Sweet Holding - Chapitre 2

Chapitre 2
Qu'allons-nous faire ?


Le hangar devait être une sorte d'ancienne maison en ruine, peut-être un squat, quoi qu'il en soit, il possédait une sorte de salle de bain avec des douches, des toilettes, ce qui était déjà rassurant. Il y avait aussi des vieux matelas et quelques couvertures, et plusieurs pièces qui feraient office de dortoirs, lesquels seraient sous surveillance relayée toutes les nuits. Les otages avaient le droit d'utiliser leurs affaires personnelles au moment de la douche, et pour dormir. Vêtements, nécessaire de toilette, le minimum syndical. C'était ce qu'on leur avait dit, rien de plus.

Ah, si.

Qu'ils voulaient le fric de Tom. Et celui des autres, accessoirement. Mais surtout celui de Tom.

Il frissonna à cette pensée et replia ses jambes contre lui. Il était à l'écart, assis contre un mur, pas très loin mais juste assez pour sentir qu'on lui jetait des regards difficiles à interpréter, mélange de colère et de compassion. Et il ne le supportait pas. Il ignorait ce qu'il allait faire. Donner de l'argent ? Céder ? Il lui semblait qu'il n'avait pas vraiment le choix, et d'un autre coté, il voulait attendre un peu. Les ravisseurs ne semblaient pas trop agressifs, ni réellement envieux de tuer qui que ce soit. Peut-être qu'il serait possible de négocier ? Le guitariste posa sa tête sur ses genoux et poussa un long soupir. Comment une chose pareille pouvait-elle lui tomber sur la tête, la semaine de ses vacances en plus ? Son c½ur se serra alors qu'il imaginait à quel point sa mère et sa s½ur avaient dû être déçues, puis inquiètes de ne pas le voir arriver. De toute façon, tout le monde devait être au courant à présent, un avion détourné ne passe pas vraiment inaperçu. Et où se trouvait-il au juste ? Toujours aux Etats-Unis ? Ou quelque part en Europe ? Il semblait vaguement à Tom qu'il avait entendu deux hommes parler en espagnol. Le Mexique ? Il soupira encore.

« Hey ! »

Il releva la tête d'un coup sec, se retrouvant nez à nez avec Bill. Il resta un instant figé. Qu'est-ce que cet emmerdeur lui voulait ?

« Oh, je croyais que tu pleurais, mais non, alors c'est bon » répondit l'androgyne comme s'il avait lu dans les pensées du dreadé.

Ce dernier resta interpellé. Alors, en plus d'être pris en otage, il fallait qu'il soit pris en otage avec un espèce d'attardé obsédé par ses jeans et sa petite personne ? Ce n'était plus de la malchance, c'était de la poisse, purement et simplement. Tom eut vraiment envie de pleurer.

« Tu peux m'expliquer pourquoi ces mecs te veulent quelque chose ? » poursuivit Bill, totalement inconscient du soudain désespoir intérieur de Tom à l'idée de devoir le supporter.

« Euh, j'en sais rien » répondit machinalement le guitariste. « Ils doivent juste regarder la télé, comme tout le monde. »

« Quel rapport avec toi ? »


Tom ne sut pas s'il devait rire ou se taper la tête contre le mur. A la place, il répondit, blasé.

« Ils ont du me reconnaître, grâce à la télé, ou à un magazine quelconque. De toute façon je savais bien que je ne m'étais pas assez camouflé en venant dans cet aéroport... » Pensa-t-il tout haut, plus pour lui-même que pour le brun. Celui-ci ouvrit des yeux ronds.

« Quoi ? Ne me dis pas que tu es un acteur, ou quelque chose comme ça quand même ? »

« Musicien »
rectifia Tom avec agacement. Ce mec commençait vraiment à lui taper sur le système.

« Non ?! » Bill semblait vraiment effaré. « Incroyable »

« Super »
grinça le blond en serrant un peu plus les dents. Il avait la main qui le démangeait sérieusement, et sentait que son poing risquait de partir tout seul s'il ne se calmait pas tout de suite.

« En même temps, » reprit l'autre d'un air détaché, « j'aurais du m'en douter dès le début, t'as bien l'allure d'un mec qui se roule dans son fric et qui se croit mieux que tout le monde... »

Tom vit rouge, et en moins de trois secondes, il avait violemment plaqué Bill contre le mur, la main serrée sur sa gorge. Il lui fallut à peu près une minute durant laquelle il planta son regard brûlant de haine dans celui visiblement paniqué de l'androgyne pour se rendre compte de ce qu'il faisait et relâcher sa prise. Bill s'éloigna, frottant son cou avec énergie et respirant exagérément fort. Tom n'avait pas serré si fort tout de même. Il réfléchit un instant, puis haussa les épaules. Bah, peut-être un peu, mais ça lui apprendrait, peut être aurait-il enfin la paix comme ça. Il se rassit contre le mur, fixant le sol d'un air fatigué.

« Pauvre con » entendit-il Bill cracher, et un petit sourire sadique se dessina sur ses lèvres.

« Merci du compliment, mais je te signale que c'est mon fric qu'ils veulent, alors t'as intérêt à faire gaffe, sinon je leur offre ton sale cul de pourri gâté en échange de la liberté des autres. »
L'étudiant sembla encore plus choqué que lorsqu'il avait appris le métier de Tom. Il fixa la bouche entrouverte, et si le guitariste n'avait pas été aussi agacé, il aurait trouvé ça très drôle.

« Tu déconnes là ? Tu ne ferais pas ça quand même ? »

« J'vais me gêner » grogna Tom en se levant pour s'étirer un peu. Bien sur que non, il ne le ferait pas, mais bon, que Bill l'en pense capable était une bonne chose... Ou peut-être était-ce une bonne idée ? Le dreadé fut effrayé de voir qu'il envisageait cette possibilité avec sérieux, et secoua la tête. Allons, même le pire des chieurs ne méritait pas ça. Il rouvrit les yeux, persuadé de voir Bill en train de partir, mais ce dernier le fixait toujours.

« Quoi encore ? » demanda Tom sans douceur.

« Oh ça va, je te signale que tu as voulu m'étrangler, alors s'il te plait, un peu de gentillesse ne t'arracherait pas la gueule ! »

Le guitariste leva les yeux au ciel. C'était vraiment l'hôpital qui se foutait de la charité. Il préféra ne pas répondre, et le visage d'Andréas lui vint en tête. Cela eut le don de le calmer et en même temps, une grande tristesse l'envahit, si bien qu'il en oublia complètement Bill.

« Arrête de tirer cette tête là, t'as vraiment une sale gueule comme ça » crut bon de commenter ce dernier, rappelant sa charmante présence.

Tom soupira, désespéré. Il préféra s'éloigner un peu, quitte à se risquer vers les autres otages, même s'il redoutait une certaine ranc½ur de leur part. Après tout, avec ce qu'avait dit l'inconnu, il était la cause de tout ça. Il s'approcha du petit groupe, observant les personnes présentes. Visiblement, seule la première classe et la classe affaire avaient été pris. C'était donc ça, l'argent. D'un autre coté, pour quelle autre raison auraient-ils bien pu tous être là ? Il fut tiré de ses pensées par des regards insistants.

« On se demandait si tu allais finir par venir », annonça un homme avec un petit sourire. Il se leva et tendit sa main à Tom. « Moi c'est Jack, j'étais en classe affaire. »

« Euh, Tom, enchanté »
répondit le guitariste en serrant maladroitement la main de l'autre homme. Il y eut quelques rires parmi les otages, après tout ils savaient tous comment il s'appelait, mais Tom l'avait dit par formalité. Jack reprit la parole, rassurant.

« Tu n'es pas obligé de rester dans ton coin, Tom. Tout le monde ici sait très bien que ce qui arrive n'est pas ta faute en particulier, et puis si on ne sert pas les coudes, on risque de tous perdre la tête. Le but est de rester solidaires et de chercher ensemble des solutions. »

Tom hocha la tête. Il se sentait complètement vide, mais savoir que les autres l'acceptaient et ne le considéraient pas comme la cause de leur malheur le rassurait. Il se posa à coté de Jack et offrit un minuscule sourire à l'assemblée. Il compta en tout huit autres personnes : Jack, la femme et sa fille qu'il avait aperçu depuis sa place dans l'avion, un petit garçon et une petite fille, surement âgés de six ou sept ans (son estomac se noua à cette horrible constatation) accompagnés d'un homme qui devait être leur père, et deux autres inconnus, un couple peut-être.

« Il y avait plus de passagers que ça dans la première classe non ? » pensa-t-il tout haut.

« C'est ce dont on parlait tout à l'heure » lui répondit Jack. « On pense que tous les autres passagers on été laissés dans l'avion, ils ont pris les premiers qu'ils trouvaient, les plus proches de la cabine du pilote, toutes les personnes qui se trouvaient devant ton siège en réalité. Et toi, principalement. »

Tom frissonna. A choisir, il aurait préféré être le seul à subir ce calvaire. Mais d'un autre coté, les ravisseurs n'auraient eu aucun moyen de chantage ou de pression sur lui. Ils devaient bien savoir que le guitariste était réputé pour être proche des gens et loin des habituels préjugés. Si un jour on lui avait dit que ce qui était perçu comme une qualité dans le métier et par les gens deviendrait un jour un motif de mise en danger... Il reçu une petite tape dans l'épaule.

« Aller, maintenant qu'on est là, ça sert plus à rien de s'apitoyer. On ferait mieux d'essayer de trouver des idées et de s'organiser. »

Le guitariste hocha encore une fois la tête, impressionné par le calme et le charisme de cet homme qui semblait donner une lueur de courage à chacun.

« Oh, et ton ami aussi, il faudrait qu'il vienne » précisa Jack en montrant Bill du menton.

Tom grogna. « Ce n'est pas mon ami. Je ne le connais pas. »

« Oh. Il faudrait quand même qu'il vienne, on va rester groupés au maximum, et puis il faudrait qu'on s'habitue les uns aux autres. J'ignore combien de temps on risque de rester ici. »

Tom acquiesça distraitement. Il aurait vraiment aimé savoir ce qu'il se passait, à l'extérieur. Il ferma les yeux. Pourvu qu'Andréas ait un plan, quelque chose. N'importe quoi.

***

« Alors c'est confirmé, ils veulent de l'argent ? » demanda la femme d'un air inquiet.

« Oui madame. Ils ont appelé il y a une heure. Ils nous ont indiqué que tout le monde allait bien et qu'il faudrait attendre un prochain coup de fil pour nous donner le montant exact de la somme exigée. »

Un murmure parcouru le groupe de personnes entassées dans le bureau. Tous les visages affichaient une même peur, une même angoisse. On avait fait venir les familles et les proches des dix passagers otages. La tension était à son comble, surtout que dehors, une foule de journalistes se massaient déjà devant le commissariat. La nouvelle s'était vite répandue, on avait retrouvé un groupement de passagers ainsi que l'équipage d'un avion abandonnés au beau milieu de la campagne. Il avait vite été établi qu'ils avaient été endormis alors qu'ils venaient de décoller, que les ravisseurs, eux même passagers mais sous de faux noms, étaient repartis à bord de plusieurs camionnettes, et enfin, qu'il manquait dix personnes. Dont le très célèbre guitariste Tom Kaulitz. La télé ne parlait déjà plus que de ça, alors que cela faisait à peine 24h que la prise d'otages avait eu lieu.

« Mais est-ce qu'ils veulent notre argent, ou l'argent de Kaulitz ?! » interrogea un homme d'un ton brusque. « Non parce qu'on n'est pas tous plein aux as, et je suppose que ce n'est pas un hasard si c'est LUI qui a été enlevé ! Je propose de négocier la libération du reste des otages, notre fille n'a rien à voir là dedans ! »

« T'as un problème espèce de connard ? »
s'emporta Andréas en bondissant de sa chaise. « Je te signale qu'il a aussi une famille, et qu'elle est là, alors ferme ta grande gueule au lieu de dire des conneries pareilles ! »

« DU CALME ! »
s'énerva l'inspecteur chargé de l'affaire. « Je vous rappelle que vous n'êtes pas là pour vous battre, mais pour aider les forces de l'ordre à faire leur travail, alors je vous prierai de garder vos hostilités pour plus tard ! De plus, monsieur, » ajouta-t-il en se tournant vers l'homme qui avait pris la parole, « je voudrai vous signaler que chaque passager est une personne, célébrité ou pas, c'est un individu à part entière. Personne ne manque de respect à votre fille, alors soyez respectueux envers les enfants des autres. »
L'interpellé se rassit en marmonnant quelque chose. Andréas fit de même, et saisit la main de la s½ur de Tom dans la sienne. Cette dernière fixait droit devant elle, et semblait très pâle. La mère du guitariste n'était pas dans un meilleur état, mais toutes deux tentaient de ne rien laisser paraître. Andréas les avait toujours beaucoup apprécié et admiré pour ça, cette force de caractère, que Tom avait également parfois. Il se pencha doucement vers Laura qui serrait toujours sa main.

« Ca va aller. Il va s'en sortir. Il a plutôt intérêt de toute façon. Calme-toi »

Elle lui offrit un faible sourire, et reporta son attention sur ce que disait l'inspecteur.

« ... Et il est impératif pour nous de commencer par tenter la négociation. Il est certain que notre priorité sera de nous assurer qu'il n'arrive rien à aucun des otages. Mais il est important d'analyser toutes nos solutions avant d'agir. Leur donner simplement ce qu'ils veulent ne nous garantiraient en rien que les otages soient relâchés. Je vous demanderais donc de la patience, nous connaissons notre métier, et tout sera fait pour que ce cauchemar prenne fin le plus vite possible. Une cellule psychologique a été ouverte, elle sera là pour vous offrir un soutient. En attendant, nous vous conseillons de rentrer chez vous, ou pour ceux qui habitent plus loin, de prévoir une solution de façon à rester sur place. Nous vous communiquerons des nouvelles dès qu'elles nous parviendront. Merci de votre attention. »

Un grand brouhaha s'éleva, alors que les enquêteurs faisaient évacuer la pièce. Andréas passa un bras autour de chaque épaules des deux femmes, et ils se dirigèrent vers un groupe de journalistes pour répondre aux questions. Mais le jeune homme avait la tête bien ailleurs, bien plus loin, quelque part où son meilleur ami pouvait, il l'espérait, sentir qu'il ne l'abandonnerai pas. Derrière eux, un homme tenait sa femme en pleurs dans ses bras.

« Mon Billou, mon bébé, je t'avais dis que c'était une mauvaise idée, maintenant il est entre les mains de ces malfrats, oh mon Dieu qu'est-ce qu'on va faire ? »

« Ca va aller, »
tenta de la rassurer le père de Bill. « Il va s'en sortir... » Sa voix mourût, et il resserra son étreinte. Il fallait que les choses s'arrangent, et vite.

***

Les premiers jours passèrent assez rapidement. Les passagers commençaient lentement à se connaître, et une sorte de quotidien s'installait. Les dortoirs avaient été aménagés, aucune exigence n'avait été stipulé sur qui devait aller où, simplement qu'ils devaient y être à l'heure donnée et ne pas en sortir jusqu'au matin suivant (sauf exception). Les douches, présentes au nombre de 3, se faisaient à la chaine. Leur nourriture se composait exclusivement et principalement de pain, de riz, de fruits. Les ravisseurs semblaient se détendre peu à peu, et n'étaient pas spécialement agressifs. A vrai dire, ils semblaient même complètement passifs. D'après ce que Tom avait dernièrement compris, les négociations débutaient seulement, d'un coté comme de l'autre les demandes semblaient bloquées.

Alors il fallait attendre. Ce qui se révélait bien moins insupportable depuis que Jack avait fait un pas vers le dreadé. Ce dernier s'entendait très bien avec l'autre homme. Il avait appris un certain nombre de choses sur lui, et les autres. Comme par exemple que la femme et la fille se nommaient Katie et Laureen, qu'elles étaient bien mère et fille, que l'adolescente était très fan de Tom, et qu'elles allaient en Allemagne pour raisons familiales. Les deux petits étaient également bien avec leur père, qui faisait simplement une escale par le pays germanique avant de prendre le train pour aller vers la Belgique et ainsi confier les petits à leur mère, dont l'homme était divorcé. Pour les deux derniers passagers en revanche, Tom n'avait pas vu juste, ils n'étaient pas un couple, ne se connaissaient même pas. La femme était là pour rentrer de vacances, l'homme pour son travail. Jack quant à lui était un publicitaire (ce qui expliquait surement sa facilité à aller vers les gens, et son fort charisme) qui voyageait très souvent.

Le seul réel problème restait Bill, qui ne s'adaptait vraiment pas à la situation.

Il était bien loin d'être docile, et semblait sortir d'un autre monde. Tom se sentait inévitablement agacé à chaque fois que le jeune androgyne ouvrait la bouche, c'est-à-dire pour se plaindre, râler, et se plaindre. Pour l'instant, les ravisseurs ne semblaient pas s'en formaliser, se contentant simplement de s'en moquer. Mais Tom redoutait que leur patience n'arrive rapidement à bout, et que les choses dégénèrent. Après tout, n'importe qui d'un peu sensé aurait été à bout en restant enfermé avec un mec pareil. Le reste du groupe faisait bonne figure, mais le brun agaçait tout le monde. Sauf peut-être les deux petits qui le trouvaient très drôle, mais dont Bill restait très éloigné, comme s'il redoutait qu'ils ne lui sautent dessus. C'était assez amusant à voir, même si le c½ur n'était pas vraiment à la rigolade.

« Jour six », soupira le guitariste. Il se trouvait assis à coté de Jack et Ray (le père des enfants), et les trois hommes tentaient de faire un bilan de ce qu'ils savaient à présent, histoire de garder un semblant d'organisation et de repères. Ray énuméra les points principaux.

« Conditions d'hygiènes bonnes, nourriture correcte... Sommeil ? »

« Hum, pas terrible »
grimaça Jack en faisant craquer son dos. « Mais c'est supportable. Les enfants ne posent pas trop de questions ? »

« Je fais ce que je peux pour qu'ils prennent ça comme un jeu, »
répondit Ray, « mais ils ont toujours un peu peur, ils ne sont pas bêtes, ils ont bien vu les armes. Ils dorment plutôt bien, pourtant. Je pense que ça devrait aller. »

Tom tenta un petit sourire et observa les deux bambins qui jouaient dans un coin avec Laureen, la jeune adolescente. Cette dernière remarqua le regard du dreadé posé sur elle et se mis à rougir. Tom sourit plus franchement. Il faudrait vraiment qu'il pense à aller parler avec elle.

« Négociations en cours, pas d'améliorations à priori... Combien de cagoulés ? » Interrogea Jack avec sérieux.

« J'en ai compté sept » répondit Tom. « Du moins, il y en a sept qui se sont montrés à nous. Et... Je crois qu'il y a aussi des femmes. »

Les deux autres eurent un air surpris. Tom hausa les épaules, puis soupira. Pour lui, hommes, femmes, cela ne faisait plus de différence, ils étaient juste assez cruels et égoïstes pour retenir en otage des familles, des enfants, des personnes tout comme eux, tout ça pour du fric. Il eut la nausée, et un instant, l'idée de tout céder lui traversa l'esprit. Il irait demander une autorisation à l'un des ravisseurs pour pouvoir passer un coup de fil, ils obtiendraient la somme qu'ils voulaient, et tout le monde serait sain et sauf. Le cauchemar pouvait s'achever, maintenant.

Et puis, la logique le rattrapa. Il ne fallait pas se lancer dans une telle opération sans être certain de ce qu'ils voulaient, sans aucune garantie qu'ils ne tueraient pas quelqu'un ensuite pour en avoir encore plus. Il fallait laisser les personnes à l'extérieur négocier, faire leur boulot. Aussi difficile que cela puisse paraître.

« Douches ! » entendit-il alors. L'un des hommes cagoulés venait de s'approcher du groupe, et indiquait la direction de la salle de douches.

Les otages se mirent debout, et se réunirent. Tout le monde avait pris le geste maintenant, ils savaient comment cela allait se dérouler, et que tout irait pour le mieux si personne ne faisait d'histoires. Les premiers détenus passèrent sous le regard méfiant des ravisseurs, qui donnaient les affaires de chacun au fur et à mesure. De ce coté là aussi, les choses étaient plutôt bonnes, les otages avaient eu droit à quelques affaires qu'ils pouvaient garder dans le coin où ils dormaient. Des vêtements, des livres, des effets personnels qui ne présentaient aucun risque. C'est aussi l'une des choses qui intriguait énormément Tom. Il n'avait pas en souvenir d'avoir vu de films ou encore connu d'affaires où les personnes qui en prenaient d'autre en otage se montraient aussi... Humains.

Il secoua la tête, se disant qu'il faudrait peut-être ne pas trop se poser de questions. Tant mieux pour eux, s'ils avaient encore droit à un peu de respect. Il observa l'endroit où les autres entraient pour accéder aux douches. Son attention fut attirée par Bill, qui semblait encore râler. Il tendit l'oreille.

« Ce n'est pas hygiénique en plus, on passe tous là dedans, c'est vraiment crade ! »

« Tu n'as qu'à fermer les yeux alors, ma jolie »
ricana l'homme cagoulé qui était là.

« Arrêtez de me traiter de femme, sale porc ! »

Le c½ur du guitariste fit un bond alors que le regard de l'inconnu se fit dur, et qu'il retira sa cagoule pour fixer Bill dans les yeux, le visage rougit par la colère. Il devait avoir une trentaines d'années, portait une barbe de plusieurs jours, et des traits durs, marqués par quelques cicatrices.

« En fait », cracha-t-il en s'approchant plus près de Bill qui semblait figé, « tu as raison, ne ferme pas trop les yeux. On ne sait jamais ce qu'il pourrait arriver à ton joli cul »

Il accompagna sa menace d'une tape sur les fesses du jeune androgyne. Celui-ci, au lieu de s'indigner et d'hurler au viol comme l'aurait imaginé Tom, se recula, apeuré, les larmes aux yeux, avant de se précipiter vers la douche. Le dreadé sentit pour la première fois un réel élan de compassion envers Bill, et de quelque chose d'autre sur lequel il ne parvint pas à mettre le doigt. Colère ? Dégoût ? Il ne savait pas trop. Il passa à son tour dans la salle de bain, se retrouvant dans la douche du milieu. Heureusement pour eux, un autre avantage dont ils bénéficiaient était que les douches étaient séparées par des cabines. Il se déshabilla, tentant d'ignorer l'aspect délabré de l'endroit et les quelques toiles d'araignées dans les coins, puis fit couler le jet d'eau. Ce n'était pas très chaud, mais cela suffisait au moins à ne pas les rendre malades. Il se lava avec les bouts de savon qu'ils avaient à disposition, mais un bruit le stoppa dans ses gestes. Il entendait clairement des pleurs, venant de l'autre coté de la cloison. Il colla son oreille à celle-ci.

« Bill ? » appela-t-il.

« Laisse-moi tranquille ! » Répondit l'intéressé en reniflant.

« Bill, est-ce que tu pleures ? » demanda Tom tout en connaissant déjà la réponse.

« Non ! » La voix du brun tremblait, le trahissant, et semblait venir de plus bas. Il devait être assis sur le sol. Tom s'accroupi, puis refit une tentative.

« Aller, il faut te ressaisir. Il ne va rien t'arriver. Ils veulent que tu ais peur, c'est tout. »

Aucune réponse, si ce n'est un gros sanglot. A nouveau, Tom sentit cette sensation étrange, ce sentiment qui lui donnait envie d'aller dans cette douche et d'arrêter les pleurs de celui qui pourtant lui tapait sur le système depuis presque une semaine.

« Vas te faire voir » entendit-il, comme en écho à ses pensées, et il se souvint pourquoi jamais avant il n'avait cherché à faire d'effort. L'agacement le fit donner un coup par terre.

« En fait, démerde toi, je suis vraiment débile d'avoir pu penser... Oh laisse tomber. Démerde-toi. Continu tes caprices comme un gamin de six ans. »

Il eut un silence, puis les sanglots reprirent de plus belle. Ils atteignirent Tom en plein c½ur, comme des petites lames. Il leva les yeux au ciel. Sa putain de naïve gentillesse le perdrait, il en était certain. Il reprit la parole.

« Bill, il faudrait que tu apprennes à être un peu moins... Un peu plus... Euh... Il faudrait que tu sois un peu plus sympa avec les autres, tu te sentirais peut-être un peu plus soutenu si tu arrêtais de snober tous ceux qui essayent de t'approcher. C'est en se soutenant qu'on va réussir à s'en sortir. Pourquoi est-ce que tu te sens obligé de jouer aux petits cons, alors que visiblement, tu as un c½ur, comme nous tous ? »

Pas de réponse. Tom soupira, puis se remis debout. Il acheva de se laver, se sécha, s'habilla, puis sortit de la douche. Il vit alors Bill qui l'attendait, le teeshirt trempé par ses cheveux long qui goutaient dessus.

« Je ne sais pas comment être sympa », dit-il d'une petite voix, les yeux cloués au sol.

« Quoi ? »

« Je... N'ai pas l'habitude d'avoir de bonnes relations avec les autres. J'ai pas... Je ne suis pas comme ça. C'est tout. »


Il allait s'en aller, mais Tom l'attrapa par le bras.

« Hey, attends... » Ils se fixèrent un instant. « Tu n'as pas besoin de faire grand-chose. Arrête de te plaindre, arrête de ne penser qu'à tes intérêts, et prête un peu plus attention aux autres. Le reste se fera tout seul. »

Bill dégagea son bras sans rien dire, mais ne partit pas. Il planta ses yeux dans ceux du guitariste. Il sembla hésiter.

« Je... Euh. Merci. »

Puis il sortit de la pièce rapidement, sans laisser à Tom le temps de répondre. Ce dernier se gratta la nuque avec perplexité. Puis, il sortit à son tour. Il accrocha sa serviette humide avec les autres, puis se dirigea vers le petit groupe qui s'était installé en rond sur le sol, pour manger. Bill était là, assis encore un peu loin, mais là. Le guitariste réprima un sourire, puis s'installa aussi, attrapant un bout de pain qu'il avala. Les discussions débutèrent tranquillement, à propos de beaucoup de sujets dérisoires, mais qui permettaient à tous de penser à autre chose. Ils parlaient cinéma, politique, voyages, musique (ce sujet anima beaucoup la soirée, l'expérience de Tom dans ce domaine semblait beaucoup intriguer, et c'est avec plaisir que le blond se pliait à la curiosité générale). Tout le monde profitait de ce rare moment de détente, et Tom fut ravi de voir Bill adresser quelques sourires et même participer à la conversation.

Vint alors l'heure d'aller se coucher. Tout le monde se souhaita bonne nuit, et chacun rejoignit le « dortoir » qu'il occupait, où se trouvaient ses affaires. Néanmoins, et à la surprise générale, Bill quitta l'endroit où il était pour venir s'installer dans le dortoir de Tom. L'androgyne n'avait pas beaucoup d'affaires, et après avoir demandé l'autorisation à Jack de s'installer là, il choisit un matelas un peu à l'écart, et déposa sa couverture et ses vêtements à coté. Tom s'allongea, ne quittant pas le brun des yeux. Ce dernier fit quelques manières, tapant le matelas pour tenter de le rendre un peu plu confortable, mais finalement, il se coucha, le regard cloué au plafond. Un sourire amusé étira les lèvres du guitariste, et il ferma les yeux, une dernière pensée pour sa famille, et surtout, son meilleur ami.

Et peut-être une aussi pour un certain Bill.

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Comments :

  • FicHistoryTh

    23/02/2012

    Eh ben ils ont beau être des otages ils ont le minimum syndical que beaucoup aimeraient avoir. Je me demande comment ça va évoluer parce que les enfants vont commencer à poser des questions surement.

  • Amuna28-fic

    21/08/2011

    Pour des otages ils sont assez bien traités.
    Bill et Tom commence à un peu mieux s'entendre .

  • chaos87th

    08/02/2011

    Les gens ils comprennent pas que Tom n'a pas choisi d'être là. Ils ne pensent qu'à eux et les autres qui sont enfermés.
    C'est clair que Bill devrait faire un peu plus attention à sa façon d'être. Mais je pense que c'est une carapace qu'il s'est créé.

  • Tokio-hotel412

    20/01/2011

    Pauvre maman de notre petit Billou :-) ahh je veux savoir la suite si Tom va parler avec sa fan comment va avancer l'histoire entre Tom et Bill :-D

  • xRen

    25/04/2010

    Ça bouge un peu moins que dans la première partie, enfin tu me comprends. Il est sûr qu'aux niveau des otages et de leurs relations ça avance, on en sait à chaque fois un peu plus, mais mon petit Billy n'est plus aussi capricieux que dans la première partie, dommage, j'aurais préféré rire plutôt que de m'apitoyer sur son sort en l'imaginant par terre, recroquevillé sur lui même en train de pleurer TwT
    Maiiiiis sinon j'aime, j'espère encore toujours plus d'action pour la suite, et surtout, du Billy, du Billy et.. du Billy *_*
    Allez, un peu de courage, je suis sûre que la troisième partie sera parfaite èé ♥

  • ConfeSsiOn-Of-Tom

    18/04/2010

    Vivement le prochain chapitre !!!

    Biisous, Magma'

  • ConfeSsiOn-Of-Tom

    18/04/2010

    j'aiime tellement !!
    Je te promet, tu m'etonne un peu plus a chaqun de tes ecrit !!

  • ConfeSsiOn-Of-Tom

    18/04/2010

    roh je suis déjà arriver a la fin du chapitre
    snif !!!

  • I-mislead-the-world

    08/04/2010

    Je ferais un meilleur com' au premier chapitre promis =)

  • I-mislead-the-world

    08/04/2010

    Euuuh ça te dit je m'arrete là ? Non parce-que c'est vraiment nul ce que je te dis là ><

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