Stay Alive - Chapitre 4

Chapitre 4 
 
Les yeux du brun papillonnèrent. Il ne comprenait pas vraiment, il voyait flou et ressentait une douleur qu'il ne parvenait pas à localiser. Il voulu bouger un peu ses doigts, histoire de retrouver un peu de sensibilité, mais il se stoppa en sentant un tiraillement désagréable. Ses yeux se tournèrent vers la source de ce mal, et il vit qu'il était perfusé. Son c½ur s'accéléra, il était donc dans un hôpital ? Il inspira profondément, pour vérifier. Cela ne rata pas : un déchirement lui fit voir blanc durant une seconde, une lacération au niveau du torse. Ses poumons souffraient. Un masque lui enveloppait le bas du visage. La panique commença à prendre le dessus, et il se mit à respirer beaucoup trop rapidement. Les machines près de lui s'emballèrent, lui donnant une sorte de claque mentale, et il se calma presque instantanément. Voilà, il se souvenait. La soirée au billard, les premiers signes que quelque chose clochait qu'il avait senti, le trajet en voiture, la nuit, la douleur, oh cette douleur... Il ferma les yeux. Le jour était donc arrivé. Il réalisa avec une pointe de surprise qu'il n'était pas si serein qu'il le croyait. Et même plus, il voulait s'en sortir. Vivre encore près de Tom. Son c½ur fit un nouveau bond. Tom, où était Tom ?
 
La salle d'attente n'était pas remplie, mais il y avait tout de même du monde. Des gens de tout âge, avec pour seul point commun l'expression plus ou moins inquiète de ceux qui attendent des nouvelles. Assis cote à cote sur trois sièges, Tom, Simone et Georg faisaient parti de ces personnes. La fatigue pouvait facilement se lire sur leurs traits. Voilà plus de 12 heures qu'ils étaient là. Tom s'était calmé, même si sa jambe tressautait incessamment depuis deux bonnes heures, mais personne ne pensait à lui demander d'arrêter, conscient que ça ne servirait à rien. Il se leva ensuite, faisant les cent pas, essayant de ne pas complètement perdre la tête. Tout ça était tellement absurde, tellement inconcevable. Il était en train de réaliser petit à petit pourquoi Bill avait cherché à lui faire accepter tout ça si souvent : si c'était le cas, il aurait peut être été moins dévasté, moins éclaté en mille morceaux comme il l'était en ce moment. On ne peut pas être totalement insensible et calme face à une telle situation, mais vivre avec cette idée pendant plusieurs années aurait certainement été une façon de minimiser la douleur, la colère et l'incompréhension de Tom. Il sentait son c½ur saigner en lui, se déverser dans tout son corps, empêchant ses organes de fonctionner correctement. Quand Diable allaient-ils le laisser voir Bill ? Comme en réponse à ses pensées, le médecin qui les avait accueillit arriva et leur fit signe de le suivre. Simone et Georg se levèrent, Tom resta un instant figé, avant de se précipiter à leur suite.
 
« Il vient de reprendre conscience, » annonça l'homme en traversant le couloir. « Il est très faible, il ne pourra certainement pas parler pour le moment, et il va être très fatigué. La bonne nouvelle, c'est qu'il est stable, et que malgré la forte irritation de tout son appareil respiratoire, il n'a besoin que d'un masque à oxygène, il respire seul. La moins bonne, c'est que les choses ne dureront pas ainsi éternellement. Il lui faut une greffe, et vite. Ses poumons ont commencés à se dégrader, et ce genre de chose ne va jamais en s'améliorant. » Il se stoppa devant une porte de chambre. « Je vous conseille d'y aller un par un, de façon à ne pas trop le brusquer. Je reviendrai d'ici une heure pour parler des modalités. »


Tom avait écouté d'une oreille distraite, ne captant que les bons cotés du discours du médecin. Néanmoins, quand il comprit qu'ils ne pouvaient pas y aller à plusieurs, sa conscience lui dicta la meilleure chose à faire, en totale contradiction avec le désir, le besoin maladif qui lui tordait l'estomac.
 
« Simone, allez-y en premier, » déclara-t-il.
 
La mère de l'androgyne hocha la tête, sachant l'effort que cela demandait à son beau-fils d'attendre encore un peu. Mais elle ne serait pas longue, se promit-elle. Elle entra dans la chambre, laissant les deux jeunes hommes à l'extérieur. Tom émit un grognement en se massant la nuque. Il était tellement tendu que son corps entier lui faisait mal. Georg vint lui masser gentiment les épaules, enlevant instantanément un peu de la pression énorme qui étouffait son ami.
 
« Il est fort, » murmura-t-il. « Il va se battre de toutes ses forces, je le sais. »

Tom ne répondit pas, mais il savait que Georg n'avait pas besoin qu'il le fasse pour sentir la profonde reconnaissance qu'il lui portait. Il se laissa masser, les yeux rivés sur la porte, le sang bouillonnant à l'idée que son âme s½ur se trouvait de l'autre coté, si près, et qu'ils n'étaient pourtant pas encore ensemble. Il fallait de la patience.
 
Les mains de Bill tremblaient, et il était en sueur, donnant une brillance sensuelle à son corps, dont les muscles dessinaient leurs efforts sur sa peau. Il s'agrippa au dos de Tom, lâchant un lourd soupire mêlé à un gémissement. Son c½ur battait à une allure folle, et il cru hurler alors que son amant glissait encore plus loin en lui. Il lui faisait tellement bien l'amour, avec tellement de passion. Ils étaient fondu l'un contre l'autre, mais parvenaient tout de même à faire quelques amples mouvements, et c'était parfait, tout simplement. Tom lui mordit l'épaule, avant de laisser sa langue remonter du creux de son cou à son oreille. Nouveau gémissement. C'était presque impensable de se sentir à ce point désiré, aimé, possédé. Bill glissa une main dans la nuque de son petit ami et l'embrassa avec fougue alors qu'il accélérait lui-même le rythme en donnant des coups de bassin. Il sourit dans le baiser en sentant Tom perdre pied, s'abandonner. Il sentit l'une de ses mains chaudes venir caresser la cambrure de son dos, puis ses fesses, le faisant légèrement se relever. L'angle était idéal, et Bill sut avant même de le sentir que le plaisir allait exploser, son point G étant délicieusement maltraité dans cette position. Tom redoubla d'ardeur, si c'était encore possible. L'androgyne le rendait fou, complètement fou, et il n'avait jamais désiré un corps comme le sien, il n'avait jamais eu l'impression qu'il allait se disloquer sous un trop plein de plaisir de cette façon. Il était proche, et au visage du brun qu'il observait sous lui, il savait que lui aussi. Il lui caressa le visage, le bras, le ventre, évitant de baisser trop son regard, sans quoi il n'arriverait pas à se retenir plus longtemps. Il laissa son toucher reconnaître lui-même les formes parfaites ancrées dans son cerveau.
 
A peine toucha-t-il le sexe de son amant qu'il le sentit se contracter autour de lui, lui tirant un halètement. Il se laissa légèrement retomber sur Bill et, d'un dernier coup de rein expert, le fit atteindre l'orgasme, le nez plongé dans son cou, une main dans son dos pour le garder collé à lui et sentir chaque parcelle de lui se tordre de plaisir. Cette incroyable sensation le fit lui aussi atteindre la jouissance, lové contre l'homme de sa vie, comblé d'un si puissant bonheur. Il déposa une série de baiser sur le torse du plus jeune, puis sur sa pomme d'Adam exposée. La tête rejetée en arrière, Bill récupérait sa respiration tant bien que mal, épuisé, mais enveloppé de toute la tendresse que lui donnait Tom en le cajolant de cette façon. Il faisait toujours ce genre de chose après l'amour, et ça rendait le moment plus merveilleux encore. Il fit courir ses doigts contre l'épaule du tressé, puis lui massa doucement le crâne. Les vapeurs de bien être lui firent tourner la tête, mais quelque chose de bien moins agréable s'incrusta en plein milieu de son cocon de douceur. Il se mit à tousser violemment, faisant sursauter Tom dont la tête reposait tranquillement sur son ventre un instant plus tôt. Il se redressa, puis se recroquevilla alors que son être était attaqué par la quinte de toux. Bientôt, les sifflements s'y mêlèrent, donnant l'impression que le jeune homme s'étouffait. Tom réagit rapidement, frottant rapidement le dos de son amoureux et lui murmurant des paroles rassurantes. Les choses se calmèrent plutôt vite et il retrouva une respiration normale quelques minutes plus tard. Son visage était rouge et il baissait les yeux, que Tom devinait sans mal embués. Il passa sa main dans la chevelure ébène, adorateur.

« Bill, amour, regarde-moi. »

La tête se releva doucement, dévoilant en effet quelques larmes prêtes à dévaler le long de ses joues.

« Tout va bien, » chuchota le tressé sans jamais le quitter des yeux.

« Non, » répondit Bill, la voix tremblante. « Non ça ne va pas, ça ne devrait pas être comme ça. J'ai tout gâché. »
 
« Qu'est-ce que tu racontes... »

« C'est... C'est un moment qui ne devrait... Je ne devrais pas... Merde ! »

Il dissimula ses yeux d'une main, honteux, en colère contre lui-même. Tom soupira et enlaça son petit ami avec fermeté.

« Ce qui tu m'offres compte dix fois plus que ce qu'il peut se passer ensuite. Ne pense pas que ça puisse gâcher quoi que ce soit. Rien ne le peut, Bill. »

L'androgyne renifla et se blotti contre Tom. Il semblait fragile, usé, rongé. Malade. Ce constat donna des frissons au plus âgé, mais il se refusa d'y penser.

« Tom ? »

Le jeune homme secoua la tête, tiré de ses pensées. Le visage de Simone se tenait devant lui, et cela pris encore quelques secondes pour que les liens se fassent dans son cerveau. Il bondit littéralement de son siège et se dirigea vers la porte close. Il inspira, puis entra dans la chambre.
 
Son c½ur se serra à la vue de Bill allongé sur le lit, pâle comme la mort, relié à un tas de machines. Il voulait l'arracher à cet endroit, le prendre dans ses bras et le ramener chez eux comme si tout ça n'avait jamais existé. Autant dire qu'il l'aurait aussi arraché à la vie. Il sentit sa gorge se nouer. Un mouvement le fit presque sursauter, et il vit la main de son petit ami levée vers lui. Il s'approcha en essayant de se souvenir comment ne pas pleurer. En sentant la légère pression qu'effectua Bill sur sa main, une partie de son angoisse s'évapora, et il sentit qu'il respirait déjà un peu mieux.
 
« Salut, » murmura-t-il la voix brisée. Il embrassa doucement la main frêle.
 
Les yeux de Bill clignèrent, et on pouvait deviner un sourire sous le masque à oxygène. Tom se rapprocha, caressant ses cheveux noirs et son front blanc. Le contraste entre les couleurs donnait au visage de Bill l'air encore plus glacé. Le tressé attrapa la chaise qui était derrière et se posa tout près de son protégé. Leurs mains ne se lâchaient pas, et leurs regards disaient ce que les mots ne pouvaient exprimer.
 
« Tu dois tenir, » souffla Tom après un long silence. « Je sais que tu dois être épuisé. Je sais que tu as toujours dit que tu acceptais de... » Il inspira, le mot venant difficilement. « Mourir. Mais moi je n'ai pas accepté que tu partes, Bill. Moi je veux encore vivre avec toi, ou ne pas vivre du tout... »

Les sourcils de l'androgyne se froncèrent à ces mots, et Tom devina sans mal qu'il était en train de se faire incendier mentalement. Cela le fit très légèrement sourire, de voir comme il le connaissait bien.
 
« Ne t'énerves pas, on en a déjà discuté souviens-toi. Je t'ai promis que quoi qu'il arrive, je continuerai. Mais une vie sans toi... » Il se stoppa, laissant son chagrin transparaître sous la forme d'une larme lourde et chargée de sens. « Ça serait comme si une partie de moi s'en allait pour toujours. Une énorme partie. Comment je pourrais être heureux ? »

Sans essayer de se retenir, il pleura, la tête posée contre leurs deux mains liées. Il ne sentit pas Bill bouger et de sa main libre retirer le masque qui l'empêchait de parler.
 
« En vivant pour moi, » articula une voix rauque et sifflante. Tom releva ses yeux mouillés vers lui, et sans réfléchir, il se pencha pour embrasser furtivement les lèvres sèches de son amour, avant de lui remettre correctement son masque.
 
« Tu ne dois pas parler, » lui intima-t-il. Ses pleurs ne se calmaient pas. « Tu dois te reposer pour attendre le plus longtemps possible qu'on te trouve des poumons tout neuf. Tu peux faire ça pour moi ? »

Le brun acquiesça, ses yeux également noyés de larmes. C'était tellement plus dur que ce qu'il avait imaginé. Tellement plus révoltant.
 
« Je reste près de toi, » lui promis Tom. « On va affronter ça ensemble mon ange. Je ne te laisserai pas me quitter, c'est beaucoup trop tôt. »

Bill ne pouvait pas répondre, mais son c½ur lui faisait mal. Il allait falloir que Tom soit entouré et épaulé, sans quoi il continuerait à se murer dans son refus total des événements. Bien sur qu'il voulait se battre, mais il avait tellement mal, il ignorait combien de temps encore il pourrait tenir ainsi. Et puis ça devait arriver, inévitablement, il se sentait avant tout chanceux d'avoir tenu si longtemps. Il pressa la main de son petit ami, espérant qu'il comprenne par ce simple geste que quoi qu'il arrive, quoi qu'il puisse se passer ensuite, une chose resterait, une seule, cette chose que rien ni personne, pas même la mort, ne pourrait lui enlever...
 
« Je t'aime aussi, » murmura Tom, confirmant à Bill qu'ils avaient quelque chose d'unique, d'exceptionnel. Quelque chose qui lui donna une force dont il ne soupçonnait pas l'existence. Il allait se battre, se battre jusqu'à son dernier souffle.
 
Cela faisait maintenant cinq jours que Bill était à l'hôpital. Cinq longues journées durant lesquelles Tom n'avait pratiquement pas quitté son chevet. Il n'était pas autorisé à rester dans la chambre la nuit, alors il somnolait sur un siège de la salle d'attente. Il ne mangeait presque rien, passait sa journée à parler à Bill dont l'état empirait à vu d'½il.
 
Un événement était venu bousculer les choses, deux jours plus tôt, quand Andréas débarqua à l'hôpital. Il était à l'étranger lorsqu'il avait reçu un message de la mère de Bill le prévenant de l'état de son ami. Il avait du avancer son retour, c'est pourquoi il se retrouva tardivement auprès du jeune homme, au plus grand bonheur de Tom qui supportait toujours aussi bien la présence du blond. Il tolérait que Simone ou Georg puisse venir passer du temps près de Bill, restant sagement dans la salle d'attente pendant ce temps. Mais Andréas, c'était une autre paire de manches.
 
« Il compte rester encore trois heures ou quoi, » pesta-t-il alors qu'il se retrouvait à attendre de pouvoir retourner à la place qui était la sienne, dans cette chambre avec l'homme qu'il aimait. Simone lui tapota gentiment l'épaule.
 
« Tu devrais peut être rentrer prendre une douche et te reposer un peu, » proposa-t-elle prudemment, consciente que Tom ne s'occupait plus de lui depuis trois jours.
 
Le tressé grogna en guise de réponse.
 
« S'il y a quoi que ce soit, je t'appelle immédiatement, » tenta de le rassurer sa belle-mère. « Mais te laisser mourir de faim et de fatigue ne changera rien. »

Il soupira, il savait qu'elle avait raison.
 
« Je vais en profiter pour donner des nouvelles à Georg, » annonça-t-il en se levant avec difficulté. « S'il y a le moindre changement, la moindre... »

« Je t'appelle tout de suite, » confirma Simone. « Maintenant file, prends toi un peu de temps pour toi et reviens en forme. »

« Merci, » dit-il en lui déposant un bisou sur le front. « Je suis là dans deux heures, trois maximum. »

Elle hocha la tête et le regarda partir, le c½ur lourd. Il aimait tellement Bill... Elle décida de fermer un peu les yeux, cherchant le repos qui ne semblait pas décidé à la soulager.
 
Revenir à l'appartement fut un cauchemar pour Tom. En ouvrant la porte, l'odeur familière le frappa comme s'il avait reçu un réel coup. Ses jambes se mirent à trembler, et il du se retenir à un meuble afin de ne pas s'écrouler. Tout était resté comme ils l'avaient laissé trois jours plus tôt. Les volets étaient fermés, les draps du lit en désordre. Il inspira, essayant de se calmer. Il ouvrit les fenêtres, puis fouilla dans le frigo. Il avait la nausée, mais se força à avaler quelque chose, sachant qu'il finirait certainement dans un lit à coté de Bill s'il continuait de se sous-alimenter de cette façon. Il voulu ensuite aller prendre une douche, et en ouvrant la porte de la salle de bain, une odeur atroce lui souleva l'estomac, et il se plaqua une main sur la bouche. Dans la précipitation, le sang que Bill avait craché était resté sur le lavabo, par terre. Il se dépêcha d'attraper une éponge, et il frotta jusqu'à ce que le carrelage soit plus blanc que d'origine. Une fois avoir nettoyé et rincé, il se déshabilla mécaniquement et entra dans la douche. Il régla la température et se lissa glisser contre la paroi alors que l'eau très chaude s'écoulait sur lui. Il ferma les yeux, et une violente douleur lui arracha un cri. Une douleur morale, une douleur si puissante qu'elle lui donna l'impression qu'il allait se déchirer en deux. Ses sanglots envahirent l'appartement, légèrement couverts par le bruit de l'eau, mais pas assez. Il pleura toute sa peur, sa colère, sa souffrance. Il suffoqua tant le n½ud de sa gorge était serré. Ses bras se nouèrent autour de lui et il souhaita que se soit Bill, qu'il soit en train de le serrer contre lui, comme un enfant qu'on voudrait consoler. Mais il était seul. Si seul.
 
Après un rapide coup de fil à Georg, il retourna à l'hôpital, avec l'impression d'être encore plus fatigué que lorsqu'il en était parti, mais au moins il avait mangé et était propre. Et comme le sort semblait avoir décidé de s'acharner, il fut accueilli par Andréas qui occupait le siège de Simone, dans le couloir juste à coté de la chambre. Il se retint de lever les yeux au ciel et se laissa lourdement tomber sur le siège d'à coté.
 
« Bonjour, » le salua Andréas en tendant sa main vers lui. Tom la serra maladroitement en grommelant ce qui s'apparentait à un salut.
 
« J'imagine que tu dois être dévasté, » continua le blond, inconscient des ondes négatives qui émanaient de Tom. « Je ne voulais pas y croire quand j'ai eu le message de Simone. Il semblait aller bien la dernière fois que je l'ai vu, je n'imaginais pas que... » Il baissa les yeux et se tu. Tom sentit son sang bouillir. Andréas du prendre ça pour un signe de faiblesse, puisqu'il donna une petite tape dans le dos de Tom.
 
« Je comprends ce que tu ressens, ça va aller, t'es pas tout seul, » annonça-t-il avec un petit sourire rassurant. Ce fut la goute de trop, et Tom se leva d'un bond, furieux. Il pointa son doigt vers l'autre jeune homme et commença à balancer tout ce qu'il avait sur le c½ur.
 
« Tu comprends ? Tu comprends ? Tu n'as aucune idée de ce que je ressens, tu ne sais rien de nous ! Tu penses que je suis un connard, alors arrête de faire le faux-cul ! J'aime Bill, je l'aime comme personne d'autre ne peut l'aimer, alors ne me dis pas que tu comprends ! »
« Oh, calme-toi, je n'ai jamais dit que tu étais... »

« Ne me prend pas pour un con en plus ! » Cette fois, Tom cria franchement.
 
« C'est toi qui t'énerve pour rien là ! » Répliqua Andréas tout aussi fort. « Putain il faut te calmer mec, et tu t'étonnes qu'on te prenne pour un gros macho après ? »

Le poing de Tom partit sans même qu'il en ait conscience, et il réalisa son geste lorsqu'il vit le blond projeté contre le mur, les mains plaqués contre sa joue. La porte de la chambre s'ouvrit en fracas, et Simone apparut, visiblement très énervée.
 
« Vous avez bientôt fini ? » Sa voix était plutôt basse, mais son ton était extrêmement dur et froid. « Vous n'avez rien de mieux à faire que de vous battre juste devant la chambre de Bill, de lui imposer vos bêtises alors qu'il a besoin de calme ? Allez prendre l'air tous les deux, plus vite que ça, je ne veux plus vous voir ici ! Revenez quand vous aurez grandit un peu ! »

Les deux jeunes hommes ne se le firent pas dire deux fois, et ils se retrouvèrent à l'extérieur, honteux. Ils ne parlèrent pas pendant un moment, préférant observer leurs pieds, Andréas se frottant toujours la joue. Finalement, Tom brisa le silence lourd.
 
« Je suis désolé, » annonça-t-il, ayant au moins le bon sens de se sentir honteux.
 
« C'est moi. J'aurais du faire plus attention. Pardon de t'avoir traité de macho. Une deuxième fois. »

Il y eut un silence, puis ils se mirent à rire. La pression entre eux s'évapora, et Tom se sentit ridicule. Au lieu de s'énerver contre Andréas, il devrait plutôt le considérer comme un soutien, un allier. Ils restèrent discuter un long moment, en profitant pour vraiment faire connaissance, puis revinrent devant la chambre de Bill afin de s'excuser, auprès de Simone mais aussi de l'androgyne. Bien sûr ils furent rapidement pardonnés, et les choses redevinrent normales, enfin, presque. Car Bill n'allait pas mieux, et que chaque minute était un combat.
 
Cela faisait donc cinq jours que l'état de Bill n'évoluait pas, il n'empirait pas certes, pas vraiment, mais il ne s'améliorait certainement pas. La fin d'après midi arrivait, et Tom s'était endormi contre Bill, ayant miraculeusement réussi à s'y faire une place. C'est alors que les choses s'accélérèrent. Le tressé fut réveillé par le bruit strident d'une des machines. Il eut à peine le temps de comprendre ce qu'il se passait qu'on le sortait de la chambre et qu'un tas de personne se précipitaient sur Bill. Il entendit qu'on criait d'un peu partout, mais ne parvint pas à comprendre. Tout allait bien une seconde plus tôt. Il sentit Simone s'accrocher à lui et la serra aussi fort qu'il pouvait. Son c½ur battait si fort qu'il n'entendait plus rien que les cognements sourds dans ses oreilles. C'était irréel, il devait encore être en train de dormir.
 
« Il allait bien, il dormait... Il allait bien... » Murmura Tom, comme s'il pouvait arranger les choses ainsi. « Il allait bien... »

 
Deux semaines plus tard
 
Se furent les jours les plus longs, les plus difficiles que Tom avait jamais affrontés. Bill était tombé dans le coma suite à une violente crise, témoignage que son corps n'allait bientôt plus pouvoir supporter la maladie. La greffe n'arrivait toujours pas, et même si le jeune androgyne sortit du coma une semaine plus tard, sans séquelles apparentes, la mucoviscidose gagnait du terrain. Simone, Andréas, Georg et Tom priaient jour et nuit pour que l'appel arrive, pour qu'on leur annonce la bonne nouvelle, pour que l'attente meurtrière s'arrête. Mais rien ne venait. Bill mourrait petit à petit. Il ne pouvait plus parler, à peine respirer seul, et son seul moyen de communiquer, quand il en avait la force, c'était un petit carnet que Simone lui avait rapporté. Alors que Tom était près de lui alors qu'il dormait, il avait discrètement regardé ce que son petit ami y avait inscrit, en dehors des conversations avec ses amis et sa mère. Il y découvrit, sans vraiment de surprise, des paroles de chanson. Au fur et à mesure de sa lecture, il sentit qu'il commençait à pleurer.
 
Musique

Puisque des filets nous retiennent
Puisque nos raisons nous enchaînent
Que rien ne brille sous nos remparts
Et puisqu'on n'atteint pas le ciel
A moins de s'y brûler les ailes
Et suivre les routes où l'on s'égare
Comme on dresse un étendard
 
Puisque les destins sont les mêmes
Que tous les chemins nous ramènent
A l'aube d'un nouveau départ
On n'apprend rien de nos erreurs
A moins de s'y brûler le c½ur
Je suivrai les routes où l'on s'égare
Comme on dresse un étendard
 
A corps perdu j'écrirai mon histoire
Je ne serai plus le pantin du hasard
Si toutes les vies sont des causes perdues
Les hommes meurent de n'avoir jamais cru
De n'avoir pas vécu
Ivre et sans fard
Soldat vaincu, pour une guerre sans victoire
Et si ma vie n'est qu'une cause perdue
Je partirai libre d'y avoir au moins cru
A corps perdu
 
Malgré l'amour, le courage, la détermination, ils perdaient tous espoir. Ces paroles montraient que c'était aussi le cas de Bill, qu'il n'y croyait plus. La résignation était pire que tout. Chaque jour le jeune homme était entouré, chaque jour il sentait que sa mère, ses amis et l'amour de sa vie voulaient qu'il sache à quel point ils l'aimaient. Il le sentait, et l'attitude de Tom le rassurait, il semblait plus serein, plus raisonnable. Peut-être que tout le monde acceptait l'idée, peut-être qu'ils savaient tous que Bill s'en allait, et qu'ils voulaient qui le fasse en paix.
Peut-être, mais Bill ne le sut jamais.
 
Ce matin là, un mardi, Bill sentit qu'il perdait la bataille, et il sut qu'il ne verrait pas la fin de la journée. Il offrit un sourire à Tom, toujours près de lui, la main dans la sienne. Il le dévora des yeux et savoura chaque seconde. Tom quitta la chambre une petite heure plus tard, afin d'aller voir un peu Simone et la laisser voir son fils (même si à présent ils pouvaient être plus d'une personne dans la chambre). Et, alors qu'il discutait avec sa belle-mère, le médecin s'approcha d'eux.
 
La porte s'ouvrit avec fracas, et Tom surgit dans la chambre, faisant sursauter Bill qui somnolait. Il se redressa comme il put dans son lit, et lorsqu'il croisa les yeux de Tom, il retira lentement le masque de son visage. Tom pleurait, mais son visage entier transpirait le bonheur. Il s'avança, grimpa sur le lit, au dessus de Bill, une jambe de chaque coté de lui. Il attrapa le visage du brun entre ses mains, et après deux ou trois sanglots, parvint à lui annoncer le miracle.
 
« Bill, on a une greffe, ça y est, tu es... Tu es sauvé ! »

Les yeux du malade s'agrandirent, et des larmes de joie inondèrent son visage alors qu'il embrassait Tom avec passion. Mais se fut de courte durée, puisqu'il dut remettre son masque pour ne pas manquer d'air. Il eut tout juste le temps de voir sa mère qui le serra dans ses bras, et les choses se passèrent comme dans un rêve. Peut être parce qu'il était presque inconscient alors qu'on le préparait et qu'on l'emmenait en salle d'opération.
 
6h plus tard, alors que Bill ouvrit très doucement les yeux, il inspira, et il sut.
Une nouvelle vie commençait.

 
FIN


Merci de votre soutien, c'était pas une fiction facile à écrire, j'espère que cela vous plaira quand même, et je vous donne rendez-vous à l'épilogue. Merci à Lilie pour son aide, j'espère que la scène que tu attendais te plaira =p ♥

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Comments :

  • lolia-emo

    20/01/2013

    OH!!!! Jai trop aimé ! Tes trop une artiste :D

  • Nout88

    25/07/2012

    merci!!!
    j'ai beaucoup aimé l'histoire surtout qu'elle finit bien =)

  • RandomBeauty

    26/03/2012

    Décidemment ca m'en aura couté des larmes !! De joie cette fois ci !! Et encore heureux... très belle mini fiction, merci de nous l'avoir écrite. Bon je vais lire l'épilogue joyeux !! =D

  • FicHistoryTh

    23/02/2012

    Yeah, j'imagine même pas ce que tu dois ressentir quand on t'annonce qu'on a une greffe pour sauver la personne que tu aimes ! C'est génial !

  • chaos87th

    19/10/2011

    Mais cc'est génial.
    Bill a enfin eu une greffe. Heureusement à temps sinon comme il pensait il n'aurait pas passé la luit.
    Ils ont gardé espoir, c'est ce qu'il fallait et ils ont bien fait.
    Maintenant en espérant que la greffe ne soit pas rejetée. Mais en tout cas c'est génial !!

  • Amuna28-fic

    21/08/2011

    C'est trop émouvant serieux.
    Une histoire magnifique.
    Bill est sauvé et Tom est le plus heureux.

  • venge-moi

    11/08/2011

    Cette histoire est magnifique, comme tout ce que tu écris ! Bravo.

  • Louise

    10/08/2011

    Écrits émouvants. Deco attrayante. Auteure merveilleuse, incroyable.
    Je ne sais pas quoi dire, je suis juste retournée. Il ne te manque rien, peut-être juste un éditeur.

  • nynykaulitz483

    07/08/2011

    Mon dieuu, même si je savais que ça allait bien se finir, j'avais les larmes aux yeux et le ventre qui se serrait !
    Tu écris si bien, les sentiments que tu fais passer son si fort !
    J'ai hâte d'avoir l'épilogue :)

  • Siloée-du-95

    05/08/2011

    J'adore de trop de trop de trop de trop ! Vivement l'épilogue !

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