If only you'd said...

Merci à mon Double de Lilie qui m'a relue, et suggéré quelques détails <3 Merciiiiii <3
Voici un OS court, pas très... Enfin, court quoi, j'ai pas eu beaucoup de temps pour l'écrire, mais bon, j'espère qu'il plaira tout de même à la principale intéressé, Lou, qui fête son anniversaire aujourd'hui (enfin, dans une poignée de minutes en fait =p) et à qui j'envoie plein de bisous. Pour toi mon ventre à pattes. Joyeux anniversaire

Précision : les passages en italiques sont des flash-back =)



If only you'd said...


Tout avait commencé tout à fait banalement, un jour de rentré comme il y en avait déjà eu tant et comme il y en aurait encore tellement. C'était une de ces sales journées que Bill détestait, même s'il devait reconnaître qu'il commençait à sérieusement s'emmerder chez lui. Il allait retrouver ses amis, reprendre un rythme de vie correct (car il fallait bien l'avouer, des journées qui commençaient à 13h pour se finir vers 5h du matin, c'était légèrement décalé comme rythme), s'occuper activement, passer son Bac... Cette pensée le fit frissonner et il se maudit de l'avoir formulée tout en entrant dans l'enceinte de l'établissement. Rapidement, il repéra les personnes qu'il voulait voir, et les salua, tout en discutant avec animation de cette nouvelle année qui s'annonçait plutôt bien remplie. Il consulta les listes pour vérifier dans quelle classe et surtout, avec quelles personnes il allait se retrouver. Rien de bien nouveau, deux ou trois élèves dont les noms lui étaient inconnus, mais rien de bien intéressant.

Le jeune androgyne aux longs cheveux noirs préféra ignorer les regards insistants de ceux qui débarquaient au sein du lycée, il ne s'en souciait plus depuis de nombreuses années. Son look, extravagant et provocateur à souhait, lui plaisait, et il en était ainsi depuis trop longtemps pour qu'il se souvienne d'une date précise. Il avait simplement toujours aimé sortir des normes, et même si au départ cela avait eu tendance à lui apporter quelques ennuis, à présent, il avait réalisé que cela lui apportait également une certaine popularité. Il poussa un léger soupire en entendant la sonnerie stridente retentir à travers tous les bâtiments, et suivit ses camarades pour entrer dans la salle de classe où se déroulerait l'habituel baratin, distribution des emplois du temps, présentation des professeurs, etc. Il choisit stratégiquement une place en retrait, dans le fond de la salle, et s'y affala avec classe - c'est-à-dire les jambes étendues sous la table, un bras négligemment passé sur le dossier de sa chaise, l'autre tripotant un stylo. Les places étaient individuelles, ce qui n'empêcha pas ses acolytes de s'installer tout autour de lui.

Il bailla aux corneilles avant de se redresser légèrement en reconnaissant son prof principal, un vieux plutôt sympa mais qui s'énervait vite si il jugeait une attitude trop décontractée - tout ce que Bill était, quoi. Il l'écouta patiemment délivrer son discours de bienvenue aux nouveaux.

- Je crois savoir qu'un de nos élèves nous vient tout droit... D'Australie, je me trompe ?


Immédiatement, l'intérêt du brun fut piqué. Il se fit rire lui-même en réalisant à quel point il était cliché, mais c'était plus fort que lui. L'Australie, le soleil, les surfeurs blonds musclés aux yeux délirants... Il n'eut pas besoin de plus pour se mettre à fantasmer. Il remarqua que tous les autres s'étaient mis à parler en jetant des coups d'½il partout autour d'eux. Où se cachait donc ce mystérieux élève qui venait de s'attirer toute l'attention sans même avoir daigné faire une apparition ? Le professeur plissa les yeux derrière ses lunettes pour lire le prénom indiqué sur la liste et le lu à haute voix :

- Mr Tom Trümper... ?

- Taylor,
annonça soudain une voix assez grave teinté d'un joli accent alors que la porte de la classe s'ouvrait en fracas. Pardon pour le retard !

- Mr Taylor donc,
répéta le vieil enseignant en corrigeant le nom au stylo, bienvenue parmi nous, installez-vous, je vous en prie.

Tom lui envoya un sourire légèrement timide et reconnaissant, puis partit s'asseoir à une table dans le fond, non loin du secteur de Bill. Les yeux de celui-ci n'avaient pas quitté l'arrivant, comme tous les regards de la pièce à vrai dire, et c'était compréhensible. Le garçon qui venait de pénétrer dans la salle était simplement éblouissant, et tout à fait à la hauteur des on-dit populaires. Il était plutôt grand, visiblement musclé, une peau halée juste comme il fallait, de belles dreadlocks blondes visiblement très bien entretenues et retenues par un bandana blanc attaché sur son front. Mais les détails qui achevèrent littéralement l'androgyne furent le piercing à la lèvre inférieure gauche qu'il distingua, et les mains du blond. Ses mains. De longs doigts fins, quelques veines apparentes, mais juste assez pour que ça soit terriblement sexy. Il en aurait presque bavé. A la place, il se focalisa sur ce que racontait le professeur.

La mâtiné s'écoula lentement, les cours débutant directement (après tout, ils étaient assez anciens dans l'établissement pour ne pas avoir besoin d'explications à chaque rentrée scolaire), les nouveaux s'intégrants aux anciens, tout ça dans une ambiance détendue. Bill avait clairement décidé que Tom serait pour lui, et tout le monde semblait avoir compris et intégré cette information, puisqu'ils se tenaient à l'écart du jeune Australien, alors que l'androgyne ne le lâchait pas d'une semelle. Il fallait l'avouer, la seule pensée que Bill pouvait formuler quand il aborda pour la première fois Tom, était qu'il avait follement envie de lui sauter dessus, de lui arracher ses vêtement, quitte à faire ça en plein milieu de la cour, sous les yeux ahuris de ses camarades. Les sourires charmeurs que lui avait lancé le jeune blond en réponse l'avaient d'ailleurs bien conforté dans cette idée. Mais étrangement, alors qu'ils avaient tout deux beaucoup discuté, décidant même de rester ensemble après les cours pour prolonger le moment, cette attirance violente s'était métamorphosée en quelque chose de plus conventionnel. Bill avait vraiment eu envie d'apprendre à connaître le jeune étranger.

Il l'avait questionné, sur ses parents séparés, l'un allemand, l'autre australien, et en avait appris énormément. Tom était né ici, en Allemagne, avant d'être forcé 7 ans plus tard à quitter son pays natal pour suivre sa mère en Australie qui voulait absolument oublier son père. Et puis elle s'était remarié, et avait eu une petite fille. Le dreadeux s'était petit à petit sentit mis à l'écart, et avait finalement décidé de revenir ici, passer du temps avec son véritable père qui lui avait laissé un vide immense. Bill avait à son tour raconté sa vie sans histoire, ses parents, son manque d'un frère ou d'une s½ur, son enfance solitaire... Tout avait semblé vraiment naturel entre eux.

Les semaines s'étaient écoulées, les rapprochant toujours plus, jusqu'à atteindre un stade fusionnel si intense qu'ils passaient presque tous leurs weekends ensemble, leur temps libre, ils programmaient leurs vacances ensemble, et si cela se révélait impossible, ils s'envoyaient des milliers de textos pour se dire à quel point ils se manquaient l'un à l'autre.

Un soir, ils avaient eu une grande discussion sur leurs histoires d'amour passées. Bill avait toujours été clair sur ce point, il aimait autant les filles que les garçons, avec une légère préférence tout de même pour la gente masculine. Mais pour Tom, c'était assez confus. Du moins, c'est ce qu'il avait affirmé. Ils avaient préféré rapidement dévier sur autre chose, de peur de jeter un malaise, sans réellement savoir pourquoi.





- Bill ?


La voix douce tira le brun de ses pensées, et il se rendit compte qu'il était étalé là, sur son canapé, d'une façon peu élégante, depuis une bonne demi-heure, et qu'il commençait à être courbaturé. Il se releva avec quelques difficultés, et effaça les dernières images le représentant lui et Tom adolescents, bras-dessus bras-dessous, un sourire gigantesque placardé sur le visage. La voix provenait clairement de la cuisine, et il s'y dirigea en se grattant le torse et en baillant peu élégamment. On était samedi, et il était bien décidé à ne rien faire. Il tomba sur la personne responsable de sa venue dans la pièce, la tête dissimulée derrière une feuille blanche. Il eut un sourire qui aurait pu faire fondre le plus gros iceberg de la planète. L'autre sembla remarquer sa présence, puisqu'il baissa la feuille et lui rendit son sourire, aussi splendide et brillant.

- J'ai besoin de te montrer quelque chose,
annonça Tom en lui tendant le papier. Ils se sont encore plantés pour la facture.

Bill l'attrapa et parcouru le blabla des yeux, pas vraiment inquiété, c'était fréquent que leur facture d'électricité soit trop élevée. Il poussa un petit soupire.

- On va encore devoir gueuler.

- Je te laisse faire, c'est ta spécialité. Pas question que j'essaye, je vais encore me ridiculiser.


Le brun laissa échapper un rire franc. Puis, reposant la facture sur la table, il s'avança vers Tom et le prit dans ses bras. Le blond fut un peu surpris, mais finalement, passa ses bras forts autour de la taille fine de son colocataire et le plaqua contre lui. Ils restèrent silencieux pendant un moment, les doigts aux ongles longs de Bill caressant lentement la nuque du dreadeux.

- En quel honneur ? Lui demanda le blond en l'embrassant doucement dans le cou.

- J'avais envie.

- Humm... Sûr ?

Bill haussa les épaules.

- Je repensais au lycée. A nous au début. Tu sais, quand t'as débarqué et tout...

Tom rigola, et ils se détachèrent.

- Tu parles que je m'en souviens. J'étais tellement paumé.

- C'était marrant,
se moqua le brun en s'asseyant sur la table, les jambes dans le vide qu'il balançait d'avant en arrière.

- Tu m'as presque fait peur à me sauter dessus comme tu l'as fais, tu sais, avoua Tom en souriant, adossé contre le frigo.

- Je suis certain que t'étais super heureux de voir un mec génial comme moi t'aborder.

- Non mais ça va tes chevilles ?


Bill les lui montra fièrement en souriant. Il se sentait comme un gosse dans ces moments là, mais c'était plus fort que lui. Tom était sa dose de simplicité, son bonheur quotidien. A vrai dire, Tom était tout. Ça faisait maintenant quatre ans qu'ils partageaient un appartement, cinq qu'ils s'étaient rencontrés. Et tout allait pour le mieux entre eux.

Du moins, c'est ce qu'ils se plaisaient à dire, et à croire.

Car voilà, ça faisait à présent cinq longues années que Bill refoulait complètement la véritable nature de ses sentiments pour Tom. Il avait tout essayé pour oublier. Les mecs, les filles, puis les mecs encore, beaucoup de mecs. Mais rien n'y faisait. Il pensait à lui sans arrêt, il imaginait ce qu'aurait pu être leur relation si il avait osé, s'ils n'étaient pas devenus les amis qu'ils étaient aujourd'hui. Il aimait tellement tout de son Australien, la moindre de ses expressions, le moindre de ses défauts. Mais c'était quelque chose de parfaitement impossible. Alors il s'était convaincu de ne plus y penser, même si c'était bien une chose qu'il ne contrôlait pas. Il préférait souffrir en silence plutôt que d'avouer sa faiblesse.

- Bill, t'es encore parti...


L'androgyne sursauta en réatterrissant dans la cuisine, à coté de l'objet de toutes ses pensées. Il lui offrit un petit sourire d'excuse.

- Désolé, je suis un peu mélancolique aujourd'hui.

Tom fronça les sourcils, et, se décollant du frigo, il s'approcha de Bill pour venir lui caresser doucement la joue.

- Qu'est-ce qui ne va pas ?

Le c½ur du brun s'emballa. Merde, c'était ça, précisément, son problème. Cette sensation violente dans son estomac, cette brûlure au bout de ses doigts qui réclamaient de toucher sa peau hâlée. Ce monstre qui le dévorait de l'intérieur chaque fois que Tom ramenait une fille, ou un mec. Chaque fois qu'il savait qu'il s'offrait à eux comme il ne s'offrirait jamais à lui. Chaque fois qu'il avait envie de hurler à tous que Tom lui appartenait, à lui, comme il ne serait jamais à personne d'autre. Chaque fois qu'il se retenait de le faire, parce qu'il savait qu'il ne le devait pas, qu'il n'en avait absolument pas le droit.

- Je crois que je suis un peu fatigué. Tu sais, les cours, le boulot, un peu tout ça en même temps.

Tom passa son pouce sous l'½il maquillé de son ami, un geste anodin mais qui relevait d'une douceur incroyable. Il touchait Bill comme s'il craignait de le briser à la moindre brusquerie. Puis il vint se placer entre les jambes du brun toujours assis sur la table, et l'enlaça à nouveau.

- Je suis là, murmura-t-il contre sa joue. Ça va aller... Je sens que ces derniers temps t'es pas au top de ta forme, mais ça va aller...

Bill se laissa aller, bercé par les paroles mélodieuses qui résonnaient à ses oreilles. Il aurait pu vivre ainsi pour toujours, simplement à l'abri du reste du monde dans les bras protecteur de la seule personne qui comptait réellement à ses yeux. Mais c'était un rêve. Un si beau rêve...


Quelques heures plus tard, alors que la nuit était tombé depuis quelques temps, Bill entendit la porte de l'appartement s'ouvrir, et des rires envahir leur cocon. Il savait ce qui allait arriver. Cela faisait quelques mois que cela arrivait régulièrement. Il avait prétendu qu'il sortait ce soir, car il ne voulait pas empêcher Tom de vivre normalement, de peur qu'il en ait assez et qu'il décide de prendre un logement seul (car, il le savait très bien, c'était à présent dans les moyens du blond, contrairement à quelques temps plus tôt). Mais il n'était pas sorti. Il était resté là, à lire un peu, écouter de la musique, puis s'était roulé en boule sous sa couverture, attendant le moment fatidique. Il se disait parfois qu'il était un peu malade de s'imposer ça, mais c'était plus fort que lui.

Il entendit une discussion à voix basse, des pas passer devant la porte de sa chambre, et il devina sans mal que Tom savait qu'il était à la maison. C'est comme s'il le sentait, et c'était réciproque, mais jamais les deux jeunes hommes n'avaient réellement su comment expliquer une telle chose, une telle capacité à savoir si l'autre était tout près ou pas. Quoi qu'il en soit, le dreadeux avait du se sentir légèrement coupable, mais il ne pouvait plus faire demi-tour. Bill entendit la porte de la chambre de Tom s'ouvrir, puis se refermer. Son c½ur commença doucement à lui faire mal. Il tendit l'oreille, entendit encore quelques paroles, puis des bruits étouffés, des vêtements froissés, des halètements. Il se recroquevilla un peu plus. C'était à chaque fois pire. Il pouvait presque visualiser la scène, et ça le rendait fou. Il eut la nausée alors qu'un gémissement plus franc se fit entendre. Il imaginait parfaitement les mains de Tom, son corps qu'il avait vu un million de fois nu, ses lèvres embrasser une autre peau que la sienne.

Bill sentit une larme couler le long de sa joue, et il tendit le bras pour attraper un de ses oreiller, puis, alors qu'il pouvait entendre le nom de Tom être crié, il enfonça l'oreiller contre son visage et poussa un hurlement de douleur qui ne devait jamais être entendu. Car là, près de lui, Tom était en train de faire l'amour à un autre homme que lui. Encore, si ça avait été une femme, peut-être que le brun aurait pu se consoler en pensant qu'il ne pouvait pas rivaliser de toute façon. Mais là, c'était pire. De plus, ce n'était pas la première fois que ce mec venait chez eux. Ce qui signifiait forcément que le dreadeux entretenait une véritable relation avec lui, quelque chose de sérieux. Les sanglots de Bill redoublèrent, et il enfonça un peu plus sa tête dans l'oreiller, le corps tremblant et traversé par une souffrance incroyable. Il remarqua à peine que les gémissements s'étaient tu, et que le silence avait repris sa place initiale dans l'appartement. Il n'entendit pas des pas repasser devant sa porte, ni s'arrêter devant, et il ne vit pas Tom tendre l'oreille, certain d'entendre son colocataire pleurer. Avant de repartir, en se disant qu'il avait certainement rêvé, et d'aller se recoucher près du corps de son amant. Non, Bill ne se rendit pas compte de tout cela, et il plongea dans un sommeil agité, ponctué de rêves qui se trouvaient être des souvenirs.




- Tom, regarde-moi.


L'adolescent blond gardait les yeux obstinément braqué vers le sol. Bill soupira et s'approcha légèrement de son ami.

- Tommy...

Celui-ci secoua la tête. Il ne voulait pas affronter la pitié et la peine dans les yeux chocolat du brun. Il ne s'en sentait pas capable.

- Il a recommencé ?

Tom ne répondit pas. Que pouvait-il répondre ? Personne n'y pouvait rien, c'était ainsi. C'était de sa faute, il savait qu'en quittant l'Australie, il allait vers l'inconnu. Sa mère l'avait mis en garde, mais il ne l'avait pas écouté, persuadé qu'elle exagérait, après tout, ses parents étaient divorcés, elle essayait forcément d'enfoncer son ex-mari par pure rancune. S'il avait su...

Un sanglot le sortit de ses pensées, et il releva la tête, pour constater que Bill pleurait. Immédiatement, il l'attira dans ses bras et le sentit s'agripper à son teeshirt.

- Je veux que... Qu'il... Il ne doit plus te toucher... Tommy...

Ses paroles étaient entrecoupées par quelques hoquets. Le blond lui caressa le dos, tout en lui embrassant le front. Il ne voulait pas tout ça, il voulait arrêter de faire souffrir Bill. Mais voilà, la seule chose à faire aurait été de fuguer de chez lui, ou de retourner chez sa mère. Cette dernière solution était totalement exclue, jamais il ne quitterait son ami, il avait promis, et il n'en était de toute façon pas capable. Fuguer ? Pour aller où ?

- Arrête de pleurer, murmura-t-il en serrant l'androgyne plus fort contre lui.

- Je peux pas, lui répondit Bill en redoublant de sanglots.

- Il ne sait pas ce qu'il fait... Et puis c'est pas si horrible...

- Arrête !
Cria le brun en frappant de son poing contre le torse du blond. Arrête d'essayer de banaliser les choses ! Je sais que c'est grave !

Tom secoua la tête, et serra de plus belle. Son père ne s'était jamais réellement remit du départ de sa mère, et alors que le dreadeux avait décidé de venir habiter avec lui, il avait peu à peu perdu la tête. A présent, dans ses moments de délires, il avait tendant à devenir assez violent, et il frappait Tom. Sauf que ce dernier ne pouvait pas se résoudre à le détester, car lorsqu'il était lucide, il était un père vraiment exemplaire. Alors il restait, subissait en silence, et espérait simplement que la prochaine crise n'arriverait pas trop tôt. Sauf que Bill ne supportait pas de voir les bleus sur le corps de Tom, il en était malade, mais il était également totalement impuissant. Il sentit Tom le tirer sur le lit pour qu'ils s'y laissent tomber tous les deux, toujours étroitement enlacés. Il se calma peu à peu, bercé par le dreadeux. Puis soudain, le silence de la pièce fut brisé par une voix tremblante.

« No one knows how you feel, no one there you'd like to see, the day was dark and full of pain... »
« Personne ne sait comment tu te sent, il n'y a personne ici que tu voudrait voir, le jour est noir et plein de douleur... »

Le c½ur de Tom se sera, et il renforça sa prise sur le corps de son ami. C'était une chanson qu'il lui avait apprise, une chanson qu'il écoutait souvent en Australie, et qu'il avait très souvent associé à Bill depuis qu'ils s'étaient rencontrés. Il ferma les yeux, et se laissa porter par la voix mélodieuse, même si elle était lourde de chagrin.

« You write "help" with your own blood, 'cause hope is all you've got... You open up your eyes but nothing's changed... I don't want to cause you trouble, don't want to stay too long, I just came here to say to you... Turn around, I am here... If you want it's me you'll see... Doesn't count, Far or near, I can hold you when you reach for me... »
« Tu écris "au secours" avec ton sang, Car l'espoir c'est tout ce que tu as... Tu ouvre les yeux mais rien n'a changé... Je ne veux pas te causer d'ennui, je ne peux pas rester trop longtemps, je suis seulement venu ici pour te dire... Retourne-toi, je suis là... Si tu veux c'est moi que tu verras... Où que tu sois, je te retiendrai quand tu m'atteindras... »

Sans se lâcher, ils se glissèrent sous les draps du lit de Bill, et la fatigue les emporta tous les deux alors que la mélodie résonnait encore dans leur tête.





Le lendemain matin, Bill attendit d'entendre la porte d'entrée claquer pour se décider à enfin sortir de son lit en toute sécurité (et sans risque de croiser qui que ce soit qu'il ne voulait pas voir). Il était courbaturé de partout, et sa tête lui faisait mal. Il marcha en zombie jusqu'à la cuisine et s'affala sur une chaise, avant d'attraper à tâtons ce qui se trouvait sur la table et qui pourrait combler son estomac vide. Il grogna, il détestait se lever avec une migraine. Il eut un petit sourire alors que Tom entrait dans la pièce, vêtu uniquement d'un pantalon de survêtement.

- Salut toi, lui lança le dreadeux en lui déposant un bisou sur la joue.

- 'Lut...

- Aw, mal de tête ?
Lui demanda Tom d'un air connaisseur.

Bill acquiesça, et fut heureux de voir son colocataire fouiller dans le placard à pharmacie, lui sortir un médicament et le lui tendre avec un verre d'eau.

- Oh, merci, soupira Bill en avalant le tout.

- You're welcome sweetheart, tu me faisais un peu pitié avec ta tête de cadavre...

Le brun lui fit un joli doigt tout en buvant jusqu'à la dernière goute d'eau. Puis il attrapa un croissant et mordit dedans avec appétit. Tom s'assit en face de lui et posa son menton sur sa main sans lâcher l'androgyne du regard, l'air amusé.

- Te moque pas, j'ai faim, répliqua l'observé tout en s'enfilant une deuxième viennoiserie.

- J'ai rien dis.

- T'as pas besoin, crétin, je lis presque dans tes pensées...


Ils rirent un peu, mais quelque chose dans le regard de Tom inquiétait Bill. Il avait cette étrange impression depuis quelques semaines, impression qu'il haïssait parce qu'elle le laissait supposer que son ami lui cachait quelque chose. Néanmoins il ne posa pas de questions, préférant laisser le dreadeux se confier de lui-même. Il termina son petit déjeuner en discutant un peu avec Tom, puis partit prendre une douche. Le blond soupira alors qu'il se retrouvait seul. Ses pensées s'emmêlèrent, et pour la quinzième fois de la mâtiné, il se demanda s'il avait pris la bonne décision. Car Bill ne s'était pas trompé, il y avait bien une chose qu'il ne savait pas, enfin, plusieurs pour être honnête. Tom ignorait comment lui annoncer ce qui allait arriver dans peu de temps. Il devait le lui dire, mais il ne trouvait pas les mots, ni le courage. Il avait une boule dans l'estomac depuis que sa décision avait été prise, et il était constamment mal à l'aise en compagnie de celui avec qui il avait déjà partagé quatre merveilleuses années, les meilleures à vrai dire. Il quitta la cuisine et alluma la chaine HiFi, y glissa un CD et s'allongea sur le canapé, plongé dans ses pensées.



Il était déjà très tard, mais les deux jeunes ne dormaient toujours pas. Ils passaient à nouveau leur weekend ensemble, et comme à chaque fois, ils seraient crevé le lundi en cours parce qu'ils se seraient couchés trop tard et levés trop tôt. Mais c'était sans importance à leurs yeux. Bill était allongé sur son lit, la tête dans le vide et les pieds en l'air, tandis que Tom était adossé près de lui, assis par terre. Ils discutaient encore, et le brun se moquait une fois de plus de la tendance qu'avait l'Australien à utiliser des mots ou des expressions anglaises de façon spontanée. Chose qu'il adorait, notamment lorsqu'il se voyait surnommer par de petits mots qui sonnaient vraiment bien en anglais.

- C'est comme l'autre fois, en chimie. Quand tu as sortit ton gros « Bullshit » parce que la prof t'engueulait ! C'était à mourir de rire ! Elle a rien compris !

Tom croisa les bras mais il ne pouvait s'empêcher de sourire. Il adorait la façon dont son ami passait son temps à le chercher, et se prêtait volontiers au jeu.

- Essaye de vivre pendant dix ans un pays, et de revenir dans un autre dont tu n'as parlé la langue que quelque fois durant les années précédentes, et on en reparlera après.

- C'est une excuse pourrie ça. Tu parlais pas allemand avec ta mère ?

- De temps en temps,
répondit le dreadeux en ramenant ses jambes contre lui, parce qu'elle vivait en Allemagne depuis longtemps, donc elle a mis un certain temps à se réhabituer à l'Australie. Mais ces derniers temps c'était de plus en plus rare.

- Et ben moi, je trouve ça cool de parler deux langues. Tu m'apprendrais à parler anglais, je veux dire, mieux ?

Le sourire de Tom se fit plus franc.

- Après ce que tu viens de me balancer ? Rêve.

- Tommyyyy,
se mit à geindre Bill en approchant son visage de celui de son ami. S'il te plait ?

Le blond poussa un soupire faussement exaspéré, et, sans prévenir, il se mit debout et se jeta sur le brun, lui arrachant un cri de surprise suivit d'un rire hystérique. Ils roulèrent comme deux gamins sur le lit en riant plus fort, puis se stoppèrent, Tom au dessus de Bill, les yeux dans les yeux. Le brun sentait son c½ur battre à tout rompre, et il eut un instant peur que le dreadeux ne le remarque. Mais ce dernier semblait simplement apprécier le moment. Ils échangèrent un sourire, puis la main de l'androgyne vint caresser la joue de son vis-à-vis.

- I love you sweetheart,
murmura-t-il tout bas, employant ce surnom spécial qu'ils aimaient se donner à l'abri des oreilles indiscrètes du reste du monde.

Tom eut un sourire plein de tendresse et déposa doucement ses lèvres sur celles de Bill, comme ils le faisaient à cette même occasion très souvent, marquant une fois encore l'ambiguïté de leur relation fusionnelle.

- I love you too. Et c'est d'accord pour les cours. T'as intérêt à te tenir à carreau et à bosser sérieusement.

Le brun eut un sourire triomphant, et ils se glissèrent sous la couette, emmêlés en un paquet de membres entrelacés. Sa tête vint se nicher dans le cou de Tom, et il soupira contre lui.

- Tommy ?

- Je devrais m'amuser à compter le nombre de fois que tu dis ça par jour,
s'amusa l'interpellé. Oui, Billy ?

- J'ai pensé à quelque chose l'autre jour,
chuchota ce dernier en se serrant un peu plus contre son ami. Tu sais, par rapport à... Ton père, et puis nous, enfin, un peu tout en fait.

Tom hocha la tête, conscient du sérieux de la situation, en contraste total avec quelques instants plus tôt.

- On devrait prendre un appart' ensemble l'année prochaine.

Bill laissa passer un instant, angoissé par la réaction qu'aurait le blond. Il avait cette idée depuis bien plus longtemps qu'il ne le prétendait, à vrai dire il y pensait même constamment, mais il préférait ne rien dire, de peur de se trahir tout seul sur la véritable nature de ses sentiments. Il sentit les bras autour de son corps renforcer leur prise, et un baiser lui fut déposé sur le front. Il sourit, l'angoisse s'envolant de son ventre comme par magie.

- C'est une excellente idée. Je vais y réfléchir, et on pensera à une organisation. Je crois que ça pourrait être génial.

- Ça le sera,
affirma Bill, sûr de lui.
Comment est-ce que ça pourrait ne pas l'être ?




- Tommy ?


Le dreadeux sursauta légèrement, et baissa le son de la chaine avec la télécommande.

- Désolé, j'entendais rien. Tu disais ?

- Que la musique était trop forte,
répondit Bill en riant.

Il était simplement vêtu d'une serviette de bain attaché négligemment autour de sa taille, et ses longs cheveux noirs lui dégoulinaient sur les épaules. Son visage affichait cet air enfantin qui lui était tellement propre et qui faisait craquer tellement de monde, y comprit Tom. Son c½ur se comprima fortement dans sa poitrine, et dans un élan ultime de courage, il proposa :

- On se fait une soirée pizza tous les deux ce soir ici ? Il faudrait qu'on discute un peu.

Bill sembla légèrement pris au dépourvu, mais il accepta avec joie, enchanté à l'idée d'avoir Tom pour lui durant une soirée entière, ce qui arrivait de plus en plus rarement ces derniers temps (et pour une raison à laquelle il préféra ne pas penser).

Tout se déroula parfaitement bien, ils commandèrent leurs pizzas, louèrent un film stupide qui les fit pleurer tous les deux comme des madeleines, rirent d'eux-mêmes... Un moment parfait pour une complicité parfaite. Mais l'Australien savait qu'il ne s'agissait que du calme avant la tempête, et que ce moment arrivait précisément à toute allure. Il profita d'un moment de silence reposant pour enfin aborder le sujet qui le rongeait de l'intérieur depuis des jours et des nuits entières.

- Il faut que je te parle d'un truc...

Bill s'était redressé, les yeux soudainement grands ouverts, et à l'écoute. Tom, quant à lui, avait baissé le visage, incapable de soutenir son regard doux et adorateur, regard qu'il ne méritait pas. Et auquel il n'aurait bientôt plus le droit, il en était certain. Il inspira un grand coup, puis se lança.

- Je pense que tu as remarqué que depuis quelques temps, je vois quelqu'un. Régulièrement.

Les doigts du brun se crispèrent. Il tenta de ne laisser aucune réaction paraître. Mais à l'intérieur, tout se brisait. Non.

- Il s'appelle Melvin, et on s'entend vraiment bien. Je l'aime vraiment bien.

Non.

- Il y a quelques semaines, on a eu une discussion à propos de ma situation, du fait que j'habite toujours ici avec toi, et il m'a dit qu'il en avait marre de devoir faire attention à ne pas te gêner, sans que ça soit contre toi bien sur.

Non...

- Alors, il m'a demandé... D'aller habiter avec lui. Dans un nouvel appartement.


Bam. Tout sembla s'émietter autour de l'androgyne, comme si les murs de leur nid venaient de lui tomber sur la tête, en même temps que le reste du monde. Son c½ur fut transpercé, et il ne se souvenait pas avoir ressentit une telle douleur un jour. Mais plus que n'importe quoi d'autre, ce qui lui importait était Tom. Le bonheur de Tom. Juste ça. Alors, il sentit malgré lui un sourire forcé se dessiner sur ses lèvres, et s'entendit répondre d'un calme impressionnant :

- C'est super Tommy, je suis heureux que tu ais enfin trouvé ce qu'il te manquait.


Le dreadeux resta un instant bouche bée, s'attendant à presque tout sauf à ça. Il scruta le visage de Bill à la recherche d'une faille, mais il connaissait l'énergumène, et jamais celui-ci ne laisserait transparaître sa déception. Il avait pris l'habitude de ne rien cacher à Tom, d'être vraiment lui-même en sa compagnie, mais aujourd'hui, pour la première fois depuis cinq ans, il n'avait pas d'autre choix que de lui mentir.

- Tu... Tu penses vraiment ça ?
Lui demanda finalement le blond, toujours légèrement choqué.

- Bien sûr, je savais bien que ça arriverait un jour.

Mensonge.

- On n'allait pas passer le reste de notre vie ensemble.

Mensonge.


- C'est pas comme si on n'allait plus se revoir, tu vas juste arrêter de prendre toute la place avec ton bordel...

Il s'était forcé à rire un peu sur la fin de sa phrase, mais le visage de son ami s'affaissa un peu plus, le coupant net dans son manège. La panique lui serra la gorge, et il demanda d'une voix mal assurée :

- Tu ne pars pas loin pas vrai ?

Tom baissa les yeux.

- C'est une petite ville à environ 3h de train d'ici...

Un nouveau coup de poignard vint s'enfoncer dans la poitrine de Bill, et il cru un instant qu'il allait simplement fondre en larme. Mais son masque ne se fana pas, et il eut juste l'air d'être déçu, du moins c'est ce que Tom cru voir. Il fallait qu'il résiste à l'envie de s'enfuir en courant, et qu'il soutienne son colocataire dans son choix, comme il l'avait toujours fait.

- Je prendrais un abonnement, ce n'est pas bien grave...

- Ma porte te serra toujours ouverte, quoi qu'il arrive. Come what may, sweetheart...


Les doigts du dreadeux vinrent doucement caresser la joue de Bill. Ce dernier dû une fois encore lutter pour retenir le flot de tristesse qui déferlait en lui, et se laissa faire lorsque Tom le prit dans ses bras et se mit à lui murmurer :

- It tried to shine just for you... Until the end... I don't want to cause you trouble, don't want to stay too long, I just came here to say to you... I'm by your side...
Il a essayé de briller juste pour toi... Jusqu'à la fin... Je ne veux pas te causer des problèmes, je ne veux pas rester trop longtemps, je suis seulement ici pour te dire... Je suis à tes cotés...


Une larme solitaire glissa de son ½il, et Bill enfonça sa tête un peu plus dans l'épaule de son ami pour le lui cacher.

- I am here... Doesn't count, far or near... I can hold you when you reach for me...
Je suis là... Où que tu sois... Je te retiendrai quand tu m'atteindras...


Le message était lourd de sens, et Bill savait à quel point Tom devait penser ces quelques mots qui avaient été leur chanson à tous les deux depuis tellement de temps, à la base créé pour les aider à supporter les aléas de leur adolescence. Il préféra se séparer de son blond, lui annonçant avec un petit sourire qu'il allait se coucher et qu'ils pourraient en reparler le lendemain. Il quitta la pièce, laissant Tom planté au milieu du salon. Il ne mit pas longtemps à réagir, arrangea un peu le canapé, jeta les boîtes de pizza à la poubelle, puis partit dans sa propre chambre. Il jeta un coup d'½il à son portable, vit qu'il avait un message de la part de Melvin. Un message qui lui demandait si c'était fait. Tom resta à contempler son téléphone pendant un court instant, avant de le lancer sur son lit et d'éclater en sanglots. Les larmes se mirent à déferler sans même qu'il en ait conscience, et il se laissa tomber sur son matelas en étouffant ses gémissements dans son oreiller.

Car voilà, Tom n'avait pas voulu que Bill réagisse ainsi. Il avait voulu des cris, de la protestation, de la supplication, il avait voulu qu'il l'empêche de partir, qu'il le retienne... Il avait voulu qu'enfin leur relation prenne le tournant qu'il espérait depuis qu'il avait appris à connaître l'androgyne, depuis qu'ils étaient devenus inséparables, depuis qu'il en était complètement tombé amoureux... Il pleura plus fort, se vidant complètement de sa frustration, sa déception, ses rêves brisés, et la vision d'un avenir proche, un avenir sans Bill. Ça paraissait tellement impossible, tellement illogique. Ils étaient faits pour être ensemble, c'était indiscutable. Alors pourquoi ? Pourquoi est-ce que ça ne pouvait pas fonctionner ? Il avait accepté la demande de son petit ami pour la seule et unique raison qu'il avait voulu provoquer un déclic, une réaction chez Bill, quelque chose qui aurait enfin débloqué la situation entre eux. Mais en vain...

Bientôt, l'épuisement s'empara de son corps, et il se laissa sombrer, emporté par quelques images lointaines.




Ils avaient choisi ce coin là de la plage, parce qu'ils savaient qu'il n'y avait jamais personne. Bill avait préféré rester dormir sur sa serviette, exposant son corps au soleil en espérant prendre quelques couleurs, alors que Tom avait été se baigner durant une bonne heure. Il s'était fait charrier par le brun qui avait prétendu qu'il trouverait l'eau bien froide ici comparé à celle de l'Australie. Mais Tom s'y était jeté sans hésiter, et à présent il se sentait parfaitement bien, prêt à lui aussi s'adonner à une glande totale et méritée. Pourtant, alors qu'il revenait sur le sable chaud, près de son ami, il se pris à le regarder différemment. Il laissa ses yeux trainer le long de son corps fin, tatoué sur la hanche, légèrement musclé et absolument magnifique. Il se mordilla la lèvre, en proie à un désir complètement fou d'embrasser chaque parcelle de peau qui s'offrait à sa vue.

Il s'allongea à ses coté, la tête reposant sur sa main, les doigts de l'autre en suspension au dessus du torse de Bill. Il les approcha doucement, avant de les reculer, puis de retenter l'expérience. Son c½ur battait anormalement fort, et il voulait vraiment le toucher, mais son cerveau lui rappelait sans cesse qu'il aurait été déplacé d'avoir un tel geste, pas du moins envers quelqu'un dont il était censé être l'ami. Il remarqua avec amusement la peau qu'il n'effleurait qu'à peine se couvrir d'une série de frisson. Et puis, alors qu'il ne s'y attendait absolument pas, Bill ouvrit les yeux, et se retourna d'un bond pour venir s'allonger sur lui. Tom resta bouche bée, son visage à quelques centimètres à peine de celui du brun. Ils se regardèrent pendant de longues minutes ainsi, avant que Bill ne chuchote :

- Arrête de t'amuser, tu m'empêches de dormir.

- Petite nature.

- Idiot.

- Lovely freak.
(adorable crétin)

Et sans qu'il comprenne comment, leurs bouches se retrouvèrent collées l'une à l'autre, leurs langues emmêlées de façon fiévreuse et impatiente. Leur baiser fut brûlant, mais court, et à peine séparés, ils éclatèrent de rire. Bill se replaça correctement sur sa serviette, et ajusta une paire de lunette de soleil sur son nez.

- La prochaine fois que tu me dérange, je te fais bouffer du sable.

- J'ai peur.

- Tu devrais !


Ils rirent encore, et laissèrent le soleil les engourdir, sans savoir que leurs pensées se rejoignaient étroitement. Car si cet échange avait été mis sur le compte de la plaisanterie, il ne les avait laissé ni l'un ni l'autre indifférent, bien au contraire.





Le soleil tapa dans l'½il de Bill alors qu'il émergeait doucement. Il aurait préféré oublier de se réveiller, ou au moins penser à fermer ses volets la veille pour éviter ce genre de désagrément. Il étendit les bras et s'étira, faisant craquer tout son corps. Puis, il se souvint pourquoi il n'avait pas voulu ouvrir les yeux : c'était aujourd'hui. Quelques jours à peine s'étaient écoulés depuis l'annonce fracassante de Tom, et c'était aujourd'hui qu'il quittait réellement l'appartement, qu'il s'en allait pour de bon. L'androgyne sentit la boule dans son estomac se resserrer. Il n'avait pas pu parler à Tom, ils s'étaient à peine adressé la parole ces derniers jours, et ça le rendait complètement malade. Ils n'avaient jamais été en froid, jamais comme ça du moins. Il pensa avec encore plus de dépit qu'il faudrait à présent qu'il s'habitue à ne plus avoir Tom à disposition. Tout lui semblait tellement vide, tellement fade, et il n'était même pas encore partit. Il décida de ne pas se laisser abattre, et fit le trajet de sa chambre à la salle de bain pour se rendre légèrement présentable. Il était presque midi, et il savait ce que cela signifiait. En effet, quand il sortit propre et habillé, il tomba sur son futur ex-colocataire dans le salon, avec deux gros sacs à ses pieds, et l'air préoccupé. Il fut persuadé à cet instant que le bruit de son c½ur éclatant par terre s'était répercuté dans toute la pièce, car le dreadeux releva la tête dans sa direction et qu'il lui adressa un sourire sans joie.

- J'ai... J'ai pas tout pris, commença Tom en se raclant la gorge. De toute façon, je reviendrais pour qu'on regarde ça ensemble, j'ai pas... J'en ai pas eu le courage tout seul.

Bill hocha la tête, souhaitant que tout cela ne soit qu'un horrible, un affreux cauchemar, et que tout allait s'arranger, que Tom le prendrait dans ses bras comme avant et qu'il lui dirait que tout ça n'était pas vrai. Mais rien ne se passa. Ils restèrent ainsi, à se regarder, debout au milieu du salon, leur salon, remplit de tout leurs souvenirs ensemble, de leurs photos, de leurs meubles (ils en avaient acheté plus de la moitié ensemble), de leur vie commune vieille de quatre ans.

- J'arrive pas à y croire, pensa Bill tout haut.

- J'ai du mal aussi,
répondit Tom en s'approchant un peu de son ami.

- Tommy...

- Ça va aller,
le coupa-t-il. Sweetheart, ça va aller...

- Non,
murmura l'androgyne en baissant la tête, incapable de soutenir son regard plus longtemps. Non, non ça n'ira pas...

Quelque chose en lui se délia, et soudain, il su exactement ce qu'il voulait faire, ce qu'il devait impérativement faire avant de ne plus revoir Tom avant un temps indéterminé. Tous les doutes qu'il avait pu accumuler depuis tellement de temps s'envolèrent, et lorsqu'il releva la tête, se fut pour afficher une détermination que le dreadeux ne lui connaissait pas. Il en resta interloqué.

- Tu sais pourquoi ça ne pourrait pas aller ? Putain, Tom, je suis désolé, vraiment désolé pour tout ce que je vais te dire. Je vais probablement le regretter, et tu ne voudras probablement plus jamais me parler, ni me revoir, mais...

Il s'approcha du blond et lui offrit un sourire tendre tout en lui caressant l'épaule.

- Je n'oserai plus jamais me regarder en face si je ne te le dis pas maintenant.

Il fit une pause, inspira profondément, et sans quitter celui qu'il aimait depuis tellement de temps des yeux, il avoua ce qui lui pesait tellement sur le c½ur :

- On a fait tellement de trucs ensembles, et crois-moi, j'étais loin de me douter qu'on en arriverait là un jour, quand on s'est vu la première fois. Tu as été tout pour moi, tu as été mon repère, mon seul soutient, on a traversé tellement de choses... Tu fais partis de mon passé, de mon présent, de mon futur. C'est simple, jusqu'à aujourd'hui, je n'avais même jamais ne serait-ce qu'imaginé, ou émit l'hypothèse qu'on puisse être séparés. J'ai vraiment essayé tu sais, de me dire que je me faisais des idées, que tout ça n'avait aucun sens. J'ai eu peur de t'étouffer souvent, de trop vouloir te garder pour moi. Mais au final, je crois qu'on s'en est bien sortit jusque là, du moins, toi et moi. Parce que moi... J'en peux vraiment plus.

Tom restait complètement ébahit. A présent, Bill avait les yeux embués, mais il ne semblait pas vouloir s'arrêter, pas avant d'avoir été jusqu'au bout.

- Je n'ai aucune putain d'envie que tu t'en ailles. Je suis taré à la pensé que tu puisses partit loin de moi, que tu puisses partager ce genre de chose avec quelqu'un d'autre, je ne veux pas te voir franchir le seuil de cet appartement, de notre appartement. Tommy... Je regrette vraiment d'avoir attendu tout ce temps pour te le dire. Pardonne-moi. Mais ça fait cinq ans qu'on se connaît, et ça fait cinq ans que je suis complètement fou de toi. Du moindre de tes gestes, du moindre de tes sourires, de la moindre parole que tu prononces. Je t'aime Tom. Je t'aime tellement, pardonne-moi de ne pas avoir réussit à être ton ami... Pardonne-m...

Il fut coupé par la bouche du dreadeux qui venait de se plaquer contre la sienne, brutalement, et il se sentit électrisé, si bien que la chaleur de son corps le quitta avant d'éclater au sein de son estomac. Il passa ses bras autour du cou de Tom, et se sentit écrasé contre lui, étouffé dans une étreinte passionnelle. Sa lèvre inférieure fut aspirée dans la bouche chaude du blond, suçoté, puis mordillé. Il gémit fortement et y glissa sa langue, pour venir rencontrer la sienne et la câliner avec tendresse. Il ne réalisait pas ce qui était en train d'arriver, il laissait simplement tout le désir accumulé, refoulé, isolé, se manifester et prendre le dessus. Il voulait se fondre à l'intérieur de Tom, il voulait que cet instant dure pour toujours, et que le rêve ne se brise pas, si c'était un rêve. Il paniqua légèrement en se sentant repoussé, et tenu à bout de bras.

- Bill, haleta Tom à bout de souffle en le tenant par les épaules et en le transperçant de son regard brûlant. Bill, j'ai...

Il jeta un coup d'½il derrière la tête du brun, et un sourire étira ses lèvres encore rougies par le baiser.

- Je crois que j'ai loupé mon train.


L'androgyne ne put s'empêcher d'éclater de rire, avant de fondre en larmes. Tom l'embrassa à nouveau tendrement, également complètement retourné par la situation, soufflé par la façon dont tout venait de prendre un nouveau tournant, tellement plus beau, tellement meilleur que tout ce qu'il avait pu imaginer. L'air lui manqua, et il dû à nouveau se séparer de Bill. Il plaça ses mains autour de son visage angélique, et effaça les larmes de ses pouces. Il lui offrit son plus beau sourire, et alors que tous deux savaient qu'à présent, tout irait pour le mieux, il susurra avant de l'embrasser à nouveau :

- Si seulement tu me l'avais dit... Sweetheart...


FIN

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Comments :

  • fillietroz-patricia

    20/05/2015

    Il faut que un décide de partir pour qu'ils est le courage de s'avouer leurs sentiments. Pas j'ai bien aimé

  • SEX-DRUG-ROCKNROLL30

    21/11/2012

    J'ai adoré ! :)

  • secret--yaoi

    29/05/2012

    J'adore! c'est trop beau!! Et puis c'est vrai que c'est pas toujours évident d'avouer ses sentiments à une personne et que du coup on laisse la situation évoluer d'elle même et une simple amitié se créer alors qu'on voudrait plus... (je dis ça en connaissance de cause...)

  • Amuna28-fic

    30/07/2011

    Trop bien cet OS
    Je trouves que les souvenirs son très bien placés.
    Ils sont vraiment coincés pour avoir attendus plus de quatre ans pour s'avouer leur sentiments -_- Bande de pas doué xD
    Le pire c'est qu'ils vivent ensembles et qu'il se sont échanger plusieurs baisés.
    Il a fallut que Tom lui dise qu'il partait vivre avec son copain pour que Bill lui avoue tous . Mais maintenant l'importance c'est qu'ils soient ensemble.
    Ça ma fait rire la dernier phrase que Tom dit a Bill alors qu'ils s'embrasse : ~ Je crois que j'ai loupé mon train. ~ xD Ça casse toute l'ambiance.

    Bisous :)

  • AlienBK

    08/07/2011

    J'aime, j'aime, j'aime ! **

  • x-d0li-prane-x

    07/02/2011

    Ca fait tellement longtemps que je me dis que je dois lire tes OS, tous j'entends. Et ce soir, j'ai vraiment eu envie d'en lire un. J'ai cliqué sur celui-ci et... Il est épousfouflant. J'ai adoré. Triste et magnifique à la fois, et un style vraiment particulier.
    J'admire ton travail, et même si je suis une lectrice indigne qui est trèèèèès lente en ce moment (et dire qu'il y a un temps je lisais au moins une fiction par soirée!), sache que je te suis de loin, et que je suis très fan de ce que tu fais.
    A très bientôt, et merci beaucoup de nous faire partager ton talent.

  • chaos87th

    01/01/2011

    Au fait, Bonne année.

    J'adore vraiment l'OS.
    Mais c'est dommage qu'ils attendent autant de temps et le fait que Tom parte pour s'avouer leurs sentiments car ça les a fait souffrir énormément.

  • mE-in-my-drEam-z

    13/08/2010

    Adorable <3
    j'aime beaucoup le fais de jongler entre les flash back et le présent. Et surtout les paroles de la chanson... Celle que j'aime tellement, depuis toujours. Ces paroles collent parfaitement avec l'histoire en plus.
    Alors, franchement, j'adore.

  • Xx-SIMSALABIN-xX

    13/01/2010

    Gaaa je gagatise !
    J’adore relire cette petite histoire.
    Je trouve ça tellement chou et mignon.
    Pauvre Melvin quand même ^^
    Mais heureusement qu’il était là sinon, qui sait, peut être que Tom et Bill ne seraient toujours que des amis en colocation ;)
    Ah ! Merci pour ce moment fort sympathique ! =)

  • laura67

    05/01/2010

    J'ai beaucoup aimé.
    A la fin j'ai eu un coup de stresse, je me demandais si Bill allait retenir Tom et tout lui avouer ou le laisser partir !
    Bonne continuation.

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