Russian Roulette

Une envie soudaine, peut-être aussi un besoin d'extérioriser des événements déplaisants qui ont eu lieu ces derniers jours, ces dernières semaines. Ce n'est pas un OS très joyeux, mais j'ai beaucoup apprécié l'écrire, il m'a soulagé. Et que je suis assez dérangée pour trouver ce jeu absolument fascinant...


Russian Roulette


C'est sans aucune délicatesse que les deux jeunes hommes furent poussés dans la pièce. Ils se retrouvèrent dans un endroit sombre, éclairé par de petites lampes halogènes placées dans les coins. Au centre, une grande table ronde avec déjà quelques hommes autour. Ils semblèrent murmurer à l'arrivé des deux intrus, curieux peut-être, ou simplement méprisants. Le porte fut fermée derrière eux, verrouillée, de façon à bien leur faire comprendre qu'il n'était plus question de faire demi-tour. Tom, jeune homme blond aux cheveux dreadé, jeta un coup d'½il circulaire autour de lui, puis reporta toute son attention sur la personne présente ici avec lui. Pourquoi fallait-il qu'il soit mêlé à toute cette histoire ? Lui seul devrait être là, lui seul devrait avoir à rendre des comptes et se justifier. Mais c'était sans compter qu'il n'avait pas à faire à des amateurs.

Bill sentit un regard peser sur lui, et il fronça les sourcils. Que se passait-il au juste ? Il pouvait lire beaucoup de choses dans le regard de Tom. De la peur, de l'angoisse, mais surtout, de la culpabilité. Le jeune homme avait reçu un peu plus tôt un appel de la part d'un « ami de Tom » qui lui demandait de venir chercher le blond dans ce club privé, car il avait des ennuis. Bill avait un peu l'habitude, à vrai dire, et il savait à quoi s'attendre lorsqu'il avait, il y a deux ans de ça, accepté de sortir avec Tom. Ce dernier était un garçon viril bien qu'adorable, attentionné, amoureux, mais également impulsif, protecteur, et ayant tendance à chercher les histoires. C'était tellement étrange que deux personnes comme eux, radicalement différentes, soient tombées amoureuses. Et pourtant. Bill était du genre posé, même s'il pouvait se révéler terrible lorsqu'il se mettait en colère, androgyne à l'extrême, et étonnement, complètement dingue de son opposé. Tous les deux âgés de 23 ans, ils n'arrivaient pas à s'imaginer l'un sans l'autre, même lors des jours difficiles, même lorsqu'ils ne s'adressaient pas la parole pendant deux heures, même lorsqu'ils se balançaient les pires horreurs, ou qu'il fallait mettre au clair un des nombreux plans foireux de Tom... Ils s'aimaient, de la façon la plus simple qu'il soit, avec ses hauts et ses bas.

Bill dégagea de son visage quelques mèches noires qui lui obstruaient la vue. Il se tint droit, tentant de ne pas se laisser impressionner par la bande de gros-bras qui se tenaient là, tous entassé dans cette pièce étrange. Il sentait les yeux de Tom appuyés sur lui, mais ne pouvait tout simplement pas lui rendre son regard, auquel cas tout son calme s'envolerait. De son coté, le dreadé tentait de faire la même chose que son petit ami, c'est-à-dire ne pas paniquer. Pourtant, il en avait toutes les raisons. Pourquoi, pourquoi s'était-il fourré dans cette histoire ?

« Tu nous avais caché ça, Tom, » dit finalement le mec qui se trouvait debout, face à eux, en faisant un petit signe du menton vers Bill. « Il a fallut qu'on se renseigne un peu, mais bon, on ne peut pas dire que vous passiez inaperçu. C'est mignon. » Termina-t-il avec un petit rictus.

Quelques rires se firent entendre depuis la table. Des rires qui glacèrent le jeune androgyne. Il vit clairement Tom se raidir. Mauvais signe, très mauvais signe. Il déglutit lentement, prenant soin de ne rien répondre. Son c½ur martelait contre son torse, contre les parois de son cerveau, et il s'entendait difficilement réfléchir. Il cherchait toujours à comprendre pourquoi il se retrouvait ici, entouré d'hommes qui ne semblaient pas spécialement aimables et prêt à discuter tranquillement. Non, il avait plus la sensation d'avoir atterri au milieu d'un aquarium de piranhas.

« Pourquoi est-ce que vous l'avez fait venir ici ? C'est moi que vous voulez voir, » déclara Tom avec autant de calme qu'il put. Il mesurait sa respiration, sachant que le plus important était de paraître sûr de lui. Si les autres détectaient la moindre faiblesse, le moindre signe de déstabilisation de sa part, il était foutu, ils étaient foutu tous les deux.

« Allons, Tom, » répondit le même homme en souriant. « Ne joue pas à l'idiot, tu imagines bien qu'il nous faut une assurance, et que le meilleur moyen de l'avoir est que notre invité soit présent. »

« Je ne vous suis pas, » répondit l'intéressé en inspirant lentement. Il évitait soigneusement de trop regarder Bill, mais pouvait voir du coin de l'½il que son petit ami commençait à paniquer. Bon sang, dans quelle merde avait-il réussit à l'entrainer ?

« C'est pourtant simple. Nous allons jouer à un petit jeu. Tu sais pourquoi tu es ici, pas vrai ? »

L'intérêt de l'androgyne fut piqué. Peut-être allait-il enfin connaître le fin mot de cette histoire. Il attendit que Tom réponde. Ce dernier pris son temps, réfléchissant bien à chaque mot qu'il allait prononcer.

« Je vous avais demandé un peu de temps, vous savez très bien que je n'ai pas encore les moyens de vous rembourser. »

C'était donc une histoire de fric. Bill eut envie de pleurer. Il ignorait comment son dreadé parvenait toujours à tremper dans des magouilles pareilles. Il n'était pas pourtant une mauvaise personne, bien au contraire. Mais il utilisait des moyens douteux pour parvenir à faire ce qu'il voulait, et souvent il ne réfléchissait pas aux conséquences que ça pourrait entrainer. Résultat, il se retrouvait souvent dans des situations comme celle actuelle. Sauf qu'en général, il laissait son brun en dehors de ça, il arrivait qu'il lui en parle, mais il voulait simplement le préserver, le plus possible.

Cette fois ci, il avait échoué.

« Sauf que je n'ai pas de temps à t'accorder, Tom. » Déclara l'inconnu. « Comprends-le, les affaires sont les affaires. Alors je te propose une solution, et pour tout te dire, c'est la seule que tu auras. »

« Je vous écoute, » répondit le dreadé. Il se tenait toujours debout, à coté de Bill, et il sentait la présence des deux brutes qui les avaient jetés dans cette pièce dans leurs dos. Impossible de s'enfuir.

« Venez donc par ici, » les invita l'homme en faisant un signe vers la table. Tom s'exécuta, Bill le suivit. Ils découvrirent que l'arrière de la pièce était également meublé d'un canapé, de quelques tabourets et d'un mini bar. Tom compta mentalement le nombre de personnes présentes. Ils étaient six, trois à table, et trois debout.

« Je ne vous invite pas à vous asseoir, vous n'en aurez pas besoin. » Poursuivit celui qui semblait être à la tête de la petite bande, et qui était le seul à parler depuis l'arrivée des deux jeunes hommes dans la pièce. Il marcha vers la table, chuchota quelque chose à l'un de ses acolytes, puis récupéra un objet. Bill plissa les yeux, et alors que le leader se retournait, il étouffa un cri d'horreur. Il tenait un revolver à la main, ainsi qu'une balle dans l'autre. Il ne réussit pas à s'empêcher de regarder Tom, et celui-ci en fit de même. Ils se dévisagèrent, aussi affolés l'un que l 'autre. Le blond articula un silencieux « reste calme » auquel Bill ne put pas répondre. Il sentait sa gorge se tordre, et il avait du mal à reprendre sa respiration.

« Je suppose que tu connais ceci, » présuma l'homme en regardant Tom. « C'est un jeu très sympa qu'on appelle la Roulette Russe. »

Le c½ur de Bill se stoppa. Non. C'était impossible, cela ne pouvait pas être réel. Ce genre de trucs n'arrivait pas en vrai. Il inspira, en se souvenant des paroles qu'avait prononcées Tom, il a plus d'un an de ça. Un jour où il était revenu bien amoché dans leur petit appartement, un jour où Bill l'avait soigné sans poser de question. Un jour où le dreadé lui avait murmuré un faible « Je suis mauvais pour toi », avant de se mettre, pour la première fois en présence de son petit ami, à pleurer. Sauf que Bill ne pouvait pas penser une chose pareille. Oui, il était clairement inconscient. Mais mauvais ? Non. Il reposa ses yeux sur l'arme, et n'entendit plus que le bruit sourd de son c½ur martelant contre les parois de son corps, se répercutant partout.

« On peut trouver un autre arrangement, » tenta Tom en sentant la sueur glisser sur son front. « N'est-ce pas ? »

« C'est hors de question, » répondit l'homme en souriant d'avantage, comme ci tout cela était d'un divertissement rare et délicieux. « Je te l'ai dis, c'est ça, ou bien je règle cette histoire tout de suite. A toi de voir, mon cher Tom. »

Alors c'était ainsi, il n'y avait plus aucune sortie de secours. De toute façon, il était évident que ça devait arriver un jour ou l'autre, jusqu'ici le blond avait eu une chance assez incroyable, cela ne pouvait pas durer éternellement. Il ferma les yeux un instant, puis lança un regard tendre à Bill. Il voulait lui dire à quel point il l'aimait, à quel point il regrettait aussi, à travers ses yeux, et lorsqu'il croisa ceux de l'androgyne, il comprit qu'il l'était, totalement, et que cet amour improbable et peu conventionnel était entièrement réciproque.

Prenant tout son courage, il s'avança vers le chef de bande, et tendit ses mains tremblantes vers lui. Ce dernier, visiblement satisfait, y déposa l'arme et la balle. Tom déglutit. Il avait déjà eu à faire à ce type d'engin meurtrier, mais savoir qu'il allait devoir s'en servir contre lui-même était tout de même bien plus effrayant. Lentement, il chargea le revolver, puis fit tourner le barillet. Plus aucun bruit ne venait parasiter la pièce, le silence était étouffant, si bien que chaque individu présent entendit clairement le bruit annonciateur de la suite du jeu. Toujours très digne, et voulant à tout prix se montrer le plus solide possible pour Bill, Tom amena sans trembler le canon jusqu'à sa tempe.

« Allons, allons, » l'interrompit l'inconnu à qui il devait de l'argent, le faisant baisser l'arme de sa tête en y posant un doigt. « Je pense qu'il serait plus intéressant pour notre public si l'on rajoutait une petite touche de... Dramatique. Pointe donc ceci sur ton amoureux. »

Il y eu un série de murmures excités parmi les autres hommes présents. Tom, lui, ne bougeait plus, uniquement fixé sur Bill, qui le regardait également. Tout le calme et le self contrôle qu'il avait conservés jusqu'ici s'effondrèrent, et le dreadé secoua la tête, tremblant de la tête aux pieds.

« Non. Non, je ne peux pas. Tout, tout mais pas ça. Je refuse, non... »

« Fais-le. » souffla le brun, sans lâcher son blond des yeux. Les deux jeunes amants respiraient bruyamment, oppressés par l'angoisse. « Après tout sera terminé, et on pourra rentrer chez nous. Ce n'est rien, tu peux y aller. Fais-le. »

« Bill... »

L'interpellé ne lui laissa pas le loisir de finir sa phrase, et s'approcha de lui. Il se posta bien en face, attrapa le bras secoué de spasmes de Tom, et vint lui-même poser le canon du revolver sur son front. Il replaça ses bras le long de son corps, le regard plongé dans celui torturé du dreadé.

(Musique)

Take a breath, take it deep
Prends une inspiration, prend- la profondément
Calm yourself, he says to me
Calme-toi, il me dit
If you play, you play for keeps
Si tu joues, tu joues pour de bon
Take the gun and count to three
Prends le revolver, et compte jusqu'à trois
I'm sweating now, moving slow
A présent je transpire, je bouge lentement
No time to think, my turn to go
Pas le temps de réfléchir, c'est à mon tour

Tom ferma lentement les paupières, puis les rouvrit, l'air de s'attendre à ce que tout disparaisse, à ce que tout ne soit qu'un horrible cauchemar. Mais c'était réel. Il était vraiment planté là, dans cette pièce remplie d'un tas de mafieux sans c½ur prêt à les tuer tous les deux pour s'amuser, un flingue pointé en plein sur le visage de l'homme qu'il aimait. C'était tellement absurde. Tellement insensé. Sa main serrée sur l'arme tremblait, sa respiration était courte.

And you can see my heart beating
Et tu peux voir mon c½ur battre
You can see it through my chest
Tu peux le voir à travers ma poitrine
And I'm terrified but I'm not leaving
Et je suis terrifié mais je ne pars pas
Know that I must pass this test
Je sais que je dois passer ce test
So just pull the trigger
Alors appuies sur la gâchette

Pendant un instant, et alors qu'il refusait à tout prix ce genre de pensé, il imagina que la seule balle de l'arme allait partir, et ôter la vie à Bill, par sa faute. Cette pensée lui était insupportable. Il sentait la nausée lui retourner l'estomac, et se souvint qu'il devait vraiment rester calme. Il aspira de longues goulées d'air, et, toujours ancré dans les grands yeux chocolat de son petit-ami, il se mit à parler, sans même en avoir réellement conscience.

« Je voulais t'offrir quelque chose d'exceptionnel, ça faisait longtemps que j'y réfléchissais. Sauf que j'ai pas énormément de tunes, tu sais, ça marchait pas fort au garage en ce moment. Alors j'ai trouvé cet arrangement, un paquet de blé que je pensais vraiment rembourser bientôt. Et je t'ai acheté... Une alliance. J'ai du chercher longtemps, mais finalement, je savais qu'elle te plairait. Elle est en or blanc, toute simple, je l'ai dans la poche de ma veste, et il me reste juste à la faire graver, pour y mettre la date de notre rencontre. Tu t'en souviens ? C'était le 3 mars. Tu m'as changé. Tu m'as permis de penser que je pouvais être quelqu'un de bien. Je voulais vraiment l'être pour toi, et je voulais qu'on puisse officialiser notre engagement. Je... » Sa gorge se serra alors qu'il voyait les larmes glisser silencieusement sur les joues de Bill. « Je suis désolé Amour. »

Say a prayer to yourself
Pries pour toi-même
He says close your eyes
Il me dit ferme les yeux
Sometimes it helps
Parfois, ça aide

Alors, à présent qu'il avait dit l'essentiel, serrant les dents et fermant les yeux, il appuya sur la gâchette. Se fut le moment le plus long, le plus atroce de sa jeune vie, et lorsqu'il entendit le bruit signifiant un compartiment vide résonner dans sa tête, il rouvrit brusquement les yeux. Bill tremblait, des gouttes perlaient encore de ses cils à cause de ses pleurs, mais il était là. Le revolver tomba à terre dans un bruit sourd, et sans réfléchir, Tom étouffa son brun entre ses bras, répétant une série de « je suis désolé » déchirants. Il sentit Bill glisser lentement ses bras dans son dos, et ils ne dirent plus rien, conscients de ce qu'ils venaient d'être sur le point de perdre, la plus importante part de leur vie : l'autre. Ils s'étreignirent jusqu'à ce que l'organisateur de cet horrible jeu se racle bruyamment la gorge. Ils se séparèrent, néanmoins soulagés. L'arme jonchait encore le sol entre eux deux, et l'androgyne y jeta un coup d'½il inquiet.

« Quel courage, c'est impressionnant, je dois dire, » souligna le leader. « Ou totalement inconscient, j'hésite encore. »

Bill lui jeta un regard assassin. Son c½ur battait encore à cent à l'heure, et la dernière chose qu'il voulait était entendre un salopard donner des leçons de morale. Il voulait simplement partir, il voulait quitter cet endroit pour toujours. Après ça, il était certain que les choses allaient changer. Plus jamais Tom ne voudrait prendre le risque de se retrouver dans une situation de ce genre.

« Mes dettes sont donc annulées, » affirma prudemment le dreadé, retrouvant enfin sa voix. « C'était le marché, n'est-ce pas ? »

« En fait, » répondit l'homme avec un sourire qui ne présageait rien de bon, « je pense qu'on devrait faire un dernier test. Histoire de voir si tu mérites vraiment cette faveur de ma part. On parle de beaucoup d'argent, tout de même. A ton tour de jouer, Tom. Prouve moi que je t'ai prêté ce fric parce que tu as du cran, donne moi une bonne raison d'oublier cette histoire. Pointe ce flingue sur toi. »

Cette fois, se fut Bill qui réagit. Il s'approcha vivement de Tom qui se baissait pour récupérer l'arme, et lui attrapa le visage entre ses mains. Son regard était suppliant. Sa voix tremblait, son souffle était court. Il articula lentement :

« Ne fais pas ça. Tom, ne fais pas ça, s'il te plait. Je t'en prie. »

Le blond en eut le c½ur déchiré. Il serra le revolver dans sa main, puis ferma les yeux en collant son front à celui de Bill.

« Ça va aller mon c½ur. Je crois que j'ai de la chance aujourd'hui. Après ça on prendra des vacances. Juste toi et moi. De toute façon, tu vois bien que je n'ai pas le choix, il faut que je le fasse. Tu me fais confiance, pas vrai ? »

Les larmes recommencèrent à couler des yeux clos de l'androgyne, néanmoins il hocha la tête. Tom sourit, puis déposa tendrement ses lèvres sur les siennes, suscitant des exclamations plutôt dégoûté de la part des autres personnes présentes. Il se détacha doucement de son petit-ami, lui arrachant un sanglot terrifié. Il inspira profondément. Tellement de choses défilaient dans sa tête.

As my life flashes before my eyes
Alors que ma vie défile sous mes yeux
I'm wondering will I ever see another sunrise ?
Je me demande « Reverrais-je jamais un autre lever de soleil ? »
So many wont get the chance to say goodbye
Tant d'autres n'auront pas la chance de dire au revoir
But it's too late to think of the value of my life
Mais il est trop tard pour estimer la valeur de ma vie

Il leva son bras avec précaution, portant l'arme jusqu'à sa tempe. Le contact froid du canon lui fit retenir un frisson, et il déglutit. Son regard se posa sur son brun. Bill. Il avait tellement de chance de l'avoir croisé, d'avoir trouvé ce que certain ne connaîtrons jamais. Il avait goûté au bonheur, il s'était délecté d'un sentiment plus puissant que n'importe quelle autre sensation banale. Le simple fait de regarder l'amour de sa vie le fit sourire. Il se sentit un peu moins angoissé, un peu plus courageux. Si Bill était là, tout irait bien. Tant qu'ils pouvaient encore s'aimer. Qui pourrait les en empêcher ?

« Je t'aime. » Déclara-t-il simplement, toujours souriant, à celui à qui il avait offert son c½ur, le seul qui pourrait à jamais le garder. Puis, il tira.

Le bruit sonore brisant le silence tendu fit violemment sursauter tout le monde, ou presque. Le sang vint tâcher le mur blanc-gris, et le corps s'écroula sourdement par terre, tâchant la moquette claire de liquide pourpre. Le cerveau de Bill, comme engourdi, ne réagit pas immédiatement, trop choqué par la brutalité soudaine des événements.
Et puis, tel un électrochoc, la douleur lui coupa le souffle, et le fit tomber à genoux, près du perdant de ce jeu impitoyable. Il étouffa un cri en écrasant ses poings sur sa bouche, et sentit l'odeur de rouille envahir lentement la pièce. Il approcha, tremblantes, ses mains du visage de l'être aimé, caressant ses joues avec une sorte d'absence.

« Non, » murmura-t-il dans un souffle.

« Comme c'est dommage, » commenta l'inconnu avec un faux soupire. « Enfin, une tapette en moins, avec toutes celles qui polluent la planète, ça ne peut pas faire de mal. »

Il y eut quelques rires, puis le silence revint, simplement perturbé par les sanglots de Bill qui touchait toujours le corps inerte de Tom, comme s'il s'attendait à pouvoir le faire se relever. Il n'entendit même pas la remarque cinglante, il n'entendait plus rien, mis à part le coup de feu qui résonnait sans fin dans sa tête. On pouvait toujours distinguer de vagues mots sortir de sa bouche, qui voulaient tous refuser cette nouvelle réalité, celle d'un monde où Tom n'était plus. C'était une notion tellement dénué de toute logique, de toute plausibilité, que l'androgyne ne pouvait simplement pas y croire.

A travers les vagues de souffrances qui détruisaient progressivement tout ce qu'il restait de vie en lui, il pensa à un détail, et descendit un peu ses mains pour atteindre une poche de la veste de Tom. Il en sortit un petit écrin blanc, et découvrit la fameuse alliance à l'intérieure, brillante, aussi réfléchissante qu'un miroir. Il la passa à son annulaire gauche, et la contempla un instant. Il savait qu'il n'aurait jamais la force de supporter la mort de son amant. C'était comme lui demander de survivre après lui avoir arraché tous ses organes vitaux. Alors, discrètement, il s'adressa une dernière fois au cadavre qui se vidait progressivement de son sang.

« Tu avais raison, elle est parfaite, » sanglota-t-il en observant la bague. Il jeta un coup d'½il circulaire autour de lui, réfléchissant à ce qu'il allait pouvoir faire. Puis, avec douceur, il embrassa la main du dreadé. « Souviens-toi. Soulmates never die. »

Les paroles d'une promesse faite quelques temps plus tôt résonnèrent à ses propres oreilles. Il se releva sans regarder les dégâts qu'avait causés la balle, ne voulant pas garder cette dernière image de lui. Il pleurait sans même en avoir conscience, seul son corps était ici, son esprit, lui, était mort au même instant que Tom. Il se retrouva face à l'homme, ou plutôt, au monstre, et son public, tous les yeux rivés sur lui.

« Bien, navré pour ça, mais maintenant la dette te revient. » L'informa ce personnage répugnant avec toujours ce même sourire plaqué au visage. « Et puis ça me paraît juste, après tout c'est pour te payer ce truc » (il désigna l'annulaire du brun du menton) « qu'il avait besoin d'argent. Quel idiot. »

Les mots semblaient venir de très loin, et ils effleurèrent à peine Bill. Il ferma les yeux, se répétant mentalement ce à quoi il pensait. Il sentait l'humidité sur ses joues, l'atroce douleur qui lui enflammait chaque membre, mais tout ceci lui paraissait insignifiant. Il expira lentement. Autour de lui, même s'il ne le remarquait pas, le silence s'était fait, tendu. Peut-être était-ce l'étrange manque de réaction de l'androgyne qui les avait alarmés, mais quoi qu'il en soit, ils faisaient tous clairement bien moins les fiers. Et puis, tout alla très vite.

Bill, avantagé par sa souplesse et sa rapidité, attrapa l'un des revolvers qu'il avait repéré, accroché à la ceinture d'un des hommes tout près de lui. Il pu clairement voir les autres brutes réagir au quart de tour et s'emparer de leurs propres armes qu'ils pointèrent sur le brun. Néanmoins, il ne leur laissa pas le loisir de faire quoi que ce soit et, après un dernier regard pour son amant, collant le canon à sa tempe, tout comme l'avait fait l'amour de sa vie quelques minutes à peine avant lui, il tira.

Lorsque les policiers furent alertés, se fut un véritable massacre qu'ils découvrirent. L'enquête révéla que suite à la mort des deux jeunes hommes, une fusillade avait éclaté, sûrement déclenchée par l'un des hommes qui s'était trouvé dépassé par les événements. Les autres responsables, excepté le leader de la bande, témoignèrent lors du procès.
Et tous avaient gardé un détail, un seul détail précis en tête, comme s'il s'était ancré dans leurs esprits pour toujours, que cette image les poursuivrait infiniment. Lorsque Bill avait pointé cette arme sur lui, et qu'il les avait regardé, ils n'avaient aucun doute, ils l'avaient tous vu.

Bill avait sourit.


FIN

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Comments :

  • fillietroz-patricia

    22/05/2015

    J'ai bien aimé.
    J'aurais préféré que sa finisse autrement mais bon on peut pas avoir tout le temps une fin heureuse lol

  • burningintheinside

    13/02/2013

    Tu as réussi à m'arracher les larmes, sérieux. C'était magnifique.
    Tu as également réussi à me faire aimer une chanson de Rihanna.
    Bravo, et puis merci.

  • patricia

    09/02/2013

    os super

  • nexie-ecrit

    30/10/2012

    Allez, j'suis curieuse et j'ai juste voulu voir si t'avais d'autres Os a proposer.
    Et, oh quoi!
    J'suis en train d'écrire un Ts qui s'appelle aussi "Russian Roulette" x)
    J'viendrais voir comment tu as traité ce sujet de ton côté alors =)

  • Leidenschaft-immer

    08/07/2011

    Putain. Bravo. J'ai failli en pleurer, c'est juste magnifique...

  • chaos87th

    01/01/2011

    C'est clair qu'il est vraiment triste cet OS.
    Je l'ai adoré, même si j'en avais une boule dans la gorge en lisant que Tom était mort, mais j'ai vu tout l'amour, le courage qu'avait Bill pour le rejoindre.

  • Nanou

    24/10/2010

    Nan... C'est pas juste. :'(
    Trop mal au coeur... C'était beau, merci.

  • mE-in-my-drEam-z

    15/08/2010

    C'est .... Tellement... Je sais pas, choquant n'est pas le bon mot, mais touchant n'est vraiment pas assez fort. Bouleversant, oui, et bien plus. C'est atroce, vraiment pire qu'horrible... Si triste. Encore une fois, tu m'as fais pleurer.

  • Roxyy141

    09/08/2010

    Mon dieu, je sais pas quoi dire!!
    Cet OS est vraiment bouleversant ... Fiouuu ça en donne des frissons!!
    L'idée aussi était très originale, vraiment je suis très surprise!!
    & puis mon dieu je suis restée sous le choc avec la dernière phrase, c'est tellement intense d'imaginer tout ça!!
    Vraiment je suis impressionnée, cet OS, malgré qu'il soit loin d'être joyeux, est juste parfait!!

  • Isuzu

    16/07/2010

    triiiiiiste ton histoire ! mé sa change du tt é bien ki fini bien !

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