pas.

Tom n'eut pas besoin de demander de qui ce « il » s'agissait, il le savait. Et ça le rendait encore plus mal. Il embrassa doucement la chevelure douce.

- Il reviendra. Ce n'est qu'une question de temps. 

- Merci...

- De quoi ?

- De dire ça. Même si c'est faux. Merci de le dire.


Il s'écarta de Tom et lui déposa un rapide baiser sur les lèvres avant de quitter la chambre dans le but de virer les derniers fêtards. Les doigts du blond se posèrent sur sa bouche et il sourit doucement. Il quitta à son tour la pièce, en se jurant de tenir sa promesse : il allait revenir. En attendant, il avait une autre idée pour essayer de redonner un peu d'espoir à Bill. Et il ne faisait aucun doute qu'il en avait besoin. 
 

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Comments :

  • Amuna28-fic

    19/08/2011

    Pour que Bill dorme dans la chambre de Tom c'est qu'il doit vraiment lui manquer.
    Je trouve ça bien que Bill se confit à Tom au moins il sait ce qu'il ressent.

  • chaos87th

    01/02/2011

    Bon, en fin de compte, j'ai eu ma réponse pour la voiture.
    C'est bien que Bill se confie à quelqu'un mais Tom devrait faire gaffe avec son parfum je pense car il rappelle à Bill celui de son père.

  • zyngao

    11/06/2010

    pauvre Bill quand meme et son pere a la fin il redevient vieux ou pas je crois que je vais la finir aujordhui enfin demain tres tot quoi lol a+

  • Lass-mich-vergessen

    03/06/2010

    La chute est de plus en plus dure...
    Faire face aux reproches de son fils, à ses conneries, à sa déception et à sa douleur...
    Aucun parent n'aimerait entendre ce que Bill pense de lui-même.
    Aucun parent ne voudrait voir son fils sombrait par sa faute...
    De plus, Tom doit faire face à cette attirance plus que dérangeante vis à vis de son enfant. Et tenir la promesse de revenir.

  • L--e--b

    22/12/2009

    Les vetements que Tom portent me font penser a Brian dans Queer as Folk lOl, J'sais pas si tu connais...^^ Super série en passant ;) !

    Bon aller je continue encore et toujours j'aime vraiment beaucoup =DD !! <3.

  • Giffolies

    28/11/2009

    C 'est triste quand même que Bill fasse autant de betise pour attirer ne serait
    ce que quelque minute du temps de Tom et qu'il ne le remarque que maintenant!!!

  • ConfeSsiOn-Of-Tom

    12/11/2009

    bon allé je fil au suivant!

  • ConfeSsiOn-Of-Tom

    12/11/2009

    Roh en tout cas ca me rend triste !!

  • ConfeSsiOn-Of-Tom

    12/11/2009

    Et ca y est j'ai lu ce chapitre !!!

  • ConfeSsiOn-Of-Tom

    12/11/2009

    Me revoicii !!

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