Leave the Dark - Chapitre 11

Chapitre 11

Il devait déjà surement faire bien jour dehors, mais c'était impossible d'en être certain, car le temps était tellement gris ces deniers jours que même la lumière filtrant à travers les volets était toujours sombre, qu'il soit midi ou minuit. Tom soupira. Il n'avait pratiquement pas fermé l'½il de la nuit. Il observa le corps nu collé contre le sien, et un petit sourire étira ses lèvres. Des images de la veille défilèrent derrière ses paupières, et il en frissonna. Ça avait été parfait. Bill et lui n'avaient jamais réellement fait l'amour, jamais de cette façon, et ça avait été la meilleure, la plus belle de toutes. Sans vraiment s'en rendre compte, le tressé laissa une de ses mains glisser sur la peau du brun endormit. Il lui caressa l'épaule, puis la joue, avec tendresse. Il aimait tout de lui. Tout. Et ça l'effrayait un peu, à vrai dire il n'avait jamais aimé de cette façon. Il ressentit une petite pointe au c½ur en pensant que pour Bill, ça avait déjà été le cas. Mais il refusait de laisser cette information gâcher leur relation enfin officialisé. Ainsi que le fait qu'Adrian soit vraiment, vraiment très près, à quelques rues d'ici. Non, il ne voulait pas y penser, il préféra se concentrer sur les mots de Bill, ces mots qui lui avaient promis qu'à présent il n'y avait que lui. Il soupira, continuant de caresser son amant, s'amusant à présent avec ses longs cheveux qu'il aimait tellement.

A vrai dire, ce qui l'avait vraiment empêché de dormir, c'était son frère. Il n'arrêtait pas d'y penser. Non, il ne l'avait pas vengé, mais il ne regrettait pas cette paix qui avait été déclaré. Il savait que Lukas voulait que les choses se terminent ainsi, il le lui avait dit plusieurs fois. Mais ce qui tracassait encore plus Tom, c'était le futur. Qu'allait-il se passer à présent ? Il sentit l'appréhension lui serrer l'estomac. Qu'allait-il faire à présent qu'il était livré à lui-même ? Ça pouvait paraître étrange, mais il n'avait jamais réellement eu besoin de s'occuper de lui, Lukas était là pour veiller à leur protection à tous les deux.

Un mouvement le tira de ses interrogations, et il eut un sourire en voyant Bill remuer, puis papillonner doucement des paupières, pour finalement ouvrir les yeux. Il sembla se demander pendant un instant où il était, avant de plonger son regard dans celui du tressé, et de répondre à son sourire. Il s'étira un peu, et laissa sa tête reposer sur le torse de Tom. Ses longs doigts virent glisser sur son ventre, et il traça quelques arabesques, lui donnant au passage quelques frissons. Puis il y déposa un léger baiser.

- Bien dormis ? L'interrogea le plus jeune en faisant glisser une mèche de cheveux entre son index et son majeur.

- Mieux que toi, à mon avis. Je t'ai sentit remuer toute la nuit.

Tom poussa un petit soupir.

- J'arrivais pas à dormir.

- Pourquoi ?


Il y eut un petit silence, et Bill sentit Tom remuer. Il se redressa, s'asseyant dans le lit, le drap toujours autour de sa taille pour recouvrir sa nudité. Le tressé s'était un peu redressé et adossé contre la tête du lit. Il gardait les yeux posés sur la fenêtre de la chambre de l'androgyne. Ce dernier pencha un peu la tête et lui toucha doucement l'épaule.

- Lukas ?

Il vit clairement Tom sursauter à l'entente de ce prénom, et il ferma les yeux, comme en proie à une vive douleur (et Bill savait que c'était le cas). Il acquiesça doucement de la tête.

- Tu regrettes ? Lui demanda le brun avec appréhension.

- Non, se dépêcha-t-il de répondre. Non, je sais que c'est la meilleure chose qui pouvait arriver. Mais... Maintenant ? On fait quoi, au juste ?

Bill fixa le plafond.

- J'en ai aucune idée. On recommence à vivre ?

Tom eut un petit rire triste et ironique.

- Vivre ? T'appelles ça vivre ? Moi j'appelle ça subir.

- On n'a pas vraiment le choix.


Le silence retomba. Chacun réfléchissait aux éventualités qui se présentaient à eux, et constatait à quel point le retour au quotidien allait être difficile, même si globalement, la vie allait se faire moins rude. Et puis, l'évidence frappa Tom. Oui, tout allait être difficile. Mais Bill était là. Il se retourna vers son amant qui avait toujours l'air perdu dans ses pensées, et s'en rapprocha timidement. Il glissa ses bras autour de sa taille, et laissa son front retomber contre son épaule. Le plus âgé ne tarda pas à réagir, et resserra l'étreinte. Il pouvait presque toucher l'angoisse de Tom tellement elle semblait émaner de lui. Il lui caressa le dos et lui embrassa le cou.

- J'ai... Quelque chose à te demander, annonça finalement le tressé sans se détacher.

Bill hocha la tête, encourageant.

- Je voudrai retourner à la maison. Mais j'ai peur que...

Il se tu, mais il savait que le brun avait sûrement compris.

- Tu veux que je vienne avec toi ?

- S'il te plait.


Bill s'écarta légèrement de son protégé, et lui pris le visage entre ses mains. Il lui offrit un petit sourire rassurant, et doucement, déposa ses lèvres sur les siennes. La chaleur se répandit de la bouche vers tout le corps de Tom. Il pensa pendant quelques secondes que sa seule chance d'être heureux se résumait à présent à ça. Enfin, pas vraiment l'acte en lui-même, mais la façon dont il était fait, avec cette extrême attention, cette douceur... Il décida d'en profiter encore un peu, et se glissa sur les jambes de Bill, s'asseyant sur son bassin et laissant sa bouche embrasser sa clavicule. Ses baisers devinrent rapidement plus lent, et sa langue glissa sur la peau chaude qui semblait peu à peu prendre feu sous son passage. Les mains de Bill vinrent lui saisir les épaules, et il le stoppa.

- C'est soit on se lève maintenant, soit on sort pas de ce lit de la journée et...

Il s'approcha du visage de son petit ami et lui embrassa le menton en lui glissant :

- Pas que je n'ai pas envie de te faire l'amour toute la journée... Au contraire...

Il passa ses mains dans le dos nu et redessina les omoplates qu'il sentait sous ses doigts.

- Mais y'a plus urgent, déclara-t-il en embrassant une dernière fois les lèvres de Tom. On aura tout notre temps pour ça plus tard.

Le tressé hocha la tête, à nouveau frappé par la réalité, et la douleur qui l'accompagnait. Néanmoins, il savait que Bill avait raison de l'y ramener. Il ne serait jamais totalement heureux et en paix avec lui-même s'il ne faisait pas franchement face à l'irréversibilité de la situation, et à la mort de son frère. Un frisson de dégoût le saisit à cette pensée, et il ferma les yeux. Il sentit les bras rassurants du brun l'entourer et le serrer contre lui. Il l'entendit lui murmurer :

- Je sais que ça ira. J'ai confiance en toi.

Tom pris une profonde inspiration, et se leva pour sortir du lit et aller prendre une douche. Bill vint le rejoindre, et ils se lavèrent en silence, communiquant uniquement par les gestes, comme ils avaient pris l'habitude de le faire. Ils s'habillèrent, puis quittèrent la maison de l'androgyne. Alors qu'ils remontaient les rues vers la maison des frères, Tom saisit la main de Bill et la serra dans la sienne. Ce dernier lui envoya un sourire encourageant. Bientôt, ils atteignirent l'habitation. Bill sentit nettement Tom se raidir et inspirer profondément alors qu'ils montaient les marches du perron, et entraient dans la maison après avoir déverrouillé la porte. Il le poussa légèrement pour pouvoir refermer derrière eux, et en se retournant, il serra les dents. Tom semblait anéantit, et cette vision le rendait malade, parce qu'il n'y pouvait rien. Il le laissa un instant tranquille pour qu'il puisse se retrouver seul avec ses souvenirs. Il laissa ses propres yeux balayer l'endroit, intact depuis que Lukas était mort, imprégné de sa présence, partout. Il restait même quelques magazines ouverts sur la table basse, une paire de chaussures trop grandes pour être celles de Tom, une veste que Bill avait souvent vue sur le meneur... Rien ne laissait supposer qu'il n'était plus. Le brun pensa avec tristesse que son protégé n'avait rien touché durant sa semaine d'absence, qu'il était simplement resté enfermé chez lui avec la présence de son fantôme partout autour de lui. Il s'attarda sur l'escalier où il pouvait voir voler quelques moutons.

Puis son regard se reposa sur le tressé. Il eut l'impression qu'on lui écrasait la cage thoracique alors qu'il le vit, un cadre photo entre les mains, le visage baigné de larmes. Le cadre glissa et vint s'écraser au sol, aussi durement que lorsque les genoux de Tom le heurtèrent et qu'il y donna un grand coup de poing. Bill resta un instant sans réagir, il se demandait s'il devait faire quelque chose, ou simplement laisser le plus jeune faire face seul à tout ça, l'affronter pour pouvoir continuer. Il brûlait d'aller le rejoindre, le prendre dans ses bras, le rassurer. Mais quelque chose lui indiquait qu'il ne le devait pas. Alors il attendit. Les épaules de Tom étaient parcourues de sanglots, et il serrait les mains sur son pantalon, jusqu'à en faire craquer ses phalanges. Tout se brouillait dans son esprit, et plus rien ne semblait avoir de sens, de logique. Un sanglot lui échappa, lent, puis se transforma en cri étouffé. La douleur arrivait de partout, et ne lui laissait aucun répit, rien, juste douleur, douleur, douleur. Tom eut l'impression de devenir une boule de douleur ambulante. Il ne distinguait plus grand-chose, et se demanda un instant pourquoi il avait continué à vivre dès l'instant même où il avait comprit qu'il ne reverrait plus jamais son frère. Et alors, une voix lui parvint.

- Tomi...

Bill avait vraiment voulu rester en dehors de ça, mais c'était simple, il ne supportait pas de le voir ainsi, il ne pouvait tout simplement pas y rester indifférent. Il fit un pas vers le plus jeune, la main légèrement tendue vers lui, hésitante. Mais Tom le stoppa.

- Non.

Le brun resta interpellé, figé dans son geste. Mais le tressé reprit la parole, dissipant le doute :

- Je peux y arriver. Je vais le faire.

Sa voix était faible, tremblante, à peine audible, mais il parlait. Son corps était recroquevillé, comme s'il recevait des milliers de coups, mais il se redressait, lentement. Ses mains se relâchèrent, et il se retrouva debout, le cadre dans une de ses mains, qu'il reposa à sa place initiale, néanmoins il était toujours parcouru par quelques spasmes. Il ferma les yeux, et inspira. Bill l'observa, et le vit petit à petit retrouver son calme, ses larmes disparurent, ses tremblements aussi, et il respira bientôt de façon profonde et régulière, comme s'il s'endormait. Tout ça paraissait irréel, et quelque chose explosa dans le ventre de l'androgyne. Un mélange de fierté, de bonheur, de reconnaissance... Et il pensa avec une pointe d'émotion bouleversante que c'était ça, ce qu'on appelait l'amour. Cette sensation se décupla quand Tom releva enfin les yeux vers ceux de son amant, et qu'il les plongea dans les siens, remplit de tellement de choses qu'eux seuls pourraient comprendre. Alors, n'y tenant plus, Bill se rapprocha franchement, s'arrêtant tout de fois à quelques centimètres de lui. Ils se dévoraient toujours du regard, et ce fut Tom qui combla l'espace entre eux en venant se réfugier dans les bras de son protecteur. Ce dernier le serra si fort qu'il eut peur un instant de le voir se désintégrer dans son étreinte. Mais Tom en redemandait, il voulait se sentir exister dans les bras forts de cet homme qui avait fait tellement pour lui. Et sans même s'en rendre compte, ses lèvres se mirent à bouger, et il parla, il sortit de lui tout ce qu'il pouvait intérioriser.

- T'as toujours été là, t'es resté tout le temps, tu m'as empêché de faire n'importe quoi, tu m'as protégé tellement de fois, Bill... Merci, merci pour tout ce que tu as fais... Tu m'as jamais laissé tomber... T'as fais... Tellement pour moi...

Le brun s'était légèrement écarté en secouant la tête, et il venait de plaquer une de ses mains contre la bouche de Tom, l'empêchant de continuer. Il fit encore non de la tête, mais le tressé put voir une larme glisser de son ½il charbonneux, puis une autre, et il se dégagea de la main manucurée pour saisir le visage de son petit ami entre ses mains, effaçant les larmes avec son pouce au passage.

- Je t'interdis de penser que non. Je t'interdis de penser à quoi que ce soit de mauvais. Tu es bon pour moi. Tu es ce qu'il y a de meilleur. Et putain, il faut que j'arrête de parler, et que je t'embrasse tout de suite.

Cette fois-ci, Bill eut à peine le temps d'hocher la tête avant d'être embrassé avec passion. Il agrippa le dos du plus jeune et le fondit contre son propre corps, tandis que ses lèvres ne cessaient de se poser sur les siennes. Il laissa sa langue glisser dans sa bouche, lécher tout ce qu'il pouvait, faisant déborder ses baisers dans la fougue vers le cou de Tom, sa pomme d'Adam, son épaule dont il avait légèrement tiré le tee-shirt pour venir la goûter. Il ne pouvait plus s'arrêter, il ne voulait plus s'arrêter, jamais. Il le serra à nouveau contre lui, comme pour se prouver qu'ils étaient réellement ensemble, debout au milieu du salon, à se témoigner à quel point ils s'aimaient, d'une façon qu'ils n'avaient jamais expérimentées avant, en étant sincères et honnêtes, sans ambiguïté, sans ce doute constant sur lequel ils avaient construit une relation ô combien bancale, mais ô combien importante.

Puis, alors qu'ils appréciaient de sentir leurs c½urs battre l'un contre l'autre, la sonnette d'entrée résonna dans la maison. Bill s'écarta, les sourcils froncés.

- Tu attendais quelqu'un ?

Tom nia de la tête, lui aussi l'air surpris.

- C'est peut-être Andy qui vient prendre des nouvelles.

Il haussa les épaules en disant cela, déposa un petit bisou sur les lèvres du plus âgé, puis se dirigea vers la porte. Il fut encore plus perplexe en tombant sur un homme assez grand, âgé d'une quarantaine d'années. Il resta bloqué face à lui pendant quelques minutes, et entendit les pas de Bill dans son dos.

- Tom... ?

- Tom,
répéta en écho l'homme inconnu. Bon Dieu, c'est bien toi.

Et le visage du tressé s'illumina, alors qu'il mettait enfin un nom sur ce visage.

- Oncle Greg !

***

Tom déposa le plateau avec les trois tasses de café sur la petite table, et s'assit à son tour. Il se sentait complètement abasourdi, pour une surprise, c'en était une belle. Il rendit son sourire à son oncle, encore légèrement sous le choc de le voir avec lui ici.

- C'est cool ce que tu as fais à tes cheveux, annonça Gregory avec un air amusé, même si j'aimais beaucoup tes dreads.

- Merci,
lui répondit-il en souriant de plus belle.

- Tu as beaucoup changé. Tu as tellement grandi. J'aurais été incapable de te reconnaître !

- Moi si. J'ai l'impression de t'avoir vu pour la dernière fois il y a deux jours.

- Et pourtant...


Les deux se regardèrent, et Bill put distinguer une tristesse évidente dans cet échange. Il avala une gorgée de café en tentant de comprendre quelque chose. Cet homme (bon sang, il fallait le dire, ce canon, qui faisait à peine son âge, avec un look un peu motard tout en étant classe, brun, yeux bleus, jean et veste en cuir, lunettes de soleil remonté sur la tête, l'air totalement décontracté... Incroyable) débarquait tout d'un coup, et c'est comme si Tom ne pouvait plus s'arrêter de sourire. Il pensa que ça devait vraiment être quelqu'un d'important. Mais alors pourquoi avait-il toujours entendu les deux frères lui affirmer qu'ils n'avaient plus aucune famille ? Pourquoi Tom ne lui avait-il jamais parlé de cet oncle qui semblait tellement compter pour lui ? Sa perplexité dû se sentir, puisque Gregory lui envoya un regard appuyé et que Tom lui toucha doucement le bras. Bill sursauta légèrement, tiré de ses pensées.

- Quoi ? Demanda-t-il avec un air ahuri qui fit rire le tressé.

- Je disais juste que tu n'avais jamais dû entendre parler de mon existence, expliqua l'oncle de Tom avec calme.

- Non, non c'est vrai. Pourquoi ? Interrogea-t-il directement, sa curiosité trop piquée par cette arrivée soudaine.

- Et bien, commença Tom en fixant sa tasse fumante, c'est un peu compliqué.

- Pas tant que ça,
grogna Gregory en buvant lui aussi une gorgée et semblant tout à coup beaucoup moins souriant. Ce sont ses parents qui m'ont empêché de venir ici plus souvent. Lorsque ma s½ur, Simone, la mère de Tom, s'est mariée avec son père, elle s'est complètement coupé de nous, moi, nos parents, si bien que même lorsqu'ils sont morts, elle n'est pas venue à l'enterrement.

Tom hocha la tête, l'air vraiment triste, il se souvenait bien du jour où leur mère leur avait annoncé que leurs grands parents étaient décédés à quelques jours d'intervalles, sans leur laisser le droit d'aller les pleurer avec toute la famille.

- Elle s'est complètement laissé embobiner par Jörg, si bien que même lorsqu'on a su qu'elle s'enfonçait dans la misère, elle a refusé notre aide, à moi et à ma femme. Elle a déménagé ici, et on n'a plus jamais eu de nouvelles. J'ai appris leur accident de voiture presque trois mois après qu'il ait eu lieu, et j'ai été horrifié à l'idée que mes neveux soient devenus orphelins. Néanmoins, Simone avait soigneusement évité de nous indiquer l'endroit où elle vivait, ce qui a rendu les choses très compliquées. On ignorait si vous étiez encore dans le coin, ou dans un autre pays. Bien sur qu'on a fait des recherches, mais impossible de vous repérer, elle avait bien brouillé les pistes. Voilà pourquoi ça fait presque sept ans que j'ai pas revu Tom.

Le silence retomba. Bill comprenait bien à présent pourquoi cet homme lui était resté inconnu. Gregory se racla la gorge, et ajouta :

- C'était ma seule s½ur, et j'ai eu du mal à l'accepter, quand on était enfant on s'entendait tellement bien. Je savais que Jörg la frappait, je savais qu'elle s'était mise à boire, mais je crois que j'ai toujours été trop craintif pour oser prendre de réelles mesures. Alors je me suis écarté, comme elle le souhaitait.

- J'ai plein de souvenirs de toi et tante July,
l'interrompit Tom, quand Maman nous laissait encore vous voir. Et ça c'est le plus important.

- Peut-être, mais j'arrive pas à m'empêcher de penser que si j'avais refusé de la laisser, les choses auraient pu être vraiment différentes.

- C'est du passé.


Il y eut un petit blanc, puis Tom demanda, sans méchanceté, juste un réel besoin de savoir :

- Pourquoi est-ce que tu es revenu aujourd'hui ?

Gregory pencha légèrement la tête sur le coté, et soupira, en proie à une douleur évidente.

- Je suis tombé par hasard sur un article de journal où ils parlaient de la mort de Lukas.

Le visage de Tom se décomposa, et il baissa les yeux. Bill lui attrapa la main sous la table, et il la serra très fort. L'oncle se massa un instant l'arrête du nez, puis expliqua :

- Je ne voulais pas y croire. Je ne pouvais pas croire que le moment où je vous retrouvais enfin, c'était pour apprendre la mort d'un de mes neveux. C'était tellement ironique, tellement affreusement ironique. C'était un article sur la guerre des gangs au sein de certaines villes, et il citait celle-ci, précisant qu'un jeune homme, dont il donnait le nom, prénom, et descriptif, avait été victime de cette haine. Après ça m'a encore pris quelques jours pour réellement trouver la maison, et me voilà. Je suis désolé, Tom. J'imagine à quel point ça a du être difficile pour toi.

Tom releva les yeux et lui adressa un petit sourire sans joie, pâle mais tenant tout de même à montrer qu'il tenait le coup.

- J'ai pas été tout seul face à ça, répondit-il en donnant une pression sur sa main enlacée à celle de Bill. Et puis avec Lukas on avait tout le reste du gang... C'est notre famille.

Gregory eut un sourire attendrit. Puis, curieux, il demanda :

- Mais au final, les gangs sont mal vu partout, pourquoi ? Vous n'êtes pas du genre petits voyous, pas vrai ?

Un petit rire échappa aux deux jeunes, et ils échangèrent un regard amusé.

- Non, pas vraiment. Les gangs étaient là pour se défendre les uns face aux autres.

- Étaient ?

- C'est terminé maintenant,
annonça Bill, grâce à vos neveux.

- Ah oui ?

- Pas vraiment,
protesta Tom. Disons que les choses sont plus simples pour tout le monde comme ça. Et puis Lukas est... Était le leader. Sans lui... C'est comme s'il laissait des orphelins derrière lui. On n'a plus de raison de se battre. Cette guerre était ridicule.

- Alors Tom a permis qu'elle s'achève, donc j'avais raison,
conclu le brun avec suffisance.

Le tressé roula des yeux, mais il affichait un petit sourire en coin.

- Je vois, reprit Gregory. Et financièrement, comment vous avez réussit à tenir aussi longtemps ? Vos parents ne vous ont pas laissé grand-chose j'imagine.

Alors Tom raconta, il résuma les années qui avaient suivit le décès de Simone et Jörg. Il ne lui épargna aucun détail, ce qui conforta Bill dans son idée que cet oncle devait être quelqu'un de très précieux pour Tom. Il parla de la blessure, l'accident de voiture, la galère qui s'en est suivie, le travail au garage, il lui avoua même pour la drogue, la dépendance, la peur, son overdose... Gregory sembla horrifié plus d'une fois, et Bill pouvait jurer qu'il n'avait surement jamais imaginé que ses neveux aient pu être dans une telle misère, et encore moins être capable de s'en sortir seulement à deux. Puis vint le moment de parler des gangs, il lui expliqua à quel âge il y était entré, les règles, la nomination de Lukas à la tête, il lui parla des batailles, des secrets, et puis la mort de son frère. Une larme solitaire lui échappa, et il laissa enfin le silence envahir la pièce. Sa main n'avait toujours pas lâché celle de son amoureux, et il la serrait si fort que l'androgyne en avait des fourmillements, mais il ne pensa pas une seule seconde à la retirer. L'oncle de Tom se passa une main sur le visage, l'air profondément touché.

- Si seulement je vous avais retrouvé plus tôt, dit-il finalement, les dents serrées. Si seulement j'avais continué à chercher...

- T'as pas à te sentir coupable,
lui répéta Tom en secouant la tête. Luke et moi, on s'avait l'un l'autre, c'était le principal. Et puis les seules personnes à qui j'en voudrait toujours, ce sont nos parents. Même s'ils sont morts, je n'arriverais pas à leur pardonner ce qu'ils nous ont fait.

- Ta mère vous aimait,
soupira Gregory, simplement elle a réalisé trop tard qu'elle avait fait des erreurs, et elle a fuit quand elle a sentit que ça dégénérait, sans jamais reconnaître qu'elle avait besoin d'aide. Quant à ton père... J'aurais plus de mal à le défendre. Désolé.

Le tressé haussa les épaules.

- C'était un connard.

Personne ne répondit, et Bill sentit sa main être lâchée. Tom se gratta la nuque.

- En fait, commença son oncle, brisant le silence, j'avais quelque chose à te proposer aussi. J'y pense depuis que je sais où tu es, mais tout ça m'a donné encore plus de conviction.

Tom lui envoya un regard curieux, et l'encouragea à finir d'un mouvement de tête.

- Je voulais savoir si tu voulais partir avec moi.

Il y eut un bruit de vaisselle, et Tom vit que la petite cuillère de Bill venait de lui tomber des mains et de heurter le sol. Il resta abasourdit.

- Quoi ?

- Je sais que c'est soudain, mais voilà, j'ai un studio vide près de chez nous, et je pourrais très bien te le louer pour pas grand-chose. Et puis on a cette école pas loin, je me souviens que tu m'avais parlé de travailler dans la musique quand tu étais plus jeune. Il serait peut être temps de reprendre tes études. L'argent n'est pas un problème, July et moi on n'a jamais eu d'enfant, et on vit confortablement. Elle serait tellement heureuse de te voir plus souvent, et moi aussi.


Bill resta figé, glacé par l'horreur. Tom, partir ? C'était impossible, pas maintenant qu'ils avaient enfin commencé à vouloir reprendre un semblant de vie, ensemble. Pourtant, il ne pouvait nier le coté de lui qui lui indiquait qu'il était égoïste et qu'il n'avait pas le droit de penser ça. Le plus jeune quant à lui était dans le même état. Mais d'un autre coté, la proposition était plus que tentante. D'un même mouvement, les deux amants se tournèrent l'un vers l'autre. Gregory sembla alors réaliser quelque chose qu'il n'avait pas encore remarqué.

- Oh... Oh ! Je suis désolé, je n'avais pas... Je comprends que tu ais des attaches, je suis désolé. J'arrive comme ça après des années et je te demande de quitter ta vie, excuses moi, je n'ai jamais été très... Ouais.

Il baissa les yeux, semblant gêné de n'avoir pas noté ça plus tôt, et se traitant mentalement d'idiot. Tom s'empressa de répondre.

- Non, c'est rien t'en fais pas, c'est une proposition vraiment... Je veux dire, personne n'avait jamais voulu faire quelque chose pour moi, pas quelque chose d'aussi gros... Mais...

Il reporta son attention sur Bill et lui sourit.

- Je crois que ça va être impossible.

Et, à l'étonnement de tous, même au sien, Bill répondit :

- Et moi je pense que si. Il est hors de question que tu passes à coté d'une telle opportunité par ma faute. Tu as l'occasion de vivre ton rêve Tomi, imagine...

Le tressé se leva d'un coup, et l'androgyne en fit de même, se rapprochant face à lui. Le visage de Tom était rouge, et ses yeux noircissaient doucement, signe d'une colère violente qui risquait d'éclater à tout moment. Alors Bill fit la seule chose à faire, il prit le visage de son petit ami entre ses mains et lui sourit.

- C'est ta vie Tom. Pas moi. Ta vie, ton avenir. T'as pas le droit de tout gâcher.

Tom secoua vivement la tête, mais Bill maintint son regard.

- Ça ne changera rien. On peut être ensemble quand même. Je te l'ai dis, je suis à toi maintenant. Tom. Ne fais pas cette connerie.

- Arrête !
Cria le plus jeune en retour. Toi, ne dis pas de putain de connerie !

- C'est la vérité. Je te dis la vérité. Tom.

- Non ! Non tais-toi !


Bill ne le quittait pas des yeux, et il se mit à lui caresser la joue de son pouce.

- Tom... Murmura-t-il.

Le tressé secouait toujours la tête, et il tentait de repousser le brun. Mais ce dernier raffermit sa prise, puis l'attira contre lui pour le serrer dans ses bras, sa tête calée contre son torse, le menton reposant sur le haut du crâne de Tom. Il lui caressa le dos avec douceur, et le sentit pleurer contre lui. Il était lui-même déchiré de l'intérieur à l'idée d'être séparé de son protégé, mais il ne pensait pas à lui en cet instant, juste à Tom, et au futur meilleur qu'il pourrait enfin avoir grâce à son oncle. Celui-ci observait les deux jeunes hommes, et s'était mis debout. Il s'approcha doucement et toucha l'épaule de Tom avec douceur. Bill s'écarta pour laisser le tressé se retourner. Gregory lui offrit un sourire.

- Ou j'ai une autre solution. Bill peut venir, le studio est assez grand pour deux. Et les petits boulots, ce n'est pas ce qui manque dans le coin.

Les yeux de Tom s'agrandirent, et il fit volte face. Bill affichait aussi une expression des plus surprise.

- Dis oui, l'implora son petit ami en venant se coller à lui et en agrippant son tee-shirt. Putain, dis oui Bill. On peut tout recommencer à zéro, loin de cette ville.

- Je... Je ne sais pas,
bégaya l'androgyne, déconcerté, c'est beaucoup, comment on fera pour le loyer, et pour...

- J'ai dis que l'argent n'était pas un problème,
le coupa l'oncle de Tom. J'ai beaucoup à rattraper avec la seule famille qu'il me reste, et j'ai de quoi subvenir à vos besoins.

- Et puis tu pourrais travailler, les bars y'en a partout,
continua Tom sans le lâcher du regard. Qu'est-ce qui te retient ici ?

Il eut un silence durant lequel les deux jeunes se dévisagèrent.

- C'est Adrian, c'est ça ? Lança durement Tom.

Bill ferma les yeux et inspira.

- Bien sur que non. Je t'ai dis que c'était du passé.

- Alors arrête de te poser des questions.


Ils continuèrent à se fixer, puis le visage du brun se détendit peu à peu. Il s'écarta de Tom, effrayant un peu ce dernier, puis se dirigea vers Gregory. Il lui tendit la main, et un sourire pris enfin place sur ses lèvres.

- Je ferai mon possible pour trouver rapidement un travail.

L'homme lui rendit son sourire et lui serra vivement la main.

- Aucun souci. Avoir Tom près de nous sera déjà un grand bonheur.

Le tressé se précipita sur Bill, et sans se soucier de la présence de son oncle, il l'embrassa avec fougue, lui communiquant tous les sentiments violents qui s'emparaient de lui. Ils se serrèrent l'un contre l'autre, encore un peu sonné par l'enchaînement des événements.

Quelques jours plus tard, un camion vint embarquer les quelques meubles que possédaient les deux frères. Tom décida de garder toutes les affaires de Lukas, et son oncle ne pu que l'encourager dans cette idée. Le tressé lui promit de lui parler de son aîné, dès que la douleur serait moins présente. Puis le camion fit un saut à l'appartement de Bill, pour récupérer également pas mal de cartons de déco en tout genre, et quelques autres biens. Puis l'heure des aux-revoir arriva, mais alors que les deux amoureux pensaient passer voir tous leurs amis les uns après les autres, une surprise de taille les attendit sur la place principale. Alors que le camion de déménagement prenait la route pour leur nouveau chez-eux, et qu'ils s'apprêtaient à prendre la voiture et à faire leur tour, ils virent un grand rassemblement. Le c½ur de Tom explosa alors qu'il reconnaissait chacun des visages présents : ceux de son gang, celui de Stefan, et même quelques nordistes. Il s'y précipita avec Bill pour aller remercier tout le monde, les prendre dans ses bras, pleurer pas mal aussi. Ils passèrent au moins une heure à promettre de donner des nouvelles régulièrement, et de revenir souvent, leur destination n'étant qu'à une heure de route de la ville. Tom vit du coin de l'½il Bill faire ses adieux à Adrian, et il parvint à rester calme, même si la jalousie restait présente. Il savait que c'était important pour son brun, et puis le fait de partir avec lui était la plus belle preuve que Bill aurait pu lui donner.

Puis, enfin, ils grimpèrent dans la voiture de Gregory. Leurs mains s'enlacèrent, et ils échangèrent un regard chargé d'amour alors qu'ils dépassaient le panneau où le nom de la ville était barrée d'une grande croix rouge, et que le soleil semblait percer d'entre les nuages.

Ils quittaient l'obscurité, pour un avenir plus lumineux.

Ensemble.

Leave a comment

We need to verify that you are not a robot generating spam.

See legal mentions

Don't forget that insults, racism, etc. are forbidden by Skyrock's 'General Terms of Use' and that you can be identified by your IP address (54.198.170.159) if someone makes a complaint.

Comments :

  • Amuna28-fic

    20/08/2011

    Je ne pensée pas qu'il reste d'autre membre de la famille de Tom.
    C'est super ce que lui a proposé son oncle.
    Bill et Tom on tous pour être heureux à présent.

  • chaos87th

    07/02/2011

    Vraiment génial ce chapitre.
    J'ai eu peur que Bill ne parte pas avec Tom.
    Heureusement qu'il le fait sinon je serais aller le chercher par la peau des fesses et l'y aurait emmené direct.

  • tounzig

    26/10/2010

    Merci! j'ai adoré cette hisroire et j'ai été très surprise du dénouement...en plus, j'adore les happy end!
    j'espère que tu as encore écrit plein de choses que je vais pouvoir lire!
    A très bientôt!

  • zyngao

    13/06/2010

    superbe vraiment ce revirement de situation ils vont pouvoir vivre ensemble etre heureux a deux c'est trop mignon a+

  • môa

    29/05/2010

    unsy unsy unsy... jte connais, j'ai déjà vu certains de tes comm sur
    des blogs. tu...écris bien. tu écris très bien. même plus que ça en
    fait. j'ai pleuré quand les personnages étaient tristes, j'ai eu des
    bouffées de chaleur quand les personnages étaient en proie à
    l'amour, la passion. tu as des idées.. je vais pas dire des idées
    exceptionnelles parce que j'ai déjà vu des blogs avec le même type
    d'histoire mais... tu te démarques tellement de la masse des blogs.
    tu as des idées originales, tu écris
    putain de bien, et tes histoires tiennent complètement la route, tu prends
    soin du détail (pointilleuse?^^).
    mais en fait... c'est con, mais je vais pas lire le reste de ce que tu as écrit.
    ce qui me dérange dans tes histoire c'est que tu flirt avec l'infidélité ><.
    tes histoires sont magnifiques, elles ne sont pas que centrées sur les lemon,
    tes personnages ont des personnalités (pas tous dans le même moule), 'cest
    pas des perso qui font "arrière-plan", l'univers est construit avec soin mais à
    chaque fois (du moins pour les 3 histoires que j'ai lu), alors qu'on arrive au
    dénouement... bill fait une connerie qui (je trouve) fout en l'air toutes les belles
    paroles et les beaux actes d'avant. soit il revoit son ex 'qu'il n'oubliera jamais',
    soit il voit un autre beau mec et il reste tout émoustillé soit... enfin bref. genre sur
    frisson d'adrénaline j'allais te laisser un comm sur le fait que j'ai adoré ton histoire
    qu'elle était belle et... et bam y'a un mec qui arrive dans le lot, bill se met à douter,
    et blablabla.. heureusement c'est jamais certain, c'est plus des mots qu'autre chose
    mais moi ça me fait chier >< quand je lis ça, si j'étais à la place de tom j'aurais plus
    confiance. enfin bref, c'est infiniment stupide je sais, mais j'ai remarqué que j'adore
    tes histoires jusque le 3 ou 4ième chapitre avant la fin et puis d'un coup presque tout
    est gâché et j'ai l'impression de revenir en arrière.
    mise à part ce détail stupide, tu écris superbement et tu as parfois des phrases, des
    tournures d'expression qui me donnent des frissons tellement je les trouve bien tournées.
    je kiffe ta manière d'écrire, l'évolution de tes perso, je kiffe tes histoires mais comme jte
    dis j'aime pas quand tu fais foirer bill...
    bis...
    <3

  • ConfeSsiOn-Of-Tom

    25/02/2010

    mOi j'aii vraiiment aimée...et ta fin on peut ensuite imaginer ce q'il faut vivre
    dans cette nouvelle vie est c'est merveilleux...

  • ConfeSsiOn-Of-Tom

    25/02/2010

    J'ai du mal a cOmprendre pOurquoi tu n'es pas asaillie de commentaire
    tellement tes ecrit sont magnifique, originaux et si bien ecrit...

  • ConfeSsiOn-Of-Tom

    25/02/2010

    Ouah j'ai tout lu,
    et j'aiime comme a chacune de tes fiction, sincerement je suis tellemetn dans un mOnde appart
    j'ai bien failli pleurer pOur Lucas cetait si intense...ca fait revrire certaine chose aussi...

  • L--e--b

    28/12/2009

    Magnifique fin =) !

    Malgré le décés de Lukas =( mais bon c'est qu'une fiction...Mais meme en me disant sa j'ai quand meme pleurer face a la douleur de Tom =S !

    Bisous.

  • Giffolies

    01/12/2009

    Ah j'adore vraiment sa me fait un peu de peine qu'il laissent tout leur ami mais ils sont à 1 heure de route donc c'est faisable.

Report abuse