Be Again - Chapitre 7


Chapitre 7
 
Un long soupir désespéré retentit dans la pièce, et un corps se laissa lourdement retomber dans le canapé. A force de tourner en rond, il se donnait le tournis à lui-même. Il prit sa tête alourdie par les dreads entre ses mains et soupira à nouveau. Il n'avait presque pas dormi de la nuit, les événements de la veille étant bien trop présents dans son esprit. Après leur baiser, il s'était presque enfuit de chez lui, prétextant l'heure tardive. Il venait de s'enterrer vivant, il en était certain. Comment avait-il pu se laisser aller à ce point ? Comment avait-il osé ? Tous ses principes, sa morale, tout avait été balayé en une seule soirée. Il tira un peu plus fort sur ses cheveux. Et maintenant ? Il embrassait Bill, et puis ? Il sortait avec ? Une partie de lui s'enflamma à cette pensée, mais l'autre le rappela à l'ordre. Non et puis quoi encore, c'était son fils, merde ! Il se gratta anxieusement la nuque, et son esprit fonctionna à toute vitesse. Que faisait-il habituellement quand quelque chose d'aussi compliqué s'imposait à lui ? Il se stoppa dans son geste. Georg, bien entendu. Mais ledit Georg serait-il prêt à accepter quelque chose d'aussi grave, sans juger ? Après tout, c'était quelque chose d'énorme, d'absolument improbable et immoral. Tom hésitait. Son être était déchiré en deux. L'envie, le besoin puissant d'être épaulé contre une peur atroce de perdre une des seules personnes qu'il aimait sur Terre. L'enjeu était de taille... Le dreadé préféra se remettre à marcher de long en large. Son cerveau semblait se jeter contre les parois de son crâne tellement il avait mal à la tête. La fatigue tirait ses muscles, ses yeux étaient cernés, mais dormir ? C'était impossible, pas dans un tel état de stress, de questionnement. Tom grogna et partit vers la cuisine pour se servir son cinquième café de la journée (et il n'était que 11h). Un bruit dans son dos le fit sursauter, et il faillit renverser sa boisson. Il se retrouva face à l'un de ses sujets de réflexions, qui semblait avoir dormi comme un bébé, lui. Et Tom pouvait confirmer, à en croire les ronflements qu'il avait entendu... Georg s'étira et lui adressa un sourire radieux.

- Bonjour mini Tom. Bien pioncé ? Passé une bonne soirée ?

Le blond adressa un sourire crispé à son meilleur ami, et il cru même qu'il allait fondre en larme. Comment allait-il pouvoir lui en parler ? Georg sembla remarquer le malaise, puisqu'il se planta devant Tom et posa doucement ses mains sur ses épaules.

- T'as une sale mine, on dirait un mort ! Qu'est-ce qu'il t'arrive ? Un souci avec Bill ?

Ce fut la parole de trop, et le masque de Tom s'émietta, laissant place à un visage ravagé par la douleur et la culpabilité. Il se laissa tomber sur une chaise et une larme roula sur sa joue. Il n'avait pas pleuré depuis des années. Un sanglot mourut dans sa gorge, et il serra les poings. Son ami, quant à lui, fut pris de panique. Si Tom pleurait, alors c'était grave, peut-être pire. Il se posa face à lui et préféra attendre qu'il lui parle de lui-même. S'il avait su à quel point c'était difficile... 

- Il faut que je t'avoue un truc, Gé... Se lança finalement le dreadé après s'être légèrement calmé. C'est très dur à dire, c'est aussi quelque chose d'horrible pour moi, mais il faut que je t'en parle, je m'en sortirais jamais tout seul, je suis incapable de prendre une décision...

Georg hocha doucement la tête et resta impassible, attendant simplement que Tom se décide. Ce dernier respira profondément plusieurs fois, puis se passa une main sur le visage. 

- Je suis allez passer l'après-midi et la soirée chez moi, enfin, chez Bill, hier, avec lui. On devait être plusieurs à la base, mais voilà, on s'est retrouvé tous les deux... Tu sais, je suis tellement heureux d'avoir réussi à me rapprocher de lui, même s'il croit que je suis ce Tomas Braün, et pas son père. J'ai appris à le connaître, je veux dire, ce Bill m'était complètement inconnu. Au fond, j'ignore si j'ai un jour su qui était mon enfant jusqu'à aujourd'hui. Je n'ai pas voulu tout ça, c'est juste arrivé... Je crois que j'ai trop séparé l'adolescent de mon fils... Alors, hier, alors qu'on se baignait, j'ai... Il a... Putain !

Il abattit son poing sur la table avec rage et fit sursauter son ami, qui pourtant n'ouvrit pas la bouche. 

- On s'est embrassé. 

La phrase sembla tomber comme un immeuble sur leurs têtes. Le visage de Georg se décomposa légèrement, et il devint pâle. Tom n'osa pas relever les yeux, et son poing se serrait. Il attendait. C'était maintenant, et il savait ce qu'il arriverait si Georg prenait peur. Il se retrouverait vraiment seul, sans personne. 

- Et bien... Je... Tom, c'est... Un sacré truc... Merde...

Le blond releva la tête et croisa le regard perdu de son meilleur ami. Il s'en voulait tellement de lui imposer ça, de le coincer et l'obliger à faire un choix : le protéger en gardant le secret ou le fuir et peut-être même le dénoncer... D'un autre coté, qui aurait cru à cette histoire de deuxième jeunesse ?

- C'est vraiment... C'est mauvais, je pense, oui. Mais d'une certaine façon...

Georg sembla réfléchir et choisir minutieusement ses mots. 

- C'était assez prévisible. Je veux dire, c'est quand même logique qu'il soit tombé amoureux de toi, t'es sans arrêt avec lui, et comme tu te sens coupable, t'as essayé de payer une sorte de dette, tu me suis ?

Tom hocha la tête, complètement soufflé par le raisonnement que lui tenait son ami. En même temps, c'était Georg. 

- Donc, t'as tout fait pour être proche de lui, ce qui était certainement le but de ton... Rajeunissement. Et ce que tu as découvert de lui t'as plu. En conclusion... Tu n'es pas un monstre, Tom. Bill n'a jamais vraiment été ton fils. 

Cette vérité fit mal au blond, mais il ne put qu'être d'accord. Un certain soulagement s'imposa à lui, il n'était pas rejeté, il avait à présent ce soutient dont il avait besoin. Il se massa l'arête du nez en laissant ses muscles se détendre.

- Qu'est-ce que je fais, maintenant ? Interrogea-t-il. 

- Euh... Je ne pensais vraiment pas que je te dirai un truc pareil un jour, mais, écoute, sors avec lui.

Les yeux de Tom s'agrandirent et il chercha une once de plaisanterie dans le regard de Georg, mais rien. Celui-ci hocha la tête et reprit :

- Bah oui, sois logique un peu. Tu penses vraiment qu'après avoir perdu son père, il sera capable de supporter de perdre la personne qu'il aime ? Il a besoin de toi, en tant que père mais aussi en tant que... Et bien, petit ami, visiblement. 

- Mais c'est malsain ! Je suis son père, et il l'ignore, alors que moi je fais ça en toute conscience ! Comment je pourrai lui cacher ça ?

- Tom,
 essaya de le calmer son patron. Ça fait déjà quatre mois que tu lui mens. Il pense se rapprocher de Tomas Braün, pas de toi, même si tu restes une seule et même personne, il ne le sait pas. Alors au lieu de le décevoir encore une fois, offre-lui un peu de l'amour qu'il réclame depuis trop longtemps, celui que tu ne peux pas lui offrir en tant que Tom Kaulitz. 

Il avait été cru, il le savait, mais Tom devait réagir avant de détruire l'adolescent. Et ce, malgré le malaise qui habitait Georg alors qu'il savait parfaitement qu'il était en train de cautionner un amour incestueux et interdit par la loi. Il observa son ami se recroqueviller sur sa chaise et se prendre la tête entre les mains, l'air réellement torturé. Il hésita, puis se mit debout et attira Tom dans ses bras. Il savait qu'il en avait besoin. Il sentit les mains du dreadé s'agripper à son teeshirt. 

- Pardon, lui murmura-t-il, pardon de te confier ça, d'être un poids pour toi en habitant ici, et de t'imposer ça, c'est horrible, mais j'y peux rien Gé, je l'ai pas voulu, je te le jure...

- Chuut, lui intima le châtain en traçant de large cercles avec sa main dans son dos, ça va aller, je sais Tom, je sais bien... Je ne te reproche rien... Je veux que tu sois heureux, d'accord ? Rien d'autre. Peu importe qui tu aimes, comment tu l'aimes, du moment que tu vas bien... Et que Bill est heureux lui aussi. C'est tout ce que je veux. 

- Moi aussi... Je l'ai trop fait souffrir... Peut-être que c'est mieux si Tom ne revient jamais... 

Georg fronça les sourcils et écarta son ami de lui. 

- Ne dis pas n'importe quoi. Tout ça est provisoire, tu redeviendras Tom, et il faudra tout lui avouer. 

Le blond secoua la tête.

- T'en sais rien, même moi je n'ai aucune idée de si je redeviendrai moi un jour... Je préfère qu'il me croit mort et qu'il lui reste Tomas, c'est certainement la meilleure chose qui...

- Arrête. Il a besoin de son père. Il est tombé amoureux de son père, ok ? Même si tout ça s'est passé sans qu'il le sache, ça s'est passé, il faudra l'accepter. Accepte-le, toi, et après, il le devra aussi. 

Tom ne répondit pas, complètement amorphe. Ses mains tremblaient légèrement, et il se rendit compte qu'il les serrait tellement fort qu'elles étaient parcourues de fourmillements. 

- Je vais... Faire un tour, annonça-t-il finalement. 

- Pour aller où ?

- Peu importe, il faut que je me change les idées. 

- Tom, tu es crevé, tu ferais mieux de...

- Je n'arriverai pas à dormir. J'ai besoin de... Réfléchir, tranquillement. 


Georg s'écarta pour le laisser passer, conscient qu'il ne servirait à rien de chercher à l'en empêcher. Il le vit attraper ses clefs de voiture, une pomme, et sortir de la maison. Il soupira. Ça risquait d'être compliqué. Il décida de se plonger dans quelques dossiers pour ne pas y penser, mais n'oublia pas de prendre son portable, au cas où. 

Tom roula un peu hasard, puis il se dirigea vers un endroit particulier, sans vraiment s'en rendre compte. Il se retrouva au bord du lac où Bill l'avait emmené ce fameux soir après les cours où ils avaient commencé à se rapprocher. Il sortit de sa voiture et s'installa sur la même table de pique-nique, les yeux perdus sur le lac qui brillait sous les rayons du soleil. La fatigue l'écrasait, mais il savait que même allongé dans un lit, ses pensées lui empêcherait tout repos. Alors, assis sur ce morceau de bois en face d'un magnifique paysage, il pensa. Il revit la naissance de Bill, les années d'absence, les quelques moments qu'il avait passé avec lui, les larmes qu'il avait faites couler, les déceptions qu'il n'avait cessé de lui infliger... Il revit son incroyable réveil, transformé, rajeunis, il revit Bill sous ce nouveau regard, il revit leurs longues conversations, leur soirée chez eux, leur baiser... Il frissonna, et secoua la tête. Les paroles de Georg résonnèrent à ses oreilles. Au fond, il avait raison. S'il avait ne serait-ce qu'une chance de rendre son fils heureux, alors il le ferait, même si tout allait à l'encontre de ses principes. Et puis, c'était évident, et il fallait se l'avouer à présent : il était tombé amoureux. Il se demandait comment il avait pu vivre tout ce temps avec une personne aussi magnifique sans jamais l'avoir remarqué. Mais la réponse s'imposa facilement à lui : il avait voulu l'oublier, et il avait travaillé sans relâche, pensant que leur seule richesse suffirait à combler Bill. Comme il avait pu être stupide... 

Ce n'est que lorsque l'air se rafraichi un peu, que sa pomme fut avalée et que le soleil déclina qu'il se décida à rentrer. Georg lui avait préparé un dîner, et il l'accueillit avec une forte étreinte, comme ils en avaient rarement partagées. C'est réellement un ami, un vrai, pensa Tom en mangeant avec appétit. Il se sentit déjà mieux, et son patron lui proposa de s'installer devant la télé avec un bon café bien chaud. Il accepta avec plaisir, et il se retrouva affalé devant une émission débile à laquelle il ne suivait rien, occupé à parler calmement avec Georg. Ses idées lui semblaient plus claires, et il avait besoin de savoir ce que pensais sincèrement le châtain. Il sembla que celui-ci avait pas mal cogité au sujet pendant l'après-midi, et qu'il commençait à s'y habituer. Tom finit par s'endormir, la tasse vide dans les mains, la tête sur le coté. Georg eut un sourire attendrit et lui retira le récipient avant de le prendre dans ses bras et le monter dans sa chambre. Il n'avait pas fait ça depuis leur dernière cuite, qui datait d'un moment tout de même. 

Le matin suivant, lundi, Georg n'eut pas le c½ur de réveiller Tom et appela le lycée pour signaler son absence pour la journée. Le dreadeux avait bien besoin de repos après tout ce travail sur lui-même. Il dormait profondément, rattrapant au passage sa nuit blanche du weekend. Après lui avoir laissé de quoi manger et un mot précisant l'interdiction formelle de quitter la maison, le châtain partit travailler. 

Néanmoins, ce à quoi il n'avait pas pensé, c'était Bill. Celui-ci était arrivé au lycée avec beaucoup d'appréhension et une certaine angoisse. En effet, samedi soir, alors que les choses semblaient se dérouler à merveille entre eux, Tom l'avait soudainement planté. Et depuis, aucune nouvelle. Bill redoutait que le blond s'en veuille, ou pire, qu'il regrette leur baiser. Il n'avait cessé d'y penser, et ce matin il était bien décidé à en discuter sérieusement avec lui. Sauf qu'il n'était pas là. Au départ, l'androgyne avait soupçonné un retard, n'importe quoi, mais il s'était rendu à l'évidence quand midi avait sonné et que Tom n'était toujours pas arrivé. Il ne viendrait pas. Ses craintes avaient été renforcées, et il avait commencé à s'imaginer les pires choses. Tom ne voulait plus le voir, il pensait qu'il l'utilisait, comme les autres. Sauf qu'il ignorait que Bill avait développé de réels sentiments envers lui, et qu'il ne supporterait pas d'avoir eu de l'espoir pour être au final déçu. Il ne jouait pas, pas cette fois. 

Il prit son courage à deux mains après manger et alla voir Gabriel. 

- Salut, l'interpella-t-il.

Le blondinet fut assez intrigué que Bill vienne le voir, même si leur relation s'était considérablement améliorée depuis que Tom était apparu. A cette pensée, Gabriel tilta C'était sûrement pour ça que son ex venait lui adresser la parole.

- Tu sais où est Tomas ?

Bingo, ça n'avait pas loupé. Le blond haussa les épaules en secouant la tête.

- Il ne s'est pas pointé ce matin, et les profs n'ont pas eu l'air de s'en inquiéter, alors je suppose que son absence a été signalée... Mais j'en sais pas plus que toi. Désolé.

Bill le remercia et retourna près de ses amis, préoccupé comme rarement. Il ne fit même pas attention à Andréas qui vint discrètement s'intégrer au petit groupe, alors qu'il se tenait à l'écart depuis l'incident du TP. Il était simplement obsédé par l'idée que Tom ne soit pas là, qu'il puisse peut-être avoir loupé les cours à cause de lui. La fin de la journée arriva, et il n'avait toujours aucunes nouvelles, ni SMS, ni aucun autre signe de vie. Il rentra chez lui le c½ur encore plus lourd que ces quatre derniers mois. La grande maison vide lui fit encore plus mal, et il n'eut pas le c½ur de manger. Il prit une douche, avala un verre d'eau et après avoir fait rapidement ses devoirs, il partit se coucher. 

La journée de Tom n'avait pas été meilleure. Il s'était réveillé à 15h30 presque aussi fatigué que lorsqu'il s'était couché, avait mangé rapidement, et lu la note que Georg lui avait laissé. Il avait un peu râlé, mais n'avait même pas pensé à désobéir. Il était resté en boxer et en teeshirt toute la journée, à tourner dans toutes les pièces de la villa en se posant toutes les questions possibles et inimaginables. Finalement, après un long bain et une heure de soin consacrée à ses dreads, il s'était posé en tailleur sur son lit et avait pris sa décision. Le lendemain, il ferait ce qui lui apparaissait comme la meilleure chose à faire. Il s'était couché après avoir reprogrammé son réveil, et s'était endormit presque aussitôt. 

***

Mardi. C'est l'estomac noué que Bill arriva en cours. Il salua rapidement ses amis, et jeta un regard à l'immense parking avant de pénétrer dans l'enceinte, découragé. Tom ne semblait toujours pas là. Il pensa avec effroi que peut-être il avait décidé d'aller retrouver sa mère et de quitter la ville. Il divaguait complètement. A tel point qu'il ne remarqua pas les yeux de ses acolytes se tourner vers un élève déterminé qui s'avançait vers leur petit groupe. Mais la voix douce le rappela à la réalité. 

- Bill ?

Il releva les yeux vers celui qu'il commençait croire ne plus jamais revoir et son souffle se coupa. Tomas était vraiment un jeune homme magnifique. Il cligna plusieurs fois des yeux sans rien dire, sans savoir comment réagir. Que voulait le dreadeux ? Qu'attendait-il de lui, d'eux ? Y-avait-il seulement un « eux » possible ? Mais, alors qu'il se posait toutes ses questions, il remarqua le sourire sur le visage du blond. Son c½ur se gonfla à nouveau d'espoir. 

- Salut, articula-t-il finalement, tentant également de sourire. 

Ils se fixèrent ainsi pendant un temps qui leur parut très long, oubliant tous les regards braqués sur eux, en attente de quelque chose. Puis, lentement, la main de Tom vint se glisser dans celle de Bill, et il l'attira à lui pour déposer ses lèvres sur les siennes. 

- Salut, souffla-t-il en se décollant de son fils. 

Les joues de Bill s'étaient enflammées, et il se demandait s'il ne rêvait pas. Alors Tom acceptait, tout simplement ? Ils étaient ensemble, comme un couple ? Ce terme qui pourtant lui était avant insupportable sonna comme doux et agréable à ses oreilles. Il resserra ses doigts autour de ceux de son père. Dans son coin, Andréas les toisaient d'un mauvais ½il, mais aussi avec une pointe de tristesse. Cette fois, il ne ferait rien. Il avait failli perdre définitivement Bill une fois, il ne referait pas la même connerie. Même si ça signifiait souffrir en silence. Les discussions reprirent peu à peu, malgré la curiosité palpable des amis du brun, ainsi que de tous les élèves qui les croisaient main dans la main. Gabriel se joignit à la petite bande en glissant un discret clin d'½il à son ami dreadé. Ce dernier se prit à penser qu'il avait, pour la première fois de sa vie, pris la bonne décision. 

Les jours s'envolèrent bien vite, deux semaines passèrent, et se fut le mois de juin. Bill et Tom étaient devenus le nouveau couple officiel et très convoité au sein du lycée. Plus personne ne s'étonnait de les voir s'isoler dans un coin de la cour pour se câliner, s'embrasser, à l'abri des regards. Ils semblaient s'enfermer dans un cocon de bonheur impossible à déchirer, et ça se lisait sur leurs visages. Bien entendu, il avait beaucoup été question du changement radical de l'androgyne. Bill, casé ? Les mauvaises langues avaient bien vite parié que le jeune Tomas ne ferait pas long feu, qu'il allait servir de distraction pendant quelques jours tout au plus, comme tous les autres. Et pourtant, ils s'étaient vite rendus à l'évidence. Jamais Bill n'avait porté un tel regard sur une autre personne, jamais il n'avait semblé aussi captivé et accroché. Ils semblaient ne pas supporter de rester loin l'un de l'autre. Et ça n'était pas qu'une impression. Ils s'appelaient chaque soir, pour parler de n'importe quoi, en découvrir toujours plus sur l'autre. Bill était même venu passer une après-midi chez Georg. Il avait fallu organiser les choses le plus minutieusement possible, cacher la voiture de Tom, ses effets personnels, tout ce qui aurait pu mettre la puce à l'oreille de Bill. Heureusement, tout s'était déroulé à merveille. Même si au départ Tom se réservait au maximum devant Georg, évitant de toucher Bill et de trop le coller (ce qu'il pouvait faire passer pour de la réserve aux yeux de son fils, après tout, Georg était censé être son père, c'était toujours délicat d'afficher son petit ami), il avait au final craqué et embrassé légèrement Bill devant son meilleur ami. Ce dernier en avait été un peu gêné au départ, mais s'y était très vite habitué. Et puis, ils faisaient tellement plaisir à voir, ils transpiraient l'amour et le besoin de tendresse, on ne pouvait que les trouver adorable, même en sachant ce que savait Georg. 

Il y eut aussi ce fameux soir, où ils avaient décidé d'aller au lac pour passer un moment ensemble. Ils n'avaient pas cours le lendemain, à cause d'une grève, ils avaient donc eu une excuse parfaite pour sortir. Ils s'étaient, sans se consulter, installé sur la fameuse table en bois, mais côte à côte cette fois, tous deux assis sur la table elle-même. Leurs doigts s'étaient mêlés, et ils étaient restés longtemps à se regarder, regarder le lac, puis s'embrasser à la lueur pâle de la lune. Tom s'était levé, face à l'eau calme, et avait sorti une cigarette de sa poche. Il n'aimait pas vraiment ça, mais ça le détendait, ces derniers temps. Bill s'était doucement avancé derrière lui, et l'avait enlacé, collant son torse à son dos. Il avait senti le blond se détendre contre lui, et reposer sa tête sur son épaule. Il lui avait embrassé le cou, mordillé un peu l'oreille, et murmuré :

- Qu'est-ce que tu vois, Tomas ?

Le plus âgé avait pris le temps de réfléchir, et avait répondu, tout en fixant l'horizon troublé par la fumé qui s'échappait de sa cigarette :

- Un avenir meilleur...

Ses mots s'étaient perdus dans le paysage, et il avait lentement pivoté pour se mettre face à son fils. Il avait plongé ses yeux dans les siens, et tant de choses étaient passé dans ce regard, trop peut-être même. Alors, pour éviter de se trahir (même s'il savait que c'était presque impossible que Bill devine quoi que ce soit), et parce qu'il en avait envie, il déposa un simple baiser sur la bouche de son brun. Il posa son front contre le sien, et souffla contre ses lèvres :

- Où je te protégerai de tout... 

Il sentit Bill sourire, et à nouveau venir l'embrasser avec cette incroyable douceur. Il passa ses bras sous la veste blanche de Tom et enserra sa taille de façon à bien se coller à lui, sa tête reposant contre son torse. Le dreadeux avait enroulé un bras autour des épaules du brun, et avait terminé sa cigarette en regardant les étoiles. Quiconque les aurait vu aurait pu affirmer qu'ils s'aimaient, qu'ils semblaient heureux et épanouis.

Mais personne ne savait ce qu'il en était réellement... 

Car si Bill nageait dans une torpeur agréable et ne se souciait plus de grand choses (excepté de son père, dont il avait reçu un autre coup de téléphone une semaine plus tôt, rapide mais rassurant), pour Tom, c'était une autre affaire. Il s'efforçait d'être au mieux près de Bill, de lui offrir tout ce qu'il méritait, tout ce qu'il voulait lui donner, mais chaque jour était un nouveau combat contre lui-même. Il en était arrivé à un tel point qu'il ne s'agissait plus d'une simple torture mentale, mais aussi de répercutions physiques. Il mangeait moins, se sentait nauséeux les trois quart du temps, dormait mal, et tenait difficilement ses journées. Dès qu'il quittait Bill, ou qu'il revenait des cours, il rentrait chez Georg, mangeait et discutait avec lui, avant de monter dans sa chambre. Et c'est là que son masque s'émiettait, et qu'il laissait toute la culpabilité l'écraser complètement. Il ne cessait de se comparer à un monstre, de se reprocher tout, et surtout, il était déchiré entre deux choix. Celui de continuer ainsi, mais c'était une solution qui le menait tout droit à sa propre destruction, il le savait, ou bien tout avouer à son fils. Mais cette solution n'était-elle pas encore pire ? Il l'aimait, il l'aimait à s'en brûler la peau, il le voulait, c'était indéniable. Mais il lui mentait, sans arrêt. C'était une relation malsaine, tellement mauvaise, tellement difficile à supporter. Chaque jour, le poids de son silence enfonçait un peu plus Tom dans son cauchemar éveillé. Georg avait bien tenté de lui parler, il le voyait tel qu'il était réellement, fatigué, rongé de l'intérieur par ses propres démons, mais son ami le repoussait, prétextant une baisse de forme passagère... Sauf que c'était bien pire que ça. Et plus le temps passait, plus Georg se rongeait les sangs. Et si tout ça se terminait très mal ? 

***

En se réveillant ce matin-là, Tom ignorait si c'étaient les cauchemars qui le hantaient depuis 3 semaines, le temps depuis lequel il sortait avec son fils, le fait qu'il avait vomis tout ce qu'il avait mangé la veille, ou encore qu'il avait eu une crise de tremblement tellement violente qu'il avait failli appeler Georg pour qu'il l'emmène à l'hôpital, mais quoi qu'il en soit, il savait qu'il était arrivé au bout de ce qu'il pouvait supporter. On était samedi, et il était 10h à peine, mais peu importait, il allait le faire, aujourd'hui, ce soir. Il devait rejoindre Bill pour passer la nuit là-bas, chez lui à vrai dire. Il s'assit dans son lit et entoura ses jambes de ses bras. Oui, il allait le faire. Il le fallait. 

Il descendit presque en somnambule dans la cuisine pour avaler quelque chose (bien qu'il n'en ai aucune envie, il ne voulait juste pas inquiéter Georg), puis se doucha, s'habilla mécaniquement. Il réfléchissait (encore une fois) aux mots qu'il allait employer, à chaque phrase qu'il allait formuler. Son c½ur semblait prêt à exploser, son sang pulsait à ses oreilles, ses mains étaient moites et tremblaient. Il tenta de penser à autre chose durant l'après-midi, il fallait qu'il se calme, impérativement. 

Il parla boulot avec Georg, s'informa des derniers événements, regarda la télé, bref, il fit tout pour qu'à 19h, il eut l'impression de ne pas avoir trop remué tout ça dans son cerveau. Mais dès qu'il eut dit au revoir à son meilleur ami, pris ses affaires et qu'il fut au volant de sa voiture pour venir se garer devant sa maison, son calme s'envola complètement, et tout lui sembla soudainement trop rapide autour de lui, comme s'il avançait au ralentit. Tout allait se jouer ce soir. Il ouvrit la portière doucement, et se retrouva trop vite à la porte d'entrée. Son doigt trembla alors qu'il appuyait sur la sonnette. 

Bill avait passé son après-midi à rêver de la soirée qu'il s'apprêtait à passer avec Tomas. Il avait tout prévu. Il avait fait les courses, le ménage, la cuisine, il s'était épilé, avait pris un bain, acheté des préservatifs, des huiles de massages... Oui, c'était sa soirée, leur soirée. Il le voulait, il avait bien sentit que son petit ami en avait autant envie que lui. Il avait dressé une superbe table, sortit un service que son père avait ramené du Japon, avec des décorations peintes à la main sur les manches des couverts et les bords des assiettes. Tout devait être parfait. Mais à 18h30, alors qu'il était prêt, habillé, maquillé, parfumé, et que la viande cuisait tranquillement dans la cuisine, il eut une révélation.

- Merde, les bougies !

Comment avait-il pu oublier ce détail pourtant si important ? Le seul problème avait été qu'il ignorait où pouvaient bien se trouver les bougies. Il avait remué tout l'étage supérieur, sans succès. Il revint en bas, et entreprit d'aller mettre son nez dans les commodes du salon. Il n'ouvrait jamais ces placards, il ne savait pas ce qu'ils contenaient, et à vrai dire, il s'en fichait pas mal. Pourtant, lorsqu'il tourna la petite clef des portes qui s'ouvrirent, sa curiosité s'éveilla. Qu'allait-il trouver là-dedans ? Il vit d'abord beaucoup de cartons, et en sortit un au hasard. Il contenait de gros classeurs, avec la date de naissance de son père. 

- Des albums photos !

Il n'en avait jamais vu, et n'avait jamais cherché à en voir. Mais maintenant qu'ils étaient entre ses mains, son intérêt était piqué, et il voulait les regarder. Il ouvrit le premier, qui concernait la petite enfance de Tom. Il feuilleta le classeur en souriant. Son père était vraiment un bébé magnifique. Il passa les années assez rapidement, mais étrangement, peu à peu, son sourire s'effaçait. Quelque chose dans tout ça le dérangeait profondément. Il entendit vaguement la sonnette retentir, et cria un « entre » sans quitter l'album des yeux. Il passa rapidement les pages pour arriver au moment qui l'intéressait. Les pas de Tom retentirent lointainement à ses oreilles, alors que tout son corps se pétrifiait. Il venait de tomber sur une photo prise à l'époque où son père était lycéen. Il la retira lentement du plastique, et la leva devant ses yeux écarquillé. Tom apparut dans l'encadrement de la porte. 

- Bill ? L'interpella le dreadeux, inquiet de l'expression étrange du jeune androgyne. 

- Oh mon Dieu ! Cria ce dernier en laissant tomber la photo à ses genoux. 

Tom et Tomas étaient une seule et même personne.

Son père. Son petit ami. Son père... 




Et voilà, chapitre qui a mit du temps à arriver, mais il est là ! Pardon encore pour l'attente, mais j'ai eu pas mal de soucis d'ordre familial qui ont bien ralentis les choses. J'espère ne pas vous décevoir. Merci à ceux qui passent par là et laissent leur avis, c'est grâce à vos mots que j'ai envie d'avancer.
Plus qu'un chapitre et un épilogue avant la fin =)

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Comments :

  • Amuna28-fic

    19/08/2011

    Aie Tom a était découvert. Faut vite que j'aille lire la suite ^_^

  • chaos87th

    01/02/2011

    C'est clair que ça doit lui faire un choc à Bill.
    Je sens qu'il va y avoir de l'orage dans l'air.

  • zyngao

    12/06/2010

    oh my god ben sa va donner je me demande bien ce qui peux ce passer a+

  • Lass-mich-vergessen

    05/06/2010

    Les remords de Tom ne sont pas étonnants... Qui supporterait une telle situation ?
    En dehors du fait qu'il sorte avec son propre fils, Tom doit surtout assumer chaque jour de mentir à l'homme qu'il aime. Et cela doit être tellement fatigant de devoir sans cesse inventer, faire attention à ne pas se vendre, cacher, comploter, ressasser, sourire, vivre, avoir l'air heureux, aimer, se rappeler, culpabiliser, vérifier...
    Cette vie doit être un enfer. Et normal qu'il craque.
    Je me demande depuis le début comment Bill allait apprendre ce qu'il s'était passé.
    Les révélations venant de Tom ou Tomas auraient semblées incrédubles.
    Même avec Georg pour les appuyer...
    Et j'arrive à la fin de ce chapitre comblée. Enfin, si je puis dire. Disons que cette manière d'apprendre la vérité me convient parfaitement puisqu'elle est réaliste.
    Et maintenant, on y est.

  • L--e--b

    22/12/2009

    WOW !!
    La découverte de l'anné quoi...xD !

    La torture moral que sa doit etre pour Tom...=S !!

    La vache c'est une sacré fiction quand meme lOl ^^

  • Giffolies

    28/11/2009

    Oula le choc pour Bill je sent que sa vas pas bien se passer

  • confession-of-tom

    12/11/2009

    ouah chapitre de fou

  • xQueenB

    01/09/2009

    Ahah j'adooore *-*

  • nirvana-angelTH83

    08/08/2009

    alors là Tom t'es dans la merde internationale!!!

    dsl pour toi
    et contente que tu es poster

    kissous

    la puce

  • just-you-and-me483

    03/08/2009

    Coucou (se fait toute petite)
    Désolée pour cette absence prolongée mais il se trouve que je suis partie en vacances durant un mois...et je viens de rentrer hier à peine...
    Donc me voilà ici, empressée de lire tout ce que j'avais manqué..et je vois qu'il s'en est passé des choses dans le monde de ces deux amoureux...Je dois dire que j'aurais préféré resté une semaine de plus en vacances pour revenir et avoir la fin...parce que là pour tenir du sadisme c'est exceptionnel....mon dieu j'ai hate de connaitre la suite...même si dans le fond je me doute un peu de ce qu'il pourrait se passer...on ne peut jamais être sûre...donc je crois que je vais me contenter d'attendre...comme je sais si bien le faire...
    En tout cas je ne suis pas déçue...ces suites étaient à la hauteurs de mes espérances et même plus....mais avec toi je ne craind même plus, j'attends simplement impatiemment comme jamais je n'ai pu attendre pour d'autres fics....
    Je dévore littéralement tout ce que tu écris...du pur chef d'oeuvre....dieu que ça fait du bien de te lire après tout ce temps *-*

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