Stay Alive - Chapitre 2


Petite précision : j'ai modifié un léger détail dans le 1er chapitre, à propos du fait que Bill était sur liste d'attente depuis 2 ans, après quelques recherches, ça collait pas, donc j'ai remplacé, rien de très important, mais je le précise tout de même =) Bonne lecture !
 
Chapitre 2



Tom se réveilla seul, grognant et s'étirant sans élégance. Il sentit plusieurs de ses membres craquer, et pris son temps pour quitter la chaleur douillette de son lit. Il se dirigea vers la cuisine vêtu d'un simple pantalon de jogging avec lequel il dormait, et un sourire endormi l'illumina en voyant Bill assis à la table de la cuisine. Ce dernier le lui rendit, et se laissa embrasser sur le front avant de reporter son attention sur les cachets étalés devant lui. Un grognement agacé lui échappa.

« Aller, Bill, » l'encouragea Tom, conscient que cette journée faisait sûrement partie des journées « sans » de son petit ami.

« Ouais, ouais. C'est juste que... » Le brun soupira fortement, tirant une mèche de ses cheveux soyeux. « Tu sais. Des fois j'en ai juste marre de tous ces trucs. »

« Je sais. Mais ces trucs t'empêchent de faire des crises toutes les deux minutes, alors fais moi plaisir et prends les. » Il lui envoya un clin d'½il et versa une dose généreuse de céréales dans son bol. Bill soupira à nouveau, conscient que c'était totalement vrai, et s'arma de courage pour avaler une partie de ses quarante médicaments quotidiens.

« Tes aérosols ? » Interrogea Tom la bouche pleine.

« Fait. Je vois le kiné tout à l'heure. Maintenant... » Il rangea ses médicaments et vint s'installer sur les genoux du tressé. « Tu peux oublier cette fichue maladie pour la journée entière, et profiter de cette belle journée de weekend. »

Il posa doucement ses lèvres sur celles encore sucrées de Tom. Ce dernier sourit, ce n'était peut être pas un si mauvais jour que ça, au final. Il serra la taille fine contre lui, pas trop fort cependant. Il avait gardé cette mauvaise habitude de penser Bill trop fragile et avait toujours un peu peur de le casser s'il n'y faisait pas assez attention.

« Tu sais ce que j'ai envie de faire ? » Lança le sujet de ses pensées avec un regard malicieux.

« Dis-moi tout. »

« J'ai envie d'aller faire des photos dans le parc. »

Tom appuya son regard, puis poussa un soupir peu convaincu. Bill le bouscula à l'épaule avec des yeux suppliants.

« S'il te plait, s'il te plaiiiit ! Il fait beau en plus, c'est le temps idéal, et puis ça fait quelques jours que mon appareil prend la poussière dans un coin, il a besoin de sortir ! Et moi aussi. » Il croisa les bras, faisant une moue boudeuse à laquelle le tressé ne pouvait définitivement pas résister.

« D'accord, on y va, arrête ton cinéma. On ira manger quelque part après. » Bill frappa dans ses mains, plus que partant. « A moins que le kiné ne... »

« Tom, » le stoppa le brun d'un ton sévère.

« Oublie, j'ai rien dit. On est parti alors ! »

Ils attrapèrent clefs de voiture, appareil photo et vestes avant de quitter leur appartement pour un petit bain de soleil mérité.
 
Cela faisait bien dix minutes que Tom fixait son portable sans réussir à le prendre. Il en avait envie, pire, il en crevait d'envie depuis une semaine, mais il ignorait comment faire ça. Comment était-on supposé appeler un jeune homme que l'on connaissait à peine, mais dont on connaissait à la fois le plus lourd et douloureux secret ? Il avait cessé de penser à son âge, sachant que cela ne l'empêcherait pas de vouloir revoir l'androgyne. Mais la mucoviscidose ? Il ne connaissait que peu cette maladie avant sa rencontre avec Bill, et les jours suivant, il avait fait suffisamment de recherches pour savoir qu'elle était classé comme maladie rare malgré sa grande présence, mais surtout, qu'elle était encore impossible à traiter, si ce n'était par greffe. Les patients, malgré une espérance de vie grandissante, mourraient tôt. Il devait l'avouer, ça lui faisait peur. La maladie, il la fréquentait tous les jours, et il vivait pour la médecine depuis longtemps. Mais s'attacher à une personne malade ? Il avait vu des familles pleurer des patients décédés, des parents perdre leur enfant, il ne pouvait qu'imaginer leur douleur, et il n'était pas prêt à endurer la même chose. C'était sûrement lâche de sa part, mais en repensant aux sensations qui l'avaient transpercé lorsqu'il avait été près de l'adolescent, il savait pertinemment ce qui arriverait s'il décidait de le fréquenter. Il n'était pas bête, et il avait beau ne pas être fleur bleue, il ne pouvait ignorer la violente attirance qu'il avait ressenti. Il n'avait jamais été amoureux, ni de sa première petite amie, ni des hommes qui avaient suivi. Il entendait parler de l'amour, partout, et il s'était fait une idée de ce à quoi cela devait ressembler.

Cela devait ressembler à Bill.

Il secoua la tête, perdu. Alors quoi ? Il refusait de savoir à quoi ressemblait cette chose que tout le monde semblait attendre impatiemment, parce qu'il refusait de souffrir ? Bill était là, bien vivant. Il pouvait encore vivre une dizaine d'années sans problème, si tout allait bien. Sans vraiment s'en rendre compte, il avait saisi son portable, cherché le prénom du garçon dans son répertoire, et son doigt était à présent en suspend au-dessus de la touche d'appel. Il inspira, tendu. Puis appuya.

« On a qu'une vie, » grogna-t-il pour lui-même tout en collant le téléphone à son oreille. Il n'eut pas à attendre très longtemps.

« Allo ? »

« Bill ? » Il se racla la gorge. Question stupide.

« C'est bien moi... Laissez-moi deviner. Le mec sexy et non-médecin d'il y a une semaine, c'est bien ça ? »

« Tom, » répondit-il en souriant. « Et je t'ai dit de ne pas me vouvoyer. »

« C'est vrai. Et je me souvenais de ton prénom. Tu te décides à appeler finalement ! »

« Ne me dit pas que tu doutais ? Tu m'avais l'air plutôt sûr de toi, pourtant. »

« Tout le monde a ses failles. »

Tom entendit tousser un peu dans le combiné.

« Je ne te dérange pas, au moins ? » S'inquiéta-t-il immédiatement.

« Non, non pas du tout. Alors, je te manquais déjà ? »

Le tressé sentit son ventre devenir chaud. Il adorait la façon dont ce gamin flirtait.

« Je suppose. J'ai envie de te revoir. » Autant être aussi direct que lui.

« Moi aussi. Ailleurs que dans un hôpital, pas que ce ne soit pas un endroit idéal pour un rencard, mais je préfèrerais autre part, quand même. »

« Oui, on trouvera facilement mieux. Où ? Quand ? » Son c½ur explosait des records. Il ne se reconnaissait pas, mais il était tellement impatient, tellement obsédé par l'idée de se replonger dans les yeux du jeune homme, qu'il ne parvenait pas à se contenir. Il entendit Bill rire, sûrement à cause de la précipitation du tressé.

« Cette après midi ? Hey, je viens juste de réaliser que je ne sais même pas si tu habites dans le coin ! »

« Si, pas très loin de l'hôpital. Et toi ? »

« A 20 minutes en bus. Je connais un parc sympa, au centre ville. »

« Génial ! » Il écouta les instructions pour s'y rendre et raccrocha, un sourire béat aux lèvres.

Il allait le revoir.

***
 
Tom s'allongea paresseusement dans l'herbe bien verte, finalement très heureux d'être sorti. Il ne faisait pas trop chaud, mais l'absence de vent rendait la température idéale. Il inspira l'odeur de feuilles sèches et écouta les quelques insectes qui volaient non loin de là. Lorsqu'il était ici, il oubliait que ce coin de verdure était en plein centre-ville. Il ferma les yeux et sourit en sentant Bill s'asseoir à califourchon sur lui. Il souleva une paupière et aperçu le brun, appareil en main, en train de lui tirer le portrait. Il n'était pas très fan de photos, mais il adorait lorsque son petit ami donnait libre court à sa passion pour le monde à travers son objectif. Alors il se laissait volontiers photographier et appréciait de passer un instant loin des problèmes, loin de la maladie. Il posa une main sur le torse de l'androgyne avant d'agripper son tee-shirt et de le tirer plus près de lui. Bill se retint en posant ses mains de part et d'autre de la tête de Tom, et le fixa avec un sourire en coin.

« Tu es magnifique, » souffla finalement le tressé après une courte contemplation.

Il attrapa l'appareil photo qui pendait au cou du plus jeune et pressa le déclencheur. Bill gloussa avant de se baisser pour poser ses lèvres sur la bouche de son amoureux. Ce dernier senti les longs cheveux noirs lui chatouiller agréablement le visage, il y glissa ses doigts, et entrouvrit les lèvres. Il bougea, les faisant rouler sur le coté, allongés face à face, sans jamais rompre le baiser. La main du brun vint se loger dans le cou de Tom et il laissa ses ongles légèrement griffer sa peau. A cet instant, plus personne au monde n'existait, s'il y avait quelques joggeurs ou promeneurs, ils s'étaient effacés de leur champ de vision. Discrètement, Bill réussit à prendre une photo alors qu'ils s'embrassaient, lovés l'un contre l'autre dans l'herbe. Il trouvait merveilleux de pouvoir capturer un tel instant pour le voir figé sur papier glacé encore des années et des années après. Son c½ur se serra à cette pensée, et une larme, très discrète, glissa sur sa joue alors qu'il s'accrochait un peu plus désespérément à Tom. Combien d'années, de mois, de jours pourrait-il contempler cette simple photo ? Il n'avait plus peur de mourir, et ce depuis bien longtemps maintenant. Mais quitter Tom était la pire chose qui pouvait lui arriver, la plus terrifiante, la plus injuste. Il chassa tout cela de son esprit, refusant que son petit ami remarque quoi que ce soit. Il connaissait Tom, il savait que celui-ci était bien plus déterminé à se battre que lui, et il ne voulait lui laisser que le meilleur, pas une image fatiguée, triste et malade de lui-même, pour qu'il n'ait aucun regrets. Pour qu'il sache qu'il lui avait offert les meilleures, les plus intenses et magiques années de sa vie.

« Tu rêves ? »

Bill releva ses yeux qu'il ne se souvenait pas avoir baissés. Il sourit et secoua la tête.

« Je me disais juste que j'étais chanceux. Que tu m'ais choisi, moi, tu sais... Et pas un autre. »
Tom fronça légèrement les sourcils, mais sourit.

« Et moi, qu'est-ce que je devrais dire, tu t'es regardé ? Tu es superbe, et tu as voulu de moi. Mais ça n'est pas une question de chance, tu sais. C'est comme ça. Tu étais pour moi, fin de l'histoire. Je suis heureux de mon sort. » Il caressa le visage de l'être aimé.

« Tu dis de ces choses parfois, » lâcha Bill dans un soupire, appréciant le contact sur sa joue. « J'en oublie que c'est moi le romantique et toi le macho... »

« Quoi ?! » Tom s'éloigna un peu, l'air indigné.

« Ce n'est pas moi qui le dit, » répondit Bill en riant, les mains levées.

« Oh oui, je sais. Mais c'est pas parce que ce connard t'a dit ça que c'est la vérité. Qu'est ce qu'il sait de moi, hein ? »

« Tom, » répliqua le brun en posant une main sur son épaule. « Je sais que tu ne l'aimes pas beaucoup, mais c'est mon ami. Sois sympa, s'il te plait. Et puis il a dit ça comme ça. »

« Il pense que je te traite mal, que je suis un de ces mecs qui pense qu'il est mieux que la personne avec qui il est, et que je me laisse entretenir ! Tu trouves ça normal ? »

« Ce n'était pas exactement ça, tu déformes. » Bill se releva en position assise, un peu énervé de revenir sur une conversation qu'ils avaient déjà eue. « Il a jugé sur les apparences. Il s'est trompé, et je ne l'ai pas laissé dire n'importe quoi. C'est bon, maintenant. Je disais ça pour rire, détends toi. »

Au ton de sa voix, Tom su qu'il avait réussit à agacer Bill, ce qui le fit immédiatement culpabiliser. Cette histoire n'avait aucune importance, Andréas, un bon ami de l'androgyne, avait fait cette remarque après avoir croisé le couple une fois au supermarché. Lui et Bill ne se voyaient pas si souvent, et il n'avait jamais rencontré Tom en vrai avant. Il avait simplement fait ce que tout le monde faisait : il avait détaillé le tressé de la tête aux pieds, remarqué son look un peu particulier, et immédiatement pensé qu'il était un de ces mecs machistes et irrespectueux. Il n'avait pas été le seul. Et Bill avait rapidement dissipé le malentendu. Tom déglutit, et s'approcha de son brun toujours  assis dos à lui.

« Bill... » Il passa ses bras autour de sa taille et le serra contre son torse. « Excuse-moi. »

« Idiot, » lui répondit le jeune homme, néanmoins avec un sourire et en se laissant aller dans l'étreinte.
« On s'en fiche pas mal de ce que les gens pensent. Tout ce qui compte, c'est que toi tu saches ce que moi je pense. »

« Oh, et qu'est-ce que tu penses ? » Demanda joueusement Tom en lui embrassant le cou.

« Je pense que tu es bien plus sensible que tu ne le laisse paraître, que tu as beaucoup d'ambition, que tu n'aimes pas que les gens découvrent qui tu es vraiment si tu n'es pas sûr que ce sont des gens sympas, ce qui fait qu'on se trompe souvent sur toi. Mais tu t'en fiches, parce que ceux qui comptent vraiment pour toi connaissent la vérité. Je pense que tu as un c½ur pur, gigantesque, et un grand sens du respect. Je pense que tu es l'homme le moins macho que j'ai jamais rencontré, et que je suis tombé amoureux de toi dès l'instant où je t'ai vu m'observer dans la salle d'attente de l'hôpital. »

Tom resta silencieux un moment face à ce déballage. Bill sembla s'en inquiéter, puisqu'il releva le menton, mais lorsqu'il aperçu le sourire tranquille sur les lèvres du tressé, il se détendit dans ses bras. Il mêla leurs doigts ensemble, posés sur son ventre, et ferma les yeux.

« Des fois j'oublie que tu me connais mieux que personne, » murmura finalement Tom.

« C'est aussi le cas pour toi. » Bill fit une pause, avant d'ajouter en riant : « Toi, et ma mère. Bon sang, elle arrive tellement à tout savoir rien qu'en me regardant, c'est effrayant. »

Tom se mit lui aussi à rire. C'était tellement vrai. Ils restèrent enlacés pendant quelques minutes, sans rien dire, appréciant l'instant.

« Une dernière photo et on rentre ? » Finit par demander Bill.

Le tressé acquiesça, et il posa ses lèvres sur la joue du brun alors qu'ils immortalisaient encore un moment à eux, rien qu'à eux.
 
Le soleil semblait se coucher sur les vagues, éteignant le ciel et laissant place à l'autre astre lumineux. La plage était presque déserte, et pas un bruit, si ce n'était celui de la mer et de quelques oiseaux, ne perturbait la paisibilité de l'endroit. Tom gardait ses mains dans ses poches, conscient qu'elles agiraient certainement toutes seules s'il ne le faisait pas. Bill marchait à coté de lui, magnifique, comme à son habitude, ses cheveux en batailles glissant devant ses yeux avec le vent. Ils s'étaient vus souvent, ces dernières semaines, mais il semblait qu'ils n'en avaient jamais assez. Néanmoins, il ne s'était encore rien passé. Pas qu'ils n'en avaient pas envie, mais aucun des deux n'osait, comme s'ils attendaient le bon moment.

Tom pensait que c'était vraiment, vraiment le bon moment.

Il avait fait en sorte de prendre le temps, pour lui comme pour Bill, car il avait tout de même mis un léger temps à s'habituer à l'âge et à l'état du jeune homme. Mais à présent, il était presque obsédé par l'envie d'être plus proche de lui. Il se sentait attiré, aimanté, et il n'arrivait plus à y résister. Ainsi, lorsqu'il vit du coin de l'½il que l'androgyne tremblait un peu, il saisit l'occasion.

« Viens par là, » l'invita-t-il en ouvrant un pan de son manteau. Bill sourit et s'y nicha avec plaisir, glissant son bras droit dans le dos de Tom qui frissonna. Ils marchèrent encore, jusqu'à ce que Tom réalise que son protégé était bien silencieux.

« Tu as perdu ta langue ? » Demanda-t-il, inquiet.

Bill secoua la tête, mais son expression se fit un peu soucieuse, voire même apeurée.

« Hey... » Tom se stoppa et se plaça face à l'adolescent qui baissait maintenant la tête. « Bill, regarde-moi. Qu'est-ce que tu as ? »

« Tu... » Le brun ravala difficilement ses larmes. « Je ne sais pas comment... »

Le tressé sentit son c½ur lui faire mal. Il ne voulait pas le voir comme ça. Il mit un doigt sous son menton pour le forcer à le regarder. Ses yeux étaient brillants de chagrin.

« Dis-moi. »

« Je suis malade, » cracha-t-il comme s'il s'agissait d'une chose dégoûtante qu'il voulait sortir de sa bouche. « J'ai la mucoviscidose. Voilà, tu peux partir, si tu veux. »

Tom resta bouche bée. Il avait complètement oublié que Bill ignorait qu'il était déjà au courant. Il n'avait jamais mentionné la maladie, voulant l'accepter en premier lieu, si bien qu'il avait l'impression d'avoir déjà été mis dans la confidence, alors qu'il l'avait découvert seul. Son c½ur s'affola. Bill pensait qu'il ne l'accepterait pas, qu'il allait s'en aller. Ses mains se posèrent sur les joues du jeune homme, son regard se fit le plus doux possible.

« Bill... Je le sais. Je le sais depuis qu'on s'est rencontré. J'avais posé la question à une infirmière ce jour là. J'aurais du te le dire, mais j'avais oublié que toi et moi on n'en avait jamais parlé... »

« Tu le sais ? » Les yeux de Bill devinrent ronds. « Mais tu... Tu as voulu me voir, souvent. On se voit tout le temps depuis des semaines ! »

« Mais je m'en fiche que tu sois malade ! Qu'est-ce que ça change ? Je voulais... » Tom se mit à rougir. « Je voulais être avec toi, je veux être avec toi autant que je le peux. Pourquoi je partirais alors que je suis à peine capable de rester à plus de dix centimètres de toi... »

Cette fois, les larmes tombèrent vraiment des yeux de Bill, mais son visage entier souriait. Il passa ses bras autour de la taille de Tom, sous son manteau, et pour la première fois, posa ses lèvres sur celles du plus âgé. Ce dernier ne mit pas longtemps à réagir, et serra le garçon plus près, passant une main dans ses cheveux ébène. Leurs bouches se caressèrent, puis leurs langues. La lumière rouge du soleil presque couché formait d'étranges flammes sur leurs visages collés. Les dents de Bill s'amusèrent à mordre la lèvre inférieure de Tom, puis il y glissa à nouveau sa langue, affamé. Chaque fois qu'ils se détachaient un peu, ils ne pouvaient s'empêcher de recommencer à s'embrasser, accrochés l'un à l'autre comme s'ils voulaient fusionner. Finalement, à bout de souffle, ils se séparèrent, et Tom remarqua alors ce à quoi il n'avait pas prêté attention : la respiration de Bill était horriblement sifflante, et il toussa, une main devant le visage. Le tressé lui caressa le dos, jusqu'à ce qu'il soit à nouveau calme et retrouve un rythme d'inspirations et d'expirations normal.

« Tu vois, » murmura Bill, fermement maintenu dans les bras de Tom. « C'est ça que tu vas devoir supporter si tu veux qu'on reste ensemble. Je ne veux pas être un poids. »

Pour seule réponse, le plus âgé le serra un peu plus fort.

« Tu n'en seras jamais un pour moi. »

Il n'avait jamais été plus sincère, et il sut qu'il avait dit vrai alors qu'en quittant la plage, un bras autour des épaules de Bill, il sentit les papillons voleter dans son estomac.

Comme dans les films.
 
***
 
Bill se rendit à son rendez-vous chez son kinésithérapeute en sifflotant, habitué à s'y rendre de temps en temps pour effectuer des exercices qui lui permettaient de mieux respirer. Lorsqu'il était plus jeune, il devait s'y rendre chaque jour, mais à présent, les techniques pour se dégager les bronches n'avaient plus de secret pour lui, et il pouvait le faire lui-même, ou avec l'aide de Tom.

Sa séance se déroula relativement normalement, si ce n'est qu'il eut l'impression que quelque chose clochait. Il se dit qu'il devait simplement être parano, jusqu'à ce que Georg, son kiné, ne lui pose une question qui n'aurait pas réellement dû être là.

« Est-ce que tu es libre la semaine prochaine ? On va devoir décaler ton rendez-vous à l'hôpital. »
L'androgyne fronça les sourcils, surpris.

« Oui, oui bien sûr, mais... »

« Je ne vais pas te le cacher, » le coupa Georg avec une voix peinée, « tes derniers résultats sont vraiment mauvais. Je ne t'apprends rien, pas vrai ? »

Bill secoua négativement la tête. Il avait simplement pensé que ça n'était pas si grave. Il sentit une main rassurante se poser sur son épaule.

« On va faire ce qu'on peut, d'accord ? Ils te donneront tous les conseils qu'il faut, on va bien s'occuper de toi. Essaye de ne pas trop t'inquiéter. »

« Oh, c'est pas pour moi que je m'inquiète, » répondit le brun en se tripotant les cheveux. « C'est Tom que je ne veux pas affoler. » Il disait vrai, malgré le fait que ça semblait incroyable pour la plupart des gens, il ne s'en faisait pas réellement pour lui, du moins, pas autant.

« Il faudra qu'il soit avec toi pendant ton rendez-vous. »

« Parce que tu crois vraiment que j'aurais réussi à y aller sans lui ? » Bill eut un petit rire. « Il ne va pas vouloir me lâcher d'une semelle dès que je lui en aurai parlé. Merde, je ne voulais pas qu'il soit obligé de supporter ça, avec son boulot en ce moment... »

« Il sait très bien ce que ta maladie implique, » lui fit remarquer Georg d'une voix douce. Depuis le temps qu'il suivait le jeune homme, il connaissait bien le couple et était devenu un bon ami.

« Ce qui ne veut pas dire qu'il l'accepte pour autant, » lui répondit Bill en se levant pour partir. « Enfin, je m'en occupe. Je vais y aller doucement. » Il soupira, puis envoya un sourire à son vis-à-vis. « Viens manger un truc à la maison un de ces jours toi, ça fait longtemps qu'on a rien fait, tous les trois. On retournera au billard, si ça te dit. »

« Je n'y manquerait pas, » s'enthousiasma le kiné en faisant la bise à son patient. « A la prochaine, Bill. Je te passe un coup de fil dans la semaine. »

L'interpellé acquiesça puis quitta le cabinet, l'esprit préoccupé, le c½ur alourdi. Foutue maladie.
 
***
 
« Dis-moi que tu plaisantes... »

« Tom, » Soupira le brun, épuisé. « Tu savais bien qu'on en arriverait là tôt ou tard, on en a déjà parlé mon c½ur... »

« C'est pas vrai, merde, » jura le tressé en prenant son visage dans ses mains. « Merde. »

« C'est pas encore dramatique, » tenta de le rassurer son petit ami.

« Pourquoi t'es toujours autant optimiste ? » Cracha Tom, soudain très énervé. « Arrête de faire comme si tout ça n'était pas important bordel ! C'est de ta vie qu'on parle là ! »

« Je suis né avec ça. J'ai eu le temps de m'y faire et de l'accepter. Je pensais que c'était aussi ton cas. »

« Oui, et ben non, c'est con hein ? » Son visage était rouge, il ne réfléchissait plus réellement à ce qu'il disait. « Je vais pas sourire et faire semblant d'être heureux alors que t'es en train de crever ! »

« Tom... »

« Quoi, Tom ? Tu crois que j'suis prêt à te laisser partir ? Tu crois que sept ans, ça me suffit, que c'est pas grave, que j'en ai eu assez ? J'en ai pas eu assez, Bill ! Je veux encore de tout ça ! » Les larmes commencèrent enfin à glisser de ses yeux, alors qu'il les avait si longtemps refoulées. « J'ai jamais aimé comme je t'aime, et je suis censé accepter qu'on m'empêche d'en profiter ! C'est injuste, c'est injuste, injuste... »

Un grand sanglot lui échappa, et Bill vint l'enlacer, tremblant. Il détestait tellement sa maladie pour l'unique raison qu'elle blessait Tom et voulait les séparer. Ils glissèrent au sol, recroquevillés l'un contre l'autre, touchant chaque parcelle de peau offerte, comme s'ils avaient peur de voir l'autre disparaître.

« Reste en vie, » supplia Tom, la voix noyée de larmes. « Reste avec moi pour toujours... »

L'androgyne ferma les yeux de toutes ses forces, refusant de craquer à son tour. Il berça son amoureux avec douceur, lui caressant les cheveux, les embrassant aussi. Puis, toujours avec autant de précaution, il commença à chanter des paroles qui à leur yeux comptaient tellement.



Ça fait du temps, quand on y pense,
Qu'on aimerait tant avoir une chance
De changer des choses qu'on nous impose
Afin d'éviter qu'on explose...
Ça fait du temps qu'on nous embrasse
Avec des mots qui laissent des traces


Ça fait longtemps qu'on rêve d'un monde pour nous garder
Ça fait longtemps qu'on rêve d'un monde pour nous garder

Ça fait longtemps qu'on rêve d'un monde pour nous sauver...




(Cover par cette demoiselle pour la fiction, merci encore ♥)

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Comments :

  • RandomBeauty

    26/03/2012

    Ca va que le chapitre c'est arreté la, car sinon, les larmes seraient bien tombées lol !! Enfin, que d'émotions !! Décidemment, ca risque de pas être rose tout ca, en espérant qu'ils s'en sorte sans trop de dommages... C'est bien que Bill soit au clair avec lui même, même si Tom n'es pas encore près.

  • FicHistoryTh

    23/02/2012

    C'est triste quand même tout ça, on sens Tom tellement désemparé.
    En tout cas tu as un style que j'aime beaucoup, les flash backs sont bien placés, on a vraiment l'impression de lire un livre..

  • ich-steh-wieder-auf

    08/01/2012

    j'ai pas de mots. Lire cette histoire, et écouter cette chanson en plus. C'est trop triste.

  • Amuna28-fic

    21/08/2011

    Ouah, c'est vraiment triste ......
    Bill n'a pas le droit de mourir et de laisser Tom.

  • Bloody-Nightmare-x

    14/07/2011

    Beuuuuuuuuh Tu m'as mis les larmes aux yeux T.T
    J'aime vraiment beaucoup l'idée.. Et tu sais à quel point le sujet me touche :/
    Je t'aiiime <3

  • MAN00NxxM

    21/06/2011

    MEEEEEEEEEERDE ! Han j'suis deg, j'ai vu que ta dernière mise a jour était aujourd'hui, j'me sui PRECIPITEE ici, & ... RIEN ! J'suis dégoutée . :'(

  • MAN00NxxM

    08/06/2011

    Oh ben nan, je suis trop décue ! :'( !
    Je viens souvent voir ton blog, pour regarder quand est-ce que tu l'a mis a jour, histoire de voir pour la suite ...
    & la j'vois : Aujourd'hui 00:29
    J'étais TROP heureuse, j'ai foncé au bas d'cette page ... & rien ......
    S'il te plait, la suite, je désespère ... :'( ♥

  • Wiedersehen-T-B-L

    05/06/2011

    On se connait pas mais je te déteste ok ? Je déteste ce Tom trop fragile qui le cache si bien, qui pleure à la fin de ce chapitre, qui m'a fait pleurer, et encore plus la chanson parce que c'est trop sdklfjsqkljfskqlmf. J'aurais pu attendre un peu avant de te laisser un commentaire parce que je viens tout juste de finir de lire et que voilà qslkfjqksl. Alors je vais reprendre mes esprits et essayer d'écrire un commentaire digne de ce nom. Etant fan de tes écrits, j'avais envie de lire je suis naturellement venue sur ton sky pour voir s'il y avait quelque chose de nouveau, comme je préfère lire des écrits terminés j'ai hésité avant de commencer celui-là (parce que j'ai déjà lu tous les autres c'est pas marraaant (a)) mais voilà où j'en suis ! Bref ! Encore un grand chef-d'oeuvre d'xUnsy je le sens bien venir celui-là. Sérieusement je sais pas comment tu fais mais je suis juste FAN, harchi fan. Chaque nouvelle fiction ou chaque nouveau O.S c'est un univers complètement différent et dans tout ce que tu as écrit y'en aucun pour le comparer à un autre. Et putain tes mots quoi, merde. J'ai hate, hate, hate de lire la suite, tellement haaaaaaaaaate. Ne nous fait pas attendre trop longtemps s'il te plaaaait slkqjfsqlkqsg. J'aime ce Tom et ce Bill que tu fais, ce qu'ils forment tous les deux, c'est magique putaaaaaain. (trop de vulgarité tue la vulgarité). J'AIME J'AIME J'AIME (je suis à court de mot là, oui.) La suuuuite, pitiééé !
    Merci de nous faire partager ♥

  • Laura

    03/06/2011

    Tellement long ... stp !

  • Miss TH

    02/06/2011

    Vivement la suite :)

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