Stay Alive - Chapitre 3


Chapitre 3
 
Les yeux de Bill s'ouvrirent difficilement, secs et collés comme il détestait. Il finit par recouvrir la vue, et se souvint exactement pourquoi il avait si mal dormi et avait si mal aux yeux ce matin. Il se tourna le plus doucement possible pour se retrouver face au visage endormi de Tom. Son c½ur se serra : le tressé avait les traits tirés, ses sourcils étaient froncés et il semblait aussi que ses poings étaient serrés. Même le sommeil ne parvenait pas à le détendre, il allait être extrêmement fatigué aujourd'hui, Bill n'en doutait pas. Il soupira lourdement. Il constatait tout ce qu'il avait toujours redouté et souhaité éviter. Il savait qu'ils en seraient là un jour où l'autre, mais il devait avouer qu'il s'était habitué à ce que les choses n'aillent pas trop mal et à pouvoir profiter de son petit ami. Il passa un doigt tremblant sur le front de l'endormi, espérant pouvoir en effacer les rides d'inquiétude. Il se prit à penser que les choses auraient été beaucoup plus simples s'il n'avait jamais rencontré Tom, avant de réaliser à quel point c'était ridicule et horrible. Si c'était à refaire, il recommencerait tout sans rien changer. Tom était la plus belle chose qui lui était arrivé, jamais il ne le regretterait.
 
Mais penser au mal qu'il allait lui faire en ne tenant pas la promesse impossible qu'il lui avait offerte, à savoir, rester en vie, le rendait malade. Ses doigts s'aventurèrent sur la joue du brun, cajoleurs, aimants. Il aimait tout de cet homme. Partir sans lui l'effrayait, il avait oublié depuis longtemps ce qu'était la vie sans son amoureux, et en était arrivé à imaginer que même la mort ne pouvait les séparer. Et pourtant, elle était en train de s'y mettre. Une larme tâcha l'oreiller, et Bill sentit sa gorge se serrer. Non, il n'allait pas pleurer, il devait soutenir Tom, il devait doucement l'habituer à l'idée... Et s'y habituer également. Tout ça sonnait très résigné, mais depuis bien longtemps l'androgyne l'avait accepté, comme une fatalité, son destin personnel, certes insensé, mais c'était comme ça. Pourtant les choses avaient pris un autre tournant, plus douloureux, quelques années auparavant, lorsqu'il avait rencontré la seule personne qui lui ferait redouter ce destin, et haïr cette maladie comme jamais.
 
« Bill... » Entendit-il murmurer près de son oreille, avant de réaliser qu'il s'était recroquevillé contre le corps de son petit ami, le visage enfouit dans son torse, et que de longues plaintes et sanglots s'échappaient d'entre ses lèvres, agrémentés d'épaisses larmes. Il hoqueta, surpris par la puissante douleur qui lui obstruait la gorge et l'empêchait de respirer. Les bras de Tom étaient autour de lui, le maintenant alors que ses membres tremblaient.

« Calme toi, mon amour, calme toi, je suis là, » lui intimait le tressé, effrayé d'avoir été réveillé par les gémissements désespérés de Bill. Il ne l'avait vu que très rarement craquer de cette façon. De plus, sa respiration sifflait dangereusement, il fallait vraiment qu'il réussisse à se détendre pour éviter de se retrouver à l'hôpital. Alors, complètement désarmé et ne sachant quoi faire d'autre, Tom obligea le plus jeune à s'allonger sur le dos et vint se mettre par-dessus, surélevé à l'aide de ses bras. Il commença par embrasser les joues humides de larmes, puis les paupières fermées de Bill. Il mettait toute sa douceur dans ces simples baisers, tout son amour, et à sa grande surprise, cela sembla marcher, puisqu'il sentit le corps sous lui s'immobiliser et la respiration redevenir correcte. Il effleura les lèvres aimées des siennes, puis descendit dans le cou de son protégé. Bill passa ses bras autour de lui, et il s'autorisa à se laisser lentement retomber sur lui, couvrant l'androgyne comme s'il voulait le cacher aux yeux du monde. Il soupira de soulagement, constatant qu'il était à présent calme.

« Ne me fais plus jamais une peur pareille, » glissa-t-il en caressant la chevelure noire. « Qu'est-ce qui t'as mis dans un tel état ? »

« Pardon, » répondit Bill en se blottissant un peu plus, emmêlant ses jambes à celles de Tom. « Je... Je ne veux pas te faire souffrir. »

« Quoi ? Comment est-ce que tu... » Tom se tut, comprenant soudain ce qu'il avait voulu dire. Son c½ur sembla ralentir alors qu'il continuait de refuser cette espèce de fatalité qu'était la mort prochaine de l'être auquel il tenait le plus au monde. Pourquoi était-ce obligé d'arriver ? Après tout, personne ne savait, et Tom se dit qu'il avait bien droit d'espérer encore, tant que leurs deux c½urs battaient toujours, alors rien n'était fini. Mais quelque part, son coté rationnel lui envoyait des signaux d'alarme. Il sentit des lèvres se coller à son torse, puis remonter jusqu'à son menton, réclamant l'accès à sa bouche. Il tourna lentement son visage pour observer celui de Bill.

« J'ai peur d'être sans toi, » avoua ce dernier, la voix cassée. Tom secoua la tête, et scella leurs lèvres. Il ne voulait pas l'entendre, et encore moins l'accepter. Alors il embrassa Bill, passant ses doigts dans sa nuque pour le rapprocher encore et approfondir le baiser, glissa sa langue contre celle de son amant, la caressa.
 
Ils étaient allongés sur le canapé, s'embrassant langoureusement, pressés au plus près l'un de l'autre. De délicieux sons s'échappaient de la gorge de Bill, et Tom adorait ça. Il glissa une main sous son teeshirt, caressa la peau qu'il avait appris à connaître depuis trois mois maintenant qu'ils sortaient ensemble. Il savait parfaitement que son corps réclamait plus, mais alors même que cette pensée lui traversait l'esprit, et comme c'était déjà arrivé quelques fois, il retira sa main et s'éloigna un peu, pour calmer le brasier qui enflammait ses entrailles. Il sentit Bill remuer contre lui, et croisa son regard interrogateur, et même... Blessé.

« Tu recommences, » déclara-t-il, légèrement irrité. « Tom, je peux savoir c'est quoi le problème ? »

« De quoi est-ce que tu parles ? Je n'ai pas... »

« Et n'essaye pas de te foutre de moi, okay ? Ça va m'énerver. »

Tom baissa les yeux, gêné. Il ne savait pas vraiment comment lui répondre, ni quoi dire pour exprimer son sentiment. C'était étrange et jamais encore il n'avait fait face à ça. D'un autre coté, jamais encore il n'avait été avec quelqu'un qui était malade.

« Bon, je vais le dire moi-même, puisque visiblement t'en as pas le courage, » déclara Bill en croisant les bras. « Tu t'es rendu compte que tu n'avais pas envie de moi de cette façon. Si c'est vraiment le cas, alors dis-le maintenant, ça m'évitera de... »

Il n'eut pas le loisir de finir sa phrase que Tom le plaquait contre le canapé, son corps appuyé au dessus du sien, son regard noir.

« Tu penses vraiment que je n'ai pas envie de toi ? » Articula-t-il tout près des lèvres du brun. « Ne soit pas ridicule Bill... Qui le pourrait ? »

Le brun se retrouva déstabilisé. Il avait vraiment pensé que Tom ne savait pas comment le rejeter, et à présent il était complètement convaincu que cet homme pressé contre lui le désirait comme personne. Il réussit tout de même à reprendre un peu de contenance et repoussa légèrement son petit ami. Il ramena ses genoux contre son torse, baissa les yeux et sentit un ridicule sentiment de honte l'envahir. Peut-être était-il trop entreprenant ? Trop jeune ?

« Bill... » Soupira Tom, réalisant qu'il était en train de faire du mal à la personne qu'il aimait. Il força le jeune homme à tourner la tête vers lui. « Tu n'es en rien responsable, tu es parfait, tu es tellement beau, adorable, une de ces rares personnes à être réellement sincère et pleine de bonne intentions. Le seul problème... C'est moi. Moi qui suis incapable d'oublier ta maladie. »

Les mots tombèrent comme une brique dans l'estomac de Bill. Il resta abasourdi. Le tressé s'empressa de continuer.

« Ce que je veux dire, c'est que dès que je te touche, ou dès que j'ai envie de plus, j'ai l'impression que si je me laisse aller, je te ferai du mal. » Il baissa la tête. « J'ai l'impression que te faire l'amour serait comme accélérer ta maladie, en quelque sorte. Je suis désolé, c'est... J'aurais du t'en parler. »

Un silence lourd s'installa, durant lequel Tom se sentit stupide et Bill laissa les mots tourner dans sa tête. Finalement, l'androgyne vint s'installer sur les genoux de Tom, enlaça son cou et colla son front au sien.

« Je pense que je dois te parler de la mucoviscidose. » Annonça-t-il avec douceur, à la surprise du plus âgé. Il poursuivit. « C'est de ma faute si tu en es arrivé à penser des choses pareilles... J'ai tellement envie de vivre normalement que j'en efface complètement la maladie de ma vie. Pourtant elle est là, et tu as le droit de savoir ce qu'elle est... »

Tom ne dit rien, il se contenta d'hocher la tête. Il serra Bill contre lui, rassurant.

« Leçon numéro une, » chuchota le brun avec un sourire en coin à son oreille, « faire l'amour ne me tuera pas, ne m'affaiblira pas beaucoup plus qu'une autre personne, ne déclenchera aucune crise. Cela fera juste de moi quelqu'un d'heureux. » Il ponctua sa déclaration d'un long baiser intéressé. Et pour la première fois, il ne sentit aucune retenue chez Tom qui laissa même ses mains s'aventurer sur les cuisses, puis les fesses de son brun.

« On verra la suite plus tard, » articula Bill entre deux baisers alors que Tom le soulevait dans ses bras en l'attrapant par les jambes. Celui-ci acquiesça alors qu'ils disparaissaient dans la chambre du petit appartement de Tom.

***

« Aller, on trinque ! »

Les trois hommes levèrent leurs bières et les entrechoquèrent avant d'en avaler une grande gorgée. La soirée se déroulait bien, et tout le monde s'efforçait de ne pas parler médicaments, kinésithérapie, résultats d'examens. Ce soir, Bill voulait être juste un jeune homme de 23 ans qui vivait pleinement sa vie. Georg faisait de son mieux pour ne pas mettre le sujet sur le tapis, mais il s'inquiétait de la façon dont le couple gérait les dernières nouvelles. Néanmoins, par respect et amitié, il n'aborderait pas le sujet. Ils avaient partagé un repas chez Bill et Tom avant de venir prolonger la soirée au billard, petit rituel qu'ils appréciaient tous les trois.

« Je me met avec Georg ! » déclara Bill en croisant les bras. « Sinon c'est pas très équilibré. »

« Comment ça ? » demanda Tom avec une pointe de soupçon dans la voix. « Qu'est-ce que je dois comprendre dans ce message subliminal ? » Il plissa les yeux, faisant rire les deux autres.

« Que tu joues trop bien mon chéri, » répondit Bill. « Et que Georg et moi, à nous deux... On a un niveau correct. »

« Hey ! Ne m'inclue pas dans le clan des nuls, » répliqua le kiné avec indignation. « Je joue très bien... Parfois. » 

Ils s'installèrent autour d'une table en riant. Tom lança le jeu, et chacun se concentra pour essayer de viser juste. Les discussions allaient bon train, passant d'un sujet à l'autre sans liens parfois, le tout dans une ambiance détendue.

« Je suis presque sûr que la fille qui vient de passer t'as maté le cul, » annonça Tom à Georg en riant. « Et pas discrètement en plus ! »

« Arrête de te faire des films, » répondit l'intéressé. « Surtout que c'est le tien qu'on regarde le plus, sans vouloir t'offenser Bill. »

« Oh, j'ai l'habitude, » répondit l'androgyne en faisant un geste évasif de la main. « Il fait tellement hétéro parfois. »

« Quoi ? » S'écria Tom, oubliant la partie.

« C'est la vérité, ça n'est pas écrit son ton front que tu es gay, » expliqua Bill, amusé de l'air outré de son amoureux. « C'est pas comme moi qui me ferait difficilement passer pour hétéro, franchement. Toi tu peux dire que tu aimes les filles, moi ça ferait grosse blague. »

« Il faut que tu arrêtes de fréquenter Andréas, » marmonna Tom en jouant, marquant deux points d'un coup.

« Je crois que tu l'as vexé, » commenta Georg en riant, habitué à ce genre de taquineries entre ses deux jeunes acolytes.

« C'est bien la première fois que quelqu'un serait vexé parce qu'on lui donne un air hétéro plutôt que gay, » pouffa Bill. « Oh aller, Tomi, je plaisante. »

« Je ne suis PAS vexé, » bougonna le tressé. « Je trouve juste ça stupide de donner des étiquettes aux gens. C'est pas les apparences qui font le reste. »

L'androgyne secoua la tête et s'approcha de son petit ami. Il glissa une main sur son torse et l'embrassa doucement sur les lèvres.

« Je sais, » dit-il ensuite, satisfait de voir les joues de Tom se colorer légèrement. « Tu joues ? »

La partie continua dans le même état d'esprit, les trois amis continuant de se charrier à tour de rôle. Finalement, se furent Bill et Georg qui gagnèrent la partie, à la surprise de Tom et d'eux-mêmes.

« On a un talent caché en fait, » déclara le kiné en tapant dans le dos du tressé. « Reconnais-le, on a quand même super bien joué ! »

« Ouais, ouais, c'est un grand mot, vous avez eu de la chance quoi, » répondit Tom en haussant les épaules.

« Quel mauvais perdant, j'y crois pas ! » S'exclama Bill.

« C'est ce qu'on verra, moi je dis que ça mérite revanche, » conclu Tom.

« Avec plaisir, mais une autre fois les mecs, je vais devoir rentrer moi, » leur lança Georg en récupérant sa veste.

« On va y aller aussi de toute façon, » dit Bill en faisant la même chose. « Je suis crevé. »

Ni Tom ni Georg ne releva, mais ils avaient tout deux remarqué le visage anormalement tendu du brun, ainsi que son air très fatigué de fin de soirée. Ils se dirent au revoir, et chacun regagna sa voiture. Une fois installé au volant, Tom observa son petit ami s'asseoir et pousser un long soupire.

« Demain 10h le rendez-vous à l'hosto, c'est ça ? » Demanda-t-il ensuite d'une voix lasse, ce qui surpris encore plus le tressé. Parler spontanément de l'hôpital n'était pas dans les habitudes de Bill.

« Oui, j'ai pris ma mâtiné, tu te souviens ? »

« Tomi, j'ai la muco, pas Alzheimer... »

Les sourcils de Tom se froncèrent.

« Je plaisante mon c½ur, détends toi, » lui lança-t-il avant de fermer les yeux, la tête appuyée contre la fenêtre. Le plus âgé ne répondit pas et démarra la voiture. Un mauvais pressentiment lui tordait l'estomac, et il n'aimait pas ça.
 
Il faisait nuit depuis déjà quelques heures, et Tom avait un sommeil agité, peuplé de cauchemars étranges, fait de couloirs blancs et d'ampoules rouges. Il ne se réveilla pourtant pas lorsque Bill quitta le lit, ni lorsqu'il commença à tousser depuis la salle de bain. Ce qui le réveilla furent les bruits de gorge qu'on racle, accompagnés de plaintes. Il ne fit qu'un bon et se précipita vers la pièce où il trouva Bill avachi contre le lavabo, à peine capable de tenir sur ses jambes. Il passa un bras dans son dos et lui fit passer le sien autour de son cou pour le soutenir. Il remarqua alors le sang par terre.

« Oh non, non non, Bill, Bill s'il te plait... »

Il commença à paniquer. Bill respirait en saccade, avec ce bruit gras spécifique due à l'encombrement extrême qui était en train d'étouffer le jeune homme. Tom tenta de ne pas laisser la peur prendre le dessus, et se déplaça avec Bill appuyé contre lui jusqu'au téléphone pour appeler le SAMU. Une fois leur adresse indiquée, il tenta de parler au brun, mais ce dernier ne parvint à lui répondre que par une nouvelle quinte de toux qui lui fit à nouveau cracher du sang. Les secours furent bientôt là, embarquant Bill sur un brancard où Tom le vit disparaître sous un masque, des tuyaux, des secouristes qui s'agitaient autour. Il vécu la scène au ralentit, entouré d'un flou gênant qui lui obstruait la vue, et il réalisa à peine qu'il montait dans l'ambulance, encore vêtu de son pyjama, pour se diriger vers l'hôpital. Des images lui envahirent la tête, des mots flottèrent à ses oreilles comme si on les lui murmurait.
 
« Je suis quelqu'un d'optimiste, c'est dans ma nature, c'est tout ! »

Tom soupira, un peu déstabilisé. Il fixa le ciel bleu depuis le parc où ils s'étaient posés pour discuter, et tenta de mettre des mots sur ses pensées.

« Je dis juste que c'est quand même quelque chose d'injuste. On n'accepte pas juste comme ça qu'une maladie nous bouffe. »

« Et qu'est-ce qu'on devrait faire ? Arrêter de vivre ? Non, tu vois, moi au contraire, depuis que j'ai conscience de tout ça, j'ai décidé de vivre à fond, de faire tout ce dont j'ai envie, dans les limites du possible. Je n'y pense plus. »

Le tressé ne répondit rien, que pouvait-il dire ? Leurs points de vue étaient clairement opposés sur ce sujet, et il savait que ça serait encore le cas longtemps. Il n'avait jamais été du genre à accepter les épreuves, encore moins depuis qu'il connaissait Bill. Qu'une personne comme lui, qu'un être aussi gentil puisse être condamné, non, impossible, illogique.

« Tu réfléchis trop, » commenta l'androgyne en lissant les rides d'inquiétude sur le front de son petit ami. « J'ai appris à vivre avec, alors il faut que tu fasses pareil, sans quoi on aura du mal à rester ensemble... »

« Il est hors de question que je te laisse, » répliqua aussitôt Tom en roulant dans l'herbe pour venir se placer sur Bill. « Il y a juste... Certaines choses que nous ne verrons peut-être jamais de la même façon. Tant pis, ça devrait aller quand même. »

« Mouais, c'est ce que tu dis maintenant, » grogna le brun en donnant un petit coup d'index dans le nez de son vis-à-vis. « Remarque, je dois reconnaître que tu es assez pot de colle dans ton genre. »

« Dit-il, » railla Tom en souriant. « J'ai du mal à croire que ça fait déjà un an et demi... Parfois il me semble que ça fait plus, et parfois qu'on s'est rencontré seulement hier... »

« Je suis si génial que ça ? » Plaisanta le plus jeune en inversant leur position.

« T'as même pas idée, » souffla le tressé avant de lui voler un baiser. « On s'en sort pas trop mal pour le moment, alors pourquoi se prendre la tête ? On verra bien comment ça continue. »

« On verra bien, » répondit Bill dans un soupire.

Quoi qu'il arrive, il était trop tard pour faire machine arrière. Il s'était bien trop attaché à Tom. Mais chaque jour, chaque instant passé auprès de lui était accompagné de ce sentiment d'insécurité, de peur. Et si tout ça devenait trop lourd à porter pour Tom ? Et si il rencontrait quelqu'un qui lui plaisait, quelqu'un de normal ? Il décida de ne pas y penser, de vivre l'instant présent, comme il l'avait toujours fait jusqu'ici. Un élan d'affection lui tordit l'estomac, et il tira Tom vers lui pour qu'ils se retrouvent assis l'un en face de l'autre, avant de le prendre dans ses bras et de l'y serrer. Le tressé fut un peu surpris, mais répondit à l'étreinte. Etait-ce possible d'aimer autant ?


« Je te rendrai heureux Tom Trümper. Je te le promets. »

Il sentit Tom sourire contre lui.

« Tu le fais déjà, Bill Kaulitz. Tu n'imagines même pas à quel  point. »


Le flou ne parvenait pas à se dissiper. Il pouvait à peine dire ce qu'il venait de se passer tant cela lui paraissait irréel, lointain. Cauchemardesque. Il était seulement assis là, à attendre que quelqu'un vienne lui annoncer que tout ça n'était que pur affolement inutile, qu'il n'y avait pas lieu de s'inquiéter, que Bill allait très bien. Il attendait qu'on vienne lui dire de respirer. De vivre. Il distinguait vaguement des gens, un peu partout. Dire qu'il avait voulu travailler ici, dire qu'il aurait pu être celui qui s'occupait de son petit ami en ce moment, celui qui s'efforçait de le maintenir en vie, s'ils ne s'étaient jamais rencontrés.

« Tom ? »

Cette voix, elle lui disait quelque chose... Il tourna doucement la tête et reconnu la mère de Bill. Il n'eut pas à réfléchir, ses jambes agirent seules alors qu'il se retrouvait à serrer sa belle-mère dans ses bras. Elle tremblait, mais pas une larme ne coulait sur ses joues.

« Qu'est-ce qu'il s'est passé ? »

Il voulait répondre, il voulait vraiment essayer de la rassurer, mais alors qu'il tentait d'émettre un son, sa gorge se noua et il ne réussit pas à sortir un seul mot. Simone lui caressa doucement la joue, consciente de son état de choc.

« Ce n'est pas grave, on va attendre que le médecin vienne, d'accord ? »

Il hocha doucement la tête, incapable de faire quoi que ce soit d'autre. Il voulait parler, il voulait expliquer et sortir les images de cette horrible nuit de sa tête. Mais quelque chose en lui empêchait toute réaction, toute émotion de transparaître.

« Vous êtes la famille de Bill Kaulitz ? » Les interpella une voix quelques instants plus tard.

Simone s'empressa de répondre positivement, et le médecin leur fit signe de le suivre.

« Bien, les nouvelles ne sont pas très bonnes, malheureusement, je pense que vous vous en doutez. J'au vu sur le dossier de votre fils que ses derniers résultats étaient mauvais, et qu'il avait rendez-vous ici dans quelques heures. La maladie a atteint un nouveau stade ces dernières heures, un stade critique. Nous avons réussis à le stabiliser, mais il faut vous préparer à toute éventualité. Il va être mis sur liste d'attente pour recevoir une greffe. »

La mère de Bill porta une main à son c½ur, tandis que la peur déformait ses traits. Le médecin posa sa main sur son épaule, se voulant rassurant.

« Je vais vous orienter vers un collègue psychologue, si vous sentez le besoin de parler à quelqu'un. » Il se tourna vers Tom. « Vous êtes son frère ? »

Comme cela était arrivé un peu avant, le jeune homme fut incapable de répondre.

« Son compagnon, » rectifia Simone. « Quand pourrons-nous le voir ? »

« Pour le moment il est inconscient, mais une infirmière viendra vous chercher dès qu'il sera en état de recevoir de la visite. » Il lui serra l'épaule. « N'hésitez pas, tous les deux, à consulter mon collègue, cela vous aidera certainement à traverser cette épreuve. »

Il envoya un regard appuyé à Tom qui demeurait amorphe. Son état était clairement inquiétant.  Après un dernier sourire, il partit, laissant derrière lui ses mots flotter dans l'esprit de deux personnes mortes d'inquiétude pour un être cher. S'ils s'étaient préparés depuis des années à ce qu'une telle situation arrive un jour, ils ne parvenaient pas à la rendre supportable.

« Il va mourir. »

Simone sursauta légèrement, puis se tourna vers Tom qui, les yeux dans le vide, venait de murmurer cette terrible phrase. Elle s'approcha prudemment.

« Tom, mon chéri... »

« Il va mourir, » répéta-t-il alors qu'enfin son visage affichait une expression. Une expression si douloureuse qu'il était difficile de le regarder en face. Ses jambes commencèrent à trembler violemment, alors que les larmes glissaient de ses yeux.

« Bill va mourir ! » S'écria-t-il alors qu'il s'écroulait, de justesse rattrapé par Georg qui venait d'arriver et qui les avait repérés juste à temps. Il avait été contacté par l'hôpital avec qui il était en relation afin de suivre ses patients les plus gravement malades.

« Calme-toi Tom, calme-toi, » dit-il en aidant son ami à s'asseoir sur une chaise. Simone vint à ses cotés, car malgré sa propre douleur, elle vivait avec cette idée depuis la naissance de Bill, contrairement à Tom qui l'avait toujours refusé. Il semblait ne plus pouvoir se calmer maintenant qu'il exprimait enfin sa détresse. Georg lui frottait doucement le dos, impuissant. Que pouvait-il lui dire ? Personne ne pouvait prévoir ce qui allait arriver à présent.
 
Il fallait attendre.


« J'ai une chanson pour toi Tomi, » chantonna l'androgyne en jouant avec une tresse de Tom. Ce dernier sourit en caressant le dos nu de son amant, et se laissa bercer par les paroles délicieuses que lui ronronnait Bill à l'oreille.

« Le jour où tu es tombé du ciel, tout m'a semblé plus léger... Et je me sens pousser des ailes, accroché à tes baisers. Tout me destine, tout me soulève, tout me dessine et tout m'élève à tes lèvres, à tes désirs, à tes rêves et à tes soupirs... Je remercierai le ciel à chaque lever du soleil de t'avoir mis dans mes bras, moi qui n'attendais que toi. » *

Leave a comment

We need to verify that you are not a robot generating spam.

See legal mentions

Don't forget that insults, racism, etc. are forbidden by Skyrock's 'General Terms of Use' and that you can be identified by your IP address (54.226.179.247) if someone makes a complaint.

Comments :

  • RandomBeauty

    26/03/2012

    ... Oh c'est trop triste... que dire à part ... merde, c'est trop triste !! Une bonne chose, c'est que t'a réussi à me mettre la larme aux yeux... pfiou

  • FicHistoryTh

    23/02/2012

    J'adore vraiment tes flash back, mais là je ne vois pas comment Bill va s'en sortir.. Pauvre Tom il a l'air, brisé..

  • chaos87th

    19/10/2011

    Désolé, je n'avais pas vu que la suite avait été postée.
    Vraiment désolé.

    En tout cas j'ai adoré ce chapitre malgré qu'il soit très dur vu ce qu'il s'y passe.
    Mais il faut qu'ils tiennent pour Bill sinon lui aussi va s'effondrer.

  • Amuna28-fic

    21/08/2011

    J'ai faillit pleurer à la fin ...... :'(
    Bill est dans un sale état et Tom n'en parlons pas =/

  • Bloody-Nightmare-x

    15/07/2011

    Je suis sure qu'il va avoir une greeeeeeeeeeeeeffe ! C'est obligé T.T Il peut pas mourir T.T
    ( Oui je sais, t'as deja précisé que ça ne serait pas une death fic mais bon , laisse moi dramatiser è_é )
    Je t'aime *-*

  • Emsy-os

    11/07/2011

    C'est pas que j'ai eu envie de pleurer tout le long de ce chapitre mais presque =/
    Cette histoire plus tout les flash back je ne tiendrais pas jusqu'à la fin.
    Je crois bien que c'est Tom qui me touche le plus, il a pas la même vision que Bill et même en vivant au quotidien c'est dur et ça se comprend. Limite j'ai des frissons rien que d'y repenser tellement c'est bien écrit.
    Et la fin avec ses "il va mourir" je crois bien que c'était le pire éè
    Tellement horrible mais bien à la fois en tout cas :)

  • Des-Bill-Ich-Th

    10/07/2011

    coucou :)
    c'est tellement bien écrit que c'est limite si tu pleures pas sur ton clavier, j'aime trop cette fiction, c'est tellement réaliste hâte de lire la suite gros bisou =)

  • AlienBK

    10/07/2011

    Tu m'as faite pleurer.... éè
    Vivement la suiteeeeee !!

  • Miss TH

    09/07/2011

    Oh mon dieu la fin est trop triste. Heureusement que tu as dit que tu ferais une happy end. (d'ailleurs tu sais déja combien de chapitre il va y avoir?)
    Hate de lire la suite :D

  • Morgaaaanex3

    09/07/2011

    Vraiment, vraiment, vraiment, cette fiction est mon coup de ♥ ! Cest telleemnt bien écrit quoi !

Report abuse