Le coeur a ses raisons

Voilà voilà, une idée que j'avais eu comme ça (et parce que ma kiné est à la fois ma psy, mon amie, et que je trouve que ce qu'elle fait est juste génial), et sur laquelle j'ai quand même beaucoup bossé. J'espère qu'il vous plaira.
Un gros gros merci à Gab pour sa bêta vraiment exceptionnelle (WAS IST LOOOOSS XD), ainsi qu'à ma Liliwood chérie pour son avis qu'elle m'a donné tout du long, et Althy chérie & Manue pour les mêmes raisons ^^





Le c½ur a ses raisons

 
La petite salle d'attente n'était pas particulièrement jolie. Elle était neutre. Quelques sièges, une table basse, des magazines, pas de musique d'ambiance, mais c'était peut-être mieux comme ça. Tom n'aimait pas spécialement la musique dans les salles d'attente, elles étaient souvent plus agaçantes que relaxantes. Il se cala un peu mieux dans son siège et grogna un peu bruyamment, étant donné que l'homme en face de lui releva la tête de son journal en haussant un sourcil. Tom se contenta de grimacer, et reprit une position qui lui évitait les douleurs.
 
Son portable se mit à vibrer dans la poche de son jean. Il se retint de jurer et sortit l'appareil de sa poche, jetant un regard mauvais au prénom qui s'affichait à l'écran. L'homme lui adressa à nouveau un regard blasé, tandis que Tom hésitait. Il finit par rejeter l'appel en murmurant un « va te faire foutre », assez bas du moins pour que seul lui puisse l'entendre. Une autre douleur vive le lança, et il étouffa un gémissement. Merde, qu'est-ce qu'il foutait ? Il était arrivé à l'heure. Il aurait dû être reçu il y a au moins... Un coup d'½il à sa montre le calma. Il n'attendait que depuis cinq minutes. Qui lui avaient semblé une éternité. Le temps passe beaucoup plus lentement quand on a mal. Il se mit à remuer convulsivement la jambe. Un mauvais tic qu'il avait tendance à répéter même sans s'en rendre compte.
 
Des bruits de pas dans le couloir le firent soupirer de soulagement. La porte à sa droite s'ouvrit, et il put voir de dos la personne qui allait s'occuper de lui dire au revoir à son dernier patient, avant de se retourner pour trouver le prochain, qui n'était jamais venu auparavant. Ses yeux se posèrent sur un homme d'environ vingt-cinq ans, blond, aux cheveux tressés en dreadlocks, l'air paumé, et qui venait de tenter de se lever. Il fronça les sourcils.

- Mr... Trümper ?

Tom rouvrit les yeux qu'il ne se souvenait pas avoir fermés, et tomba nez-à-nez avec un personnage assez inattendu. Environ son âge, grand, cheveux noir corbeau assez longs et lisses, l'air très sûr de lui, et qui venait de lui adresser la parole. Il cligna trois fois des yeux.

- Euh... Ouais, c'est moi.
- Bien, suivez-moi, c'est par ici.
Il s'apprêta à partir vers son bureau, avant de se retourner, posant une main sur l'embrassure de la porte.
- Vous avez besoin d'aide peut-être ?
- Non, ça ira, grommela Tom en marchant bancalement à la suite du brun.

Il détestait se sentir en difficulté. Pourtant, là, il fallait l'avouer : il l'était, et pas qu'un peu. Il boitilla jusqu'à une petite pièce à l'écart. En y pénétrant, il se sentit un peu rassuré. Il y flottait une odeur douce et sucrée, la lumière était légèrement tamisée, provenant d'une lampe halogène placée dans un des coins. Un bureau sur la droite, avec quelques piles de papiers, un ordinateur portable, et une chaine Hi-Fi d'où sortait faiblement un peu de musique. A gauche, une grande table recouverte d'un drap-housse blanc. Au fond, en face de lui, une chaise. Il s'y dirigea, plus à l'aise que dans la salle d'attente. Il fit attention en s'asseyant, mais ne put retenir une nouvelle grimace. L'autre homme s'installa à son bureau et déplia une paire de lunettes noires qu'il posa sur son nez. Il parcourut son ordinateur en se massant la tempe.

- Okay, dit-il finalement. C'est la première fois que vous venez au cabinet, c'est ça ?
Tom acquiesça. L'autre continua.
- Très bien... Donc aucune connaissance de moi ou mes collègues... Ni de dossier... Il pianota quelque chose sur son clavier. Bon. Je vais devoir jeter un coup d'½il à tout ça, pour déterminer le boulot qu'on va devoir faire.

Tom haussa un peu les épaules, avant de grogner. Même ça lui faisait mal. Le mystérieux brun reposa ses lunettes et se déplaça pour venir se planter devant Tom.

- Je vais avoir besoin que vous enleviez votre tee-shirt et que vous veniez vous installer sur la table. On va regarder ça.


Tom eut une seconde de panique. Puis se reprit. Après tout, il savait à quoi s'attendre en venant ici. Il n'avait pas trop le choix. Il ôta son haut, le jeta négligemment sur le siège et s'installa sur la table sous les yeux experts qui le détaillaient.

- Je vois... Vous dites que c'est arrivé comment ? Interrogea le brun en se plaçant dans le dos de Tom.
- En sortant de mon bain, j'ai glissé, j'ai voulu me rattraper au lavabo, sauf que je suis tombé le dos contre la bordure de la baignoire.
- Aïe. Sacré chute, j'imagine.
- Surtout douloureuse. Et ça l'est encore.
- C'est bien pour ça que vous êtes là. Très bien, je vais appuyer le long de la colonne, et vous me dites où vous avez mal. J'ai les mains un peu froides.


Et en effet, Tom sentit une pointe glacée toucher son dos meurtri. Mais ça lui fit plus de bien qu'autre chose, sachant qu'il se sentait brûlé sur certaines zones. Le soulagement laissa pourtant place à une vive douleur qui lui fit tourner la tête et pousser un gémissement.

- Excusez-moi, je vais appuyer un peu moins fort. Donc cette partie là... Et plus bas ?
- Ҫa va,
 grimaça Tom en sentant la main s'éloigner du point sensible.
Le téléphone sonna, interrompant les tâtonnements gelés dans le dos de Tom. Le brun s'excusa et saisit l'appareil.
- Bill Kaulitz, masseur kinésithérapeute, bonjour ?... Oui... Non, c'est son collègue... Oui, je vous le passe... Je vous en prie.
Il fit un numéro et reposa le téléphone sur son socle.
- Désolé, dit-il sur un ton léger. Les gens n'ont toujours pas compris qu'on était trois dans ce cabinet.

Tom ne dit rien. Il frissonna un peu quand Bill vint reposer ses mains sur le milieu de son dos. Il se raidit et, comme pour le punir de ce mauvais réflexe, la zone douloureuse s'enflamma. Il eut envie de crier. C'était vraiment horrible.

- Il va falloir vous détendre un peu déjà, lui dit finalement Bill après quelques palpations. Je pense qu'il y a quelques vertèbres déplacées. Je vous manipulerai bien, mais avec tous ces hématomes...
- Faites-le,
 dit Tom sans hésiter.
- Humm, ça risque d'être vraiment désagréable pour vous...
- S'il vous plaît...

Le ton de la voix de son patient surprit un peu Bill. Il se doutait bien qu'il devait avoir mal, les marques étaient impressionnantes. Mais une manipulation, d'ordinaire déjà pas très plaisante à subir, allait sûrement lui faire plus mal que le soulager. Il resta un moment sans rien dire, puis finalement soupira. Il posa sa main sur la zone déplacée.

- Mettez vos pieds sur la droite. Placez la main gauche sous votre aisselle droite, la droite sur votre épaule gauche.
Tom s'exécuta, et se laissa allonger sur la table, la main du brun toujours comprimée sur ses vertèbres déplacées.
- Inspirez.
La position lui coupait presque le souffle, mais il fit du mieux qu'il put pour inspirer une grande goulée d'air. Le corps de Bill s'abaissa un peu sur le sien.
- Expirez, lui ordonna le kiné avant de se laisser reposer complètement sur Tom dont le dos fit une série d'horribles « crac » sonores, accompagnés d'un cri impossible à retenir.

Bill se redressa en aidant Tom à se rassoir sur la table. Son visage était tordu par la douleur, mais il ne disait rien.

- Je pense qu'elles sont toutes passées. Je vais vous prescrire quelques décontractants musculaires, mais ça devrait aller mieux dans un ou deux jours. D'ici là, pas de déplacements, vous restez tranquillement chez vous. Vous ne travaillez pas le weekend ?
- Non,
 répondit Tom, un air de regret au visage.

Bill attendit quelques secondes, pensant en apprendre un peu plus sur le dreadé, mais rien, ce dernier restait silencieux et gardait les yeux rivés sur la chaise où reposaient son tee-shirt et sa veste.

- Bien... Je crois qu'on va en rester là pour aujourd'hui, finit-il par conclure, voyant qu'il n'en saurait pas plus. Il faudrait qu'on se mette d'accord sur une date régulière à laquelle vous pourriez venir, le vendredi comme aujourd'hui par exemple. Votre médecin vous a prescrit vingt séances, où je dois vous masser et vous aider à retrouver le maintien de votre dos, qui a été fragilisé par votre chute.
- Le vendredi, c'est très bien,
 se contenta de dire Tom en se relevant et en enfilant son tee-shirt.
- Disons... Dix-huit heures vendredi prochain ?
- Parfait.


Bill se leva de son siège de bureau, le temps de voir Tom enfiler sa veste et se diriger difficilement vers la sortie. Il lui tendit la prescription pour les médicaments, que son patient se dépêcha de récupérer avant d'ouvrir la porte. Un peu trop vite, visiblement. Une grimace déforma ses traits fins. Bill eut un mouvement en avant.

- Vous avez besoin que...
- Non,
 coupa le blond un peu sèchement. Je... Ça ira, rajouta-t-il plus doucement, conscient d'avoir été un peu brusque. Merci. A la semaine prochaine.

Bill hocha la tête, et observa Tom (dont il avait aperçu le prénom sur le dossier créé par la secrétaire) longer le couloir, puis disparaître. Il retourna derrière son bureau, et se laissa glisser sur sa chaise en soupirant. Cet homme était... Étrange. Mystérieux. Pourtant, Bill était réputé pour être un des meilleurs en matière de relations sociales, il avait un véritable don pour mettre ses patients à l'aise et les inciter à lui parler. Il jouait un peu le rôle de psy autant que celui de kiné. Et il aimait ça, le contact avec les autres, la confiance qu'on plaçait en lui.

Pourtant...

Il secoua la tête, s'obligeant à se sortir ces pensées de l'esprit. Il lut avec un sourire le nom de son prochain rendez-vous, un patient de longue date qui avait eu un accident assez grave et qui suivait une rééducation depuis plus d'un an. Il partit vers la salle d'attente, fermant définitivement le dossier Trümper pour se consacrer complètement à son travail.

***

La porte s'ouvrit, laissant s'engouffrer du vent et un peu de pluie à l'intérieur de l'appartement, avant de se refermer en un claquement. Un soupire soulagé se fit entendre.

- Quel temps de merde...

Une paire de chaussures valdingua, une veste trempée fut accrochée au porte-manteau, et un sac fut posé sur la table. Tom s'étira à nouveau. Il se sentait beaucoup mieux que la veille, et revenait de la pharmacie avec ses décontractants. On lui avait bien dit de n'en prendre qu'un seul à la fois, leur puissance étant assez conséquente. Il attrapa un verre qu'il remplit d'eau, et avala le petit comprimé blanc. Il se sentait exténué. Il se laissa doucement glisser dans le canapé, télécommande en main, avec la ferme intention de suivre les conseils du kiné et de ne rien faire de son week-end. Il avait bien quelques copies à corriger, mais elles attendraient. Tom était professeur d'histoire dans une grande université de Berlin. Ces derniers temps il était un peu surmené, et ces problèmes de dos n'étaient vraiment pas les bienvenus. Il se contenta d'oublier, et reporta son attention sur le programme qui passait à la télé. Un reportage sur la nocivité du téléphone portable et son développement depuis son apparition. Tom pensa avec amusement qu'il pourrait s'en servir comme sujet pour la prochaine dissertation qu'il donnerait à ses élèves.

La porte d'entrée claqua, faisant sursauter le blond. Il sentit un peu de froid parvenir jusqu'au salon, mais bientôt la chaleur ambiante revint. Il y eut quelques mouvements derrière lui, puis bientôt un corps vint se placer devant la télévision, cachant la vue à Tom. Il ne s'en formalisa pas, et sourit avant de se lever et de venir se blottir contre le châtain aux yeux verts émeraudes qui avait interrompu sa contemplation des radiations schématisées. Il l'enlaça sentit deux mains caresser ses hanches. Puis, sans un mot, ils se regardèrent, et s'embrassèrent longuement. Pas besoin de mots, ils se comprenaient comme ça. Leurs langues se caressèrent lentement, les mains de Tom agrippèrent le tee-shirt encore imprégné de la fraîcheur de l'extérieur. Les bouches se détachèrent progressivement, puis celle de l'autre vint déposer quelques légers baisers dans le cou du dreadé.

- Luka... Soupira-t-il en penchant un peu plus la tête sur le côté.
- Hummm... Tu sens bon...
- J'ai pris une douche ce matin.
- Tu sens toujours bon, idiot.

Ils se sourirent, puis se détachèrent.
- Je vais rester ici à glander ce week-end, annonça Tom en se réinstallant sur le canapé.
- J'ai quelques trucs à faire, lui parvint la voix de Luka depuis la cuisine. Je pense que ce soir je serai absent.
- Très bien,
soupira Tom.
- Tu as faim ?

Le ventre de Tom gronda, et il se rendit compte qu'il n'avait rien avalé depuis son petit-déjeuner, et qu'il était déjà quatorze heures.
- Oui. Mais laisse, si tu dois y aller...
- J'ai un peu de temps, on peut au moins déjeuner ensemble.


Tom hocha la tête, sachant très bien que c'était inutile, puisque son petit ami ne le verrait pas depuis la cuisine. Il l'entendit s'activer à préparer à manger, et bientôt, ils furent installés sur la table basse du salon, assis en tailleur l'un en face de l'autre, les informations en fond sonore qu'ils n'écoutaient pas réellement.

- Ces conférences m'épuisent,
 soupira Luka en avalant un peu d'eau. D'ici deux semaines, ça ira mieux je pense, mais en attendant... Je suis obligé d'y assister.

Tom hocha la tête, compréhensif. Luka était journaliste, et souvent en déplacement. Mais il avait été promis au poste de rédacteur adjoint du magazine pour lequel il travaillait, il allait donc bientôt pouvoir se poser.

- T'en fais pas, j'ai une tonne de copies à corriger, je vais être occupé. Et puis je ferai un peu de ménage. Non vraiment, t'inquiète pas pour ça.
- Tant mieux alors.


Ils finirent leur repas en discutant de leurs emplois du temps respectifs pour la semaine suivante, lesquels laissaient présager qu'ils ne se verraient pas souvent. Puis Tom se sentit légèrement partir, ses paupières se fermaient toutes seules, son corps semblait flotter dans du coton. Luka choisit cet instant pour regarder sa montre.

- Merde, il faut que je file, dit-il en avalant précipitamment et en se levant d'un bon.
Il déposa un furtif baiser sur les lèvres de Tom et réenfila sa veste.
- Bonne soirée mon c½ur, lança-t-il avant de sortir de l'appartement aussi vite qu'il y était entré.

Le blond réagit à peine, à vrai dire il sentait le médicament l'envoyer vers un monde lointain et confortable. Il eut la force de débarrasser la table avant d'aller s'écrouler sur son lit où il s'endormit immédiatement.

***

L'amphithéâtre se remplit doucement, laissant à Tom le loisir d'observer la salle. Il aimait son boulot, il avait toujours voulu enseigner, et sa plus grande fierté était le niveau de ses élèves, et la réputation qu'il avait très vite acquise. A vrai dire, il était plutôt cool comme professeur, et le courant passait très facilement avec les étudiants, pas beaucoup plus jeunes que lui pour la plupart. Cette pensée le mit un peu mal à l'aise, et il chassa vite les déplaisantes images de son esprit.
 
Il avait un cours à donner.
 
Il s'y consacra du mieux qu'il pouvait, comme à chaque fois. Mais un regard plus pesant que d'autres le dérangea. Il bégaya plusieurs fois, se reprit du mieux qu'il put, et termina son cours un peu laborieusement. Il s'en voulait de se laisser déstabiliser ainsi. Son sang se glaça quand, alors que tous les autres élèves quittaient la salle, l'objet de sa gêne se planta juste devant son bureau. Il fit mine de ne rien avoir remarqué, fouillant dans ses papiers et feignant de chercher un document. Le jeune ne se découragea pas, se raclant la gorge peu discrètement. Tom fut forcé de relever la tête. Il croisa deux yeux bleu clair qui le dévoraient avec une envie non dissimulée.

- Salut, lui lança la voix douce et calme.
- Humpf, fut tout ce que Tom put répondre.
Il n'avait aucune envie de parler avec lui.
- Tu m'évites ?
Le dreadé releva la tête et haussa un sourcil.
- J'ai un petit ami, au cas où ce détail t'aurait échappé. Oh, et je suis ton professeur. Fin de l'histoire. Arrête de chercher plus loin, Stefan.
Le blond baissa un peu le regard, puis marmonna :
- Tu ne disais pas la même chose l'autre soir.
Tom inspira profondément en se massant l'arête du nez.
- C'était une erreur.
Ҫa l'était vraiment. Il n'avait fait que l'embrasser, rien de plus. Et il n'était pas prêt de recommencer. Il s'en était mordu les doigts pendant trop longtemps après.
- Je vois...
Tom s'en voulut un instant, après tout, il détestait donner de faux espoirs. Mais il n'avait jamais rien promis à ce garçon.
- Écoute, je suis vraiment désolé, mais...
- Laisse tomber,
 lança le dénommé Stefan en s'éloignant. A demain.

Tom hocha la tête, pas vraiment pressé d'être au lendemain. Le vendredi était une grosse journée, très fatigante. Néanmoins, et il se surprit lui-même d'y penser, la perspective de revoir le kiné le soulageait d'avance. Il ramassa toutes ses affaires et sortit lui aussi de la salle.

***

Il resserra ses mains sur l'oreiller et poussa un gémissement.

- Putain, ouais... Haleta une voix sous lui.

Il se retira doucement et redonna un coup de rein étonnement violent, qui fit crier son partenaire et lui fit toucher les étoiles. Il sentit tous ses muscles être secoués par une décharge électrique, et il jouit au creux de l'autre homme en étouffant son cri. Il sentit qu'il n'était pas le seul à être comblé. Son corps retomba doucement sur Luka, et leurs peaux transpirantes se collèrent ensemble. Ils respirèrent difficilement, et Tom enfouit son visage dans le cou de son amant.

- Je t'aime, souffla-t-il.

Il sentit deux bras l'entourer et lui caresser le dos. Il retint une grimace et se laissa faire.

- Moi aussi. Ne l'oublie jamais.


Tom sourit et roula sur le côté. Il fixa un instant le plafond, et entendit remuer à côté de lui. Puis une main se tendit au-dessus de son visage. Il saisit la cigarette qu'on lui offrait, et la coinça entre ses lèvres alors que Luka la lui allumait, avant de faire de même avec la sienne. C'était leur petit rituel après l'amour, ils appréciaient tous les deux. Tom laissa ses pensées troublantes s'éloigner, et inspira.

Le brun tira une longue bouffée et laissa la fumée envahir ses poumons avant de l'expirer avec délectation. Derrière lui, allongé sur son grand lit deux places, un mec quelconque qu'il ne reverrait jamais. Il s'accouda un peu mieux au balcon et observa le ciel étoilé. Il se sentait détendu, et savait que demain il irait au travail avec le sourire. Bill aimait ce qu'il faisait, il aimait par-dessus tout aider, soulager les gens, et avoir cette connexion avec eux. Il entendit du bruit, et un ronflement. Il eut un petit rire amusé et écrasa la cigarette sur son balcon.
 
Il observa un instant la ville endormie. Tout lui semblait beau la nuit, calme et sans problème. Il savait que c'était une belle illusion, mais elle lui plaisait. Il se heurtait trop souvent à la cruelle réalité, alors s'en éloigner de temps en temps ne lui faisait pas de mal. Sans vraiment qu'il sache pourquoi, il se prit encore à repenser à son patient du lendemain, Tom. Il lui paraissait tellement mystérieux, et ces non-dits l'attiraient. Il avait envie de réussir à le décoincer, et l'inciter à lui parler. Il pensa un instant que ça faisait vraiment curiosité mal placée, mais secoua la tête. Non, il souhaitait simplement en savoir plus pour... Pouvoir mieux l'aider. Cette conclusion lui offrit satisfaction, et il retourna se coucher près de l'inconnu qui aurait disparu avant son réveil.

***

- Je crois qu'un simple massage sera suffisant aujourd'hui, déclara Bill avec un sourire. Retirez votre tee-shirt et allongez-vous sur le ventre.

Tom acquiesça et s'exécuta. Le kiné ne put s'empêcher de détailler le dos nu qui s'offrit à ses yeux : les bleus étaient encore assez visibles, mais moins impressionnants que la dernière fois. Il le laissa s'allonger, saisit un tube de crème et s'en enduisit les mains. Il les posa doucement sur le haut du dos de Tom qui frissonna avant de pousser un soupir de soulagement tandis que les mains expertes faisaient des merveilles. Il se laissa aller, et apprécia simplement la sensation de ses muscles détendus.

- J'espère que ça a été, après notre première séance ? Finit par engager Bill, que le silence dérangeait vraiment.
- Avec les médicaments, oui.
Le brun attendit, persuadé d'avoir lancé la conversation, mais rien. Le jeune dreadé restait incroyablement muet. Il fit rouler la peau sous ses doigts, puis tenta une nouvelle approche.
- Vous faites quoi dans la vie ?
- Je suis prof d'histoire.
- Oh. Vous avez du courage, moi et les enfants...


Bill fit une petite grimace suivit d'un « berk » assez puéril, mais qui eut le don de faire sourire un peu le blond. Finalement, peut-être y avait-il quelque chose à trouver sous cette carapace...

La séance s'acheva rapidement, et il fut convenu d'en reprogrammer une autre le même jour et la même heure, la semaine suivante. Une fois seul, Bill, ayant terminé sa journée, se posa un instant devant son ordinateur portable. Il se sentait un peu coupable, mais après tout, il ne faisait rien de mal. Il ouvrit le dossier de Tom avec quelques données personnelles qui lui en apprirent plus. Il habitait dans un quartier de Berlin, non loin d'ici. Il avait, comme il s'en doutait, le même âge que lui, c'est-à-dire vingt-cinq ans. Pas de graves antécédents, juste une visite cinq mois auparavant aux urgences pour un poignet cassé. Il se laissa tomber dans sa chaise en soupirant. Non, décidément, il n'apprendrait rien d'autre, sauf si Tom se décidait à lui parler. Il secoua une dernière fois la tête, puis débrancha son ordinateur pour le glisser dans son sac. Il éteignit l'halogène, la chaîne Hi-fi, attrapa son long manteau qu'il enfila, ainsi que ses clefs, et ferma le cabinet. Il rentrait à pied ce soir-là, ayant préféré laisser sa voiture chez lui le matin.

Il flâna tranquillement dans les rues berlinoises, très animées à cette heure de la journée. Le mois d'octobre débutait doucement, plongeant la ville dans une fraicheur encore douce. Les jours raccourcissaient, et même à dix-neuf heures trente il faisait déjà un peu nuit. Mais Bill appréciait cela, il se sentait protégé dans cette semi-obscurité. Il flâna devant les commerces qui fermaient leurs portes, et, peut-être consciemment, ou bien poussé par une mauvaise curiosité, ses jambes se dirigèrent vers une rue qu'il connaissait pour être passé devant plusieurs fois. Il s'y engagea et longea les murs jusqu'au numéro d'un immeuble assez luxueux, construit sur le même modèle que le sien, avec des appartements qu'il devinait spacieux. Il leva la tête, puis la rebaissa, parcourant des yeux le bâtiment, essayant de deviner où habitait Tom.

- Euh... Excusez-moi ?
Il sursauta en entendant une voix derrière lui et se retourna vivement pour se retrouver face à un homme grand, les cheveux châtains mi-longs et aux yeux étonnement verts, tellement qu'on aurait pu penser qu'il portait des lentilles - peut-être était-ce le cas d'ailleurs. L'inconnu le fixa un instant, l'air d'attendre quelque chose. Puis, voyant que Bill ne disait rien, il demanda :
- Vous avez perdu le code ? Vous êtes nouveau dans l'immeuble ?
- Ah non, non pardon, je... Je regardais juste.

L'homme fit un petit sourire.
- Intéressé ? Vous avez raison, ces apparts sont vraiment géniaux.
- Vous y habitez depuis longtemps ?

Bill se sentait comme un voyeur, mais sa curiosité le titillait de plus en plus.
- Oh, rit l'inconnu, je n'y habite pas, pas vraiment du moins, mais disons que j'y suis très souvent. Je viens voir... Quelqu'un.
- Ah... Je vois,
 dit Bill avec un air entendu. Et le voisinage est correct ?
- Très, les gens sont discrets, on n'est jamais dérangés. Vous habitez loin d'ici ?
- Non, à quelques rues seulement.
- Alors vous êtes tombé sur une bonne occasion. J'ignorais qu'ils vendaient un des appartements...

Voyant qu'ils s'aventuraient sur un terrain glissant, Bill préféra abréger.
- Bon et bien, je ne vais pas vous déranger plus longtemps alors, si quelqu'un vous attend. Merci pour le renseignement, je vais euh... Réfléchir.

Ils échangèrent un sourire, puis Bill se dépêcha de partir. Il se dit un instant qu'il avait de la chance de ne pas être tombé sur Tom lui-même, il aurait eu du mal à se justifier de sa présence ici. Il rejoignit très rapidement son véritable logement, et s'offrit une petite soirée plateau-télé, ne travaillant pas ce week-end-là.

***

Les semaines s'étiraient lentement, et les séances de Tom se déroulaient presque toutes de la même façon. Bill tentait de parler, le dreadé l'ignorait poliment, ne dévoilant presque rien à propos de sa vie. Le kiné aurait sûrement dû abandonner, mais quelque chose chez Tom le poussait à vouloir impérativement le percer à jour. Bien sûr, son patient n'était pas désagréable, loin de là. Mais juste pas assez bavard, trop réservé et... Trop mystérieux.

Ainsi, ce vendredi, Bill s'attendait à tout, sauf à voir ses interrogations trouver réponse.

La séance débuta comme à l'habitude.

- Comment ça va aujourd'hui ?
 Interrogea le brun en laissant Tom s'asseoir sur la petite chaise et retirer chaussures et tee-shirt.
- Euh...
Le visage un peu crispé et la manière voûtée dont se tenait le blond alerta Bill.
- Plutôt mal, avoua-t-il finalement. J'ai... J'ai fait quelques folies cette semaine, je n'ai pas beaucoup ménagé mon dos.
Le brun fronça les sourcils.
- A quel point ?
Tom haussa misérablement les épaules, grimaçant de plus belle.
- Ok, dites-moi, sur une échelle de un à dix pour la douleur... Vous seriez à... ?
- Euh... huit ?
- Hum, je vois. Très bien, venez vous asseoir.

Tom s'exécuta, réellement peu fier et semblant souffrir. Bill se souvint de la première séance, mais se rassura en se persuadant que c'était forcément moins grave. Il palpa doucement le dos de Tom, et sursauta presque en entendant :
- J'ai l'impression que la pluie me rouille, j'ai eu des douleurs en début de semaine, quand le temps a commencé à devenir merdique en fait, vous voyez ?

Bill en resta sans voix quelques instants. Ses efforts seraient-ils enfin récompensés ? Tom lui parlait !
- Euh... C'est normal, l'humidité n'est pas géniale pour les douleurs. Mais...
Il se mordilla la lèvre.
- Vous pouvez me tutoyez, ça devient un peu trop... Enfin, j'ai l'impression d'être beaucoup plus vieux, alors qu'on a le même âge.

Il se demanda un instant si Tom n'allait pas trouver étrange qu'il le sache, mais le dreadé se contenta d'hocher la tête.
- Bien, je vais te masser en premier. Je sais pas encore si t'as quelque chose qui a bougé... On va voir.

Le blond se plaça sur le ventre, les bras croisés, la tête reposant sur ceux-ci. Il soupira doucement quand Bill posa ses mains enduites de lotion sur le haut de son dos. Le kiné rougit un peu en repoussant quelques dreads qui s'étaient échappées du grossier chignon que les autres formaient sur la tête de Tom. Il fit doucement jouer ses pouces sur les muscles de la nuque, et descendit progressivement. Il ne cessait de se repasser en boucle les dernières paroles de son client, toujours sous le choc de s'être vu adresser la parole. Il adorait décidément ça. Il espérait vraiment que les choses allaient continuer dans ce sens-là.

- T'as toujours voulu faire ce métier ? Entendit-il, comme s'il avait pensé tout haut.
- Non, je voulais partir en médecine en fait, mais j'ai fait un stage chez un kiné, et ça m'a tout de suite plu. Et puis, j'aime trop le côté social avec les gens, un médecin, c'est différent. Ici... C'est un peu comme si je recevais des amis, la plupart du temps, tu me suis ?
Tom acquiesça. Il ajouta avec un sourire que Bill ne vit pas :
- Parce que je dois dire que t'as un véritable don. Tes mains font des merveilles.
Les joues du brun se colorèrent à nouveau. Il décida de poursuivre dans cette superbe voie offerte à lui.
- Et toi ? T'as toujours aimé les gamins ?
- Les gamins ?

Bill stoppa ses mouvements, intrigué.
- Bah oui, t'es bien prof non ?
Tom eut un petit rire. Bill décréta immédiatement qu'il aimait ce rire.
- Oui, prof d'histoire, mais en fac !
Les mains du kiné reprirent leur activité, et Tom pouvait presque voir le visage du brun devenir cramoisi.
- Si tu veux tout savoir, oui, j'ai toujours aimé l'histoire, les études, et les jeunes aussi. Et puis, j'ai un bon contact avec eux.
Un sourire triste étira ses lèvres alors qu'il pensait qu'il avait peut-être même un trop bon contact avec eux.
- Ça ne m'étonne pas... Enfin, tu ne dois pas être tellement plus âgé qu'eux, alors forcément, ils se sentent proches de toi.
- Ouais, c'est un peu ça. Et puis, à partir du moment où tu aimes ce que tu fais...

Bill descendit doucement ses mains sur les hanches de Tom, puis les fit remonter avec lenteur, appuyant bien. Il les passa sur le côté droit, puis le gauche, faisant jouer chaque doigt, donnant des pressions mesurées. Le silence, pour une fois, se fit confortable.
- T'as mal plutôt vers où ? Demanda finalement Bill en retraçant la colonne vertébrale de Tom de son index.
- Le haut.
Il se dirigea vers la nuque, et put sentir un léger déplacement qui, quand il appuya dessus, fit légèrement tressaillir Tom.
- Ok, tu t'assieds ? On va essayer de faire ça doucement.
Il indiqua à Tom se croiser ses doigts derrière sa nuque, prit appui sur les coudes joints du blond, et l'allongea en appuyant un coup sec qui fit craquer légèrement son dos. Ils se redressèrent, et Tom joua un peu des épaules.
- Wah, merci, ça va beaucoup mieux.
- Évite juste de refaire des folies. Il te reste des décontractants, je suppose ?
- Oui, un paquet.
- Bien, prends-en un demi ce soir, et demain pareil si ça va pas mieux. Tu...

Le brun hésita longuement, tandis que Tom se rhabillait, les yeux fixés sur lui.
- Oui... ?
- Tu vis seul ou bien...
- Ah, euh, non, j'ai... J'ai quelqu'un.

Il y eut un petit silence, et Tom ajouta :
- Un homme. On ne vit pas totalement ensemble... Enfin. Pourquoi ?
- Et bien,
 tenta Bill en masquant comme il le pouvait son trouble, il faudrait que, si il a le temps, il te masse la nuque une fois par jour. T'es hyper tendu, et c'est mauvais pour ton dos. Ou alors tu fais du yoga, ça reste à voir.
Les deux jeunes hommes se sourirent. 
- D'accord, je verrai ça avec lui.


Tom maîtrisait l'art de mentir parfaitement bien depuis le temps. Personne n'aurait pu deviner ce que cachaient ces simples mots. Bill ne le devina pas. Il fut content de voir qu'ils s'étaient plus rapprochés en une séance que depuis plus d'un mois qu'ils se voyaient chaque semaine. Après avoir souhaité un bon week-end à Bill, Tom sortit du cabinet et prit le chemin qui le ramènerait chez lui, priant de toutes ses forces pour que les décontractants soient toujours là où il les avait mis, et surtout, qu'ils soient restés bien cachés.

***

Les derniers élèves quittèrent la salle, et Tom se retrouva seul. Il rangea les papiers étalés un peu partout sur son bureau. Un mal de tête pointait, et il poussa un soupir en pensant qu'il ne rentrerait pas de bonne heure ce soir, il préférait rester un peu à la fac pour se forcer à corriger ses copies. De plus, il était de mauvaise humeur, il n'arrivait pas à remettre la main sur un objet de valeur, et ça l'angoissait terriblement. Il enfila son manteau, c'était la pause de midi, et il avait l'estomac vide. Il sortit de l'amphithéâtre et traversa les couloirs, saluant quelques collègues, quelques élèves. Il se rendit à la cafétéria et se posa sur une table à part. Il se massa un moment les tempes, priant pour que cette migraine passe au plus vite, elle n'était pas la bienvenue aujourd'hui.
 
Sans vraiment s'en rendre compte, il se mit à penser à Bill. Il l'avait vu la veille, exceptionnellement, un jeudi soir, car Tom avait prévu qu'il ne serait pas rentré de bonne heure ce vendredi soir-là. Un petit sourire prit naissance sur son visage. Voilà plus de trois semaines qu'il avait décidé d'arrêter d'être distant avec son beau gosse de kiné. Leurs séances se transformaient en véritable rendez-vous d'amis qui parlaient de leurs vies, de leurs problèmes. Tom se sentait proche du brun, il aimait sa façon de voir les choses. Bill pouvait paraître naïf, mais le blond lui attribuait plutôt une vision positive des choses, peut-être un peu trop optimiste parfois, mais tellement agréable. Il se confiait vraiment, et leurs conversations déviaient très facilement sur une multitude de sujets. Ils se racontaient leurs semaines, Bill donnant quelques anecdotes sur des patients un peu étranges, Tom divaguant sur des idées pour exposer les sujets qu'il allait traiter en cours...

Le bruit d'un plateau brutalement posé sur sa table coupa Tom dans ses pensées, et il releva la tête d'un coup sec. En face de lui, Stefan, l'élève avec qui il avait flirté, semblait soucieux.

- Je peux m'asseoir ?

Tom hésita, soupira puis acquiesça finalement. Le jeune étudiant s'installa. Un silence plana durant quelques minutes, le professeur se contentant de manger le contenu de son assiette tranquillement.
- Tom, je... Se lança finalement Stefan. Je suis... J'arrive pas à t'oublier.
Le blond leva des yeux las vers son élève qui le fixait avec insistance.
- Stef, je suis vraiment désolé. Ça n'aurait jamais dû arriver, je n'aurais jamais dû te faire croire ou espérer quoi que ce soit... Entre nous, c'est pas possible, tu comprends ? Même si je le voulais. Mais je ne le veux pas.
Il s'en voulait d'être aussi cru et direct, mais il ne pouvait pas laisser planer un doute fictif. Le visage de Stefan se défit un peu.
- Je... D'accord.
Tom fut surpris de le voir si coopératif, mais n'ajouta rien. Il le vit manger un bout de pain, toujours focalisé sur lui. Ҫa le dérangeait.
- Juste, poursuivit le plus jeune, pour savoir. Tu l'aimes, ton mec ?
- Je ne vois pas en quoi ça te regarde
, grogna le dreadé en se tassant dans sa chaise.
- Dans le sens où le soir où tu m'as embrassé, t'avais pas l'air de te sentir si coupable que ça.
- T'en sais rien. Tu ne me connais pas.

Ses mâchoires se crispaient et il envoya un regard noir à l'étudiant qui sourit narquoisement. 
- J'en connais suffisamment pour t'assurer que tu n'es pas amour...

Il fut coupé par la main de Tom qui, s'étant penché au-dessus de la table, l'avait agrippé au col et rapproché de son visage.
- Ça n'est en rien tes affaires. Alors ferme-la, ok ?

Stefan hocha positivement la tête, légèrement impressionné par la couleur noire qu'avaient pris les yeux de Tom. Ce dernier retourna à son repas, les poings serrés. Le silence s'étira, puis, finalement, après un « Bon ben, salut, à plus » bancal de la part de Stefan, Tom se retrouva à nouveau seul. Son c½ur battait la chamade et il n'eut même pas le courage de finir son repas, trop éc½uré par le problème qu'avait soulevé son élève. Il refusait d'admettre que ce gamin avait raison. Il avait tort, de toute façon. Il aimait Luka, et personne au monde n'aurait osé affirmer le contraire, si le monde avait su... Il secoua la tête, dépité, et préféra retourner au boulot, du moins dans sa salle, le temps que l'heure de la reprise se décide à arriver.

Bill referma la porte avec un sourire, et soupira de soulagement. Son dernier patient de la journée venait de quitter le cabinet. Il était dix-neuf heures trente passées, et ses mains étaient toutes engourdies. Il s'accorda un instant de repos et se laissa mollement tomber dans sa chaise de bureau. De toute façon, personne ne l'attendait chez lui. Cette pensée lui fit un peu mal au c½ur. Il n'aimait pas l'idée de s'engager dans une relation sérieuse, mais d'un autre côté, certaines soirées étaient longues. Il laissa son regard parcourir son lieu de travail, son ordinateur, l'imprimante dans le coin, et ses yeux se posèrent sur quelque chose qui ne lui appartenait pas, il en aurait mis sa main à couper. Il eut un éclair de souvenir, et se frappa le front.

- Et merde !

Sur son bureau reposait la gourmette de Tom que ce dernier retirait à chaque séance car elle l'empêchait de poser son visage sur ses poignets durant le massage. Il y tenait vraiment, comme il l'avait confié à Bill la veille même, lors de leur séance exceptionnelle du jeudi. Elle lui avait été offerte par sa mère, avec gravé dessus son prénom, sa date de naissance, et en tout petit, une citation de Blaise Pascal que la mère de Tom et lui-même aimaient particulièrement : Le c½ur a ses raisons que la raison ne connaît point. Bill contempla longuement l'objet, et fut pris de panique. Et si le blond pensait l'avoir perdue, et s'il la cherchait partout ? Il n'eut qu'un court instant d'hésitation avant de décider d'aller lui-même jusque chez Tom pour lui rendre cet objet qu'il chérissait tellement.
 
Il saisit ses clefs, ferma tout et sortit rapidement du cabinet, grimpa dans sa voiture et fonça jusqu'à l'immeuble. Il se gara en face, et se rua vers le hall d'entrée. A cet instant, un habitant de l'immeuble pénétra à l'intérieur, lui tenant gentiment la porte en voyant qu'il souhaitait lui aussi y entrer. Il n'eut pas à chercher longtemps, Tom n'habitant qu'au deuxième étage - et sachant qu'il n'y avait que deux appartements par étage. Il ne réfléchit pas et sonna immédiatement. Quelques secondes s'écoulèrent sans rien, puis des pas s'approchèrent, des clefs tournèrent et la porte s'ouvrit sur... Un homme qui n'était pas Tom, mais que Bill connaissait vaguement. Il fronça les sourcils. L'autre en fit de même.

- Vous êtes l'homme de la dernière fois, éluda doucement le kiné.
- Qu'est-ce que vous faites là ? Vous avez emménagé, finalement ?
- Euh...
 Bill piqua un fard. Non, je ne déménage plus. En réalité, je venais voir Tom. Il n'est pas là ?
- Tom ?
 Le visage de Luka se fit encore plus fermé. Pourquoi vous vouliez...
- Il a oublié ça au cabinet hier soir,
 indiqua le brun en sortant la gourmette de son sac. Je tenais à la lui rendre, je sais qu'il y tient, alors voilà... Pardon pour le dérangement.
- Attendez,
 le stoppa le châtain. Vous êtes quoi exactement ?
- Et bien... Kinésithérapeute, je m'occupe de Tom depuis son accident. Pardon, on n'a pas été présentés. Bill Kaulitz,
 dit-il en lui tendant la main.
Le petit ami de Tom hésita un instant, puis lui serra la main.
- Luka Schlechtes, je suis le...
- Oui, l'ami de Tom, je sais. Il m'a déjà parlé de vous. Enchanté, en tout cas.
- De même,
 murmura Luka. Merci de vous être déplacé jusqu'ici, c'est très aimable à vous.
- Je vous en prie, je vous l'ai dit, je n'habite pas très loin, et le cabinet est juste à côté. Ça ne me posait aucun problème. Bien, je ne vais pas vous importuner plus longtemps. A un de ces jours, peut-être.


Et sur ces paroles, le brun de pressa de redescendre les escaliers, laissant Luka planté dans l'entrée, la gourmette à la main. Il s'engouffra dans sa voiture, et démarra pour prendre le chemin de son chez-lui. Il ignorait pourquoi, mais il avait l'impression d'avoir loupé quelque chose. Que quelque chose n'allait pas, quelque chose lui échappait.

Et il n'avait pas idée d'à quel point il avait raison.

Une heure plus tard, extenué, Tom regagnait son appartement. Son mal de tête ne l'avait pas quitté, et il avait l'impression qu'il allait mourir d'une seconde à l'autre tellement il était épuisé, vidé de ses forces. Il se gara dans le parking de l'immeuble et rassembla ses dernières réserves pour atteindre l'ascenseur et monter au deuxième étage. Il introduisit ses clefs dans la serrure et pénétra enfin dans son nid douillet. Il balança ses affaires un peu n'importe où et voulu se laisser tomber sur le canapé, quand la petite lampe à côté de celui-ci s'alluma, laissant apparaître Luka, installé sur ledit canapé, le regard dur. Tom stoppa tout mouvement.

- Que...

Luka le coupa en levant sa main qui tenait la gourmette. Elle se refléta à la lumière.
- Ma gourmette ! Il l'attrapa et l'enfila immédiatement. Comment est-ce que tu l'as retrouvée ? Je l'ai cherchée partout !
- C'est ton kiné qui me l'a apportée.

Le sang de Tom se glaça, et il recula d'un pas.
- Qu-quoi ?
- Tu m'as très bien entendu,
 dit Luka en se levant, l'air menaçant. Depuis quand tu le vois ? Depuis quand est-ce que tu me mens ?
Le dreadé ne répondit pas, se contentant de reculer un peu plus alors que son petit ami se rapprochait dangereusement. 
- Et, tu ne devineras jamais, je l'avais déjà vu, parce que je l'avais surpris au pied de l'immeuble, un soir... Dis-moi Tom, est-ce que tu te fous de ma gueule ? Qu'est-ce qu'il se passe exactement entre vous ?

Son ton était monté en flèche, et il hurlait presque à présent. Tom était comme pétrifié, et il ne reculait plus du tout.
- Est-ce que tu le baises ?
- Non, non c'est pas ce que tu crois... Luke, tu sais bien que je n'aime que toi, il...

Il reçut une gifle qui le coupa dans ses bégaiements. Il bascula en arrière et se retrouva à terre. Luka fut près de lui en deux secondes, se baissa et le saisit par les épaules pour le plaquer violemment contre le mur. Il planta ses yeux devenus fous dans les siens.
- Alors pourquoi tu ne m'as rien dit ?
- Je...


Il sentait les larmes poindre, et fut incapable de finir sa phrase, ce qui rendit le châtain encore plus furieux. Il le cogna contre le mur, puis le projeta à nouveau à terre avant de lui donner un violent coup de pied dans le ventre. Tom hurla et se recroquevilla, priant de toutes ses forces pour que Luka se calme au plus vite ce soir, il n'avait pas, contrairement aux autres fois, la force physique d'encaisser les coups. Il tremblait, et releva doucement le visage. Sa lèvre était fendue, et le sang s'écoulait doucement sur sa chemise. Luka était debout, et le fixait, tandis que ses traits semblaient se radoucir. Il finit par quitter le salon pour aller se coucher, sans un mot.
 
Tom laissa échapper un sanglot, et les larmes dévalèrent ses joues alors qu'il se relevait difficilement. Il souleva doucement sa chemise souillée de sang, et put constater une large trace rouge sur son ventre, qui deviendrait sûrement un énorme hématome. Il essuya d'un revers de main sa lèvre et se dirigea vers la salle de bain pour se doucher. Il grimaçait de douleur à chaque pas qu'il faisait et ne fut soulagé qu'une fois nu sous l'eau bouillante qui calma peu à peu la douleur lancinante. Il se laissa glisser le long de la paroi et se retrouva assis sous le jet d'eau. La gourmette à son poignet semblait être plus brillante que jamais.

***

La semaine de Bill s'écoula dans la confusion la plus totale. Il n'avait pas reçu de coup de fil de la part de Tom, ni pour lui confirmer le rendez-vous de ce vendredi, ni pour le remercier d'avoir rapporté sa gourmette. L'heure de leur habituelle séance approchait, et Bill doutait de plus en plus de voir le dreadé dans la salle d'attente. Néanmoins, à dix-huit heures, il trouva le blond assis sur la même chaise que chaque vendredi soir. Il le fit entrer dans son cabinet, et referma doucement la porte. Il se tourna pour se retrouver face à face avec Tom, qui n'était pas allé s'asseoir pour se changer, comme il le faisait normalement. Le brun ne dit rien, se contentant de fixer le visage de son patient. Il remarqua une coupure assez profonde qui cicatrisait un peu à gauche, au coin de sa lèvre inférieure, à l'opposé de son piercing. Il remonta ses yeux pour plonger dans ceux de Tom, et vit celui-ci déglutir bruyamment.

- Merci pour ma gourmette,
 dit-il lentement.
- Euh... De-de rien...

Tom lui offrit un petit sourire et partit enfin s'installer pour se déshabiller. Bill resta un instant planté là, reprenant doucement sa respiration. Cette proximité l'avait mis dans un état étrange. Il s'installa à son bureau, pianota quelques petites notes, et observa Tom aller s'installer sur la table de massage. Il faillit pousser un cri et eut l'impression de recevoir un coup dans l'estomac en remarquant une marque jaunâtre, presque marron sur le ventre du blond. Il sentit les couleurs quitter son visage, et se força à rester calme en s'approchant de son patient - qui était plus un ami à présent. Entre-temps, Tom s'était allongé avec précaution, grimaçant légèrement au contact de la table de massage avec sa contusion. Bill commença alors à le masser délicatement, ayant peur de lui faire mal au moindre effleurement. Il sursauta en entendant la voix de Tom lui demander :

- Ça va toi ? T'as l'air... Bizarre ?
- Euh, ouais ouais, ça va... J'ai eu une semaine difficile,
 mentit-il avec facilité.
- M'en parle pas, je suis rentré une heure plus tard presque chaque soir tellement je suis débordé. Les tas de copies semblent grossir au fur et à mesure. J'en vois plus la fin.
- Tu travailles trop surtout, c'est ça le problème.

Tom haussa les épaules, puis les relâcha quand Bill vint les masser avec insistance, déliant les muscles tendus.
- Regarde-moi ça, murmura le brun. T'as du plâtre à la place des muscles, juste ici...
Il fit glisser ses doigts le long de la nuque du dreadé qui frissonna doucement.
- J'aime mon boulot, expliqua-t-il finalement. J'aime aller à la fac tous les matins, et me dire que je vais voir mes élèves.
- Je comprends,
 soupira Bill.
Ils ne dirent rien pendant quelques minutes, Tom appréciant simplement les mains de Bill sur lui, Bill appréciant de pouvoir toucher la peau douce de Tom.
- Et... Avec Luka, ça va ? Demanda soudainement le kiné.
- Euh... Ouais, ça va super, pourquoi ?
Bill avait sentit le dreadé se raidir, mais préféra ne pas faire de remarque.
- J'en sais rien, il avait l'air un peu étrange quand je suis passé te rendre ta gourmette. On aurait dit qu'il... Qu'il ne savait pas que tu prenais des séances de kinésithérapie.
- Non, ce n'est pas ça, c'est juste qu'il est un peu... Enfin, c'est Luka, il peut paraître un peu rude comme ça, mais au fond, ça n'est pas le cas.

Bill passa ses mains sur les flancs de Tom, et remarqua avec une pointe d'horreur une nouvelle marque bleutée, ainsi qu'une trace de griffure. Il eut la nausée, mais n'osa rien demander.
- Il m'a dit qu'il t'avait déjà vu, l'interpella Tom.
- Oh euh... Ouais, j'étais... En fait, je passais par là par hasard, enfin, je rentrais à pied, je n'habite pas très loin et... Et voilà, j'avais vu ton adresse sur ton dossier, alors j'ai voulu jeter un coup d'½il. Je ne savais pas qui était Luka en fait, à ce moment-là.
Tom eut un petit sourire en entendant la gêne évidente dans la voix du brun. Il n'ajouta rien cependant, et le laissa terminer son massage en discutant de tout autre chose. 
- Au fait,
 se souvint Bill avant que le blond ne quitte le cabinet, je crois que j'ai un de tes élèves en patient...
- Ah oui ?
- Ouais, attends...

Il posa ses lunettes sur son nez et parcourut son ordinateur, avant de tomber sur le prénom qu'il cherchait.
- Un certain Stefan, tu connais ?
Tom poussa un soupir et se dit qu'il devait vraiment avoir une poisse incroyable.
- Ouais, bien même. Il vient pour quoi ?
- Un souci au genou, il a de la rééducation à faire. Quand il m'a dit où il allait, je me suis souvenu que tu m'avais donné le nom de la même université.
- Et... C'est tout, il ne t'a pas parlé de moi ?

La question surprit un peu Bill qui eut un sourire.
- Non, pourquoi, il aurait dû ?
- Non non, bien sûr que non,
 s'empressa de répondre Tom en baissant un peu le visage. Bon, je vais y aller. On se voit vendredi prochain alors.
- Euh, en fait, je suis en vacances, la semaine prochaine. Il va falloir qu'on repousse à dans quinze jours. Évite les surmenages, fais tes exercices et tout ira bien.


La déception se lisait sur les traits du professeur, néanmoins il n'ajouta rien. Il lui souhaita un bon repos, hésita un instant puis finalement lui déposa un léger bisou sur la joue, et quitta le cabinet, sous le regard inquiet de Bill, qui commença à se poser des questions sur les raisons de ces marques, mais surtout, sur le fait qu'il soit aussi préoccupé et troublé par Tom...

***

Mercredi après-midi, seize heures. Les vacances de Bill étaient à présent terminées, il les avait passées chez ses parents, dans une petite villa en France. Le lundi de reprise avait été un peu difficile, mais à présent il était relancé, et plus que prêt à affronter son quotidien, qu'il aimait quand même par-dessus tout. Il jeta un coup d'½il à son agenda, et sourit en constatant qu'il n'avait plus que deux patients. Il avait même une demi-heure de répit. Il s'installa sur sa chaise de bureau et parcourut distraitement ses fichiers, tombant sur des photos qu'il avait prises la semaine passée, des dossiers professionnels... Son esprit s'éloigna peu à peu, et il somnola légèrement. Il pensa brièvement que Tom lui avait manqué...

Des coups martelés à la porte le réveillèrent en sursaut. Il ne s'était assoupi que dix minutes, heureusement pour lui. Les coups redoublèrent. Ses deux collègues étant absents, il avait indiqué aux patients souhaitant un rendez-vous de venir s'adresser directement à lui au cabinet, et avait laissé la salle d'attente ouverte pour qu'ils puissent y accéder facilement, la pièce étant au bout du couloir. Il jura et se passa les doigts dans les cheveux en espérant y remettre un peu d'ordre. Il se dépêcha d'ouvrir la porte, et manqua de se casser la figure en réceptionnant un corps contre lui. Il donna un coup de pied dans la porte pour la refermer, et tira l'homme jusqu'à la table où il l'allongea. Il poussa un cri en reconnaissant enfin Tom. Qui était défiguré. Son visage était ensanglanté, et il avait sûrement dû avoir beaucoup de mal à se traîner jusqu'ici, vu l'état de sa jambe. Ses mains se mirent à trembler, et il secoua la tête pour se redonner de la contenance.

- Bill...

La voix du blond était faible, et c'était évident qu'il lui fallait faire beaucoup d'efforts pour parler. Bill décida de prendre les choses en mains. Il installa du mieux qu'il pouvait Tom sur la table, essayant de ne pas réagir à chaque gémissement de douleur qui s'échappait des lèvres de l'estropié.

- Okay, ne bouge pas Tom, je suis là, je vais m'occuper de toi...
Il lui retira son tee-shirt et plaqua une main sur sa bouche, les larmes aux yeux. Son torse était recouvert de petites coupures et de bleus. Il sentit la panique l'envahir.
- Je... Je vais t'emmener à l'hôpital Tom, je ne peux pas...
- Non !


Le ton du dreadé s'était fait désespéré, et Bill se serait senti inhumain de le traîner là où il n'avait visiblement aucune envie d'aller. Il saisit le téléphone et composa un numéro malgré les protestations de son patient. Qui se calmèrent dès qu'il entendit la conversation.

- Allô, oui ici Bill Kaulitz, le kiné... Non, je suis désolé, je ne vais pas pouvoir vous prendre aujourd'hui, je peux reporter notre séance à demain ? Très bien... Oui, dix heures, parfait. Merci, au revoir.

Il raccrocha et composa aussi sec un autre numéro, tenant à peu près le même discours à l'autre personne. Tom s'était redressé légèrement sur ses coudes, et il observait Bill s'activer. Il sortit de la pièce, et y revint avec un tas de produits qu'il posa sur son bureau.

- Reste allongé,
 ordonna-t-il sans lever la tête de ce qu'il faisait.
Tom obéit, et se rallongea doucement. Il vit Bill s'approcher avec des compresses et beaucoup de bandages. Il grimaça en sentant qu'il nettoyait son visage à l'aide de désinfectant, le produit piquant affreusement les multitudes d'égratignures qu'il portait. 
- Putain, Tom... Comment tu... Qu'est-ce que c'est que toute cette merde ? Qu'est-ce qu'il t'est arrivé...


Le blond ne répondit rien. Bill continua de nettoyer, passant du visage au torse, vérifiant qu'il n'y avait pas d'autre blessures graves. Il pansa, banda, essuya. Il s'occupa un peu de sa jambe, et comprit pourquoi il avait eu du mal à marcher : elle était traversée d'une grande coupure, qu'il eut du mal à nettoyer sans avoir des haut-le-c½ur. Tom se tint tranquille, sans dire un mot, faisant quelques grimaces de temps en temps, étouffant des plaintes. Finalement, presque une heure et demi plus tard, Bill mit les torchons et compresses pleines de sang à la poubelle, et s'assura de ne rien avoir oublié.

- Je crois que c'est bon, enfin, j'ai fait ce que j'ai pu, avec le peu que j'ai... Mais merde Tom, si t'as un truc plus grave, si... Je sais même pas comment tu...


Il soupira et se passa une main sur le visage. Voir Tom dans cet état lui était simplement insupportable. Le dreadé se mit en position assise et tendit la main vers son bienfaiteur.
- Viens là.
Bill attrapa sa main et se pressa doucement contre le corps meurtri.
- Explique-moi, supplia-t-il contre l'oreille du blond. Dis-moi ce qu'il s'est passé. S'il te plaît...
- Je... Merci pour ce que tu as fait,
 se contenta-t-il de lui répondre en lui frottant le dos. Je vais y aller.
Le kiné s'écarta de son patient, le laissant se mettre debout avec difficulté. Il ferma les yeux et sembla essayer d'évacuer la douleur qui le traversait de toute part. 
- Tu as quelque chose chez toi, un truc qui te soulagerait ?
 Demanda Bill, plus anxieux que jamais.
- Il doit me rester de la morphine quelque part, j'en ai eu besoin à une époque.
- Fais attention, c'est...
- Je sais, Bill. Je sais.

Le brun ravala ses protestations, et baissa la tête. Tom la lui releva du bout du doigt, et lui fit un petit sourire.
- Merci. T'en as fait beaucoup pour moi.

Bill haussa les épaules, et ferma les yeux quand les lèvres de Tom se posèrent sur sa joue.
- Appelle-moi si ça ne va pas, ajouta-t-il avant que le professeur ne disparaisse dans le couloir en boitant.

Il referma la porte et se laissa glisser contre celle-ci, les jambes flageolantes. Son esprit fonctionnait à toute allure. Ҫa n'était pas la première fois qu'il remarquait des traces étranges sur le corps de Tom, mais ça n'avait jamais été à ce point. Des bleus, des petites cicatrices, mais rien de bien méchant. Son c½ur avait du mal à reprendre un rythme normal, et il dut prendre de grandes inspirations en comptant les secondes dans sa tête pour réussir à se calmer. Il se releva doucement, des questions sans réponse plein la tête. Et si Tom s'était fait agresser ? S'il était harcelé ? Que devait-il faire pour l'aider ? Il se claqua mentalement. Il ne pouvait rien faire, du moins, pas tant que Tom ne lui en parlait pas. Son ventre se tordit désagréablement. Et si Tom ne lui en parlait pas, comme jusqu'ici, qu'allait-il bien pouvoir faire ?

***

Le vendredi suivant, Tom ne vint pas à sa séance. Pas un coup de fil, pas de nouvelles, rien. Bill commençait sérieusement à angoisser, s'imaginant les pires scénarios possibles. Il était tendu, sans arrêt sur la défensive, parfois même désagréable, ce qui ne lui ressemblait absolument pas. Il tournait en rond, avait du mal à rester concentré, sursautait dès que son portable sonnait, l'espoir fou que son blond daigne enfin mettre fin à ce silence horrible. Mais rien. Il avait failli aller jusqu'à chez lui lui-même, mais s'était ravisé, conscient que ça n'aurait pas été très correct.
 
Alors il attendait, encore et encore. Le week-end passa, puis la semaine recommença. Il reçut Stefan le mardi, et en profita pour lui demander si Tom avait été faire cours la semaine passée. Il perçut une légère gêne chez le jeune, qui lui répondit qu'il n'était revenu que la veille, avec une sale mine. Puis il changea rapidement de sujet, comme s'il avait quelque chose à cacher. Bill ne s'en formalisa pas, obsédé par la simple idée que Tom ait pu être mal au point de ne pas aller au travail, chose qu'il adorait pourtant plus que tout, et dont il ne se serait passé pour rien au monde. C'était pire qu'inquiétant.

La fin de semaine arriva, avec elle le vendredi soir, et la séance de dix-huit heures. A laquelle aucun patient ne se montra. Bill en aurait presque pleuré. Il savait qu'il s'était bien trop attaché au dreadé, que c'était presque malsain. Mais il s'en fichait, ne se préoccupant que du bien-être de Tom. Dont il ne savait rien. Il rentra chez lui le c½ur lourd, les idées noires. De plus, pour rejoindre son appartement, il passait devant la rue de son patient. Elle semblait le narguer. Il arriva rapidement, et eut la ferme intention de ne rien faire. Il se fit de la purée, s'installa devant sa télévision, pieds sur la table, et passa ainsi sa soirée. Vers vingt-trois heures, et alors qu'il somnolait devant une émission sur les chauves-souris, son portable vibra, lui arrachant un cri de surprise.

- Putain, jura-t-il en saisissant la machine infernale. Allô ?
- Bill...

Malgré les sanglots, il la reconnut, il l'aurait reconnue dans n'importe quelle circonstance. C'était la voix Tom.
- Tom ? Tom, est-ce que ça va ? Merde, est-ce que tu pleures ?
- J'ai... Je...

Il entendit un hoquet et des pleurs plus bruyants.
- J'ai peur... Il va peut-être revenir... Bill... J'ai peur...
Le kiné n'y comprenait rien, mais il n'avait conscience que d'une chose : Tom allait mal.
- Tu veux que je vienne te chercher ?
- Oui !
 Lui cria-t-il presque en réponse. Vite, s'il te plaît, il va... Vite...
- Okay, ne bouge pas, je suis là dans cinq minutes.


Il raccrocha, se précipita vers l'entrée où il attrapa son manteau au passage et referma la porte à la volée avant de dévaler les escaliers et de sortir en trombe dehors. Il se rua dans sa voiture et démarra à fond. Il fut devant chez Tom en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire, et sonna à l'interrupteur. La porte s'ouvrit immédiatement, et il n'eut pas la patience de prendre l'ascenseur, grimpant directement les escaliers quatre à quatre. La porte s'ouvrit alors qu'il surgissait de la cage d'escalier, et il fut tiré dans l'appartement avant même de comprendre ce qu'il lui arrivait.
 
Il se retrouva dans un logement spacieux, très joli, décoré avec goût. Il n'eut cependant pas le loisir de détailler plus l'intérieur, se souciant uniquement de la raison de sa venue ici. Il fit volte-face, se retrouvant face à un Tom dévasté. Il semblait bien mieux en point que lors de leur dernière rencontre, mais sa joue était rouge vive, ainsi que ses yeux perlant de larmes. Le brun n'hésita pas et l'attira contre lui pour le serrer de toutes ses forces. Les pleurs de Tom se firent bruyants contre son torse, et il se retint à grande peine d'éclater lui-même en sanglots. Il lui avait tellement manqué...

- Pardon... Je ne voulais pas te déranger mais... Bill...
- Chuuut...
 Calme-toi, lui murmura-t-il en lui frottant doucement le dos. Qu'est-ce qu'il s'est passé ?
- On peut aller chez toi ? Il faut qu'on parte, vite...

Bill fronça les sourcils et écarta le corps du blond du sien.
- Pourquoi ?
- Je t'expliquerai, je te raconterai tout, promis... Mais s'il te plaît... Il faut qu'on s'en aille d'ici...


Les yeux de Tom étaient implorants, et le kiné n'eut pas à réfléchir bien longtemps. Ils regagnèrent la voiture du brun, et furent de retour à son appartement en un laps de temps si réduit qu'on aurait pu croire que son locataire ne l'avait jamais quitté. Sauf que cette fois, il n'était pas seul. Tom pénétra timidement dans l'appartement, jetant des coups d'½il intrigués un peu partout. Bill le laissa aller s'installer dans le canapé alors qu'il posait ses clefs sur la table et allumait la lumière dans le salon. Il vint s'asseoir face au blond, dans un fauteuil. Il observa le visage torturé qu'il connaissait bien à présent. Il ne préféra pas le brusquer, et laissa se décider à prendre la parole. Ce qui ne tarda pas à arriver.

- Je suis désolé, je ne savais plus à qui m'adresser, et comme tu... Enfin...
- Ça ne fait rien, Tom. Je suis touché que tu me fasses assez confiance pour m'appeler quand ça ne va pas.

Les yeux du blond se remplirent à nouveau de larmes, et Bill se mordit la lèvre. Il n'avait pas voulu rappeler la raison de leur présence ici, mais ça lui avait échappé.
- J'en peux plus, avoua le blond. J'en ai assez, je n'arrive plus à le supporter... C'est de pire en pire...
- Est-ce que tu es... Harcelé par quelqu'un ? Des gens s'en prennent à toi ?

Tom fronça les sourcils et essuya ses larmes.
- Quoi ? Tu penses que... Je croyais que... Après la dernière fois, je pensais que tu avais deviné...
Le brun se gratta la tête et réfléchit un instant.
- Ok, je vois que non...
Bill lui envoya un regard d'excuse, un peu perdu. Qu'avait-il pu louper ? Qu'est-ce qui lui avait échappé ?
- Tu te souviens, ce fameux mercredi après-midi, où je suis venu te demander de l'aide... Et bien, ce que tu as vu, ces marques... C'était une punition.
Il marqua une pause, cherchant à faire deviner quelque chose qu'il n'avait aucune envie de dire de vive voix. Mais visiblement, Bill ne comprenait toujours pas. Alors il poursuivit.
- J'ai fait une connerie, un soir, avec un de mes élèves, Stefan. Je l'ai embrassé, rien de bien méchant, j'étais un peu bourré, enfin bon. Depuis, il m'en veut, parce que je lui ai expliqué qu'entre lui et moi, il n'y aurait jamais rien. Et bien, il s'est vengé. Mercredi, je suis rentré assez tard dans l'après-midi, j'avais encore du boulot, alors j'ai prolongé mon temps à la fac. Et bien, entre temps, Stefan était passé chez moi. Il... Il est allé raconter à Luka qu'il nous avait vus ensemble, et que je t'avais embrassé, enfin, sur la joue tu vois, mais Luka, il n'a pas pris ça comme ça.

Les yeux de Bill s'agrandirent alors que lentement les éléments se mettaient en place, un à un, et que ses questions obtenaient des réponses, néanmoins loin de ce qu'il avait pu imaginer, et bien moins plaisantes. Vraiment très désagréables. L'horreur figea ses traits.

- Luka est un homme très possessif, murmura Tom en baissant le visage, laissant une larme dévaler sa joue et s'écraser sur sa main qui tripotait sa gourmette.

Bill se leva d'un coup, les mains tremblantes. Le dreadé leva ses yeux brillants sur lui, l'air affolé, perdu, dévasté, mais surtout effrayé. L'androgyne passa machinalement ses doigts dans ses cheveux, la respiration bruyante.
- Il te frappe.
Il ne cherchait même pas une confirmation, c'était juste évident. Qu'il avait pu être naïf et aveugle ! Ses jambes vacillèrent, et Tom lui agrippa le bras pour l'empêcher de finir par terre. Il le tira à côté de lui et se positionna en tailleur sur le canapé, tourné vers lui. Il planta ses yeux dans les siens.
- Il n'a presque rien fait ce soir, juste une gifle, mais je pense qu'il va revenir d'ici peu de temps chez moi pour...
Il déglutit et n'eut pas besoin d'achever sa phrase. Les poings de Bill se serrèrent et ses yeux devinrent noirs.
- Ça dépend des jours, et de son humeur. Parfois, c'est pour pas grand-chose. Un jour, il m'a cassé le poignet parce qu'il avait un peu bu et qu'il avait eu pas mal de problèmes au travail. Je suis allé à l'hôpital parce que je n'arrivais pas à le soigner tout seul, et que je ne pouvais pas bosser à cause de ça. Le soir où j'ai embrassé Stefan, je suis rentré très tard et plutôt bourré. Il m'a... Il m'a frappé au visage, beaucoup, et dans les côtes. J'ai réussi à m'en occuper, et ça n'a pas mis très longtemps à se remettre, j'ai eu de la chance que ça ne soit pas cassé. Je me suis procuré pas mal de morphine, en prévision. Et j'ai bien fait...
Il fit une pause, l'air d'avoir en tête la scène dans les moindres détails.
- C'est à cause de lui que tu as dû faire de la kiné, pas vrai ? Interrogea Bill, la voix tremblante.
- Oui, soupira Tom. Ce jour-là, on s'était engueulés parce que je n'avais pas pu prendre de vacances en même temps que lui. D'habitude, quand je sens que ça chauffe un peu, j'arrête, je le laisse se calmer avant que ça ne dégénère. Mais cette fois, je ne sais pas trop pourquoi, je l'ai poussé, j'ai gueulé plus fort que lui. Il a pris... Il a pris une chaise et m'a frappé dans le dos avec. Et puis il m'a donné des coups de pied, par-dessus. J'ai cru que j'allais y passer...
Bill s'était plaqué une main sur la bouche, les yeux écarquillés. Tom lui prit l'autre et la serra. 
- Quand il fait ça, juste après, il s'en va. Et dès qu'il est de retour, tout est normal, et je ne dois jamais lui montrer que j'ai mal. C'est pour ça qu'il n'a jamais su pour nos séances, pour les médicaments... Quand c'est vraiment trop, j'invente des excuses pour qu'il ne vienne pas à la maison, et qu'il ne me voie pas comme ça. Pour lui, c'est... Enfin, il ne réalise pas. Et puis il m'aime. Comme je l'ai aimé...


Ses pleurs revinrent doucement, et il cacha son visage dans ses mains. La colère de Bill fondit immédiatement, et il prit Tom dans ses bras. Ce dernier s'agrippa à lui et enfouit sa tête contre son épaule, le corps secoué par les sanglots.

- T'en as jamais parlé à personne ?
 Interrogea le brun en lui caressant doucement les cheveux.
- Non. J'avais peur qu'on ne me croit pas. Ou que Luka l'apprenne. Et puis, au début, je pensais que ça passerait... Je te dis, je l'aimais... Tellement... Démesurément même. Depuis... Les choses ont changé.
Ils restent un instant ainsi, enlacés, Bill jouant de ses doigts sur la nuque et dans la chevelure de Tom. 
- Je vais nous faire du café,
 déclara-t-il finalement en se levant pour aller dans la cuisine. Tu prends quoi ?
- Lait et un sucre... S'il te plaît.

Il hocha la tête et s'affaira à préparer les boissons, essayant d'évacuer de son esprit la rage meurtrière qui s'était emparée de lui. Le principal, pour l'instant, était de s'occuper de Tom, de lui parler, et surtout, de l'aider à s'en sortir. Il était clair qu'il ne supportait plus cette situation - qui l'aurait supportée, en même temps - et qu'il fallait que les choses changent. Mais pour ça, il avait besoin d'être épaulé.

- Tiens,
 lui dit Bill en lui tendant sa tasse avant de s'asseoir à nouveau, les jambes repliées sous lui, à côté du dreadé.
- Merci... C'est pour ça que je suis venu te voir, en fait. Je savais que je trouverai un soutien, quoi qu'il arrive. Tu es juste... Quelqu'un de tellement génial, généreux avec tout le monde... Regarde tes patients, ils n'en finissent plus de te complimenter, ils t'adorent.
Le brun rougit à l'entente de ce flot de compliments. Il secoua la tête modestement.
- Je les écoute, c'est tout. Ce n'est pas grand-chose, ça ne me coûte rien, et puis... Ça leur fait du bien. C'est un peu ça aussi, mon métier : faire en sorte qu'ils aillent bien. Ça passe aussi par la discussion.
Tom lui envoya un sourire qui lui réchauffa le c½ur. Au moins, il ne pleurait plus. 
- Tes élèves aussi t'adorent...

Il reçut un coup de pied dans la cheville à cette remarque et étouffa un rire.
- C'était de très mauvais goût ça, lança Tom en souriant néanmoins.
- Désolé, désolé. Mais sérieusement, c'est vrai, non ? Ils t'apprécient parce que tu es proche d'eux, tu les comprends, tu ne cherches pas juste à leur bourrer le crâne, pas vrai ?
Le blond acquiesça en avalant une gorgée de café. Un bruit feutré attira son attention.
- Y'a pas un truc qui...
- Si,
 répondit Tom, le visage soudain fermé. C'est mon portable.
Il sortit l'appareil de sa poche et le contempla sans rien dire.
- Luka ? Interrogea Bill en posant sa tasse sur la table basse.
- Hum. Il fait toujours ça. Quand on se dispute, et qu'il... Enfin, il appelle après, pour savoir où je suis. Ça veut dire qu'il est calmé. Il a fait ça aussi, le premier jour où je suis venu au cabinet.
Il finit par rejeter l'appel et posa son portable à côté de lui.
- Qu'il est calmé ? Demanda finalement Bill après un silence.
- Ouais, qu'il ne me finira pas quoi, comme je l'avais redouté.
Le téléphone vibra à nouveau, et cette fois-ci Tom l'éteignit en soupirant.
- Je lui réponds toujours, d'habitude. Sinon c'est pire, après.
Il n'insista pas sur ce que « pire » signifiait, ni l'un ni l'autre n'ayant vraiment envie d'en parler.
- Ça fait combien de temps que vous êtes ensemble ? Osa demander le brun.
- Un an et demi, on s'est connus par des amis communs. Ça n'a pas vraiment été le coup de foudre, ça a plutôt été progressif. On a été amis, puis amants... Je suis tombé amoureux de lui un peu plus tard, je l'ai compris quand il a commencé à me manquer les soirs où il n'était pas là, ou quand j'étais légèrement jaloux de le voir avec d'autres mecs. On a vraiment vécu un amour idyllique pendant les six premiers mois. Et puis... Il y a eu ce soir où il m'a fait une scène, pour une connerie, un message que j'ai reçu d'un de mes meilleurs amis, un peu trop affectueux à son goût. Il m'a claqué, et il est parti de chez moi. Le lendemain, c'était comme s'il n'y avait rien eu. C'est là que tout a débuté, et c'est allé de pire en pire.
- Et... C'est allé jusqu'où ?

Tom déglutit avec difficulté et leva des yeux douloureux vers son kiné.
- Parfois, il cassait des bouteilles en verre et me frappait avec dans le ventre. Mais le plus dur... c'était quand il s'acharnait. Je saignais, je hurlais, mais il frappait encore, et toujours au même endroit. Les traces restaient des mois et je ne savais plus quoi donner comme excuse. J'ai évité la plage, la piscine, tout ce qui impliquait que je puisse retirer mes vêtements.
- C'est monstrueux...

Bill sentait les nausées lui secouer l'estomac et son café menaçait de remonter.
- Et moi j'ai rien vu...
- C'est pas ta faute. Je le cache. Même mes parents n'ont rien vu, pourtant je les vois assez souvent. Luka est déjà venu manger à la maison, ils l'adorent. Il est tellement différent parfois, il peut être si tendre, si... Enfin, comme avant.
- C'est pour ça que tu restes avec lui ?
 Demanda Bill, des reproches dans la voix.
- Je pense que oui... J'ai tellement envie qu'un jour, le Luka d'avant revienne... Qu'il arrête d'être aussi... D'être ce mec violent que je ne connais pas...
On sentait un certain désespoir dans ces quelques mots. Le c½ur de l'androgyne ne s'en serra que d'avantage.
- Et toi ? Reprit Tom après un long silence. Personne dans ta vie ?
- Oh non,
 répondit Bill en s'étirant. Je commence d'ailleurs à me demander si un mec bien qui veut se caser pour un truc sérieux existe. En attendant... Je fais avec ce que je trouve.

Ils se lancèrent sur ce sujet, parlant tour à tour de leurs premières expériences, de leurs préférences (orientées vers le même penchant), puis les paroles dérivèrent sur leurs familles, leurs années d'études... L'heure s'étira, encore et encore. La nuit s'approfondit, et vers quatre heures, Bill réalisa enfin qu'ils travaillaient tous les deux le lendemain. Il en fit la remarque au blond, qui sursauta à l'entente de l'heure qu'il était.

- Merde, c'est vrai... Je vais y aller alors.

Bill se stoppa dans son mouvement pour se relever et lui envoya un regard plein de surprise.
- Qu-quoi ? Tu veux... Enfin, je veux dire, tu peux dormir ici, c'est pas un problème hein...
Tom le fixa avec désolation.
- Je dois y aller, Bill. Il faut que je le voie. Si je ne reviens pas de la nuit, ça va prendre des proportions énormes. Je t'ai déjà bien assez importuné.
- Tu n'importunes personne, Tom ! Tu crois vraiment que je vais te laisser y retourner après... Ҫa ? Alors que je sais tout ?

Le visage du dreadé se fit dur, et il lâcha sans vraiment s'en rendre compte :
- Tu l'as bien fait les autres fois.
Il regretta aussitôt ses mots et releva le visage pour croiser les yeux blessés et coupables du brun qui ne savait plus où se mettre.
- Merde, je... Non, je suis désolé, c'est pas ce que je voulais dire, je... Ah, putain, mais qu'est-ce que je suis con !
Bill allait pour lui répondre, mais Tom se jeta sur lui avant qu'il n'ait pu protester. Il le serra avec une force incroyable, essayant de faire passer par cette simple étreinte toute sa reconnaissance. Il enroula ses bras autour du corps abîmé, maltraité, et laissa échapper une larme silencieuse qui mourut dans le cou de son patient.
- J'aurais voulu faire quelque chose... Je refuse de te laisser partir... Il va te frapper encore... Je ne le supporterai pas Tom...
- Je te promets que c'est la dernière fois,
 entendit-il soufflé contre son épaule.
Ils s'écartèrent l'un de l'autre, et Bill fronça les sourcils.
- Je veux dire, expliqua Tom, je te jure de faire quelque chose, mais avant... Il faut que j'y retourne. Je dois le faire. Pour être certain de ce que je vais faire ensuite.
- T'as besoin de te faire à nouveau défoncer la gueule pour comprendre ?
 S'emporta le kiné en se levant. Mais merde, ouvre les yeux ! Il va finir par te tuer !
- Si je ne reviens pas, oui. Mais... Je sais ce que je fais, d'accord ? Il ne va rien m'arriver.

Bill se sentait tiraillé de toute part, l'hésitation pouvant se lire sur son visage. Il n'avait aucun droit de forcer Tom à rester là, mais d'un autre côté, le laisser rejoindre Luka se résumait à l'envoyer au bourreau. Il inspira à fond, espérant de tout son c½ur ne pas prendre une mauvaise décision.
- Ok, souffla-t-il. Mais tu m'as promis...
- Et je m'y tiendrai. Juste pour ce soir.

Ils marchèrent jusqu'à la porte d'entrée.
- Je te ramène en voiture ? Tenta Bill sans grand espoir.
- Je vais y aller à pied, je ne suis pas loin. Merci...

Il le prit une dernière fois dans ses bras, et souffla pour se donner du courage. Avant qu'il ne passe la porte, Bill le retint par le bras et lui dit d'un ton catégorique :

- C'est la dernière fois, Tom. J'ai quelque chose à te proposer.

***

Il tenta de faire le moins de bruit possible en refermant la porte derrière lui, sachant pourtant que c'était bien inutile, il pouvait presque imaginer Luka assis sur le fauteuil, à l'attendre. Il pivota et ne fut pas surpris en voyant la lumière s'allumer et la silhouette bien connue et redoutée se dessiner dans la pénombre faiblement éclairée. En revanche, il sursauta en le voyant se lever d'un bond et se jeter sur lui pour lui asséner un coup de poing dans la mâchoire. Il en tomba à terre, mais fut immédiatement relevé et... Serré contre un corps tremblant. Ses yeux s'agrandirent sous la surprise.

- Tom... Tom...

La voix qui butait contre son oreille ressemblait plus à une plainte, et les mains agrippées à son tee-shirt semblaient vouloir s'assurer qu'il était bien là.
- Est-ce que tu as une idée d'à quel point je me suis inquiété ? Je me suis imaginé... Je... Tom, mon c½ur... Ne me refais plus jamais, plus jamais un truc pareil... J'étais mort de trouille...
Le blond était figé par l'étonnement. Il passa timidement ses bras dans le dos de son petit ami et le serra de manière hésitante.
- Euh... Désolé... Je suis désolé.

Le châtain lui saisit le visage entre ses mains et, après l'avoir observé de longues et interminables minutes, il l'embrassa profondément, avec amour et soulagement. La mâchoire de Tom le lançait, mais il ignora la douleur pour rendre son baiser à Luka. Ils passèrent un moment là, à s'embrasser, à se serrer dans les bras de l'autre, puis finalement allèrent se coucher dans leur lit.

Cette nuit-là, Tom fit l'amour à Luka, encore une fois.

***

La journée fut éprouvante pour l'un comme pour l'autre. Bill avait passé une très courte nuit, il s'était senti coupable et n'avait cessé de se retourner dans ses draps en se demandant si Tom allait réellement tenir sa promesse, s'il n'allait pas tout simplement se laisser à nouveau avoir, ou juste s'il allait bien, si Luka ne l'avait pas, encore une fois, brutalisé... Cette dernière pensée le rendait malade. A son réveil, il s'était dépêché de se préparer pour rejoindre le cabinet au plus vite et se plonger dans le travail. Il était convenu qu'il retrouve le professeur vers dix-sept heures trente, ni l'un ni l'autre ne travaillant tard ce jour-là. Il angoissait, persuadé que quelque chose allait mal se passer.

Les heures défilèrent lentement. La fatigue se lisait sur les traits du jeune dreadé qui tenait avec difficulté ses cours. Il fallait dire qu'il avait été bien sollicité cette nuit, et que ça n'était pas de tout repos. Il se traita mentalement d'idiot à cette pensée, et se força à rester concentré. Enfin, la journée se termina et c'est avec un mélange de soulagement et d'appréhension qu'il quitta l'université. A l'extérieur, la voiture noire l'attendait, comme prévu. Il y monta prudemment, et déposa son sac à l'arrière. Ses mains tremblaient légèrement, ce qui n'échappa pas à Bill.

- Ça va aller ?
- J'en sais rien,
 avoua Tom.
- Mais... T'es toujours d'accord avec ce qu'on a dit ?
Le blond ne répondit rien.
- Il m'a à peine frappé hier soir, déclara-t-il finalement. Il s'était tellement inquiété qu'il a... Il a juste pris soin de moi.
La panique gagna le brun.
- Tom...

Les deux jeunes hommes s'affrontèrent du regard pendant longtemps. Mais Bill ne lâcherait pas, il s'en fit la promesse. Il avait fait une connerie une fois, il ne recommencerait pas deux.

***

Les deux étages n'étaient pas longs à gravir. C'était un de ces immeubles très luxueux qui mise tout sur la largeur. Il arriva bientôt dans le couloir plutôt sombre en cette soirée orageuse, et s'arma de courage. Il pouvait le faire. Son c½ur martelait sa poitrine, et il pria pour ne pas tomber dans les pommes. Il se planta devant la porte, compta lentement les secondes, puis leva la main pour sonner. Une, deux, trois, quatre, cinq, six, sept, huit secondes s'écoulèrent avant que des pas ne résonnent. Bientôt, la porte en bois s'ouvrit, laissant apparaître un grand jeune homme aux cheveux châtain et aux yeux verts. Luka.

- Qu'est-ce que... ?
- Bonjour,
 articula Bill en soutenant son regard.

Le visage de son vis-à-vis se teinta de rouge, et il pouvait presque entendre les insultes profanées à son égard dans sa tête. Il ne perdit pas la face et força même un sourire.

- Qu'est-ce que vous foutez encore là ? Vous voulez voir Tom, c'est ça ?
Bill ne répondit rien, souriant toujours.
- Il n'est pas là, cracha Luka en effectuant un mouvement pour refermer la porte.
- Je sais, en fait, c'est vous que je venais voir, avoua-t-il en entrant dans l'appartement sans oublier de le bousculer au passage. J'ai une chose à vous dire.

Il entendit distinctement un soupire agacé dans son dos, et ferma les yeux avant de les rouvrir, déterminé. Il fit volte-face et se trouva presque nez-à-nez avec Luka, qui devait faire sa taille. Il le contempla longuement, puis dit finalement :

- Tu n'es qu'un sale connard.


Il eut juste le temps de voir les yeux de l'autre s'agrandir, avant de jeter son poing dans le visage qu'il voulait démolir depuis la veille. Un horrible « crac » retentit dans la pièce, et Bill poussa un cri suraïgu alors que son poignet et ses doigts se réduisaient en bouillie. Il tient sa pauvre main contre lui, les larmes aux yeux, alors que Luka se tenait la joue, incrédule. Après un moment, il se redressa, et plongea un regard furieux dans les yeux du brun.

- Je vais te démolir.


Bill fit un pas en arrière, le visage livide. Un bruit sourd se fit entendre, et puis des pas dans l'appartement, qui fut bientôt rempli de policiers. L'un d'eux agrippa les bras de Luka, les lui plaqua dans le dos et lui passa les menottes.

- Luka Schlechtes, vous êtes en état d'arrestation. Vous avez le droit de garder le silence, tout ce que vous direz pourra être retenu contre vous dans un tribunal.

Bill se redressa en massant doucement sa main endolorie. Il était sûr qu'il s'était pété quelque chose. Luka lui envoya un regard qu'il aurait pu qualifier de perdu, jusqu'à ce qu'une voix se soulève à l'opposé du kiné.

- J'ai porté plainte.


Le visage du châtain se dirigea vers Tom qui entrait prudemment dans la pièce. Ils se fixèrent longuement.
- Tu vas aller devant un juge, Luke. J'ai porté plainte pour coups et blessures, maltraitance... Et Bill va témoigner, il a vu les marques, tu sais, depuis tout ce temps, chaque semaine, il en voyait de nouvelles.

Le regard de l'accusé s'agrandit un peu plus alors que lentement les éléments lui apparaissaient. Le jugement, la prison...
- Comment tu peux me faire ça ? Demanda-t-il, la voix tremblante. Tom, je t'aime !
Les mots semblèrent plus violents que n'importe quel coup qui aurait été porté au blond, dont les yeux se remplirent de larmes.
- Non... C'est fini, Luke. Tu ne m'aimes plus. C'est terminé... J'en ai assez, tu comprends ? Je n'ai pas envie de mourir, pas comme ça... Pardon...

Le policier força Luka à bouger, et le poussa vers la sortie. Les deux amants échangèrent un dernier regard, rempli de quelque chose qu'eux seuls pourraient interpréter. De la haine ? Peut-être. De l'amour ? Sans aucun doute, du moins, le souvenir de ce qu'avait été le leur. Lorsque l'appartement fut vide, Tom se laissa tomber à genoux et étouffa un « Non » hurlé dans ses poings qu'il écrasa contre sa bouche alors que les larmes jaillissaient de ses yeux. Bill se précipita sur lui et le serra dans ses bras en lui murmurant de petits « Ҫa va aller » qui se voulaient rassurants au creux de son oreille, priant pour que ça soit vraiment le cas...

***

Trois mois étaient passés depuis ce fameux soir où Tom avait décidé de se libérer. Le procès avait eu lieu rapidement, et s'était déroulé sur un total de cinq jours. Les accusations étaient solides grâce au témoignage non seulement de Bill, mais aussi de quelques voisins qui avaient accepté de donner leur avis. En effet, ils confirmaient avoir entendu plusieurs fois des bruits de verre brisé, des hurlements, et même avoir vu Tom se précipiter hors de l'appartement dans un sale état. Luka avait été reconnu coupable suite à tous les chefs d'accusations qui se dressaient contre lui, et envoyé en prison pour les huit prochaines années. Il aurait également une amande exorbitante à payer. Tom était resté calme tout le long du procès, témoignant avec courage sans épargner les détails (sous les conseils de son avocat) qui tirèrent des exclamations de dégoût au public présent dans la salle. Pas une seule fois il n'avait regardé Luka, qui lui ne le quittait pas des yeux. Il avait écouté, impassible, la décision des jurés, puis celle du juge. Puis, en quittant le palais de justice, il s'était accroché à Bill qui lui avait chuchoté des paroles rassurantes, lui répétant qu'il avait été très courageux, qu'il pouvait être fier de lui, et que l'enfer était enfin terminé.

Les semaines suivantes avaient été très difficiles. Plusieurs fois, le blond avait appelé Bill pour qu'il vienne passer la nuit chez lui, hanté par de mauvais souvenirs, ou tout simplement effrayé par la solitude dont il n'avait plus l'habitude. Parfois ils parlaient de longues heures, parfois ils s'endormaient juste l'un à côté de l'autre. Puis, petit à petit, Tom avait repris confiance en lui, de l'assurance, de la joie de vivre. Il recommençait à sortir, avait recontacté des amis perdus de vue (en partie à cause de Luka qui s'était accaparé le dreadé, lui coupant beaucoup de ses relations), en bref, il réapprenait à vivre.

Ce jour-là, Tom était tranquillement installé dans la petite salle d'attente. Il l'observait mélancoliquement, repensant au premier jour de sa venue ici. C'est là que tout avait débuté. Au départ, il avait voulu à tout prix rester froid et lointain avec le kiné, sentant le danger à des kilomètres. Il savait déjà, il sentait que les choses allaient être difficiles. Il l'avait apprécié dès le premier regard, or, il se devait de ne pas s'en rapprocher : cacher ses séances à Luka était suffisamment compliqué sans qu'en plus il soit obligé de gérer une relation secrète, même amicale. Alors il s'était forcé à ne pas lui répondre, à ne pas réagir à ses tentatives d'approche. Mais très vite, il avait compris qu'il ne tiendrait pas longtemps. Et puis, un jour où il s'était encore engueulé avec Luka - sans pour autant se faire frapper -, il avait pris la décision de débloquer les choses. Après tout, relation ou pas, ça resterait pareil entre lui et son petit ami, alors pourquoi se priver de nouer quelque chose avec une personne qui lui semblait absolument géniale ? Il n'avait jamais regretté ce choix, malgré les violences qu'il avait subies lorsque Luka avait tout découvert. Il avait trouvé en Bill la force de supporter la douleur, et puis, plus tard, celle de s'en sortir. La bouche de Tom s'étira en un sourire.

La porte s'ouvrit, laissant apparaître le sujet de ses réflexions. Il se vit adresser un petit sourire, et se leva de sa chaise pour suivre le kiné jusqu'au cabinet au bout du couloir. Une autre porte se referma derrière eux, et il entendit un bruit de serrure qu'on verrouille. Il se retrouva dans cette pièce qu'il connaissait par c½ur à présent. Elle renfermait tellement de choses... Il eut un nouveau sourire bête, et se fit la réflexion qu'il devenait quelque peu... Niais. Il pivota vers le brun qui pianotait une fois de plus sur son clavier, lunettes noires posées sur le nez, lui donnant un air plus âgé.

- Hummmm... Marmonna-t-il après quelques secondes. C'est notre dernière séance, à ce que je peux voir. Comment va ton dos aujourd'hui ?
Tom haussa un sourcil et retira son tee-shirt, toujours debout en face du bureau. Les yeux de Bill suivirent le mouvement, et il eut un sourire en coin.
- J'en sais rien, répondit le blond en s'asseyant sur le bord de la table de massage. Peut-être une petite douleur musculaire dans le cou, tu pourrais... ?

Le kiné posa ses lunettes sur son bureau et s'approcha de son patient. Il se mit face à lui, et passa ses mains autour de sa nuque pour venir appuyer sur le derrière, là où débute la colonne vertébrale. Il fit de petits mouvements et afficha un air concentré alors que Tom fermait les yeux.

- Je dirais que tout va bien, même... Très bien.

Il poussa un soupir alors que les bras du dreadé venaient de s'enrouler autour de sa taille, le rapprochant de lui.
- T'as beaucoup de rendez-vous après ? Demanda Tom en faisant jouer ses doigts dans le dos du brun qui secoua négativement la tête.
- Je voulais qu'on rentre ensemble...
Le blond releva la tête et fronça les sourcils. Bill haussa les épaules et dit d'un ton neutre :
- Disons que j'ai laissé quelques affaires en passant ce midi...
- Tu viens t'installer ?
- Soyons bien d'accord, je pense toujours que c'est rapide, et tu...

Le kiné fut coupé alors que Tom lui agrippait la nuque et le forçait à se pencher pour déposer ses lèvres sur les siennes. Il fondit et se laissa aller, répondant avec douceur au baiser.
- J'en ai rien à faire que ça soit rapide, dit finalement Tom en se reculant. Ça fait un mois, mais j'ai l'impression que ça fait plus longtemps que ça... Et puis, on a passé presque tout notre temps l'un chez l'autre, depuis le...
Le visage du dreadé s'assombrit, et Bill le prit entre ses mains.
- N'y pense plus, c'est fini. Il ne viendra plus te faire de mal.
- Je sais,
 soupira Tom. Enfin... C'est vraiment si important que ça pour toi, de savoir qu'on est ensemble que depuis un mois ?
- Non. La preuve, je n'aurai pas accepté si je n'avais pas été sûr de faire le bon choix...


Ils se sourirent, puis s'embrassèrent à nouveau avec lenteur. Les mains du brun glissèrent le long du torse dénudé de son compagnon, comme s'il le redécouvrait à nouveau. Il laissa ses ongles l'effleurer, puis inclina la tête pour venir déposer de légers baisers dans son cou. Tom soupira de bien-être et passa ses propres mains sous le haut du kiné. Il se releva et le retira avant d'inverser leurs positions. Bill se retrouva assis sur la table, et il écarta légèrement les jambes pour laisser le corps du blond venir se fondre contre le sien. Le contact de leurs peaux l'électrisait toujours, et il sentit un frisson le parcourir de la tête aux pieds. La bouche de son amant retraçait avec adoration sa mâchoire, puis son cou, avant de descendre sur son torse où il s'amusa à passer sa langue. Bill s'allongea un peu plus, reposant sur ses coudes, et laissa sa tête partir vers l'arrière alors que Tom descendait toujours plus bas. Il sentait son corps, son ventre, et chacun de ses membres se recouvrir de chair de poule.
 
Les mains chaudes du professeur tirèrent son jean et remontèrent le long de ses jambes, constatant avec amusement qu'elles étaient aussi réactives à ses caresses que le reste du corps de Bill. Ce dernier respirait fort, et sentait le désir grimper à toute vitesse, comme à chaque fois. Il n'en avait jamais assez. Il vit Tom se redresser et défaire sa propre ceinture en le fixant dans les yeux et en se léchant les lèvres. Il laissa son pantalon tomber au sol, et poussa légèrement le brun pour qu'il puisse grimper lui aussi sur la table. Il recouvrit le corps de Bill du sien, et passa ses doigts le long de ses côtes.

- Que dirais-tu d'inverser les rôles... C'est toi le patient... Et moi je m'occupe de ton cas...

Il se suréleva un peu en posant un coude à côté du visage de Bill, et passa sa main gauche sur le ventre de l'androgyne qui gémissait déjà.
- Et si j'avais eu d'autres rendez-vous ? Demanda-t-il entre deux halètements.
La main de Tom descendit plus bas, avant de passer très lentement sur le boxer déformé du brun qui étouffa un cri en se mordant les lèvres.
- J'aurai fait ça plus vite... Mais puisqu'on a le temps...

Il se releva et se plaça à côté de la table de massage. Il fit pivoter Bill pour que ce dernier se retrouve assis, les jambes dans le vide, face à lui. Il reprit ses baisers sur le torse du kiné, et passa ses mains le long de ses fines cuisses. Il vint tirer sur le sous-vêtement gênant qui se retrouva bien vite au sol. Il se mit lentement à genoux, et vint embrasser l'intérieur des cuisses, puis de plus en plus haut, avant d'atteindre l'objet de ses convoitises. Il n'hésita pas longtemps à prendre le sexe de Bill en bouche, et l'aspira profondément, sentant la main du brun se crisper dans ses dreads et distinguant nettement sa voix monter dans les aigües. Il remonta en creusant ses joues, et joua de sa langue une fois arrivé en haut, la faisant glisser dans la fente humide. Il adorait sentir le corps de Bill trembler comme ça, et se dire que c'était grâce à lui qu'il ressentait autant de plaisir. Il redescendit, plaçant ses doigts à la base pour accompagner le va-et-vient qu'il entama ensuite. Les petits gémissements de Bill se transformèrent bientôt en cris plus bruyants, et Tom jugea bon de s'arrêter. Il remonta, toujours en boxer, pour venir se coller à l'androgyne.

- Enlève-le,
 entendit-il contre son oreille alors qu'il passait ses mains sur les fesses de son petit-ami. Dépêche...
- Quelqu'un est pressé ?
 Demanda-t-il, néanmoins en s'exécutant et en se retrouvant aussi nu que son partenaire.
Les bras de Bill s'enroulèrent autour de son cou, et ses jambes autour sa taille. Il l'attira pour coller leurs bassins ensemble, et Tom ne put retenir un juron. Il aspira la peau de son cou et sentit Bill rouler des hanches.
- Haannnn putain...
Ses doigts se crispèrent dans le dos du brun et il tenta de ne pas jouir immédiatement. 
- Allonge-toi,
 ordonna-t-il à Bill en se détachant difficilement de lui.
Le kiné s'exécuta et Tom s'empressa devenir se placer au-dessus de lui. Il avait attrapé entre-temps la lotion de massage et s'en enduisait déjà les doigts et le sexe. Il releva d'une main le bassin de son conjoint qui plaça une jambe contre sa hanche.
- Je vais te la mettre... Je vais te faire hurler, Bill...
- Oui... Vite...

Tom ne se le fit pas dire deux fois et pénétra d'un doigt, puis de deux l'intimité de Bill qui, il fallait l'avouer, commençait à être habitué à ce traitement. Il bougea de lui-même, totalement détendu et excité au plus haut point. 
- Ok,
 dit finalement Tom après quelques va-et-vient. Je pense que... Ouais, tu es prêt... Mets tes jambes...

Il les releva de lui-même pour les placer sur ses épaules, et la tête de Bill partit en arrière alors qu'il le pénétrait lentement. Il s'enfonça jusqu'à la garde, et se retira, tirant de longs gémissements au dominé. Il réédita le mouvement plusieurs fois, avant de donner un coup de bassin puissant qui frappa la prostate de Bill et lui arracha un véritable hurlement.

- Encore, supplia-t-il en descendant ses jambes des épaules de Tom et les plaquant contre ses côtes, de façon à pouvoir poser ses pieds sur ses fesses et le pousser en lui. 
- Hey,
 protesta le dreadé en opposant une résistance. Tu te sers de moi comme d'un vulgaire objet sexuel...

Bill sourit et hocha positivement la tête en appuyant plus fort. Tom céda et s'enfonça au creux du brun. Il agrippa une touffe de ses cheveux ébène et tira dessus alors qu'il entamait de puissants allers-retours. Les mains de Bill griffaient la peau de son dos, et il coupa leurs gémissements en l'embrassant profondément. Il sentait cette chaleur dans son ventre, signe qu'il allait bientôt venir, mais pas seulement. Il n'avait jamais eu ce genre de sensations - avec Luka, c'était bien, mais pas aussi intense, pas au point d'en faire trembler ses bras et se serrer son c½ur.
 
Avant d'atteindre l'orgasme, il plongea sa langue dans la bouche de Bill, et saisit son sexe pour le caresser à la même fréquence que ses coups de bassins. Il le sentit jouir quelques secondes avant que lui-même n'atteigne le summum du plaisir. Leurs corps transpirant se collèrent ensemble, et ils prirent le temps de se remettre, lovés l'un contre l'autre dans une chaleur étouffante mais pas désagréable. La tête de Tom reposait sur le torse de l'androgyne qui lui caressait les cheveux, et le bras du blond pendait dans le vide. Bill fit courir ses doigts le long de celui-ci et toucha quelque chose de dur. Il tourna la tête et vit la gourmette.

- Ma mère avait raison,
 entendit-il Tom murmurer.
- A propos de quoi ?
Le dreadé se redressa pour plonger ses yeux dans ceux du brun.
- Le c½ur est un truc compliqué...
La main du brun vint caresser sa joue avec douceur.
- Personne ne te le reprochera, le rassura-t-il. Aimer quelqu'un... C'est aussi devenir vulnérable.
Tom eut un sourire mélancolique. Il posa doucement ses lèvres sur celles de Bill.
- Je te promets de ne pas te rendre trop vulnérable, dit-il avec attention.
- Et moi de te faire oublier tout ça, et de te montrer que l'amour ça peut être vraiment bien, et pas qu'au début...
Ils restèrent à simplement se regarder un long moment, puis se rhabillèrent pour rentrer ensemble dans ce qu'ils pourraient maintenant appeler « chez eux », des promesses plein la tête, des projets, un avenir, et une certitude : celle d'avoir pris le bon chemin.
 

« Le c½ur a ses raisons, que la raison ne connaît point; on le sait en mille choses. »
« Qu'une vie est heureuse quand elle commence par l'amour et qu'elle finit par l'ambition. »

Blaise Pascal


Fin

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Comments :

  • fillietroz-patricia

    12/06/2016

    Super j'ai adoré

  • fillietroz-patricia

    20/05/2015

    Je crois que Tom a eux du courage de venir voir un kiné je pense que c'était aussi un appel aux secours à sa façon il voulait peu être que bill se rendent compte des choses et l'aide.
    Pas mal j'ai adoré

  • B-illy

    02/02/2015

    Je crois que je me lasserais jamais de lire cet OS !
    Il est déjà super bien écrit, on ressent comme si on la vivait la douleur de Tom à la fois physique et morale quand il finit par porter plainte contre Luka, Bill en mode sauveur c'est toujours le pied, et là encore plus quand on voit de quel enfer il sort Tom !
    J'ai vraiment passé un super moment à relire cette fiction en tout cas :)

  • Robine-Granger

    23/11/2014

    j'ai adoré ^^

  • meilleursennemisth

    16/08/2012

    Ouaw!!!! Franchement merci pur cette magnifique histoire. J'ai vriament adoré. Je suis contente qu'ils ai trouvé une solution pour aider Tom a s'en sortir. La violence conjugale c'est vraiment dur. C'est difficile d'en sortir seul et surtout de s'en remettre. Tom a eu de la chance de tomber sur Billou. Je leur souhaite le meilleur maintenant hihihihihi, il est temps que Tom retrouve goût a la vie avec quelqu'un qui le rendra heureux.

    Küss
    Morenit@

  • Amuna28-fic

    29/07/2011

    *_* Ouah, c'était super mégas génial ( oui je parle bien français ^_^ )
    J'ai mis plus d'une heure à le lire. o_o mais sa en valait la peine.
    Y'a tellement de choses a dire que je ne sais pas par où commencer.
    Luka n'est vraiment pas sympa , faire subir tous ça à Tom.... Le pauvre mais heureusement que Bill, son Kinésithérapeute était là pour l'aidé.
    Finalement pour cet OS tout est bien et finis bien . Tom est heureux avec Bill mais lui aussi.
    Il va pouvoir vivre une vrai histoire d'amour sans coups ni insultes.
    Cet OS c'est l'un de mes préférée. :D

  • lovelessXY

    14/05/2011

    je verrais plus blaise pascal de lameme facon maintenant ^^

  • HurricaneTK

    20/02/2011

    J'adore j'adore j'adore !

  • chaos87th

    26/12/2010

    Vraiment plus que génial cet OS.
    Je n'ai pas de mot spécifique pour la décrire.
    Je l'ai vraiment adoré.

  • mE-in-my-drEam-z

    12/08/2010

    J'aime beaucoup =) encore un fois, bravo.

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