Leave the Dark - Chapitre 4

2004

Il ne se souvenait plus de comment ça avait commencé. C'était arrivé, voilà tout. Et à présent, il ne souhait qu'une chose. Que cela cesse. Quitte à mourir, il fallait que cela cesse. Tom, âgé alors de quatorze ans, se tenait recroquevillé contre un mur, dans le salon familial. Ça faisait des heures, et il était à bout de force, à bout de souffle. Les larmes ne coulaient même plus sur ses joues, à quoi bon, elles ne servaient à rien, et il en avait déjà trop versé. Son corps tremblait, lui aussi épuisé, incapable d'encaisser encore un seul coup. Néanmoins, il savait qu'il n'en avait pas encore finit. Il n'en avait jamais assez. Le jeune Tom releva les yeux vers son bourreau. Il croisa le regard de ce monstre qu'était son père, hors de lui, prêt à le frapper à nouveau. Il murmura un faible « non », serrant plus fort ses bras autour de lui. Il était incapable de se défendre, il n'avait pas encore reçut l'éducation du gang, il venait tout juste de l'intégrer, ayant atteint l'âge requis. On ne lui avait pas apprit à se battre, mais après tout, qui aurait pu se douter qu'il aurait eu besoin de savoir frapper pour se protéger de son propre père ? Il attendit. Encore et encore. Mais rien ne venait. Il osa un autre coup d'½il vers le haut, espérant y voir un homme calmé et prêt à le laisser tranquille. A la place, il eut une vision qui fit se glacer le sang dans ses veines. Jörg Kaulitz venait de se saisir d'une bouteille en verre qu'il avait cassée sur le bord de la table, et s'avançait vers son fils d'un air menaçant, les yeux fous. Dans une dernière vaine tentative pour s'en sortir, Tom se releva d'un bond et chercha à partir en courant. Il sentit la main de son père se refermer sur le bas de son sweat, et une douleur, une douleur tellement atroce qu'elle lui coupa le souffle et l'écrasa à terre. Même le cri coincé dans sa gorge semblait peiner à sortir, tant la souffrance était insoutenable. Pourtant, il parvint à hurler, comme il ne l'avait jamais fait. Il devinait sans mal ce qui venait de lui arriver, et la sensation humide qui envahit son haut lui confirma ce qu'il redoutait. Le sang imbibait doucement le tissu alors qu'il se sentait tomber dans les vapes. Néanmoins, il fut maintenu à la surface par une voix qu'il aurait reconnue n'importe où.

- CONNARD ! QU'EST-CE QUE TU LUI AS FAIS PUTAIN ?!

Lukas venait de rentrer dans la pièce, et son c½ur s'était stoppé en apercevant la silhouette inerte de son petit frère, couverte de sang, allongée à terre sur le ventre. Pire encore, alors qu'il regagnait la maison, il avait entendu ce cri horrible. Il avait tellement prié pour s'être trompé, pour qu'il soit impossible que ce son d'agonie vienne de son foyer. Et pourtant. Son regard se voila, et il s'approcha de son père en le fixant dans les yeux. On pouvait y lire une colère démente. Sa voix, tellement calme, posée, glaciale, sonna comme une lame qui entaille la peau.

- Je vais te tuer.

Et ses gestes s'étaient mêlés à la parole. Contrairement à Tom, Lukas avait à cette époque dix-sept ans, et toute l'expérience nécessaire acquise grâce au gang pour mettre les plus grosses brutes à terre. Il frappa, encore et encore, même lorsque le sang tâcha les murs, même lorsque celui qui lui avait offert la vie - et quelle vie - le supplia d'arrêter, il frappa sans relâche, hurlant toujours plus fort « Tu ne lèveras plus jamais la main sur lui ! ».

Lorsqu'il l'eut mit hors d'état de nuire, il se précipita sur le corps de Tom qui perdit franchement conscience. Malheureusement pour lui, il se réveilla bien au moment où Lukas, avec du matériel trouvé à la va-vite et désinfecté comme il avait pu, lui recousait la peau du dos. Il aurait tellement voulu être encore évanoui pour ne pas sentir l'aiguille lui percer la chair, ni entendre les sanglots et les gémissements de douleurs poussés par son frère, horrifié par ce qu'il était en train de faire. Mais il resta éveillé, tout le long, sentant petit à petit la cicatrice qui ne le quitterait plus se dessiner. Il n'avait pas crié, non, il n'en avait pas été capable. Mais la souffrance qu'il avait ressentie en cet instant n'était pas humainement supportable, alors il s'était mordu le poing jusqu'au sang, laissant les larmes inonder l'oreiller sous sa tête. Il avait plusieurs fois perdu connaissance, mais toujours, la cruelle réalité l'avait forcé à se réveiller et à de nouveau ressentir la déchirure. Lukas avait finalement achevé de tout refermer (il ignorait encore où il en avait trouvé la force, suivant simplement ce que son instinct et de très bons cours de secours procuré par Fred lui dictaient de faire). Il avait abandonné son frère pour retourner au salon, et était revenu près de Tom un quart d'heure plus tard. Il avait attendu à son chevet, toute la nuit, toute la journée suivante, s'occupant sans relâche de lui, de pouvoir enfin lui parler. Il lui avait expliqué que leur père était grièvement blessé, et que leur mère était arrivé à la maison, complètement soûl, comme à son habitude. Elle avait vu le sang, et son mari, elle avait hurlé, et aidé Jörg à monter dans la voiture pour l'emmener à l'hôpital.

- Il t'a ouvert le dos, Tomi, avait annoncé Lukas, encore choqué par sa propre intervention. Il va falloir qu'on aille à l'hôpital, j'ai fais ce que j'ai pu pour tout stopper, mais j'ignore si... Si tu as quelque chose de plus grave.

Tom n'avait pu que faiblement accepter, et ils s'étaient retrouvés face à des médecins, qui avaient inspecté le travail de Lukas, fait passer à Tom des tas d'examens et fait tout leur possible pour que les séquelles soient les moins importantes possible. Heureusement pour le blond, rien de trop vital n'avait été touché ou endommagé, et il n'en garderait que cette horrible cicatrice.
Puis on leur avait demandé leur nom.

Cette nuit là, à l'hôpital, Tom apprit qu'il allait s'en sortir, qu'il avait été sauvé par l'intervention héroïque de son grand frère, et que ce dernier était à présent sa seule famille. Simone et Jörg Kaulitz avaient eut un accident de voiture, dû très certainement à l'état d'ébriété avancé de leur mère, et ils avaient tous deux succombés à leurs blessures.



Le regard de Tom restait obstinément fixé sur ses mains croisées. Il ne voulait pas relever les yeux et tomber dans ceux emplit de pitié et de dégoût de son ami. Alors il attendait. Andréas était figé, même dans ses suppositions les plus extravagantes, il n'avait jamais ne serait-ce qu'imaginé un tel scénario d'horreur. Il ne savait pas comment réagir face à ça. Finalement, il n'eut pas à le faire, car Tom le devança.

- Écoutes, c'est du passé ça, c'est terminé. Alors tu peux faire comme si tu n'avais jamais su, et on en reparlera plus. Tu as le droit de penser que c'est monstrueux, mais je comprendrais.

Le blond platine fronça les sourcils, quelque chose dans le ton employé par Tom n'était pas normal.

- Attends, intervint-il, l'air concentré. Tu penses que... Que je vous trouve monstrueux, toi et ton frère ?

- Ça me paraît normal,
éluda le dreadeux en haussant les épaules. Je veux dire, je viens quand même de t'annoncer qu'ils sont morts à cause de nous.

- Mais ton père te frappait Tom !
S'écria Andréas, choqué que son ami ait un tel point de vue sur sa propre histoire. Ta mère était une alcoolique, alors je suppose qu'elle aussi ne devait pas être toujours tendre... Je ne dis pas qu'ils méritaient de mourir, mais que Lukas t'ai défendu, c'est normal ! Après, c'est la faute à personne si elle a décidé de conduire complètement bourrée... Ce n'est pas ta faute, Tom.

Il avait peu à peu baissé la voix, et, en se rapprochant de Tom, avait posé une main rassurante sur son épaule.

- J'imagine que ça a dû être très dur de vivre avec ça. Mais ta conscience n'a pas à être dérangée, tu n'as rien fais de mal dans cette histoire, tu es une victime, pas un bourreau. Mets-toi ça dans le crâne, espèce d'idiot.

Les coins de la bouche de Tom s'étaient un peu relevés à l'entente du surnom qu'avait employé Andréas. Ce dernier sourit franchement, heureux de voir qu'il était bien comprit.

- Que je n'entende plus des conneries pareilles sortir de ta bouche, conclut-il en tapotant l'épaule de Tom avant de s'éloigner pour reprendre sa guitare. On continue ?

Le dreadeux acquiesça, et ils se replongèrent dans leur musique, heureux l'un comme l'autre. Le premier de s'être enfin confié à quelqu'un, le second d'avoir obtenu la confiance d'un ami précieux.

- Au fait, s'exclama soudain Andréas, délaissant la chanson qu'il jouait pour quelques instants, c'est quoi ces marques sur toi ? Tu me caches quoi au juste ?

Les joues de Tom se colorèrent soudain, et il marmonna quelque chose d'incompréhensible.

- Quoi ?

- C'est rien,
répéta-t-il plus fort. J'ai juste... Pris du bon temps.

- Oh, je vois. Pas de détails ?

- Pas de détails,
déclara Tom en riant. T'es trop curieux, sérieux.

- On ne me raconte jamais rien de toute façon,
se mit à bougonner Andréas, l'air boudeur, que ça soit toi, Gé ou Gus. Bande de faux-amis.

- Répètes ça pour voir ?


Tom s'était levé et s'était planté devant Andréas qui était assis sur son lit, l'air menaçant. Le blond platine eut un sourire en coin et articula :

- Faux-amis.

La bataille était déclarée, et Tom se jeta sur lui pour le chatouiller avec insistance, ignorant les supplications désespérées de son ami. Leurs éclats de rire envahirent la pièce, ruban coloré sur un fond bien trop noir. Ils savaient l'un comme l'autre que cet instant de détente était nécessaire après une telle discussion.

***

- C'est moi, annonça Tom en entrant chez lui.

Il était à peine 19h, mais il savait que son frère ne terminait pas tard le dimanche. Il était rentré à pied de chez Andréas, seul, mais il avait été si rapide qu'il n'avait vraiment pas eu le temps d'avoir peur ou de se faire attaquer. Il se débarrassa de sa veste, déposa sa guitare dans un coin, puis alla se servir un verre d'eau dans la cuisine. Il se massa un instant le crâne, ses dreads lui faisaient vraiment mal par moment. Il sursauta légèrement en entendant un bruit dans son dos.

- T'es encore rentré tout seul.

La voix de Lukas était teintée de reproche, et son regard était inquiet. Tom soupira et s'approcha de lui.

- J'ai fais très attention, et j'ai presque couru. Ne t'inquiètes pas Luke, j'ai pas l'intention de me faire avoir une deuxième fois. Ça va ?

Le plus âgé ne dit rien pendant un instant, avant de hocher la tête, résigné. Son petit frère pouvait être une véritable tête de mule, parfois. Et il avait de qui tenir, pensa-t-il en souriant.

- J'ai un truc pour toi, annonça-t-il à Tom.

- Ah ? C'est quoi ?

Lukas s'éclipsa de la cuisine avant d'y revenir avec deux objets dans les mains.

- J'ai pensé que c'était de rigueur, ça fait une petite entorse à notre budget, mais bon, on devrait s'en sortir, et puis je préfère, ça me rassure.

- T'as acheté des portables !


Il se saisit de celui que lui tendait le châtain et l'observa avec attention, un sourire aux lèvres.

- J'ai attendu que nos forfais soient activés avant de te le donner. C'est pas grand-chose, j'ai pas voulu faire dans le grand, mais c'est juste assez pour pouvoir se prévenir en cas de besoin.

- C'est une bonne idée. Merci.

- J'aimerai bien te parler, aussi,
annonça Lukas, l'air soudain un peu plus mal à l'aise. T'as rien de prévu ce soir ?

- Pas que je sache.

- Bien. On aura qu'à se faire à manger et s'installer dans le canapé.


Tom accepta, avant d'aller prendre une douche. Il n'était pas vraiment inquiété à propos de ce dont son frère devait lui parler, il savait que si ça avait réellement été grave, il lui en aurait parlé avant, mais ça lui travaillait tout de même les méninges. Il s'habilla d'un de ses plus larges teeshirts, un boxer, et détacha ses dreads. Il descendit pour rejoindre Lukas, prépara à manger en sa compagnie, et s'installa dans leur canapé. Il se sentait bien, détendu, reposé. Sûrement à cause des résidus de plaisir d'avoir joué de la musique qui coulaient encore dans ses veines, mais aussi du fait d'être là, avec la personne qu'il aimait le plus sur Terre.

- En fait, se lança Lukas, je voulais te parler de Bill.

Le dreadeux avala légèrement de travers, et sentit ses joues rougir furieusement. Il fixa le sol, ramenant ses jambes contre lui.

- Je n'ai pas l'intention de me mêler de ta vie privé, poursuivit rapidement son frère, conscient du malaise qu'il venait de provoquer. Mais Stef et moi on avait un peu parlé de lui, et il faut que tu saches que... Et bien, on ne sait rien de lui.

Tom planta son regard dans celui de Lukas, et fronça les sourcils.

- Comment ça, rien ?

- Apparemment, il a débarqué du jour au lendemain, et il a demandé à Stefan de l'accepter dans le gang. Il a fait ses preuves, bien sûr, et d'ailleurs, il les a tous bluffés, il est très doué pour se battre. Mais il n'a jamais donné d'explication à cette envie de les rejoindre, enfin, pas de réelle explication, il leur a juste indiqué que c'était une question de sécurité personnelle. Personne ne sait d'où il vient, s'il a de la famille...

- Il n'a pas de parents. C'est tout ce que je sais. J'ignorais qu'il était aussi mystérieux pour ses amis aussi...

Lukas pencha la tête sur le coté, l'air peiné.

- Je ne dis pas que ce n'est pas un type bien, ce serait stupide, il a déjà prouvé qu'il était digne de confiance, sinon jamais il ne serait là. Mais sois prudent quand même. J'ai pas envie de te ramasser à la petite cuillère.

- Je sais,
soupira le blond. T'en fais pas, j'ai la situation en main.

Son aîné ne sembla pas convaincu, mais il eut l'intelligence de ne pas pousser plus loin le débat, sentant simplement qu'il ne le devait pas. Tom n'était plus un enfant, et il était capable de prendre lui-même ses décisions. Et puis, il pourrait toujours garder un ½il discret sur ce Bill, sans forcément les suivre à la trace. La soirée s'acheva tranquillement, les deux frères parlant de tout et de rien, découvrant leur nouveau moyen de communication avec intérêt, envoyant des textos à leurs amis pour leur donner leurs numéros. Puis, juste avant d'aller dormir, Tom s'approcha timidement de Lukas, avant de le serrer dans ses bras. Un peu surpris au début, le châtain finit par entourer fortement sa taille, lui communiquant tout ce qu'il y avait à savoir par cette étreinte. Ils se sourirent, puis se couchèrent chacun de leur coté, prêts à commencer une nouvelle semaine le lendemain matin. Encore une.

***

Ce soir là, Tom était dans la salle de bain, l'air concentré sur le reflet que lui renvoyait le miroir. Il plaça ses mains sous ses yeux, et tira légèrement la peau bleutée. Les cernes, c'était vraiment moche. Il soupira, se disant que c'était bien normal, leur réserve d'héroïne était arrivée à terme, et ils s'étaient piqués il y a déjà deux jours. Le manque commençait à doucement se faire sentir, et même s'il restait pour l'instant supportable, le blond savait que cela ne durerait pas. Lukas allait devoir rendre visite à Javier, et vite. Il avait prévenu Tom qu'il irait sûrement le lendemain matin, avant le boulot. Le plus jeune soupira. Puis reporta son attention sur lui-même. Il tenta d'arranger un peu ses dreads, se brossa bien les dents, un peu de déo, un bandana, et c'était bon. Il sortit de la pièce et se dirigea vers sa chambre pour s'habiller. Un baggy, un teeshirt assez long pour couvrir le boxer qui dépassait franchement de son pantalon, puis il attrapa le petit bout de papier sur son lit, où son prénom était écrit en gros sur le dos. Il le déplia, et le relu.

« Salut gueule d'ange, je me disais que ça te ferai peut-être plaisir de venir visiter mon chez-moi ce soir, et d'y rester pour la nuit, alors je t'attends à cette adresse. »

Il avait eut ça ce matin, glissé sous la porte d'entrée. Lukas lui avait simplement donné, sans lire ce qu'il y avait à l'intérieur, bien qu'il en ait été très tenté. Mais Tom, comme il l'avait toujours fait, n'attendit pas qu'on lui pose de question pour répondre, et lui avait simplement indiqué que Bill lui proposait de passer la nuit chez lui. Son frère avait hoché la tête, que pouvait-il dire ? Et puis il n'avait rien contre le brun...

Tom acheva de se préparer, prévint Lukas de son départ, puis quitta la maison avec un sac contenant ses affaires, le stricte nécessaire. Il marcha d'un pas ni trop rapide, ni trop lent, prenant le temps de réfléchir à la soirée qu'il allait passer. Il ne savait pas vraiment ce qu'il pouvait en attendre, et décida de ne pas se poser de questions inutiles. Il ne tarda pas à trouver l'endroit que lui avait indiqué Bill, et entra dans le hall de l'immeuble. Il grimpa les deux étages, et arriva sur le palier. Il prit une profonde inspiration et sonna. Presque immédiatement, le brun vint lui ouvrir. Il était sublime. Il avait le don de mettre en valeur cette beauté naturelle qui semblait émaner de partout autour de lui. Il s'était légèrement maquillé, ses cheveux semblaient doux et retombaient bien lisses sur ses épaules, et ses habits, sombres, près du corps, lui saillaient parfaitement bien. Il était à tomber.

- Salut toi, l'accueillit-il en le tirant à l'intérieur de l'appartement.

- Euh... Salut, répondit piteusement le dreadeux.

Il toisa son hôte, incapable de réfléchir correctement.

- Tom, est-ce que ça va ? Finit par s'inquiéter Bill, voyant qu'il ne réagissait pas.

- Oh, euh, oui, ça va. Alors, c'est sympa ici !

- Si on veut,
répondit-il en riant. Mais c'est chez moi, et je m'y sens bien. Je te fais visiter ?

- Avec plaisir.


Il le suivit à travers les quelques pièces qui composaient l'endroit, s'émerveillant du goût avec lequel Bill le décorait. C'était bien différent de l'endroit où il vivait, mais ni lui ni Lukas n'auraient idée de dépenser leur argent en décoration. Il eut le plaisir de voir qu'il y avait également un balcon, ainsi qu'une échelle extérieure qui donnait directement accès au toit. L'androgyne proposa de passe à table, et ils s'installèrent dans la cuisine, se lançant dans de grandes discussions sur les goûts esthétiques de l'un et l'autre. Le temps s'étira avec douceur, comme à chaque fois qu'ils se trouvaient ensemble. Ils s'étaient créé une sorte de petit monde où les problèmes étaient mis de coté et où il ne restait que le plaisir, le calme, la détente. A la fin du repas, Bill lança un regard entendu à Tom, et après avoir fourré quelque chose dans la poche de sa veste, il se dirigea vers le balcon. Le blond ne put que le suivre, intrigué, attiré comme un aimant. Ils grimpèrent sur la toiture et s'installèrent sur les vieilles tuiles. Bill leur roula deux joins, et alluma le sien. Il coinça celui de Tom entre les lèvres du plus jeune et enflamma le bout à l'aide du sien. Puis, satisfait, il s'allongea, un bras derrière la tête. Tom releva les genoux contre son corps, et fuma en observant le ciel étoilé. C'était un moment parfait. Sans bruit, excepté leurs longues expirations, sans lumière extérieure qui aurait éventuellement gêné la vue, rien qui puisse nuire à l'instant.

- Dis m'en un peu plus sur toi, demanda finalement le blond, n'y tenant plus.

Il eut peur d'avoir tout gâché, mais à son grand étonnement, Bill soupira, avant de se mettre à parler, les yeux toujours fixés sur la lune.

- Mon père est mort avant ma naissance, ma mère pendant. Je suis arrivé au monde sans famille, et j'ai grandi un peu n'importe comment. On m'a placé dans des tas de familles d'accueil, mais à chaque fois je ne restais pas plus de quelques mois. Il m'est arrivé de...

Il fit une pause, le visage légèrement renfermé, et marqué par la souffrance. Tom n'insista pas, le laissant simplement se dévoiler de lui-même.

- On va dire que souvent, j'étais avec des gens sympas, mais en général, il y avait une ombre au tableau. Une fois, il y a eu leur fils, mon frère de substitution en fait, qui était très homophobe, et qui passait son temps à me frapper. Une autre fois... C'était mon père d'accueil. Il a... Il... Enfin, souvent, le soir, il venait, il faisait son affaire discrètement, et il repartait. Il m'a violé pendant presque un an avant que je ne réussisse à m'enfuir. Je n'ai pas de vrai souvenir heureux. J'avais pas d'amis, pas de famille, rien. J'ai pensé plusieurs fois à me foutre en l'air, mais j'en ai jamais eut le courage. Alors je me suis forgé un caractère, j'ai appris à me défendre... Quand j'ai eu 16 ans, j'ai atterri ici. J'étais à la rue, sans rien, et j'ai vraiment pensé que j'allais finir comme ça. Mais...

Cette fois, il sembla ne pas vouloir aller plus loin. Tom se rendait bien compte qu'il était en train de se confier complètement, sur des choses très difficiles, mais il voulait qu'il parle encore, il voulait savoir. Il se rapprocha doucement et posa sa main sur celle du brun. Ce dernier bougea légèrement et emmêla leurs doigts.

- Je me suis prostitué pendant plus d'un an, cracha-t-il finalement. J'ai vu des trucs inhumains, j'ai commencé à me droguer, bref, j'ai fais n'importe quoi. Mon mac a été dénoncé et tout a éclaté, nous libérant tous. J'ai décroché ce boulot de serveur, et depuis, je fais ça.

Il resserra sa prise sur la main du dreadeux et détourna enfin son regard du ciel.

- Tu vois, t'avais rien raté, c'est vraiment une vie de merde.

Tom eut un sourire triste.

- La mienne n'est pas beaucoup mieux.

- Peut-être, mais aujourd'hui, ça va plutôt bien non ? Tu as ton frère qui t'aime comme un malade, qui te protège, un clan, des amis, des gens prêts à tout donner pour toi...

- Toi aussi. Tu as Stefan, et les autres.


Bill hocha la tête.

- Oui, bien sûr. Mais ça n'a pas toujours été le cas. Et j'ai l'impression que les emmerdes ne sont pas prêtes de me lâcher...

Il avait murmuré la fin de sa phrase, mais elle n'échappa pas à Tom. Il se demanda de quoi il voulait parler, mais ne préféra pas insister. Après tout, il en savait déjà beaucoup. Il s'étira un peu et souffla, créant de la fumée dans l'air. Leurs mains étaient toujours enlacées, et la chaleur qu'il sentait se dégager de la peau de Bill le rendait presque fou. Il aimait cette peau. Il aimait cette proximité. Il était tellement perdu dans ses pensées qu'il mit un certain temps à réaliser que Bill le fixait intensément. Il lui renvoya un regard interrogateur, récoltant au passage un de ces sourires trop craquant dont le brun semblait détenir le secret.

- Je t'aime bien, Tom. Promets-moi de faire attention à toi.

Le dreadeux faillit dégringoler du toit tellement cette déclaration lui semblait soudaine et inattendue. A la place, il se plongea complètement dans les yeux chocolat, et répondit maladroitement :

- Euh... Ouais, d'accord.

Puis, reprenant un peu de confiance, il se pencha au dessus de Bill qui s'était rallongé, et lui souffla au visage :

- De toute façon, tu seras là pour venir me sauver.

Ils sourirent de la même façon, avant de reprendre un sérieux qui laissait imaginer beaucoup de choses. Sans un mot, la main du plus âgé qui ne tenait pas celle du blond vint se loger dans sa nuque. Il tira légèrement sur les petits cheveux qui n'étaient pas tressés en dreads, caressa la peau du cou, la griffa un peu, puis effectua une pression pour approcher le visage de Tom du sien. Leurs souffles se mélangeaient, et leurs nez, leurs fronts se touchaient. La langue de Bill vint doucement lécher les lèvres de son invité, et il s'amusa à les humidifier comme il aurait fait avec les siennes. Ses dents vinrent les tirer joueusement, rougissant la peau fine. Puis, il sentit le muscle humide de Tom s'approcher de sa propre bouche. Il lui autorisa l'accès et se mit à la sucer sensuellement. Il sentit le corps du dreadeux se coller un peu plus au sien, une de ses jambes se glisser entre les siennes, et une main se poser près de sa tête. Ils s'embrassèrent plus franchement, glissant leurs langues l'une contre l'autre, s'amusant à stopper l'échange pour se fixer intensément dans les yeux. C'était plus un flirt qu'une réelle victoire, ils se cherchaient sans cesse. Leurs mains se séparèrent, celle de Bill se glissa directement sous le teeshirt de Tom pour venir caresser son ventre, tandis que Tom prenait appuie sur son coude pour mieux se placer.

Le temps passa, mais ni l'un ni l'autre ne pensait à rompre l'échange. Ils s'embrassèrent, encore et encore, jusqu'à bout de souffle, jusqu'à en avoir des fourmis dans les jambes. Ce fut Tom qui se détacha de la bouche enivrante, haletant, et qui proposa de rentrer. La chair de poule recouvrait sa peau, surement à cause du froid, mais aussi des caresses que lui avait procurées Bill. Ils descendirent du toit, puis l'androgyne l'entraina dans sa chambre. Il passa rapidement dans la salle de bain pour se changer, mais quand il revint, Tom ne s'était toujours pas couché dans le grand lit deux places qu'ils partageraient. Il s'y installa, légèrement intrigué. Ses yeux s'illuminèrent lorsqu'il éteignit la lumière et que, après un temps d'adaptation et grâce à la lumière de la lune à travers la vitre, il puisse distinguer Tom en train de se déshabiller lentement, sensuellement. Il retira son large teeshirt, son baggy, son boxer, pour finalement se retrouver nu face à Bill.

- Bon Dieu, Tom, gémit ce dernier. T'as un corps tellement parfait...

Le dreadeux sentit une douce chaleur l'envelopper à ces mots, et, sans plus attendre, il enfila un short pour la nuit, et rejoignit Bill. Ils ne se touchèrent d'abord pas, restant allongé l'un face à l'autre, se dévorant des yeux. Puis les mains fines du brun vinrent toucher le visage du plus jeune, avec prudence, avec admiration. Elles parcourent les courbes de la mâchoire, le cou, s'amusant à toucher du bout du doigt la pomme d'Adam, puis descendirent sur le torse finement musclé. Il se rapprocha, collant leurs deux corps. Il ne portait lui-même qu'un boxer. Leurs jambes s'emmêlèrent, et les mains de Bill passèrent dans le dos de Tom. Il les glissa de haut en bas, avant de remarquer quelque chose.

- Qu'est-ce que tu as dans le dos ?

Tom ne répondit pas immédiatement, puis après un regard triste à Bill, il murmura :

- Moi aussi j'ai eu quelques problèmes avec ma famille. Mon père n'était pas très affectueux.

La discussion fut close, et la tête du dreadeux vint se loger dans le cou du brun. Leur étreinte se renferma, et ils s'endormirent ainsi, bercé par la respiration de l'autre.

Le lendemain, après un copieux petit déjeuner, Tom donna son numéro de portable à Bill, l'embrassa sur la joue, et quitta les lieux, comme un rêve qui s'évapore dès qu'on a ouvert les yeux.

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Comments :

  • Amuna28-fic

    19/08/2011

    Ouah, Tom a eu une enfance très difficile et Bill aussi.
    Ils sont trop mignon ensembles :D

  • chaos87th

    05/02/2011

    C'est clair que pour qu'ils se retrouvent comme ça, aucun n'a vécu de belles choses. Il suffit de voir ce que Bill et Tom ont subit pour le comprendre.
    Et même avant ça on peu le savoir.

  • zyngao

    13/06/2010

    vraiment trop mignon tout est dans la tendresse c'est trop kawai j'adore a+

  • ConfeSsiOn-Of-Tom

    21/02/2010

    J'aiime !!!

  • Unangexficxth

    21/02/2010

    Hello

    alors après ce chapitre j'ai une question qui me vient. Enfin non plusieurs.

    Bill est-il franc avec Tom?

    Bill est-il le chef du clan du nord?

  • L--e--b

    25/12/2009

    Trés beau moment quand Bill ce confie a Tom =) !

    J'vais lire la suite plus tard !!

    Bisoux.

  • Giffolies

    29/11/2009

    Ce petit moment avec Bill et Tom est tout adorable.
    En plus maintenant on en sait un peu plus sur sa vie

  • cacahuete-th

    19/09/2009

    alalla trop de suspence mais vraiment trop bien cette fiction!!
    bisous

  • Mmh-ouiii-aaaah-encore

    18/09/2009

    J'ai envie de terminer mon commentaire j'ai vraiment honte de ce que je t'ai posté j'ose même pas regarder, je vais tenter de faire cours ça marche ?! Alors, commençons par le début et là tu te dis c'est mort jamais elle fera court X_x

    Donc, déjà vive les parents, et dire que ça exciste ça donne mal au coeur de ce dire que des enfants se font frapper sans peine. J'ai envie de tuer tout ces parents là ! Ensuite, j'abrège hein sinon ben sinon t'aura un long com quoi ... ensuite j'aime le réaction d'Andréas il est compréhensif et tout, je trouve que là il est digne d'un ami et que tout finisse en bataille c'est mignon comme tout =)

    J'aime beaucoup la petite conversation entre Lukas et Tom, courte claire et simple. Mais quand Lukas explique l'arrivée de Bill il dit que c'est pour une sécurité personnelle puis personne ne sait d'où il vient, peut-être ne veut-il pas que l'on sache qu'il se prostituait ou son mac lui cours après xD
    Ok je délire ! ll est au trou ... quoique c'est peut-être ce qu'il veut faire croire à Tom ! Bon ok j'arêtte sinon on 'en fini plus ...

    L'enfance de Bill n'est pas joyeuse vraiment, mais Tomi est là xD
    Mais j'aime pas la fin de la phrase de Bill quand il dit que les emmerdes ne sont pas prêtes de le lâcher, il doit des tunes à un dealer ?! Bon je me fais des films ? Je crois que je vais arrêter mdrrrr
    Sinon ben la fin m'inspire pas ><

    Mais je crois l'avoir déjà diiiit ! Bon je me sens un peu mieux d'avoir commenter rapidement mais un peu plus constructivement [ ça se dit ?! ]

    A tantôt !
    Küsss !
    [J]ack²

  • Billnamimoureuse

    17/09/2009

    J'aime bien cette suite !
    On apprend beaucoup plus de choses sur Bill & ça fait plaisir ! Avec la remarque de Lukas, je commençais à me poser des questions sur les motivations de rentrer dans la bande. D'ailleurs, si on y regarde bien, on sait pas vraiment pourquoi il est là...
    Bref, j'aime aussi la proximité que B& T ont ensemble, même si là encore, je m'attendais a ce qu'ils couchent ensemble. Mais finalement, ce n'est pas gênant qu'ils ne se soient "que" toucher un peu ! xD

    Sur ce,
    @++ pour la suite !
    Xoxo.

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