Be Again - Chapitre 6


Chapitre 6
 
Ça faisait maintenant au moins une demi-heure qu'il tournait en rond dans sa chambre, un portable à la main. C'était celui de Georg, enfin, un de ceux qui servaient pour le boulot. Et il était dans sa main, là, à portée, prêt à être utilisé. Sauf que Tom n'était pas certain d'avoir envie de l'utiliser. Il retournait les choses dans sa tête depuis maintenant trente et une minutes et une poignée de seconde, sans savoir comment aborder le sujet, ni comment aborder la conversation en fait. Il s'assit sur son lit et resta à regarder l'appareil. Finalement, et bien conscient que tout cela ne le mènerait nulle part, il composa le numéro de chez lui, les doigts légèrement tremblants et glissants. Il mit encore de longues minutes à appuyer sur la touche verte, et quand se fut fait, il eut un blanc, avant de coller rapidement le portable à son oreille alors que les « bip » retentissaient, comme un compte à rebours. 

Bill était assis en tailleur sur le lit de son père, un crayon dans la bouche, et l'esprit envahit par cet horrible devoir maison de maths. Il entendit une sonnerie lointaine, puis une autre, avant de réaliser que le fixe de la maison sonnait. Il se leva d'un bond, se demandant qui pouvait bien appeler, il avait pourtant déjà dit à Andréas qu'il ne pouvait pas sortir ce weekend (même s'il avait un peu menti, en réalité il n'avait pas envie de le voir, il était un peu chiant ces derniers jours, surtout depuis sa fête de la semaine passée). Il décrocha distraitement le combiné.

- Allo ? 


Il mâchonnait le bouchon de son stylo et cogitait encore à son problème. 

- Euh... Bill ?


La voix était basse et grave. Le brun fronça les sourcils.

- C'est moi. 

- C'est... C'est papa. 


Le c½ur de Tom battait à tout rompre, et il avait presque peur que ça s'entende. Il y eut un long silence, et il dû vérifier que la conversation n'était coupé.

- Pourquoi tu appelles ?


Le ton de son fils n'avait rien d'aimable, et il semblait presque sur le point de pleurer. Au moins, il ne lui avait pas raccroché au nez, pensa de dreadé en se grattant la nuque. Il reprit un ton aussi grave qu'il le pouvait, et répondit :

- Je voulais avoir de tes nouvelles, et comme tu ne réponds pas à mes mails...

- On se demande pourquoi hein.

Aïe. Tom encaissa sans rien dire.

- Je suis désolé. Je ne voulais vraiment pas partir comme ça...

- Alors pourquoi tu l'as fait putain ?!


Sa voix déraillait complètement, et le blond eu vraiment peur de le faire éclater en sanglots. Il essaya de rester calme, mais surtout, de calmer Bill.

- J'ai été obligé, mais crois-moi, si j'avais pu faire autrement... Comment ça va, toi ? Tu t'en sors tout seul ?

Un silence accueillit sa question, puis il entendit un soupire.

- Ça va, je me débrouille. 

- Tu manges bien ? 

- Je te dis que ça va, papa. 

- Je m'inquiète, c'est tout. Tu...


Il ferma les yeux et pris une longue inspiration. 

- Tu me manques, Bill. 


Le c½ur de l'androgyne cogna si fort contre sa poitrine qu'il s'étonna de ne pas le voir en sortir. Il resserra ses doigts autour du téléphone.

- Tu rentres quand ?

Tom tira nerveusement une de ses dreads.

- Le plus tôt possible, je n'en sais encore rien... Les choses avancent tellement lentement... 

- Je vois. 

- Je te jure que j'aimerai que ça se passe autrement. Mais les choses vont changer, à mon retour. J'ai envie qu'on passe plus de temps ensemble.

La surprise déforma le visage de l'adolescent, et il crut un instant avoir imaginé les paroles de son père.

- Tu... Tu veux quoi ?

- Qu'on sorte, qu'on passe des soirées devant la télé ensemble... Tu sais, des trucs normaux. Ce voyage m'a laissé le temps de réfléchir, tu vois, et je... J'en ai assez d'être loin de toi, que je sois au Mexique ou à la maison. 

Bill ne savait pas quoi dire, que pouvait-il dire ? Il attendait ça depuis tellement longtemps...

- On pourrait faire ça, ouais, 
annonça-t-il d'un ton qui se voulait détaché. 

- Bien... En attendant, essaye de rester sage, pas de bêtises s'il te plait...

C'était plus fort que lui, mais Tom n'avait pas pu s'en empêcher, il en avait vu et appris trop depuis quelques temps pour ne pas mettre son fils en garde et limiter au maximum les dégâts. 

- Je suis toujours sage.


Le dreadé roula des yeux mais esquissa un sourire.

- C'est ça. Aller, je vais devoir te laisser.

- D'accord... Euh, papa ?

- Oui Bill ?

- Rappelle-moi encore, je veux dire, avant de revenir. S'il te plait.

Sa voix était suppliante. Tom se mordilla nerveusement la lèvre, et aspira son piercing dans sa bouche. 

- Papa ?

- Oui... Écoute, Bill, ça va être compliqué, je...

- Laisse tomber. Bye. 


Et l'adolescent raccrocha sans laisser à son père le temps de rebondir. Ce dernier eut un instant de blanc en entendant les tonalités annonçant la coupure de la communication, puis recomposa immédiatement celui de chez lui. Il n'eut pas à attendre longtemps. 

- Quoi ?


La voix du brun était à la fois froide et tremblante, et Tom savait qu'il avait peut-être pleuré.

- Je te le promets. Je te rappellerai. 

Après tout, il trouverait le moyen de s'arranger. Si ça pouvait redonner un peu d'espoir à Bill...

- C'est vrai ?

- Si je te le dis. Alors, à plus tard, ok ?

- Ok. Merci, papa... 


Et ils raccrochèrent, avec la même expression de soulagement et même de joie peinte sur le visage. Bill remonta dans la chambre de Tom en se demandant pourquoi quelque chose lui semblait trop... Étrange. Et surtout pourquoi il avait trouvé la voix de son père aussi peu reconnaissable, mais en même temps familière. Il secoua la tête et conclu que la mauvaise liaison vers le Mexique ainsi que les devoirs maison de maths le rendaient un peu taré. Pourtant, il ignorait à quel point il était proche de la vérité. Une vérité assez inenvisageable... 

***

Le lundi arriva rapidement, et Tom décida que la chose qu'il regrettait le plus de sa vie d'adulte était les horaires de son boulot, plutôt laxistes. D'un autre côté, il avait un poste suffisamment important pour se permettre de ne pas être au bureau dès 8h le matin. Ce qui n'était pas le cas d'un jeune adolescent de dix-sept ans. Il grogna encore plus en se souvenant qu'il avait un TP de deux heures ce matin-là. Il se prépara, maudissant Georg qu'il entendait ronfler dans la chambre adjacente à la sienne, avant de le bénir en constatant qu'il lui avait préparé son petit déjeuner la veille, et que tout était sur la table. Il engloutit plusieurs pâtisseries et attrapa son sac de cours pour filer vers la voiture et se diriger vers le lycée. Le chemin lui était familier à présent. Il alluma la radio et fut un peu surpris en entendant la présentatrice annoncer la date du jour. Ça faisait exactement quatre mois aujourd'hui qu'il avait changé radicalement de vie. Il fut pris d'une certaine nostalgie, vite chassée par la vue de l'enceinte grise de l'établissement scolaire. S'il n'accélérait pas un peu, il allait être à la bourre.

Après une rapide discussion avec Gabriel sur leurs weekends respectifs, les deux garçons s'installèrent à leur table de TP, blouses revêtues et lunettes sur le nez, la totale quoi. Commencèrent alors de longues minutes d'explications, de préparation. Mais le cours fut bientôt perturbé par quelques élèves dispersés. Tom se retourna pour constater qu'il s'agissait de son fils et de ses acolytes. Ils étaient en train de se vider leurs pulvérisateurs les uns sur les autres, aspergeant la salle d'eau distillée. Ils avaient également mis leurs lunettes à l'envers, et avaient l'air de parfaits imbéciles. Le dreadé poussa un soupir désespéré. La prof vira au rouge.

- Kaulitz ! 
Hurla-t-elle, interrompant les adolescents dans leurs jeux enfantins. Devant, à côté de Braün, et TOUT DE SUITE !

Et avant que Tom ait pu protester, Bill prenait la place du pauvre Gabriel qui fut envoyé au fond avec les idiots, sous le regard meurtrier d'Andréas qui tentait visiblement de liquider Tom avec ses yeux. Ce dernier grogna alors que l'androgyne affichait un sourire satisfait.

- Salut Tomas, 
glissa-t-il suavement. Ton weekend a été agréable ?

- Euh... Ouais. Et le tien ?

La question était intéressé, bien entendu. Et le blond fut ravi de voir un sourire radieux éclairer le visage de son fils.

- Génial. Mon père m'a appelé. 

- Oh, vraiment ?


Bill hocha vivement la tête, et glissa une mèche de ses cheveux derrière son oreille. Tom suivit le geste d'un air absent. Il sursauta presque lorsque la voix du brun retentit. 

- J'y croyais pas, et pourtant. Et il m'a promis de le refaire. 

- Tant mieux,
 souffla Tom en essayant de comprendre ce que la prof essayait de leur expliquer. 

Non pas qu'il en ait quelque chose à faire, après tout, il connaissait pas mal de ces choses, mais le TP nécessitait qu'ils préparent un mélange, et ça n'était pas franchement sa tasse de thé. Sauf que Bill ne semblait pas cet avis. 

- J'ai beaucoup pensé à toi aussi...

Tom sentit la chaleur se répandre sur ses joues et baissa la tête pour que les dreads dissimulent son visage.

- Ah... Ah oui ? Et pourquoi ?

- Et bien... J'ai pensé que...

Une main aux longs ongles noirs se faufila sous la table et vint caresser la cuisse de Tom qui sursauta violemment et envoya par terre son livre.

- Un problème, monsieur Braün ?
 Interrogea l'enseignante. 

- Euh, non, non tout va bien, je... Désolé. 

Il soupira en ramassant son manuel et se rassit, néanmoins assez loin de Bill.

- Je te fais peur ou quoi ?

La voix du brun semblait légèrement peinée. Le dreadé secoua la tête.

- Bill, je...

- C'est à cause de l'autre soir, pas vrai ? Tu as eu pitié de moi ?

- Quoi ? Non, Bill...

- Oh ouais, je vois, c'est ça, 
trancha le brun en croisant les bras. 

Tom versa délicatement quelques gouttes d'un produit verdâtre qui ne lui inspirait aucune confiance.

- Arrête de dire n'importe quoi et aide-moi, 
annonça-t-il en posant l'éprouvette délicatement sur un support. 

- Va te faire foutre. 

Le blond haussa les sourcils et tourna lentement son visage vers celui du plus jeune.

- Pardon ?

- J'ai dit : va te faire foutre. 

- Oh j'ai bien entendu. Mais d'où tu te permets de me parler comme ça ?

- Je te parlerai comme je voudrai tant que tu auras pitié de moi. Je déteste ça. 

- Mais je n'ai pitié de personne ! 

C'était en partie faux, Tom avait bien pitié de quelqu'un, sauf ce n'était pas de Bill, mais de lui-même.

- Tu m'énerve,
 annonça Bill en faisant la moue. Et en plus tu es nul. Il faut mettre trois goutes de ça.

Et il joignit les gestes à ses paroles, versant un liquide transparent dans la mixture. Il y eut un instant sans réaction, puis le mélange commença à faire des bulles.

- Euh... Bill ? Qu'est-ce que tu as...

Il n'eut pas le loisir de terminer que Bill le tirait par la manche pour le faire de baisser. Il y eut une petite détonation, puis les deux se relevèrent lentement pour constater que leur préparation avait éclaté sur leurs affaires ainsi que sur le sol et sur quelques murs. Leur prof avait la bouche grande ouverte et les fixait d'un air choqué. Puis elle sembla recouvrer ses esprits et se mit à crier. Ils furent virés de cours et envoyé chez le proviseur qui se contenta de leur faire la morale et de les coller une heure le samedi matin suivant. Ils ressortirent, avancèrent en silence jusqu'à un banc, s'y assirent et échangèrent un regard, avant d'éclater de rire. 

- Bon Dieu, Bill, t'es vraiment trop con !

- Tu peux parler, 
répliqua le brun en s'essuyant les yeux. Je crois qu'un TP n'aura jamais été aussi cool ! 

Ils restèrent à rire et à discuter sur le banc jusqu'à ce que la sonnerie retentisse et que leurs camarades de classe arrivent vers eux en les gratifiants de félicitations et de tapes dans le dos. Gabriel s'amusa à raconter comment la prof avait été complètement déstabilisé et incapable de terminer correctement son TP. Bill et lui échangèrent même quelques phrases pour se moquer de la pauvre enseignante, ce qui amusa Tom, sachant qu'ils ne se parlaient pas vraiment en temps normal. Il pensa avec une pointe de tristesse que Gabriel avait sûrement dû être réellement amoureux de Bill, mais que ce dernier l'avait vraiment fait souffrir. Il sentit soudain une main sur son épaule qui le tira à l'écart du groupe, et fut plaqué contre un mur. Il se trouva face à un Andréas visiblement fou de rage. 

- Je t'avais dit de ne pas l'approcher, 
cracha-t-il avant d'envoyer son poing droit dans la mâchoire du dreadé qui l'entendit craquer sous le choc et fut projeté sur le côté. Son cul est à moi !

Il se releva lentement et se passa une main sur la lèvre pour constater qu'elle saignait. Il envoya un regard noir au blond platine avant de se ruer sur lui. Il lui fonça dans le ventre, le plaquant au sol, avant de le frapper au visage. 

- Ne parle pas de lui comme ça ! Sale porc ! 

Il se releva et lui envoya un coup de pied dans les côtes. Il entendit des voix dans son dos et sentit qu'on l'attrapait par les bras pour l'immobiliser. Mais il n'avait pas l'intention de réattaquer. Sa respiration était rapide, et il sentait la colère faire bouillonner son sang, mais il était assez âgé et responsable pour ne pas se ruer de nouveau sur un homme déjà bien amoché et à terre. Gabriel lui parla doucement pour tenter de le calmer alors que Bill aidait Andréas à se relever. Mais au lieu de le serrer dans ses bras et l'aider à aller à l'infirmerie, le brun le fixa longuement, les yeux brouillés de larmes. 

- Comment tu peux dire ça ? Andy, je croyais qu'on... On est amis putain !

Et avant que le blond ait pu répondre, il lui envoya une gifle et lui tourna le dos pour attraper le bras de Tom.

- Vient, on va nettoyer ta lèvre. 


Le dreadé n'eut pas le loisir de protester qu'il fut entrainé jusqu'aux toilettes. Bill referma la porte derrière eux et le poussa contre un lavabo. Il ouvrit le robinet et mouilla une serviette en papier avant de l'appliquer doucement sur la plaie saignante. Tom grimaça un peu, mais ne dit rien, trop envouté par les gestes doux et lents de son fils. Il pressait doucement le papier contre sa lèvre, épongeant le liquide écarlate qui s'en échappait. 

- Je suis désolé pour ça. Andréas et un idiot. Il est d'une jalousie maladive et insupportable. Il n'a toujours pas compris qu'il n'y aurait jamais rien entre lui et moi. 


Une réflexion assez méchante traversa l'esprit du dreadé qui voulut lui balancer que ce garçon ne se ferait sûrement pas d'illusions s'ils se comportaient comme deux simples amis au lieu de baiser à tout bout de champ. Mais il préféra ne rien dire. Il laissa les doigts délicats lui penser sa blessure. Une fois fait, Bill resta un moment collé à lui, les yeux brillants. 

- Tu as mal ?

- Ça va. Et toi ?

Bill haussa les épaules. 

- Il ne m'a pas frappé. 

- Mais il t'a blessé, n'est-ce pas ?


Le brun eut un petit sourire et caressa doucement la joue du dreadé. 

- Ça va aller, ce n'est ni le premier, ni le dernier. Je ne suis pas en sucre. 

Ils échangèrent un long regard, puis sortirent de la pièce pour aller en cours. Le reste de la journée se déroula tranquillement, malgré les yeux d'Andréas qui ne quittaient ni Tom, ni Bill. Il semblait vraiment malheureux, et Tom se pris à ressentir de la compassion pour lui. Après tout, il n'avait été que la victime de ses sentiments, sentiments que son fils ne partagerait jamais. Mais pour cette dernière partie, le dreadé était plutôt soulagé. L'idée même que Bill puisse aimer ce mec lui donnait envie de vomir, et il goûta une nouvelle fois aux saveurs de la jalousie. 

La dernière heure arriva, et tout se déroula normalement (c'était de l'anglais, et Tom était presque bilingue grâce à ses multiples voyages en pays anglophones) jusqu'à ce qu'une alarme stridente retentisse dans tout l'établissement. Les élèves adressèrent un même regard paniqué à la prof qui semblait ne pas comprendre.

- Il n'y avait pas d'exercice prévu pour aujourd'hui... Gabriel, tu veux bien ouvrir la porte s'il te plait ?


L'interpellé s'exécuta et fut forcé de reculer, poussé à l'intérieur par un sapeur-pompier.

- Vous devez rester enfermés ici,
 leur ordonna-t-il sans plus d'explications et en refermant la porte d'où s'échappait de la fumée. 

Les élèves commencèrent à parler forts, certains paniquant légèrement. Le professeur d'anglais tenta de les calmer, mais elle ne semblait pas elle-même rassurée. Tom vint se placer près de Bill, qu'il devinait tendu. Son fils avait une peur bleue du feu, depuis qu'il était tout petit, et sûrement à cause de la fois où Tom avait failli mettre le feu à leur appartement en laissant une casserole sans surveillance sur le gaz. Les flammes n'avaient pas été très importantes et il avait rapidement maîtrisé le feu avec l'extincteur, mais depuis, Bill était effrayé à l'idée d'un incendie. Et il ne s'était pas trompé, le brun avait perdu ses couleurs et tremblait légèrement. Il se plaça à sa droite, et lui envoya un regard rassurant.

- Ne t'inquiètes pas, c'est sûrement pas grand-chose. 

Il n'obtint aucune réponse, mais la main de Bill vint se glisser dans la sienne et il la serra de toutes ses forces. Tom lui rendit le geste et emmêla leurs doigts. Ils attendirent ainsi pendant environ vingt minutes, tentant de discuter et de plaisanter pour détendre l'atmosphère. Puis, un groupe de sapeurs-pompiers ouvrit finalement la porte en s'excusant.

- C'était une simulation, 
expliqua l'un d'eux, et nous sommes désolés si vous avez eu peur, mais vous avez été choisis comme classe témoin pour rester enfermé durant quelques minutes. Vous pouvez quitter l'établissement. 

Bill retira sa main de celle de Tom et sembla soudain très intéressé par le jeune pompier. La jalousie se ralluma immédiatement dans le c½ur du blond, et il serra les poings alors que le brun se léchait la lèvre inférieure en envoyant un clin d'½il au soldat du feu qu'il vit nettement rougir. Il ravala ses insultes et préféra sortir précipitamment de la salle, sans oublier de bousculer le pompier au passage. Il en voulait à Bill, oui, mais pire, il s'en voulait horriblement de ressentir ces choses interdites. 

[...]

Tom sortit de la salle en s'étirant et en baillant largement. Il se sentait courbaturé de partout. Ces deux longues heures de colle avaient été très pénible, mais il était bien content d'être enfin en weekend. Il jeta un coup d'½il à Bill qui étirait également ses membres douloureux et ils échangèrent un sourire. 

- Horrible hein ?
 Lança le brun.

Tom se mit à rire et se massa la nuque.

- Pire que ça. Nous donner tout le TP à rédiger, c'était vraiment... De la torture. 

- Tu aimes ça autant que moi alors !

- Il faut croire... En même temps, il faut vraiment être dérangé pour aimer ça... 

Ils s'assirent sur les marches de la sortie et poussèrent un même soupire.

- Enfin, heureusement, on a enfin un peu de répit,
 annonça Tom en levant la tête vers le ciel dégagé.

- Oui... Qu'est-ce que tu vas faire, cette aprèm ?

- Sûrement glander dans le jardin, vu la chaleur... 

- Ça sent les vacances... 


Il y eut un silence, puis Bill demanda, hésitant :

- Tu ne veux pas plutôt venir chez moi ? J'avais invité deux ou trois personnes à venir se baigner, j'ai une piscine creusée, ça pourrait être sympa... 


Le dreadé fut légèrement surpris de l'invitation, mais avant même s'avoir réfléchit, il acceptait avec entrain. 

- Du moment que tu n'as pas invité Andréas... Je tiens à ma vie ! 

Bill esquissa un sourire amusé. 

- J'ai pris quelques distances avec lui, ne t'en fais pas. J'attends ses excuses. Alors, on dit 14h chez moi ? Tu te souviens de la route ?

- Oui oui, ça me va. 


Ils se quittèrent et Tom regagna la villa de Georg, le sourire aux lèvres. Il mangea rapidement, et courut chercher un maillot de bain qu'il enfila, une serviette, ainsi que ses lunettes de soleil. Il revêtit un short et un teeshirt avant de gribouiller une note à l'attention de Georg, qui travaillait ce samedi toute la journée. Puis il fut chez Bill en moins de temps qu'il ne faut pour le dire, d'ailleurs un peu trop, puisqu'il était en avance. Il décida que ce n'était pas important et s'engagea dans l'allée pour frapper à la porte. Elle ne tarda pas à s'ouvrir sur un Bill... En short de bain, torse nu, lunettes de soleil remontées sur la tête, et le visage au naturel. Tom bloqua.

- Tom ! T'es le premier, entre !

Il secoua la tête et se dépêcha d'entrer, encore troublé par cette vision de son fils. Il posa nonchalamment sa serviette sur une chaise de la cuisine et en tira une pour s'asseoir. Bill vint s'installer à côté de lui, et lui offrit son plus beau sourire. Nouveau blocage de la part du plus âgé. 

- Tu veux quelque chose à boire ? Il fait vraiment chaud...

Tom ne put qu'hocher vaguement la tête et suivre les mouvements du brun qui se baissa pour attraper des cannettes de bière dans le bas du frigo. Il observa les fins muscles de son dos bouger, et son torse lorsqu'il se retourna pour poser les boissons sur la table. Il sursauta presque lorsqu'il lui en tendit une. Il l'ouvrit en silence et avala une grande gorgée, appréciant la fraicheur. 

- Bon sang, ça fait du bien,
 déclara-t-il finalement. 

- M'en parle pas. Piscine ?

Un sourire étira la bouche du dreadé et il acquiesça vivement. Il adorait cette piscine, et l'eau fraiche lui ferait le plus grand bien. Il ôta son short et son haut sous le regard insistant de Bill - et tenta d'ignorer les frissons que ces yeux lui procuraient - puis se dirigea vers l'extérieur. Il resta un instant à contempler l'eau, le soleil chauffant sur sa peau. Il entendit un rire dans son dos et n'eut pas le temps de s'éloigner qu'il se sentait poussé dans la piscine, suivit de son agresseur. Ils remontèrent à la surface en riant et en s'éclaboussant. Ils s'épuisèrent rapidement, se coulant à tour de rôle comme deux vrais gosses. Tom sentit un trop plein d'émotion l'envahir, la joie, la sérénité, l'amour... 

Ils rirent beaucoup, surtout quand Bill remarqua que son père ressemblait à une véritable méduse une fois ses dreads imbibées d'eau. Il tenta de s'éloigner alors que Tom joua l'indignation et vint lui grimper sur le dos pour le couler. Ils eurent de nombreux contacts physiques, et à chaque fois, ils en étaient l'un comme l'autre assez troublé sans pour autant le montrer. 

Finalement, et après avoir compris que les autres ne viendraient jamais (Bill s'insurgea et traita ses amis de lâcheurs, alors qu'au final, il était plus qu'heureux de la tournure des choses), ils sortirent pour une petite séance de bronzage sur les chaises longues. Ils commencèrent à parler sans vraiment s'en rendre compte, et les heures filèrent à une vitesse incroyable. 

- Je pense que je vais devoir y aller,
 annonça Tom alors que le soleil déclinait doucement, laissant place à une douce fraicheur qui allégeait l'air. 

- Oh... 

Le ton de Bill semblait vraiment déçu, et le c½ur du blond se serra alors qu'il pensait qu'il allait le laisser seul dans cette maison, leur maison, au lieu d'être à ses côtés, comme il l'aurait dû. 

- Tu... Tu veux rester manger ?
 Proposa soudain l'androgyne. 

Tom réfléchit un moment. Il avait prévenu Georg de l'endroit où il se trouvait, mais à vrai dire, ce qui l'inquiétait était plus cette aisance, et surtout cette attirance envers son fils qui ne le quittait plus depuis le début de l'après-midi. C'était risqué de passer plus de temps avec Bill. Mais l'envie fut la plus forte, et il sourit au brun. 

- D'accord. 


Deux yeux pétillants le fixèrent avec satisfaction, et il sut qu'il avait fait le bon choix (ou le mauvais, cela dépendait du point de vue). Ils s'installèrent sur la terrasse, sur la table de jardin. Bill alluma quelques bougies, et ils restèrent en maillot de bain, l'air étant toujours incroyablement chaud. La nuit les enveloppa lentement, mais ils oubliaient tout lorsqu'ils se lançaient dans d'interminables discussions, parfois sur des sujets très sérieux, comme ce qu'ils pensaient de la vie, de la mort, et Tom découvrit une incroyable maturité complètement insoupçonnée chez Bill. Il oublia qu'il était son fils, que cette adolescent incroyablement seul était la chair de sa chair, son sang, et découvrit un garçon qu'il avait appris à écouter, à aimer. Un garçon qui souffrait de ne pas se sentir exister, qui pensait ne compter pour personne, n'être qu'un objet même. Il tenta de lui prouver que non, se lança dans quelques monologues sur la condition humaine, essayant tout de même de ne pas trop parler d'expérience (après tout, il avait dix-sept ans...). 

Le repas terminé, ils parlèrent encore, et encore. Puis, alors qu'un silence confortable s'était emparé d'eux, Bill lui envoya un léger coup de pied dans la cheville.

- J'ai chaud,
 dit-il avec un sourire en coin. Je pense que l'eau est à une température idéale, à cette heure-ci...

Tom haussa un sourcil, mais ne se le fit pas dire deux fois avant de se précipiter une deuxième fois dans la piscine, rapidement rejoins par Bill. Le jour avait totalement disparu, et la seule lumière les éclairant était celle des néons du bassin. Ils restèrent d'abord chacun d'un côté opposé de la piscine, nageant sans se lâcher du regard. Malgré le danger que Tom sentait partout, prêt à le frapper, il décida de l'ignorer, et se rapprocha doucement du brun qui s'était stoppé dans un angle, le regard posé sur le ciel parsemé d'étoiles. 

- C'est tellement beau,
 murmura Bill alors que le dreadé se stoppait à côté de lui. Tu ne trouves pas, Tomas ?

- Tu rivalises bien...


Il réalisa à peine ce qu'il venait de dire et ce que ça impliquait, se perdant complètement dans les yeux brillants que l'androgyne venait de plonger dans les siens.

- Tu le penses vraiment ? 

- Oui... 


Il vit la main pâle de son fils venir se poser délicatement sur sa joue, puis le sentit se rapprocher. Il le laissa s'enrouler à lui, passer ses bras autour de son cou et ses jambes autour de sa taille, sans jamais rompre leur contact visuel. Puis il bougea légèrement, Bill dans les bras, de façon à le coincer dos à la bordure. Leurs souffles se faisaient rapides, et un dernier éclair de lucidité traversa l'esprit de Tom. Il se crispa légèrement, mais oublia tous ses doutes alors que le brun déposait doucement sa bouche sur sa joue.

- Merci de prendre soin de moi...
 Lui chuchota-t-il au creux de l'oreille et en resserrant son corps contre le sien. Merci d'être là...

Le c½ur de Tom éclata, et il tourna légèrement son visage pour se faire rencontrer leurs lèvres. Le baiser fut d'abord en surface, et ils s'écartèrent, les yeux fermés. Puis, sans avoir eu le temps de réaliser, ils se retrouvèrent à s'embrasser plus profondément. Leurs langues furent bientôt l'une contre l'autre, à se caresser sensuellement. Une des mains de Tom tenait le bord alors que l'autre glissait le long du dos de Bill. Ce dernier s'agrippait à lui et inclinait la tête pour obtenir encore plus de contact. Ils ne cessaient de se séparer, se regarder, puis recommencer à s'embrasser. Et, malgré l'horrible sentiment de culpabilité et la sensation atroce d'être un monstre incestueux, Tom ne parvint pas à s'arrêter, envoûté, déconnecté. La lune apparût de derrière un nuage et éclaira une scène qu'elle seule pourrait observer, une scène marquant le début d'une relation interdite, mais aussi d'une période de sérieux ennuis pour un certain dreadé perdu dans ses baisers.

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Comments :

  • chaos87th

    01/02/2011

    Moi je dirais même un certain dreadé qui va redevenir adulte et quand Bill le remarquera, ça risque de chauffer.
    Je vais m'empresser de lire la suite tellement j'adore.

  • zyngao

    11/06/2010

    trop bien mais la Tom risque d'avoir des soucis quand il va revenir en etant grand enfin moi j'en sais encore rien lol a+

  • Lass-mich-vergessen

    03/06/2010

    Ca y est, on y est.
    Le jeu prend une tournure à la fois attendue et à la fois désastreuse.
    Il n'y a plus que deux choix pour Bill à partir de ce moment : perdre le garçon qu'il adore ou son père avec qui il renoue doucement des liens.
    Il ne pourra avoir les deux : Tomas ou Tom devra disparaître.
    Le père ou l'amant...

  • L--e--b

    22/12/2009

    J'aime l'image <3.

    Eh ben...quand il va redevenir lui meme j'me demande bien ce qu'il va raconter a Bill =/...Ou alors Bill s'en doute un p'tit peu mais ni fait pas attention ^^ !

  • Giffolies

    28/11/2009

    Han je savait que des ennuis allait arriver Tom c'est un problème
    GROS comme sa dans lequel tu t'embarque

  • ConfeSsiOn-Of-Tom

    12/11/2009

    serieux tu eris superbement bien !

  • ConfeSsiOn-Of-Tom

    12/11/2009

    OH j'aiime beaucoup

  • Marie

    28/07/2009

    J'adore trop.
    Mais la suite commence à me manquer...
    Je me réjouis vraiment de lire ta suite..
    J'espère à bientôt

  • Lilyy

    27/07/2009

    tu met quant la suiteeeu ?

  • netissi

    25/07/2009

    Je suis vraiment SM .. . . commencer cette fic alors qu'elle n'est pas fini XD

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