Unbreakable Rule - Partie 2

« Vous voulez faire... Quoi ? » Bill semblait perplexe, si bien qu'il avait stoppé le trajet de sa fourchette vers sa bouche.
 
« Du surf, idiot, le truc où tu montes sur une planche dans les vagues, ça te parle ? » Lui répondit Georg.
 
« Merci, mais pourquoi ? »
 
Ses amis le fixèrent, blasés.
 
« Parce que c'est drôle, c'est sympa, j'sais pas moi, que quelqu'un s'occupe de lui, moi je peux plus rien faire ! » Répondit finalement Andréas en levant les bras.
 
« Et vous êtes tous partant pour ça ? » S'enquit Bill, ignorant la remarque du blond.
 
« Ouais, carrément, » confirma Alois en finissant son assiette. « On peut louer des planches, et passer l'après midi à la plage, ça va être génial. »
 
« En plus je connais le mec qui s'occupe de la location, il nous fera un prix, » précisa Julian en commençant à débarrasser la table.
 
« Bien, alors c'est décidé, cette aprem on va flirter avec les vagues ! » S'exclama Andréas en aidant son ami.
 
« Je suppose, » grommela Bill en croisant les bras. L'idée était loin de l'emballer, mais à un contre six, il n'avait pas grandes chances de les faire changer d'avis.
 
Ils partirent après avoir terminé leur repas, et bien vite ils choisissaient leurs planches, non sans quelques protestations pour obtenir l'une ou l'autre. Bill grimaça alors qu'on lui remettait la sienne, et suivi malgré tout ses amis vers la mer. Julian connaissait une petite crique, peu fréquentée par les touristes, où ils pourraient tranquillement s'adonner à leur sport. Il y avait un peu plus de vent ce jour là, et les vagues, sans êtres très hautes, étaient belles. Il se stoppa à quelques mètres de l'eau, incertain. Andréas se tourna vers lui avec un regard interrogateur. Bill lui fit un geste évasif de la main.
 
« Allez-y, je vais vous regarder un peu faire avant, pour essayer de... Ouais, je vais vous regarder. »
 
Andréas haussa les épaules et parti à la suite du petit groupe. Bill planta sa planche dans le sable et s'assit à côté, observant les autres entrer dans l'eau, grimper sur leurs planches et commencer à nager pour s'éloigner du bord. Georg et Alois, les plus expérimentés, furent les premiers à surfer sur une vague. Bill pu voir avec amusement Andréas réagir trop tard, tenter de se mettre debout, pour finalement retomber lamentablement dans l'eau. Un peu plus loin, Tom les regardait en souriant, assis sur sa planche, une jambe de chaque côté. Soudain, il se mit à nager, puis d'un mouvement assuré, il grimpa pour se retrouver debout, les jambes fléchies, à l'instant ou la vague l'emportait. Bill l'observa esquisser quelques mouvements pour accompagner sa planche, puis se laisser doucement tomber à l'eau en arrivant vers la plage. Il ressortit la tête en secouant ses cheveux gorgés d'eau salée, puis, planche sous le bras, il s'avança vers Bill, souriant largement.
 
« Viens avec nous, » lui intima-t-il en arrivant à son niveau. Il planta sa planche à coté de la sienne et resta planté là, les mains sur les hanches.
 
« Humpf, » fut tout ce que Bill pu lui répondre. Il laissa ses yeux glisser sur le torse nu de Tom, observant les gouttes d'eau rouler le long de son cou jusqu'à ses abdos. Il regarda ses larges mains, les veines qui ressortaient sur elles, sur ses bras. D'un point de vue totalement objectif... Il était vraiment magnifique.
 
« B. » Il sursauta à l'entente de son surnom, alors que Tom agitait la main devant son visage. « Tu viens ? »
 
L'androgyne soupira lourdement. « S'il le faut... »
 
***
 
C'est épuisés mais comblés que la bande regagna la maison plus tard ce jour là. Ils avaient décidé d'organiser une petite soirée le lendemain, et d'y inviter les quelques personnes qu'ils avaient pu rencontrer durant leurs sorties de la semaine. Mais ce soir, personne ne se plaignait de pouvoir rester tranquillement à la villa, la fatigue présente sur tous les visages. Bill, fraîchement douché, parti s'affaler dans le canapé.
 
« J'ai mal partout, » dit-il en geignant et se massant le pied. « Je savais que c'était une mauvaise idée. Je le savais. »
 
« Pauvre petite chose, » se moqua Julian en s'installant à côté de lui. « Tu as à peine surfé, tu étais assis sur ta planche la plupart du temps. »
 
« Ouais, c'est déjà trop. Ce corps n'est pas conçu pour faire du sport, » déclara-t-il en se désignant de haut en bas.
 
« Pas ce genre de sport tu veux dire, » répliqua son ami en riant.
 
Bill lui envoya un clin d'oeil en souriant, puis leva les yeux. Tom venait d'arriver, en débardeur et bermuda, une serviette sur les épaules.
 
« La salle de bain est libre si tu veux Ju, » dit-il simplement en s'asseyant à son tour sur le canapé.
 
« Oh, super, j'y vais alors, merci mec. »
 
Il quitta la pièce, laissant Bill et Tom seuls. Le plus âgé s'efforçait de sécher ses cheveux, qui ondulaient avec l'humidité.
 
« C'est drôle de te voir les cheveux lâchés, » pensa Bill tout haut.
 
« Ouais, c'est un peu chiant à vrai dire, c'est pour ça que je les attache le plus souvent. Tu veux une bière ? »
 
« S'il te plaît. »
 
Tom partit fouiller dans le frigo pour leur ramener deux bières. Ils trinquèrent et burent tranquillement leur boisson.
 
« Je sais qu'on est en vacances et tout, mais ça va ton boulot ? » S'enquit Bill en posant sa bière sur la table basse.
 
Tom occupait un poste de professeur de sport dans un collège. Il était extrêmement doué avec les plus jeunes, ce qui lui permettait de vraiment bien s'épanouir dans son travail.
 
« Franchement, je me sens chanceux. Je fais partie de ces rares personnes qui sont heureuses de se lever le matin pour aller taffer. »
 
« Je suis content que tu ais réussis à faire ce que tu voulais, » lui répondit Bill en souriant. Ce boulot lui collait vraiment à la peau.
 
« Tu y arriveras aussi, j'en suis certain, » lui dit Tom d'une voix grave et chaude, ses yeux profondément enfouis dans les siens. Bill, toujours étudiant, entamait sa dernière année d'école vétérinaire. « Tu réussis toujours ce que tu entreprends, c'est comme ça depuis que je te connais. Tu as toujours tout ce que tu veux. »
 
Le cerveau de Bill se mit à fonctionner à toute allure pour trouver une autre réponse à lui fournir que « pas tout ». Il commença à ouvrir la bouche mais fut interrompu.
 
« Tom ? » C'était la voix de Georg qui provenait de l'étage. « Tu sais pas où est le paquet de cartes ? On l'a utilisé pour le poker l'autre soir, et j'arrive pas à mettre la main dessus. »
 
« Ah si, si c'est moi qui l'ai rangé, bouge pas j'arrive. » Il envoya un regard d'excuse à Bill et quitta le salon.
 
Se retrouvant seul, le brun se laissa aller dans le canapé, terminant sa bière, la tête ailleurs. Sans en avoir conscience, certains souvenirs qu'il cherchait à refouler s'imposèrent à lui. Le ton qu'avait employé Tom, cette façon de parler, les mots qu'il avait prononcés, toutes ces petites choses d'apparence insignifiantes le renvoyèrent à une soirée, environ un an plus tôt.
 
« ... Tout ce que tu veux, mais viens, s'il te plaît. J'ai besoin de te parler de quelque chose. »
 
« Tom, ça peut pas attendre ? T'es chiant quand t'as bu, vraiment. »
 
« Je te jure, et tu sais que je n'aime pas jurer, mais je te jure que je n'ai pas bu beaucoup, et j'ai parfaitement conscience de ce que je te dis. »
 
« Viens, on va aller dans un coin tranquille, j'entends rien avec la musique. T'as intérêt à ce que ça soit vraiment important. »
 
« Bill, est-ce que je t'ai déjà menti ? »
 
« Non. »
 
« Alors fais moi confiance. »
 
« Tu sais bien que c'est déjà le cas. »
 
« Bien. Ici, ça ira. Donc. J'ai hésité avant de t'en parler, mais ça fait longtemps qu'on se connaît maintenant, tu sais que je te considère comme un de mes amis les plus proches. Alors voilà... »
 
Bill fut tiré de ses pensées par Georg et Tom qui revenaient, le paquet de cartes en main. Il secoua la tête pour redescendre et repousser au plus loin son souvenir, puis alla s'installer avec les autres pour faire une partie. Il ne vit pas le regard inquiet que Tom lui lança.
 
***
 
La plage s'étendait à perte de vue, mais était déserte à cette heure tardive. C'est ce qui plaisait le plus à Bill, et il songea qu'il lui fallait conserver cette sensation de plénitude en mémoire, lorsque les vacances seraient finies. Déjà deux semaines s'étaient écoulées, à une allure folle. Il amena la cigarette à ses lèvres et se perdit dans ses pensées. Les choses paraissaient si simples, et elles étaient pourtant si compliquées. Il passa distraitement une main dans sa chevelure ébène et observa les mouvements des vagues. Ses divagations le menèrent inévitablement à la raison pour laquelle il avait voulu s'isoler. La soirée avait été sympa, ils avaient pu échanger plus amplement avec leurs nouvelles connaissances, et avaient même décidés de se revoir les jours suivants pour quelques sorties. Mais alors que leurs invités avaient quitté la maison et que le groupe d'amis s'était retrouvé pour finir la soirée, Bill avait ressentit le besoin de s'écarter. Sans vraiment s'en rendre compte, il commença à tracer de son doigt des mots dans le sable.
 

I caught you watching me under the light
Can I be your line?
They say it's easy to leave you behind
I don't want to try
 
Il se contentait d'inscrire une phrase, puis de l'effacer pour la remplacer par la suivante. Seul le bruit des vagues venait perturber le silence des environs, pourtant la musique bourdonnait à ses oreilles, les paroles éphémères sur le sable lui semblaient comme hurlées à l'univers entier. Il sentait sa poitrine oppressée, son c½ur torturé frapper dans ses côtes.
 
Cut cover, take that test
Hold courage to your chest
Don't want to wait for you
Don't want to have to lose
All that I compromised to feel another high
I've got to keep it down tonight
 
Il leva les yeux au ciel en se sermonnant. « Je dois vraiment être trop con. Ou maso. » Il poursuivit néanmoins son petit manège, se moquant de lui même d'être si pathétique.
 
And oh oh oh, I was a king under your control
And oh oh oh, I want to feel like you've let me go
So let me go
 
Don't you remember how I used to like being on the line
I dreamed you dreamed of me, calling out my name
Is it worth the price ?
 
Leur maison de vacances n'était pas si loin, et Bill jura qu'il pouvait entendre ses amis parler s'il tendait l'oreille. Mais son esprit n'était pas à la fête, avec eux. Il aurait aimé faire abstraction, ne pas prêter attention à chaque geste, chaque parole de Tom, qui avait passé la soirée à être lui même, à savoir charmant, drôle, parfait. Mais c'était plus fort que lui. « Tellement foutrement minable », se reprocha-t-il encore.
 
I had to break myself to carry on
No longer, no admission
Take this from me tonight
Oh let's fight
 
Il achevait tout juste le dernier mot de la dernière phrase quand du mouvement dans son dos le fit se retourner. Il soupira discrètement, sans savoir s'il s'agissait de soulagement ou d'agacement. Tom le rejoignait, sourire aux lèvres, totalement inconscient de ce qui se tramait dans l'esprit de l'androgyne. A tomber, évidemment, beau sans même le vouloir, avec les cheveux négligemment attachés en chignon grossier et sa bière retenue entre deux doigts. Sans rien dire, il se laissa tomber à côté de Bill et lui pris sa cigarette pour en aspirer la dernière bouffée. Ils restèrent muets un moment, observant le paysage devant eux, appréciant le calme de la nuit.
 
« J'ai envie de faire un truc fou, » déclara Bill, brisant le silence confortable.
 
Sans attendre une réponse de Tom, il se leva et avança vers l'eau. A une distance raisonnable, il commença à ôter son tee-shirt. La douceur du temps enveloppa son torse, lui donnant une sensation totale de bien être. Il retira lentement son bermuda, puis son boxer. Son c½ur battait tellement fort dans ses oreilles qu'il n'entendait presque plus le bruit des vagues. Tom était derrière lui, il devait le regarder. Il se sentit grisé, et sans attendre, s'avança dans la mer, jusqu'à avoir de l'eau à la taille. Il observa le ciel clair, dégagé, et la lune, pleine. Il ferma les yeux, et pencha la tête en arrière, laissant les émotions l'envahir. A cet instant, il se sentit complet, en harmonie avec tout.
 
Les yeux de Tom n'avaient pas quitté toute la scène qui venait de se dérouler. Il était tant captivé qu'il n'entendit pas les pas derrière lui. Il sursauta presque en entendant une voix à ses côtés.
 
« Hey Tom, tu sais pas où est passé Bi... Merde, c'est lui ? »
 
L'interpellé ne put qu'hocher la tête, trop embrumé. Chaque mouvement de Bill regorgeait de sensualité, de grâce, et il n'arrivait plus à réfléchir correctement. La lumière de la lune dessinait des formes sur la peau nue du brun, rendant le spectacle encore plus fascinant. Andréas à ses côtés secoua la tête et se mit à crier vers la maison.
 
« Les mecs ! Venez voir ça, y'a Bill qui se baigne à poil ! »
 
Il entendit les exclamations des autres, suivi de mouvements qui lui indiquèrent que leurs amis s'approchaient à leur tour. Et c'est là qu'il le sentit. Le petit pincement, la sensation désagréable dans sa gorge. Il ne su se l'expliquer, mais il aurait voulu que ce moment ne soit qu'à lui. Pouvoir observer le corps gracile de l'androgyne s'abandonner à la mer sans être dérangé.
 
« Le petit Billou passe en mode dévergondé, » s'esclaffa Georg en s'asseyant aux côtés de Tom, alors qu'Alois et Andréas courraient vers l'eau. « Mince, c'est joli à regarder quand même. Il a l'air heureux. »
 
Heureux, le mot ne semblait pas correct aux oreilles de Tom. Bill semblait... Comblé. Il écartait les bras et inspirait à pleins poumons l'air autour de lui. Puis il se retrouva aspergé d'eau par Alois, qui, suivi d'Andréas, s'était déshabillé et l'avait rejoint.
 
« Bande de trous du cul ! » Entendirent-ils clairement Bill s'époumoner. Puis il s'appliqua à envoyer le plus d'eau possible dans la direction des deux perturbateurs. Les trois amis débutèrent alors une bataille sans merci, entrecoupée par des éclats de rire et des éclaboussures.
 
« Tu sais, » commença Georg alors que lui et Tom observaient avec amusement le petit groupe se chamailler, « tu devrais peut être songer à mettre les choses au clair. C'est pas super réglo de le laisser espérer si tu n'as aucune intention de changer les choses. »
 
« Bon Dieu mais de quoi tu parles ? » Répondit Tom, sur la défensive. Il n'aimait pas le ton qu'employait Georg, ni ce qu'il insinuait.
 
« Tom, on se connaît bien, toi et moi. Et sans mentir, tu passes ton temps à le bouffer des yeux. J'ai cru que t'allais me frapper ou quoi quand je suis arrivé ici. Ce sont tes affaires, mais... »
 
« Parfaitement, ce n'est pas ton problème, tu ne sais pas de quoi tu parles, alors je me passerais bien de ça, merci. » Coupa Tom, mettant clairement fin à la conversation.
 
« Comme tu voudras mec, on est cool, pas la peine de t'énerver. Je disais ça comme ça. »
 
« ... Désolé, okay ? » Son ton était toujours froid, mais coupable.
 
« Okay. »
 
A cet instant, Bill, trempé et ayant à présent de l'eau jusqu'au torse, agita son bras dans leur direction.
 
« Tom, Geo, vous venez ? Elle est super bonne ! »
 
Les deux jeunes hommes échangèrent un regard, avant de se précipiter vers l'eau en retirant leurs vêtements et en se poussant pour y être le premier. Depuis la terrasse, Gustav et Julian observaient la scène avec bienveillance.
 
«  À la meilleure idée que t'ai eu, peut être bien la seule, » déclara Gustav. « Y'a pas mieux que d'être avec les gens qu'on aime et les voir comme ça. »
 
Julian ne pu qu'acquiescer et lever son verre.
 
«  À nous. »
 
Le bruit de leurs verres entrechoqués retentit dans la nuit.
 
***
 
Ils se levèrent tous tard le lendemain, ayant besoin de récupérer de leur soirée qui s'était achevée au petit matin. C'est donc la mine endormie qu'ils se retrouvèrent un par un dans la cuisine puis sur la terrasse pour un petit déjeuner tardif au soleil.
 
« Franchement, » articula Georg la bouche pleine, « Vu comme elle agissait avec moi hier soir, j'ai peut être un ticket avec la jolie brune là, Eli... Ela... »
 
« Elodia, » lui rappela Andréas en riant. « Essaye déjà de retenir son prénom, ça serait un bon début. »
 
« Oui, c'est ça, Elodia. Elle n'a pas arrêté de me toucher le bras, et de me faire les yeux doux. Enfin une hétéro, il était temps ! »
 
« Qui est hétéro ? » Demanda Julian en se laissant tomber sur sa chaise, les yeux encore rouges de sommeil.
 
« Elodia, » répondit Andréas alors que Georg avait encore oublié le prénom de la belle espagnole. « Georg ici présent est certain qu'il a ses chances avec elle. »
 
Julian failli avaler sa gorgée de jus d'orange de travers alors qu'il rigolait. Georg haussa un sourcil.
 
« Quoi encore ? Elle est pas lesbienne, j'en suis pratiquement certain cette fois, alors quoi ? »
 
« Elle ne l'est pas, c'est vrai. En revanche, elle pense que toi... »
 
Georg ouvrit la bouche, abasourdi.
 
« Elle pense que je suis gay ?! »
 
« Oh chéri, comment a-t-elle pu penser ça ? » Se moqua Andréas qui n'en pouvait plus de rire.
 
« Ne me dis pas que tu y es pour quelque chose, » gronda Georg en fusillant son ami des yeux. Andréas leva les mains en signe d'innocence.
 
« Pour rien. Mais disons que je n'ai cherché à la contredire non plus. Hey, tu devrais me dire merci, les filles sont beaucoup plus cool quand elles pensent que tu n'es pas intéressé par elles. »
 
« Mais je suis intéressé, c'est bien ça le problème ! » Georg enfouit son visage entre ses mains, l'air désespéré.
 
« Qu'est-ce qu'il lui arrive ? » Demanda Tom alors qu'il arrivait à son tour.
 
« Il m'arrive que mes soit disant potes font tout pour que je ne puisse pas tirer un coup pendant ces vacances, » répondit l'intéressé en frappant Andréas à l'épaule.
 
« Dur. »
 
« Imagine si elle vous avait vu tous aller vous baigner à poil après, ça aurait été la cerise sur le gâteau ! » Pouffa Julian, heureux de pouvoir en rajouter une couche.
 
Georg émit un son de frustration, résigné. Tom lui tapota l'épaule affectueusement, non sans un regard amusé. Puis, après avoir balayé la table des yeux, il interrogea ses amis.
 
« Bill n'est pas là ? »
 
« Non, cette grosse feignasse est encore au pieu. »
 
« Je vais aller voir. » Déclara-t-il avant de s'exécuter.
 
Il grimpa les escaliers tranquillement et se retrouva face à la porte de la chambre partagée par Andréas et Bill. Il la poussa doucement et découvrit le brun totalement endormis, une jambe par dessus son drap, le haut de son corps dénudé également en dehors et légèrement enroulé sur lui même. Ses cheveux en bataille cachaient un peu son visage, mais Tom put voir qu'il n'avait pas retiré tout son maquillage la veille, qui avait un peu coulé à cause de leur bain de minuit mais aussi de la nuit. Il ne put s'empêcher de sourire. Il s'approcha doucement du lit et s'accroupit pour être au niveau de la tête de Bill.
 
« Billou, » souffla-t-il doucement. « Il faut te lever. Ça serait dommage de ne pas profiter de la journée. »
 
« Toooom, » grogna son ami en réponse et en se retournant légèrement. « Sérieusement, pourquoi tu fais ça ? Je me réveille, j'ai une mine affreuse. Oh mon Dieu, j'ai une haleine de chacal, aussi. »
 
Tom émit un petit rire en retirant une mèche de cheveux qui barrait le visage de Bill.
 
« Je m'en fiche. Je voulais juste te prévenir qu'on était tous debout. Et tu es très bien. » Il fit une pause, le regardant toujours aussi intensément. « Tu as besoin de quelque chose ? »
 
« J'ai besoin que tu t'éloignes, pour ma dignité. » Bill se redressa, repoussant un peu plus le drap de son corps. Il cligna plusieurs fois des yeux, assis sur son lit, Tom l'observant, visiblement décidé à rester là. Il tenta de lisser un peu sa chevelure indisciplinée, et s'étira.
 
« Okay, je suis réveillé maintenant. Je me lève, promis. »
 
Il appuya ses dires en sortant de son lit, ne portant qu'un boxer. Il se dirigea vers l'armoire contenant ses affaires et enfila un short large. Il se déplaça pour sortir de la chambre, Tom s'étant levé pour l'attendre dans l'embrasure.
 
« J'aime bien quand tu restes torse nu, » déclara celui-ci, l'air de rien. « On peut voir tes tatouages. Ils sont bien. » Il accompagna sa phrase en effleurant les côtes du brun de son doigt.
 
Bill ne put que sourire sous l'attention. Il observa à son tour les mots le long de son flanc, puis les étoiles imbriquées sur sa hanche. Relevant la tête, il vit les yeux de Tom sur son corps, l'étincelle qui y brillait. Cette étincelle là. Il se racla la gorge.
 
« J'ai la dalle. »
 
Tom sourit, encore. « Tu vas être heureux, c'est le festin en bas. Je me demande toujours où tu caches tout ce que tu manges. »
 
« Je métabolise bien, » répondit simplement l'androgyne en attrapant ses lunettes de soleil.
 
Ils quittèrent la chambre, sans prêter attention au léger malaise qu'ils avaient ressentis.
 
***
 
Deux jours plus tard, ils décidèrent d'organiser une soirée sur la plage. Ne pouvant y faire un feu, Gustav eu l'idée d'utiliser des lampes à huile dénichées dans la maison pour les éclairer. Julian voulait que cette soirée « marque la moitié des vacances », qu'elle soit « spéciale ». Ils avaient effectué la veille, au plus grand désespoir de Bill, une randonnée dans le parc naturel Del Garraf, situé juste à côté de la ville. Ils s'étaient donc bien reposés ce jour là et étaient plus que partant pour une soirée bien arrosée entre eux. Ils profitèrent que le soleil soit encore levé pour aller à la recherche de pierres, qu'ils disposèrent en cercle, afin de placer les lampes au centre et donner l'illusion d'un feu de camps. Ils en ramenèrent également d'autres qui feraient office de sièges. Tom et Julian furent chargés d'aller acheter l'alcool, alors que les autres préparaient quelques provisions à grignoter pour la soirée, ainsi que des couvertures pour ne pas avoir froid passé une certaine heure (et principalement parce que leur bain de minuit avait valu un coup de froid à Alois). Finalement, lorsque le ciel commença à foncer, ils s'installèrent autour de leur campement de fortune et commencèrent à boire leurs bières. Julian demanda alors l'attention de tous.
 
« Bien, comme vous le savez déjà, je voulais faire quelque chose de spécial ce soir. Alors j'ai eu une idée. »
 
« Oh, ça sent mauvais alors, » commenta Alois, recevant un regard mauvais de l'orateur. De dernier poursuivit.
 
« On va faire un petit jeu. On se connaît tous depuis un peu moins d'une dizaine d'années, et pour ma part, vous êtes mes meilleurs potes, ceux qui savent tout de moi... Ou presque. »
 
« Attention il va nous faire une déclaration d'amour, » lâcha Andréas en riant.
 
« Non, » répliqua Julian en levant les yeux au ciel, « non, ce que je veux dire c'est que, malgré le fait qu'on soit tous proches, il y a forcément des choses qu'on ignore les uns des autres. Alors ce soir, et je suis certain que l'alcool vous y aidera, j'aimerais qu'on se dise des choses qu'on ne s'est jamais dites. »
 
« Wow, sérieusement ? » Georg semblait légèrement angoissé. « C'est un peu risqué, non ? »
 
« Moi perso j'ai rien à cacher, alors je m'en fiche, » répondit Alois en haussant les épaules. « Vous connaissez déjà les pires choses que j'ai pu faire, mes côtés les plus tordus, alors franchement... »
 
« Je suis partant, » ajouta Andréas. « Ce genre de défi ne me fait pas peur. »
 
« Alors allons-y ! » Julian leva sa bière et en avala une longue gorgée pour appuyer ses paroles. Tout le monde trouva judicieux de faire pareil. « Okay, qui commence ? »
 
« Moi ! » Répondit Gustav, surprenant ses amis. Il était d'une nature discrète, bien que loin d'être effacé au sein du groupe. Son intervention semblait déterminée, mais personne n'osa lui demander pourquoi. Il se racla la gorge plusieurs fois, visiblement nerveux.
 
« En fait, il faut que je vous avoue une chose en premier. J'ai voulu vous parler de ça plus tôt, depuis qu'on est arrivés ici, mais j'ai jamais trouvé le moment idéal. Alors voilà... » Il souffla, et chacun était suspendu à ses lèvres. « Ali et moi... On va se marier. »
 
Sa déclaration fut suivi d'un blanc. Puis, tel un seul homme, ses amis se mirent à crier et à applaudir, puis vinrent le serrer dans leurs bras.
 
« Gus, c'est tellement génial ! » Cria Georg. « Le premier mariage de la bande ! »
 
« Et tu attends deux putains de semaines pour en parler ? T'es dingue toi ! » Bill sautillait littéralement sur place. « J'adore tellement les mariages ! »
 
« Je comprend mieux pourquoi tu te planquais pour téléphoner, » commenta Tom en lui filant une accolade.
 
« Ali n'arrêtait pas de me demander si je vous l'avais dit, » expliqua Gustav, les yeux brillants de joie. « Mais je ne savais pas comment faire. Sérieux, je me voyais pas vous lâcher en plein milieu du repas " Au fait les gars, je vais me marier ! ", c'était chaud. Alors voilà, quand on a parlé de cette soirée... »
 
« Mec, moi qui voulait une soirée spéciale, tu viens de tous nous bluffer là ! » Julian semblait comblé. « Tu viens de la rendre juste inoubliable ! C'est prévu pour quand ? »
 
« On a pas encore fixé de date exacte, certainement dans quelque chose comme neuf mois. »
 
Six paires d'yeux insistants se braquèrent sur lui, et il commença à rire en comprenant.
 
« Non non non, un mariage c'est déjà bien assez de boulot, je pense qu'on attendra encore un peu avant de faire des gosses. Merde, vous me faites tellement rire, vous auriez vu vos gueules ! »
 
Les autres se mirent à rire avec lui, et trinquèrent aux futurs mariés. Les discussions allaient bon train sur le sujet, si bien que Julian dû émettre un sifflement pour rappeler ses amis à l'ordre.
 
« Ne vous imaginez pas que parce qu'on a eu droit à une révélation de choc, le jeu est terminé ! A qui le tour ? Ça va être difficile de faire mieux... »
 
Personne ne sembla vouloir prendre la parole. Julian soupira.
 
« Bien, je m'y attendais – merci Gus, grâce à toi je n'ai pas eu à le faire tout de suite ; mais bon, je vais m'y coller, pour l'exemple. Alors... Une chose que vous ne saviez pas sur moi. Je suis un lâche. » Il baissa les yeux, l'ai honteux. « Depuis que je suis gamin, je n'assume pas vraiment les conneries que j'ai pu faire. Alors en général... Je fais en sorte d'accuser quelqu'un d'autre à ma place. Par exemple, petit, j'ai laissé mon frère se faire punir à ma place un nombre incalculable de fois. Bon, vous me direz, c'est plutôt classique. Mais ça a continué. Y'a pas si longtemps, j'ai fais croire à mon plombier que le massacre sur les tuyaux de mon lavabo n'était absolument pas de ma faute, que j'avais découvert le truc comme ça, alors qu'en fait, je venais de passer une heure dessus en assurant à Lise que je pouvais me débrouiller tout seul. Et... » Il sembla rougir. « Ça m'est arrivé de vous mettre certaines choses sur le dos. »
 
« Du genre ? »
 
Julian adressa un regard d'excuse vers Georg, et ce dernier sembla avoir une illumination.
 
« Quel salaud ! » S'écria-t-il. « Tu sais que je voulais te poser la question depuis tout ce temps, mais que ça m'était sorti de l'esprit ? »
 
« Je suis vraiment désolé mec, je crois que j'en aurais honte toute ma vie... » Julian avait vraiment l'air coupable. Andréas tapa dans ses mains pour attirer l'attention de ses deux amis.
 
« Quoi ? On peut savoir ou merde ? »
 
« En fait, c'était avant que je sorte avec Lise, il y a un peu plus d'un an. J'ai eu un petit problème... J'ai eu des hémorroïdes. Et à cette époque, j'étais depuis peu avec une blonde, rien de sérieux, c'était plus un passe temps qu'autre chose, et on s'amusait bien ensemble. Alors quand elle est tombée sur le tube de crème qu'on m'avait prescrit, j'ai pas pu assumer, et j'ai dit le premier truc qui m'est passé par la tête. Elle connaissait Georg, c'est grâce à lui qu'on s'était rencontrés. J'ai eu peur qu'elle trouve ça repoussant et qu'elle s'en aille. Alors j'ai dit que c'était à lui et qu'il l'avait oublié là lorsqu'il était passé la fois d'avant. Manque de bol, elle était tellement sympa qu'elle l'a embarquée pour lui ramener. »
 
Bill riait tellement qu'il du s'essuyer le coin des yeux. Les autres n'étaient pas mieux, et Georg acheva l'histoire, fixant son ami avec humeur.
 
« Alors imaginez un peu ma surprise quand elle arrive chez moi, l'air désolée, et qu'elle me dit qu'elle espère que je me remettrais vite en me refilant la crème. Je me doutais que ça avait un lien avec toi, espèce de con ! »
 
« Désolé... » Julian semblait vouloir se faire le plus petit possible. « Je promet d'essayer de m'améliorer ! »
 
« Tu parles, » grommela Georg, avec tout de même un sourire en coin.
 
« J'ai menti à tout le monde, vous compris, à propos de ma première fois, » déclara Andréas, l'alcool commençant visiblement à faire son effet. « J'ai jamais couché avec ma première copine, à 15 ans, en fait on est même pas vraiment sortis ensemble. »
 
« Quoi ? » Bill écarquilla les yeux. « Sérieux, même moi j'étais pas au courant ! »
 
« La meilleure amie va te faire une crise, » commenta Alois en riant. « Alors ? C'est quoi la vérité ? »
 
« 17 ans... Et c'était un mec. »
 
« Andy ! » S'écria Julian. « Mais pourquoi tu nous as menti ? »
 
« J'en sais rien, en fait, je pense que j'avais raconté la première version à quelques personnes pour me la péter, et je me suis retrouvé coincé à devoir faire comme si c'était vrai. Et c'est pas tout... C'est le seul mec avec qui j'ai couché, genre, vraiment. Et vous, » il désigna Georg, Bill, Julian et Gustav du doigt, « le connaissiez. C'était Charly Jung. »
 
« Oh mon dieu ce gros macho qui faisait de l'athlétisme avec Georg ? » Demanda Bill.
 
« Lui même. » Andréas sourit, puis ajouta, l'air satisfait : « Et ce n'est pas moi qui l'ai supplié, si vous voyez ce que je veux dire... »
 
« Tu as fourré ta queue dans le cul de Charly Jung, » souffla Julian. « J'arrive pas à le croire. C'est dingue. »
 
« On aurait du faire une soirée comme ça il y a bien longtemps ! » S'exclama Georg.
 
« Raconte un truc toi, au lieu de te moquer, » répliqua Andréas. « Et donne moi une bière. »
 
Le châtain s'exécuta avant de soupirer. « Laissez moi réfléchir... »
 
Il finit par raconter à ses amis une histoire concernant une fille avec qui il était sortie et devant qui il avait été malade comme un chien suite à une cuite, au point de vomir dans le lit qu'ils partageaient cette nuit là, ainsi que sur ses cheveux. Elle l'avait racontée à toutes ses amies et il avait appris avoir été surnommé Gerbosaure par ces quelques personnes. Tom avoua avoir fait partie d'un groupe de musique au lycée qui n'avait donné qu'un seul concert, pour cause du peu de personnes y ayant assisté, mettant fin à sa courte carrière musicale. Alois, lui, leur raconta comment il avait fait croire à son actuel petit ami que la belle voiture de sport dans laquelle il était venu le chercher pour leur premier rencard était à lui, alors qu'il s'agissait de celle d'un ami. Ce n'est que quelques semaines plus tard, alors que ledit petit ami s'enquit de savoir pourquoi il ne l'avait plus, qu'il fut forcé de lui confesser son mensonge. Cela avait été un bon point au final, son amoureux lui ayant pardonné en lui indiquant qu'il n'aimait pas vraiment les garçons obsédés les grosses voitures. Puis, ce fut au tour de Bill. Ce dernier n'était néanmoins pas coopératif.
 
« Non, désolé de casser l'ambiance mais non, j'ai rien à raconter. » Il croisa les bras, déterminé.
 
« Aller Bill, fait pas ta salope, tout le monde s'est tapé la honte ! » Andréas ne cessait d'insister, pas enclin à laisser l'androgyne s'en sortir aussi facilement. « Sérieusement, tu ne vas pas me faire croire qu'il ne t'es jamais rien arrivé dont tu ais honte, que tu nous ais caché ? T'as jamais regretté un truc ? Couché avec la mauvaise personne ? »
 
Les choses auraient pu s'arrêter là, si seulement il n'y avait pas eu ce regard. A l'instant où les derniers mots franchissaient les lèvres d'Andréas, Bill et Tom échangèrent un regard. Un regard lourd de sens, qui n'échappa malheureusement à personne.
 
« Wow, c'était quoi ça ? Bill ? » Interrogea Georg.
 
L'interpellé baissa immédiatement les yeux, dissimulant son visage derrière ses cheveux. Merde. Il était foutu. Il sentit ses mains trembler.
 
« Alors quoi, c'est une histoire de coucherie ? Et Tom est le seul au courant ? » S'enquit Julian, piqué dans sa curiosité.
 
Il y eut un lourd silence. Georg, Gustav, Andréas, Julian et Alois fixaient Bill et Tom, en attente de quelque chose. Finalement, se fut Tom qui cracha le morceau.
 
« On a couché ensemble. » Annonça-t-il, très calme.
 
Sa déclaration fit l'effet d'une bombe, et leurs amis furent tous sans voix. Bill voulait disparaître. Il aurait bien aimé fusiller Tom du regard, mais il était trop occupé à essayer de se fondre dans le décors.
 
« C'est une blague ? » Demanda bêtement Alois, encore choqué.
 
« Une très, très mauvaise blague, » ajouta Julian. « Les gars, arrêtez votre char, c'est faux, ça ne peut qu'être faux ! Pas vrai ? »
 
Ni l'un ni l'autre ne fit mouche. C'est alors qu'Andréas explosa.
 
« Vous êtes tarés ! Merde, sérieusement, c'est la règle d'or, la règle à ne pas briser, tout le monde sait ça ! On ne couche pas avec les potes ! Jamais ! C'est comme ça qu'on fout une amitié en l'air, c'est ce qui gâche tout, le sexe, ça fout le bordel putain! » Il semblait hors de lui.
 
« C'est arrivé une fois, » répondit Tom, toujours aussi calme. « On était bourrés, on ne savait pas ce qu'on faisait. Et puis on est toujours ami, pas vrai ? On est là, avec vous. Alors n'en faisons pas un drame. »
 
Andréas soupira, retrouvant de la contenance, puis se tourna vers Bill.
 
« Pourquoi tu ne m'en as jamais parlé ? »
 
Son ton était doux, mais laissait entendre qu'il était blessé. Personne ne fut étonné, Bill et Andréas étaient particulièrement proches, et les autres savaient qu'ils partageaient parfois des choses qu'ils gardaient entre eux. C'était comme ça, et personne ne s'en offusquait. L'androgyne ne leva pas la tête.
 
« Je... Je... »
 
Il inspira, puis se leva rapidement, jetant un rapide « désolé » à ses amis avant de partir d'un pas rapide en direction de la villa. Georg envoya un regard appuyé à Tom.
 
« Tu devrais aller le voir, » lui conseilla gentiment Gustav.
 
Le plus âgé hocha la tête, puis se leva à son tour pour suivre le chemin que Bill avait emprunté. Ce dernier s'était réfugié dans sa chambre, assis sur son lit. Il avait le regard dans le vide, et pour la première fois depuis un peu moins d'un an, il s'autorisa à repenser à cette soirée où les choses avaient pris un nouveau tournant entre lui et Tom. Et elles ne s'étaient pas exactement passées comme Tom l'avait raconté à leurs amis.
 
Cette soirée était une réussite. La musique bourdonnait aux oreilles de Bill, et il passait vraiment un bon moment. Il regarda son verre presque vide, et scruta les gens autour. Il y avait quelques mecs avec qui il aurait bien fait plus ample connaissance... Il rejeta un peu ses cheveux en arrière, et se cambra légèrement. Il avait enfilé un jean serré noir, des bottes un peu montantes, un pull léger gris clair et une veste costard blanche. Il portait quelques accessoires, mais le tout restait discret. Bill n'était pas vantard, mais il savait comment se mettre en valeur, et ce soir, il en était sûr, il était appétissant. Il envoya un sourire chaud et un regard profond dans la direction d'un blond qui semblait penser la même chose. Mais son champ de vision fut bouché par la tête de Tom qui s'avançait vers lui, l'ai préoccupé. Bill soupira. Ils s'étaient retrouvés invités à la même soirée par une connaissance commune, et il savait comment son ami pouvait être lorsqu'il consommait de l'alcool : un peu lourd et collant. Néanmoins, il ne pouvait le nier, Tom était plutôt à son avantage aussi, ce soir, vêtu de son teeshirt noir moulant et d'un pantalon blanc cassé, quelques cheveux bruns s'échappant de son habituel chignon bas. Il leva les yeux au ciel. Ouais, Tom, son ami, l'hétéro tombeur. Perdu dans ses pensées, il n'entendit que la fin de la phrase du plus âgé qui criait légèrement pour couvrir le bruit autour d'eux.
 
« ... Tout ce que tu veux, mais viens, s'il te plaît. J'ai besoin de te parler de quelque chose. »
 
Quoi ? Tom voulait visiblement l'accaparer, et lui ôter ses chances de conclure avec... Peu importe ce qu'était son prénom. Bill secoua la tête, les sourcils froncés.
 
« Tom, ça peut pas attendre ? T'es chiant quand t'as bu, vraiment. »
 
Son ami lui décocha un regard triste. Merde, il jouait la carte du sentiment,l'ordure.
 
« Je te jure, et tu sais que je n'aime pas jurer, mais je te jure que je n'ai pas bu beaucoup, et j'ai parfaitement conscience de ce que je te dis. »
 
Bill soupira. Comment pouvait-il refuser ? Avec cette voix, ces yeux... Il agrippa l'avant-bras de Tom.
 
« Viens, on va aller dans un coin tranquille, j'entends rien avec la musique. T'as intérêt à ce que ça soit vraiment important. »
 
Ils s'avancèrent à travers les quelques personnes, s'éloignant au fur et à mesure du bourdonnement environnant.
 
« Bill, est-ce que je t'ai déjà menti ? »
 
L'androgyne lui décocha un regard en coin. Tom commençait à l'inquiéter avec son ton sérieux.
 
« Non, » répondit-il sincèrement.
 
« Alors fais moi confiance. »
 
« Tu sais bien que c'est déjà le cas, » répliqua Bill.
 
Tom acquiesça. Il repéra une porte, sûrement une chambre, et entraîna le plus jeune avec lui dans cette direction. Ils fermèrent derrière eux, soulagés d'avoir droit à un peu de calme.
 
« Bien. Ici, ça ira. » Tom se passa la main dans les cheveux, visiblement nerveux. « Donc. J'ai hésité avant de t'en parler, mais ça fait longtemps qu'on se connaît maintenant, tu sais que je te considère comme un de mes amis les plus proches. Alors voilà... » Il se stoppa, cherchant ses mots.
 
« Tu me fais peur, » lâcha Bill en s'asseyant sur le lit. « Tom, c'est rien de grave ? T'es pas malade quand même ? » Il sentit la panique monter en lui à cette simple pensée.
 
« Non, non ce n'est pas grave, je te le promets, enfin, pas vraiment... Disons que c'est gênant. Et que j'ai pas envie que tu te méprennes. » Il se racla plusieurs fois la gorge.
 
« Juste... Dis le. »
 
« Je voudrais qu'on couche ensemble, » débita rapidement Tom, ses yeux plongés dans ceux de Bill.
 
« ... Quoi ? » Fut tout ce que le plus jeune réussit à articuler, complètement abasourdi. Il ne s'était certainement pas attendu à ça. Tom s'empressa de s'expliquer.
 
« Écoute, je sais que ça va te paraître dingue, mais j'ai toujours eu ce petit truc pour toi, et ça m'empêche d'avancer, chaque fois que je m'intéresse à quelqu'un, j'ai l'impression que ça me bloque. Tu me perturbes, depuis qu'on a 15 ans c'est comme ça, et au départ je me disais que ça passerait... Mais non. »
 
« Tu es hétéro ! » Bill n'arrivait pas à formuler des pensées cohérentes et ne trouvait pas les mots pour lui faire comprendre à quel point c'était absurde.
 
« J'en sais rien. » Répondit Tom, catégorique.
 
« Tom, regarde moi bien, » s'énerva Bill, « c'est pas parce que je peux ressembler à une fille que j'en suis une ! Je suis un mec, un vrai, avec tout ce qui va avec. »
 
« Je sais tout ça, » répliqua Tom, les bras croisés. « J'ai eu le temps d'y réfléchir. Mais je veux le faire. » Il fit une pause et s'approcha doucement de Bill. « Sauf si tu ne le souhaite pas. »
 
« Je... » Les mots se coincèrent dans la gorge de l'androgyne alors qu'il détaillait le visage de Tom, à quelques centimètres du sien. Il pouvait sentir son haleine, et il constata qu'elle n'empestait pas l'alcool. Alors Tom était sérieux. Il observa ses mains, les muscles bien dessinés de ses bras, visibles sous son teeshirt. Il ne s'autorisa pas à descendre plus, sentant son corps se réchauffer. Il sentit sa peau se couvrir de frissons alors que Tom posait sa main dans son cou.
 
« Tu n'auras qu'à me stopper, un seul refus de ta part et j'arrête. » Il posa ses lèvres en dessous de l'oreille de Bill, faisant trembler les jambes de celui-ci. « Je ne veux te forcer à rien... » Il descendit sur sa clavicule et passa une autre main sous son pull. « Mais j'ai terriblement envie de toi. »
 
Le cerveau de Bill se mit en pause. Il décida, pour une fois, de ne pas réfléchir et se laisser aller contre cet homme qui semblait tant le désirer. Après tout, que risquait-il ? Les deux verres qu'il avait bu précédemment semblèrent l'aider à décider que non, il ne risquait rien, et qu'il n'en retirerait que du plaisir. La manière dont Tom le tenait contre son torse, toute la précaution qu'il mettait dans une simple caresse sur son ventre, les doux sons graves qui sortaient de sa gorge, tout lui indiquait qu'il allait passer un moment des plus agréables. Son c½ur s'accéléra, et alors que Tom agrippait ses mains fermement sur ses hanches, le maintenant collé à lui, Bill releva le visage et posa ses lèvres sur les siennes. La légère barbe de Tom lui piqua le menton, et il se prit à aimer cela. Ils s'embrassèrent longuement, leurs corps serrés l'un contre l'autre. Bill appuya plus fort sa bouche contre la sienne, lui faisant silencieusement comprendre qu'il acceptait l'expérience.
 
« Tu es tellement désirable, Bill, » lui souffla Tom en lui retirant sa veste et son pull gris. Il passa sa main dans la chevelure ébène du plus jeune, écartant les doigts pour les laisser glisser entre eux. Il lui mordilla le lobe de l'oreille et aventura sa main libre sur ses fesses. Bill haleta. Il entreprit de débarrasser Tom de son teeshirt trop moulant et de sa ceinture trop serrée. Il put sentir le sexe durcit du brun contre sa main en attaquant les boutons de son pantalon, ce qui renforça sa propre excitation. Il se surpris à vouloir plus, beaucoup plus, alors même qu'il était de plus en plus sobre. Tom lui avait complètement retourné les idées, et il ne voulait plus qu'une seule chose : être nu, qu'il soit nu, et sentir Tom en lui.
 
Bill soupira, de nouveau dans sa chambre, seul, avec ses amis toujours sur la plage. Cette nuit avait été fantastique, au delà de ses espérance, et il avait eu la meilleure expérience sexuelle de toute sa vie. Il pouvait encore voir le visage de Tom, les yeux plongés dans les siens alors qu'il ne pénétrait avec précaution. Il pouvait même encore le sentir. Puis, il repensa au lendemain.
 
Ils s'étaient endormis l'un contre l'autre, toujours dénudés et enlacés. Se fut Bill qui se réveilla en premier, et quitta doucement le lit à la recherche de ses vêtements. Par chance, personne n'avait semblé vouloir entrer dans cette pièce pendant la nuit, et ils avaient même accès à la salle de bain par une porte intermédiaire. Bill de hâta de faire un brin de toilette afin d'être présentable, puis revint dans la chambre. Il y trouva un Tom bien réveillé, assis sur le lit, à peine couvert par le drap. Il le fixait, avec ce même regard gourmand qu'il avait eu tout le temps où ils avaient... Bill secoua la tête. Il inspira, et avant que Tom ait pu ouvrir la bouche, il parla.
 
« C'était une grosse erreur. Il ne faut plus jamais que ça se reproduise, Tom. On aurait jamais dû, tu es mon ami, un de mes meilleurs amis, et je veux que ça soit à nouveau le cas. Tu comprends ? Les amis ne couchent pas ensemble, et... C'était une erreur. Promets moi qu'on peut être comme avant. S'il te plaît. »
 
Un éclair de tristesse était passé dans les yeux du plus âgé, mais il n'avait pu qu'acquiescer, peu envieux de perdre définitivement Bill. Il observa ce dernier attraper le reste de ses affaires, fuyant son regard. Il s'approcha de la porte, prêt à partir et à faire de cette nuit un secret honteux qu'il ne révélerait jamais, à personne. Mais avant de partir, il se stoppa.
 
« Je... Je suis vraiment désolé. » Dit-il, l'air terriblement vulnérable. « Je t'appelle plus tard, okay ? Julian m'a dit qu'il voulait nous réunir tous pour parler d'un truc, un projet de vacances ou je ne sais quoi l'été prochain. Alors... Ouais. A plus. »
 
Et sans attendre de réponse, il quitta la chambre, laissant Tom seul. 

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Comments :

  • mortania

    26/03/2016

    Planche de surfs hein?
    à imaginer l'air de bill, il ne doit pas vraiment être a l'aise la-dessus!
    Oh mon dieu seigneur! :O
    Ils l'avaient fait?!
    Malaise quoi!
    Je me demande comment sa va se passer pour la suite, même si j'ai ma petite idée, que de suspense!

  • clcl

    03/07/2015

    coucou je viens de lire et je trouve que le suspens est à son comble. Comment tout cela va finir???? Hâte de lire la suite, bon courage

  • xUnsy

    02/07/2015

    fic-loulou483 wrote: "Oh putain.

    En vrai j'ai vue que tu avais accepté mon commentaire et j'ai dis ´cooĺ et la paf je vois la suite et je m'empresse a lire même si je suis fatiguée !

    Bref. Je suis totalement sur le cul. Je pensais a tout les scénarios possible sauf a celui la. Autant j'étais persuadé que Bill était amoureux de Tom mais que ce denier voulait pas se l'avouer ou avait peur mais autant la non.

    Je pense que comme tu las dis pour Tom limite c'était une expérience voir si ce petit truc restait ou pas mais avec la dernière phrase je pense que Tom aurait voulu continuer pour le coup et que Bill ayant pur de s'attacher plus qu'il ne le faut a couper court..

    Et que justement Bill depuis être nuit pense qu'à Tom et voilà sauf que je pense qu'il faut qu'ils parlent tous les dents parce que sinon ça va chier dans les bottes....

    Mais pour l'histoire fin la suite j'ai apprécié vraiment, surtout la soirée et pauvre Georg il s'en prend plein la tronche... Entre le fait qu'andy dit qu'il est gay,... Qu'andy ou julian dit a sa copine qu'il a des emeroides c'est tellement marrant.., et la le coup de maître la révélation final badaboum !

    Par contre c'est encore cruel de s'arrêter la :(

    Bref ! A très vite !
    Bonne nuit !
    "

    Heeey ! Merci pour ton commentaire, j'espère que tu n'étais pas trop crevée quand même, c'est pas le but :p J'suis contente si le scénario réussit quand même à te surprendre un peu, j'ai pas été cherché une intrigue de ouf mais un petit effet de surprise c'est sympa quand même ! La suite va arriver très vite, alors ne t'inquiètes pas, le suspense ne durera pas :p Gros bisous et merci encore !

  • fic-loulou483

    24/06/2015

    Oh putain.

    En vrai j'ai vue que tu avais accepté mon commentaire et j'ai dis ´cooĺ et la paf je vois la suite et je m'empresse a lire même si je suis fatiguée !

    Bref. Je suis totalement sur le cul. Je pensais a tout les scénarios possible sauf a celui la. Autant j'étais persuadé que Bill était amoureux de Tom mais que ce denier voulait pas se l'avouer ou avait peur mais autant la non.

    Je pense que comme tu las dis pour Tom limite c'était une expérience voir si ce petit truc restait ou pas mais avec la dernière phrase je pense que Tom aurait voulu continuer pour le coup et que Bill ayant pur de s'attacher plus qu'il ne le faut a couper court..

    Et que justement Bill depuis être nuit pense qu'à Tom et voilà sauf que je pense qu'il faut qu'ils parlent tous les dents parce que sinon ça va chier dans les bottes....

    Mais pour l'histoire fin la suite j'ai apprécié vraiment, surtout la soirée et pauvre Georg il s'en prend plein la tronche... Entre le fait qu'andy dit qu'il est gay,... Qu'andy ou julian dit a sa copine qu'il a des emeroides c'est tellement marrant.., et la le coup de maître la révélation final badaboum !

    Par contre c'est encore cruel de s'arrêter la :(

    Bref ! A très vite !
    Bonne nuit !

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